lundi 10 juillet 2017

Inventaire 47 - Five Years

LUSH Bitter

LUSH
Scar

Label : 4AD
Année : 1989
A1 Baby Talk
A2 Thoughtforms
A3 Scarlet
B1 Bitter
B2 Second Sight
B3 Etheriel


Genre : Pop with noise
6° morceau de L'Inventaire 47 : Bitter

Lorsque sort ce premier (mini) album, Lush est encore un groupe brouillon, partagé entre le nuage de saturation qui allait bientôt rendre célèbre Ride et My Bloody Valentine et une pop plus éthérée héritée notamment de leurs ainés du label 4AD : Cocteau Twins
Ce six titres porte d'ailleurs la patte du producteur maison, John Fryer, peut-être pas la personne la mieux indiquée pour démêler les fulgurances d'inspiration des maladresses d'un groupe encore timide et mal dégrossi, qui finirait par aller vers la lumière. Mais c'est justement par ses gaucheries que le résultat reste émouvant aujourd'hui, témoin d'un temps où la pop se cherchait de nouvelles voies, éperdument accrochée à ses guitares au beau milieu des innovations du hip-hop et de l'électro.
Emmené par ses deux guitaristes/chanteuses Miki Berenyi et Emma Anderson, Lush n'obtiendra jamais la reconnaissance critique des champions électriques de l'époque comme les Boo Radleys, sans parler de leurs cousins américains de label, les écrasants Pixies. En 1996, alors que l'unanimité commence à se faire autour de l'album Life, plus direct que ses prédécesseurs, le suicide du batteur Chris Acland met immédiatement fin à l'aventure.
En 2016, Lush a recruté le batteur d'Elastica pour deux singles et une tournée qui sonnent exactement comme 20 ans en arrière...

IDRIS MUHAMMAD Camby Bolongo

IDRIS MUHAMMAD
Turn This Mutha Out

Label : Kudu
Année :1977
A1 Could Heaven Ever Be Like This
A2 Camby Bolongo
A3 Turn This Mutha Out
B1 Tasty Cakes
B2 Crab Apple
B3 Moon Hymn
B4 Say What
Genre : Jazz'n'groove
5° morceau de L'Inventaire 47 : Camby Bolongo


Quatre ans après avoir lancé CTI, son label de jazz sophistiqué, électrique et déjà passablement funky, Creed Taylor lance en parallèle Kudu au sein duquel se décline un jazz plein de soul, tout à fait en phase avec son époque.
La figure la plus emblématique du label est certainement le saxophoniste Groover Washington Jr dont le groove redoutable se perd parfois sous des litres de sirop de glucose. Idris Muhammad était alors son batteur de prédilection et on le retrouve d'ailleurs sur nombre d'albums du label, sans compter les quatre qu'il a sorti sous son nom.  Turn This Mutha Out est son troisième pour Kudu, sorti en pleine fièvre disco et ça s'entend sur quelques morceaux aux arrangements taillés pour le Studio 54.
Un peu plus tribal, Camby Bolongo (inclus dans le mix 47) se construit autour de quelques notes du trompettiste Randy Brecker dont le jeu sobre tranche avec les démonstrations virtuoses qu'il assènera par ailleurs. Il laisse ainsi suffisamment de place à Jeremy Steig dont la flûte embarque le morceau vers un truc à la fois moelleux et dansant qui sonne impeccablement 40 ans après. Même si le reste de l'album comporte quelques redoutables rythmiques prisées des chasseurs de sample, aucun morceau n'égale la fraîcheur inspirée de celui-ci.
En 1979, Idris Muhhamad quitte le label Kudu mais il enregistra jusque peu de temps avant sa mort survenue en 2014. De Lou Donaldson à Pharoah Sanders en passant par George Benson et Youssou N'Dour la liste de ses collaborations est immense et déborde du cadre du jazz.


JOHNNY JOHNSON & HIS BANDWAGON Never Let Her Go

JOHNNY JOHNSON & HIS BANDWAGON

(Blame It) On The Pony Express/
Never Let Her Go

Label : Bell Records
Année : 1970
Genre : Soul Funk
4° morceau de L'Inventaire 48 : Never Let Her Go


Le site Wikipédia annonce que Johnny Johnson s'est retiré du business épuisé, à la fin des années 70. Discogs affirme qu'il est mort en 1979...
Ce qui est sûr c'est que sa discographie est maigre et, malgré quelques morceaux classés dans les charts, totalement oubliée aujourd'hui. Il n'y a guère que les nostalgiques très pointu de la Northern Soul pour aller extirper Breakin' Down the Walls of Heartache (quel titre !), premier 45t du groupe et petite perle du genre, reprise en 1983 sur le troisième album des Dexy's Midnight Runners. Le groupe s'appelait alors simplement The Bandwagon et se présentait comme un quatuor vocal, ce qui fait qu'on n'a jamais su qui assurait le groove derrière les harmonies vocales...
Au début des années 70, ayant pris conscience que sa musique fait fureur auprès des Anglais qui écument les clubs et se déchainent sur la soul sixties (comme raconté dans le joli film Northern Soul), il s'installe à Londres et sort coup sur coup deux singles : Sweet Inspiration et  (Blame It) On The Pony Express. Ce dernier devient très vite un petit tube. Le morceau a un petit côté Four Tops très arrangé, un peu trop sucré... 
On lui préfèrera facilement la face B, ce Never Let Her Go funky à souhait, qui réveille encore les divas du dancing aujourd'hui, qu'elles soient nostalgiques de Northern Soul... ou juste friandes de bonne musique.

THE DURUTTI COLUMN Sketch For Dawn (1)

THE DURUTTI COLUMN
LC

Label : Factory
Année : 1981
A1 Sketch For Dawn (1)
A2 Portrait For Frazier
A3 Jacqueline
A4 Messidor
A5 Sketch For Dawn (2)
B1 Never Known
B2 The Act Committed
B3 Detail For Paul
B4 The Missing Boy
B5 The Sweet Cheat Gone 

Genre : Ambient/Xperiment
3° morceau de L'Inventaire 47 : Sketch For Dawn (1)

Au départ Tony Wilson et Alan Erasmus, créateurs du label Factory, ont un vague projet de groupe sous ce nom de The Durutti Column en hommage à la Colonne Durutti, fameuse section anarchiste qui émerge pour lutter contre le franquisme en 1936... Mais en fait le groupe ne fait rien, n'existe pas vraiment et c'est Vini Reily, guitariste mancunien ami des deux autres, qui, après avoir fait partie d'un groupe éclair punk, The Nosebleeds, reprend l'identité et s'invente un style musical à lui tout seul. 
Difficile de définir la musique de The Durutti Column, basée sur les boucles et expérimentations du guitariste qui travaille l'écho, la réverbération, le delay, tout ce qui peut prolonger le son et lui permettre d'envelopper l'espace à lui tout seul. Parfois un musicien vient s'emparer d'une percussion, parfois Viny Reily attrape un autre instrument ou se met à chanter discrètement. On peut aussi bien être hypnotisé par les échappées inattendues de certaines mélodies ou s'emmerder profondément : ça dépend des morceaux, des goûts de chacun, du temps qu'il fait...
Tout le monde est à peu près d'accord pour valider cet album, son deuxième, comme le plus cohérent et le plus abouti. Y figure The Missing Boy, un hommage à son ami Ian Curtis de Joy Division qui s'est pendu pendant l'enregistrement de LC (qui signifie au passage "la lotta continua" : la lutte continue !). Mais c'est Sketch For Dawn, un instrumental aérien qui se retrouve dans le mix numéro 47.
Si la discographie de The Durutti Column compte une trentaine d'albums, la carrière de Viny Reily s'étoffe aussi de nombreuses collaborations. Son jeu de guitare et sa manière de composer très particuliers ont attiré des artistes singuliers comme Anne Clark ou Morrissey, qui le recrute immédiatement après la séparation des Smiths pour son premier solo, Viva Hate L'album lui doit beaucoup, même si cet ingrat de Momo ne l'a jamais réellement reconnu...

ALGIERS Cleveland

ALGIERS
The Underside Of Power

Label : Matador
Année : 2017
A1 Walk Like A Panther
A2 Cry Of The Martyrs
A3 The Underside Of Power
A4 Death March
A5 A Murmur. A Sign
A6 Mme Rieux
B1 Cleveland
B2 Animals
B3 Plague Years
B4 Hymn For An Average Man   
B5 Bury Me Standing
B6 The Cycle / The Spiral: Time To Go Down Slowly

Genre : Post Punk Gospel
2° morceau de L'Inventaire 47 : Cleveland

Il faut avoir vu Algiers sur scène pour bien mesurer l'étendue des dégâts. Complètement possédés, ils combinent l'énergie du punk avec la ferveur du gospel, manipulent l'électricité et l'électronique comme des sorciers et laissent un public groggy après des sessions qui ressemblent plus aux rites de magie noire des vieux films de la Hammer qu'à des concerts de rock. 
Algiers est pourtant plus porté par une saine révolte que par un quelconque baratin mystique. Éminemment politique dans les textes mais aussi (et surtout) dans la radicalité de sa musique, transcendé par un chanteur éminement charismatique du nom de Franklin James Fisher, le groupe est originaire d'Atlanta ("Le noyau pourri du vieux sud américain" dixit Franklin Fisher) mais installé à Londres. 
Leur deuxième album, The Underside Of Power, est sorti en juin 2017. Dans la foulée, ils ont assuré la première partie de Depeche Mode sur leur tournée estivale européenne  et parcourent le reste du monde, au moins jusqu'en novembre.
Cleveland, choisi pour ce mix, vient d'être balancé nouveau single de l'album. 

THE OUTCASTS Five Years

THE OUTCASTS
Seven Deadly Sins

Label : New Rose
Année : 1984
A1 Seven Deadly Sins    
A2 The Chase    
A3 5 Years    
B1 Swamp Fever    
B2 Waiting For The Rain 


Genre : Glam Punk
1° morceau de L'Inventaire 47 : Five Years

The Outcasts sont en bout de course quand ils enregistrent ce mini-album, ultime baroud d'honneur avant de raccrocher les gants. Leur guitariste vient alors de mourir dans un accident de voiture et le mouvement punk n'en finit plus d'agoniser... 
Dommage : les cinq titres qui figurent ici montrent que ces "parias", venus de Belfast, Irlande du Nord, en avaient encore sous la semelle : rockab' gothique (Seven Deadly Sins et Swamp Fever, pas très loin des Cramps), instrumental teinté de lyrisme (The Chase, sorte de court-métrage western), la reprise qui va bien (5 Years, aussi crédible que le Ziggy Stardust de Bauhaus tiré du même album) et tentative réussie de raccrocher à la new-wave omniprésente (Waiting For The Rain). 
Éternels seconds couteaux au succès alors très relatif, The Outcasts sont quand-même sortis la tête haute, malgré leur parcours plus que chaotique. Ils sont peu nombreux de la génération "no future" à pouvoir en dire autant...

Encore révérés par par quelques indécrottables punk sentimentaux, ils se sont reformé en 2011.  Tracks à alors réalisé un petit sujet à découvrir ici.