mardi 24 octobre 2017

Inventaire 48 - La Marca de Anubis


THE HOUSEMARTINS Me and the farmer

THE HOUSEMARTINS
Now that's what I call quite good

Label : Go! discs / Chrysalis
Année : 1988
A1 I Smell Winter
A2 Bow Down
A3 Think For A Minute
A4 There Is Always Something, There To Remind Me
A5 The Mighty Ship    
A6 Sheep    
B1 I'll Be Your Shelter
B2 Five Get Over Excited
B3 Everyday's The Same
B4 Build
B5 Step Outside
B6 Flag Day
C1 Happy Hour
C2 You've Got A Friend
C3 He Ain't Heavy, He's My Brother
C4 Freedom
C5 The People Who Grinned Themselves To Death
C6 Caravan Of Love
D1 The Light Is Always Green
D2 We're Not Deep
D3 Me And The Framer
D4 Lean On Me
D5 Drop Down Dead
D6 Hopelessly Devoted To Them

Genre : Brit'pop lumineuse
3° morceau de L'Inventaire 48 : Me and the farmer

C'était une espèce de groupe parfait, avec des morceaux légers et dansant et de belles ballades mélancoliques, portés par une rythmique impeccable et la voix caractéristique et haut-perchée de Paul Heaton, certainement formé aux chorales anglaises. Pas de fioriture, de solos ennuyeux, ni de synthés en carton malgré la tendance environnante. Par contre : piano, harmonica, parfois quelques cuivres pétaradants, des sonorités acoustiques et claires et presque jamais de distorsion...
En plein cœur des années 80, les Housemartins étaient peut-être bien la véritable alternative aux Smiths, avec qui ils partageaient la précision d'écriture, une singulière proposition vocale, et une forme d'ironie, probablement moins incisive mais tout aussi pertinente (écoutez Five Get Over Excited). Eux aussi anglais jusqu'au bout des ongles, ils célébraient le quotidien des classes moyennes, les amitiés et les souvenirs de jeunesse et les amours perdues avec un brin de nostalgie et d'humour. Et ils reprenaient du Carole King avant que ce ne soit tendance. 
L'aventure durera 6 ans : deux albums et une dizaine de singles dont plus de la moitié se classera dans le top 20 anglais. Et cette compilation indispensable, remplies de face B, d'inédits et de Peel sessions, tous aussi soignés que le reste de leur discographie. 
A la séparation du groupe, Paul Heaton est allé noyer sa douce voix dans le sirop pur sucre de The Beautiful South. Plus inspiré, le bassiste Norman Cook a fondé Beats International avant de connaître la gloire sous le nom de Fatboy Slim. Il aurait déclaré que les Housemartins se reformeront seulement quand les Smiths feront de même... 
Donc c'est pas pour tout de suite.



CLAUDE RIGHI Rendez-vous orbital

CLAUDE RIGHI
Elle/Machine/Rendez-vous orbital/Mini-jupe et monokini

Label : Riviera
Année : 1966
Genre : Véritable variété verdâtre
2° morceau de L'Inventaire 48 : Rendez-vous orbital

"Bien sûr que je t'aime à la vitesse du son
Pour toi mon IBM composera des chansons
"
Quand un morceau commence aussi fort, il est difficile de ne pas aller jusqu'au bout ! 
Claude Righi, apparemment très préoccupé par le monde moderne et le futurisme (voir Machine sur ce même EP, mais aussi l'un de ses premiers singles, le prophétique Voilà l'an deux mille) n'a pas laissé une trace impérissable dans la chanson française. On lui doit pourtant quelques adaptations de tubes rock, soul et rhythm'n'blues en français, notamment pour Ronnie Bird, aujourd'hui célébré par certains journalistes comme le seul chanteur crédible de la période yé-yé. 
Bon, après ça se gâte : Claude Righi devient producteur pour Barclay, il s'occupe de la très justement oubliée Nicole Rieu et sera plus tard dans les pattes des débutants Patrick Bruel et François Feldman. Il serait vaguement producteur du troisième album de Michel Jonasz, Du blues, du blues, du blues, mais est-ce que ça suffit vraiment à l'excuser ? 
Reste cette face B de EP avec donc ce jerk à visée cosmique, Rendez-vous orbital, et le non moins sidérant Mini-jupe et monokini qui démarre tout aussi fort : 
"Mini-jupe et monokini
Se baladent de Londres à Paris
Mini-jupe et monokini
C'est l'angoisse de tous les maris"

LOS INICIADOS La Marca de Anubis

TENSION
Spanish Experimental Underground 1980-1985 (compilation)

Label : Munster Records
Année : 2012
A1 Klamm :The Past Is Frozen    
A2 La Fundación : Repetición    
A3 New Buildings : Historias Para Largos Recorridos    
A4 Mar Otra Vez : He    
B1 Clónicos : Cha Cha Cha    
B2 La Caída De La Casa Usher : ¡Baila, Negro!    
B3 Claustrofobia : París Nostàlgic (Tango)    
B4 La Gran Curva : Tensiòn    
C1 T : Dot    
C2 Los Iniciados : La Marca De Anubis    
C3 Depósito Dental : Dodo (+ Introducción Dental)    
C4 Il Época Del Hombre : Me Bato Contra Dios    
D1 429 Engaños : Corazones    
D2 Xeerox : Viejo Decorado Elèctrico 4    
D3 Neo Zelanda : Paso Hambre    
D4 Teatro Negro De Praga : Distanciamiento    
D5 1985-s : No Hay Perros Calientes

Genre : Spanish Experimental Underground
1° morceau de L'Inventaire 48 : La Marca de Anubis

J'ai déjà raconté ici comment j'ai découvert par hasard le post punk et la new-wave espagnols. Un peu moins par hasard, mais toujours de façon inattendue, voilà-t-y pas que je tombe des années après sur cette compilation sortie sur le vénérable label Munster Records ! Un peu désarçonné au début par les sonorités vraiment très radicales du premier morceau, je réalise dès la seconde plage que, malgré le grand format de ce double LP, je dois passer du 33t au 45t pour écouter les morceaux tels qu'ils ont été enregistrés... 
A part ça, la compilation tient toute les promesses de sa pochette aussi séduisante que glaçante : on est bien dans les expérimentations bruitistes et synthétiques des années 80 avec parfois l'embryon d'une structure couplets/refrains, mais la plupart du temps  plutôt une volonté de réinventer ou violenter les codes de la pop. Bien sûr, l'entreprise s'avère parfois vaine, pour ne pas dire emmerdante (l'interminable reggae synthétique de Claustrofobia...), mais c'est le prix à payer pour découvrir un pan entier de la culture espagnole en pleine explosion. Le récit déclamé sur improvisations de sax de New Buildings, La cold wave schizophrène de La Caida De La Casa Usher, les bidouillages hypnotiques d'Il Epoca Del Hombre et une quatrième face vraiment barrée, mais finalement pas très éloignée des recherches de l'IRCAM... Un grand souffle de liberté, d'autant plus touchant qu'il nous vient de trente ans en arrière.
Après avoir choisi Los Iniciados et leur Marca de Anubis pour ouvrir ce mix, on découvre, en lisant les notes qui accompagnent la compilation, que le groupe est une émanation d'El Aviador Dro qui figurait dans notre Inventaire numéro 8. C'est ce qui s'appelle avoir de la suite dans les idées. Inutile de dire que les albums d'origine de ces deux groupes sont carrément introuvables !      

 

lundi 10 juillet 2017

Inventaire 47 - Five Years

RHODA DAKAR The Boiler

THIS ARE 2 TONE
(compilation)

Label : Two Tone
Année : 1983
A1 The Special A.K.A : Gangsters
A2 Madness : Madness
A3 The Selecter : On My Radio
A4 The Beat : Tears Of A Clown
A5 The Specials : Rudi, A Message To You
A6 The Selecter : Too Much Pressure
A7 The Bodysnatchers     : Too Experienced
A8 The Beat : Rankin Full Stop
A9 The Specials : Too Much Too Young
B1 The Selecter : The Selecter
B2 The Specials : Stereotype
B3 The Swinging Cats : Mantovani
B4 The Specials : Do Nothing
B5 Rico : Jungle Music
B6 Rhoda Dakar : The Boiler
B7 The Specials : Ghost Town

Genre : Paranoid Ska
7° morceau de L'Inventaire 47 : The Boiler

Rhoda Dakar n'a pas 20 ans quand elle intègre le Browley Contingent, gang de jeunes londoniens qui suivent les Sex Pistols dans leur moindre déplacement. C'est là qu'elle rencontre Shane MacGowan, futur chanteur des Pogues qui lui présente Nicky Summers, à la recherche d'une chanteuse pour son groupe de ska à dominante féminine : The Bodysnatchers
Le groupe connaîtra une existence éphémère, la majorité de ses membres ira former les Belle Stars qui cartonneront au début des années 80. Mais pas Rhoda qui s'est trouvée une famille au sein du label 2 Tone Records et assure quelques parties vocales au sein des Specials, avant de faire partie officiellement de The Special A.K.A.. 
Entre les deux, il y a ce terrible single, The Boiler, qui raconte l'histoire d'une femme effacée, peu sûre d'elle-même, qui se fait draguer puis violer par un homme rencontré dans un magasin de vêtements. Sous ses airs de ska classique, cette chanson confirme les ambitions artistiques, politiques et sociales de Jerry Dammers, compositeur et gardien du label 2 Tone, familier des sujets qui font mal, qui n'a pas hésité à sortir un morceau aussi oppressant en single. 
Mais il ne faut pas s'y tromper pour autant, c'est bien Rhoda Dakar elle-même qui porte la maternité de cette chanson puissante, inspirée par l'agression subie par une de ces amies. 
On est très loin du ska festif, mais pas loin du chef-d’œuvre.  

LUSH Bitter

LUSH
Scar

Label : 4AD
Année : 1989
A1 Baby Talk
A2 Thoughtforms
A3 Scarlet
B1 Bitter
B2 Second Sight
B3 Etheriel


Genre : Pop with noise
6° morceau de L'Inventaire 47 : Bitter

Lorsque sort ce premier (mini) album, Lush est encore un groupe brouillon, partagé entre le nuage de saturation qui allait bientôt rendre célèbre Ride et My Bloody Valentine et une pop plus éthérée héritée notamment de leurs ainés du label 4AD : Cocteau Twins
Ce six titres porte d'ailleurs la patte du producteur maison, John Fryer, peut-être pas la personne la mieux indiquée pour démêler les fulgurances d'inspiration des maladresses d'un groupe encore timide et mal dégrossi, qui finirait par aller vers la lumière. Mais c'est justement par ses gaucheries que le résultat reste émouvant aujourd'hui, témoin d'un temps où la pop se cherchait de nouvelles voies, éperdument accrochée à ses guitares au beau milieu des innovations du hip-hop et de l'électro.
Emmené par ses deux guitaristes/chanteuses Miki Berenyi et Emma Anderson, Lush n'obtiendra jamais la reconnaissance critique des champions électriques de l'époque comme les Boo Radleys, sans parler de leurs cousins américains de label, les écrasants Pixies. En 1996, alors que l'unanimité commence à se faire autour de l'album Life, plus direct que ses prédécesseurs, le suicide du batteur Chris Acland met immédiatement fin à l'aventure.
En 2016, Lush a recruté le batteur d'Elastica pour deux singles et une tournée qui sonnent exactement comme 20 ans en arrière...

IDRIS MUHAMMAD Camby Bolongo

IDRIS MUHAMMAD
Turn This Mutha Out

Label : Kudu
Année :1977
A1 Could Heaven Ever Be Like This
A2 Camby Bolongo
A3 Turn This Mutha Out
B1 Tasty Cakes
B2 Crab Apple
B3 Moon Hymn
B4 Say What
Genre : Jazz'n'groove
5° morceau de L'Inventaire 47 : Camby Bolongo


Quatre ans après avoir lancé CTI, son label de jazz sophistiqué, électrique et déjà passablement funky, Creed Taylor lance en parallèle Kudu au sein duquel se décline un jazz plein de soul, tout à fait en phase avec son époque.
La figure la plus emblématique du label est certainement le saxophoniste Groover Washington Jr dont le groove redoutable se perd parfois sous des litres de sirop de glucose. Idris Muhammad était alors son batteur de prédilection et on le retrouve d'ailleurs sur nombre d'albums du label, sans compter les quatre qu'il a sorti sous son nom.  Turn This Mutha Out est son troisième pour Kudu, sorti en pleine fièvre disco et ça s'entend sur quelques morceaux aux arrangements taillés pour le Studio 54.
Un peu plus tribal, Camby Bolongo (inclus dans le mix 47) se construit autour de quelques notes du trompettiste Randy Brecker dont le jeu sobre tranche avec les démonstrations virtuoses qu'il assènera par ailleurs. Il laisse ainsi suffisamment de place à Jeremy Steig dont la flûte embarque le morceau vers un truc à la fois moelleux et dansant qui sonne impeccablement 40 ans après. Même si le reste de l'album comporte quelques redoutables rythmiques prisées des chasseurs de sample, aucun morceau n'égale la fraîcheur inspirée de celui-ci.
En 1979, Idris Muhhamad quitte le label Kudu mais il enregistra jusque peu de temps avant sa mort survenue en 2014. De Lou Donaldson à Pharoah Sanders en passant par George Benson et Youssou N'Dour la liste de ses collaborations est immense et déborde du cadre du jazz.


JOHNNY JOHNSON & HIS BANDWAGON Never Let Her Go

JOHNNY JOHNSON & HIS BANDWAGON

(Blame It) On The Pony Express/
Never Let Her Go

Label : Bell Records
Année : 1970
Genre : Soul Funk
4° morceau de L'Inventaire 47 : Never Let Her Go


Le site Wikipédia annonce que Johnny Johnson s'est retiré du business épuisé, à la fin des années 70. Discogs affirme qu'il est mort en 1979...
Ce qui est sûr c'est que sa discographie est maigre et, malgré quelques morceaux classés dans les charts, totalement oubliée aujourd'hui. Il n'y a guère que les nostalgiques très pointu de la Northern Soul pour aller extirper Breakin' Down the Walls of Heartache (quel titre !), premier 45t du groupe et petite perle du genre, reprise en 1983 sur le troisième album des Dexy's Midnight Runners. Le groupe s'appelait alors simplement The Bandwagon et se présentait comme un quatuor vocal, ce qui fait qu'on n'a jamais su qui assurait le groove derrière les harmonies vocales...
Au début des années 70, ayant pris conscience que sa musique fait fureur auprès des Anglais qui écument les clubs et se déchainent sur la soul sixties (comme raconté dans le joli film Northern Soul), il s'installe à Londres et sort coup sur coup deux singles : Sweet Inspiration et  (Blame It) On The Pony Express. Ce dernier devient très vite un petit tube. Le morceau a un petit côté Four Tops très arrangé, un peu trop sucré... 
On lui préfèrera facilement la face B, ce Never Let Her Go funky à souhait, qui réveille encore les divas du dancing aujourd'hui, qu'elles soient nostalgiques de Northern Soul... ou juste friandes de bonne musique.

THE DURUTTI COLUMN Sketch For Dawn (1)

THE DURUTTI COLUMN
LC

Label : Factory
Année : 1981
A1 Sketch For Dawn (1)
A2 Portrait For Frazier
A3 Jacqueline
A4 Messidor
A5 Sketch For Dawn (2)
B1 Never Known
B2 The Act Committed
B3 Detail For Paul
B4 The Missing Boy
B5 The Sweet Cheat Gone 

Genre : Ambient/Xperiment
3° morceau de L'Inventaire 47 : Sketch For Dawn (1)

Au départ Tony Wilson et Alan Erasmus, créateurs du label Factory, ont un vague projet de groupe sous ce nom de The Durutti Column en hommage à la Colonne Durutti, fameuse section anarchiste qui émerge pour lutter contre le franquisme en 1936... Mais en fait le groupe ne fait rien, n'existe pas vraiment et c'est Vini Reily, guitariste mancunien ami des deux autres, qui, après avoir fait partie d'un groupe éclair punk, The Nosebleeds, reprend l'identité et s'invente un style musical à lui tout seul. 
Difficile de définir la musique de The Durutti Column, basée sur les boucles et expérimentations du guitariste qui travaille l'écho, la réverbération, le delay, tout ce qui peut prolonger le son et lui permettre d'envelopper l'espace à lui tout seul. Parfois un musicien vient s'emparer d'une percussion, parfois Viny Reily attrape un autre instrument ou se met à chanter discrètement. On peut aussi bien être hypnotisé par les échappées inattendues de certaines mélodies ou s'emmerder profondément : ça dépend des morceaux, des goûts de chacun, du temps qu'il fait...
Tout le monde est à peu près d'accord pour valider cet album, son deuxième, comme le plus cohérent et le plus abouti. Y figure The Missing Boy, un hommage à son ami Ian Curtis de Joy Division qui s'est pendu pendant l'enregistrement de LC (qui signifie au passage "la lotta continua" : la lutte continue !). Mais c'est Sketch For Dawn, un instrumental aérien qui se retrouve dans le mix numéro 47.
Si la discographie de The Durutti Column compte une trentaine d'albums, la carrière de Viny Reily s'étoffe aussi de nombreuses collaborations. Son jeu de guitare et sa manière de composer très particuliers ont attiré des artistes singuliers comme Anne Clark ou Morrissey, qui le recrute immédiatement après la séparation des Smiths pour son premier solo, Viva Hate L'album lui doit beaucoup, même si cet ingrat de Momo ne l'a jamais réellement reconnu...

ALGIERS Cleveland

ALGIERS
The Underside Of Power

Label : Matador
Année : 2017
A1 Walk Like A Panther
A2 Cry Of The Martyrs
A3 The Underside Of Power
A4 Death March
A5 A Murmur. A Sign
A6 Mme Rieux
B1 Cleveland
B2 Animals
B3 Plague Years
B4 Hymn For An Average Man   
B5 Bury Me Standing
B6 The Cycle / The Spiral: Time To Go Down Slowly

Genre : Post Punk Gospel
2° morceau de L'Inventaire 47 : Cleveland

Il faut avoir vu Algiers sur scène pour bien mesurer l'étendue des dégâts. Complètement possédés, ils combinent l'énergie du punk avec la ferveur du gospel, manipulent l'électricité et l'électronique comme des sorciers et laissent un public groggy après des sessions qui ressemblent plus aux rites de magie noire des vieux films de la Hammer qu'à des concerts de rock. 
Algiers est pourtant plus porté par une saine révolte que par un quelconque baratin mystique. Éminemment politique dans les textes mais aussi (et surtout) dans la radicalité de sa musique, transcendé par un chanteur éminement charismatique du nom de Franklin James Fisher, le groupe est originaire d'Atlanta ("Le noyau pourri du vieux sud américain" dixit Franklin Fisher) mais installé à Londres. 
Leur deuxième album, The Underside Of Power, est sorti en juin 2017. Dans la foulée, ils ont assuré la première partie de Depeche Mode sur leur tournée estivale européenne  et parcourent le reste du monde, au moins jusqu'en novembre.
Cleveland, choisi pour ce mix, vient d'être balancé nouveau single de l'album. 

THE OUTCASTS Five Years

THE OUTCASTS
Seven Deadly Sins

Label : New Rose
Année : 1984
A1 Seven Deadly Sins    
A2 The Chase    
A3 5 Years    
B1 Swamp Fever    
B2 Waiting For The Rain 


Genre : Glam Punk
1° morceau de L'Inventaire 47 : Five Years

The Outcasts sont en bout de course quand ils enregistrent ce mini-album, ultime baroud d'honneur avant de raccrocher les gants. Leur guitariste vient alors de mourir dans un accident de voiture et le mouvement punk n'en finit plus d'agoniser... 
Dommage : les cinq titres qui figurent ici montrent que ces "parias", venus de Belfast, Irlande du Nord, en avaient encore sous la semelle : rockab' gothique (Seven Deadly Sins et Swamp Fever, pas très loin des Cramps), instrumental teinté de lyrisme (The Chase, sorte de court-métrage western), la reprise qui va bien (5 Years, aussi crédible que le Ziggy Stardust de Bauhaus tiré du même album) et tentative réussie de raccrocher à la new-wave omniprésente (Waiting For The Rain). 
Éternels seconds couteaux au succès alors très relatif, The Outcasts sont quand-même sortis la tête haute, malgré leur parcours plus que chaotique. Ils sont peu nombreux de la génération "no future" à pouvoir en dire autant...

Encore révérés par par quelques indécrottables punk sentimentaux, ils se sont reformé en 2011.  Tracks à alors réalisé un petit sujet à découvrir ici.

mercredi 12 avril 2017

Inventaire 46 - Omnivore


ECHO & THE BUNNYMEN The Yo Yo Man

ECHO & THE BUNNYMEN
Ocean Rain

Label : Korova / WEA
Année : 1984
A1 Silver    
A2 Nocturnal Me    
A3 Crystal Days    
A4 The Yo Yo Man    
A5 Thorn Of Crowns    
B1 The Killing Moon    
B2 Seven Seas    
B3 My Kingdom    
B4 Ocean Rain

Genre : Pop Goth
8° morceau de L'Inventaire 46 : The Yo Yo Man

Il a beau s'adorer, trouver qu'il a les lèvres les plus sexy du rock et qu'il a écrit la meilleur chanson du monde (Killing Moon sur cet album : ça peut se discuter...), Ian McCulloch restera toujours en deuxième division. 
Pourtant, Echo & The Bunnymen marque les années 80 et aligne quelques faits de gloires non négligeables, quelques singles qui donnent des lettres de noblesse au côté obscur de la New-Wave auxquels certains ados d'aujourd'hui vouent un culte aussi fébrile que leurs ainés d'il y a... 35 ans !  On reste un peu perplexe quand on entend sur des smartphones des versions compressées de The Cutter ou Pictures on my wall, mais le phénomène reste rare : les Hommes Lapins n'ont pas l'efficacité de Cure, la sophistication des Smiths, ni même l'aura morbide de Joy Division...
Reste un album parfait, un chef d’œuvre au sens premier du terme : l'accomplissement d'un groupe qui maîtrise enfin l'équilibre difficile entre la simplicité punk des compositions et leur inclination vers un romantisme sombre qui nécessite quelques envolées de violon et autres enluminures de guitare. La voix de McCulloch est impressionnante, parfois possédée (Thorn Of Crowns), quand elle ne joue pas au crooner (le fameux Killing Moon) voire au chanteur lyrique (Ocean Rain, qui clôt cet album avec une certaine grandiloquence, à la limite du pompier). 
Et puis il y a ce "Yo Yo Man, Always Up and Down", avec ses paroles gothiques à mort, ses espagnolades assénées par un Will Sergeant en grande forme et ce pont qu'on croirait tout droit sorti d'une b.o. de Dario Argento... Un bonbon pour les gourmets, une véritable dragée au poivre ! 

En 2017 Echo & The Bunnymen tourne toujours. La voix de McCulloch est intacte mais les prestations manquent singulièrement de cette flamme qui traverse Ocean Rain de bout en bout.

MISSY ELLIOTT Wake Up (Main Version)

MISSY ELLIOTT
Pass That Dutch/Wake Up

Label : Elektra
Année : 2003
Genre : Deeper Hip-Hop

7° morceau de L'Inventaire 46 : Wake Up

C'est une des reines du hip-hop. C'est aussi la reine des montagnes russes, au cours d'une vie faîte de succès prodigieux et d'épreuves cruelles. 
Sa bio raconte qu'elle a la vocation dès l'âge de 4 ans, qu'elle est une sorte d'élève surdouée, mais aussi qu'elle subit des violences sexuelles dès l'âge de huit ans et qu'elle fuit le domicile familial avec sa mère six ans plus tard... 
Sa carrière musicale est aussi accidentée. Talent précoce, elle fait ses débuts avec celui qui deviendra le producteur star Timbaland, cartonne dès son premier album Supa Dupa Fly et vend plus de deux millions d'exemplaires de son quatrième Under Construction produit également avec Timbaland. C'est un record de vente à l'époque. Missy Elliott est non seulement la rappeuse numéro un dont les clips tournent en boucle sur MTV, mais elle a déjà derrière elle une solide carrière de productrice qui va bientôt l'amener à travailler avec Madonna. Les choses se gâtent avec This Is Not A Test! qui est un échec relatif malgré les excellents singles qui l'annoncent : I'm Really Hot et ce Pass That Dutch dont la face B, Wake Up, fait monter l'Inventaire 46 de 30°d'un coup.
Même si elle retrouve le succès en 2005 avec un album plus électro (The Cookbook), Melissa Arnette Elliott a été diagnostiquée d'une maladie incurable en 2008. Elle résiste, ses apparitions son rares, mais elle a sorti un morceau en 2015 avec son pote Pharell Williams

BRIAN ENO Here He Comes

ENO
More Blank Than Frank

Label : EG
Année : 1986
A1 Here He Comes
A2 Everything Merges With The Night
A3 On Some Faraway Beach
A4 I'll Come Running (To Tie Your Shoe)
A5 Taking Tiger Mountain
B1 Backwater
B2 St. Elmo's Fire
B3 No One Receiving
B4 The Great Pretender
B5 King's Lead Hat

Genre : Pop songs
6° morceau de L'Inventaire 46 : Here He Comes


Clavier excentrique chez Roxy Music, inventeur de ces atmosphères instrumentales qu'on appelle l'ambient, producteur magique et contributeur à quelques pièces essentielles de l'histoire du rock et de la pop, inventeur des "stratégies obliques" destinées à sortir de l'impasse et stimuler la créativité, Brian Eno est d'ores et déjà une légende, d'autant plus vivace qu'il est entouré d'une aura de mystère. 
Il se fait parfois aussi chanteur.
Peut-être pas le plus technique ni le plus puissant, mais cette compilation, sortie en 1986, permet de mesurer à quel point cette partie trop négligée de sa carrière est loin d'être la moins intéressante. Les chansons réunies ici jouent le jeu de la structure et du format pop (même si trois d'entre-elles atteignent les 5 minutes), ne s'aventurant jamais sur les territoires plus expérimentaux que le bonhomme affectionne. Elles restent cependant éminemment personnelles, marquées par sa voix parfois douce, parfois plus inquiétante, l'utilisation subtile des claviers, synthétiques ou non, qu'il assure la plupart du temps tout seul, et les contributions pertinentes des amis de Brian qui ne sont pas là par hasard : Phil Manzanera et Robert Fripp pour les guitares, une apparition de Robert Wyatt aux percussions sur The Great Pretender et même Phil Collins qui ne devrait jamais sortir de derrière ses fûts. 
Un peu mélancolique, mais jamais mollasson, souvent drôle (I'll Come Running (To Tie Your Shoe), Brian Eno semble écrire ses chansons à l'envi, poussé par rien d'autre qu'une saine inspiration. En plus de cette compilation, on recommandera Another Day On Earth, qui démontrait en 2005 que la source n'était pas tarie.

SUZI QUATRO Daytona Demon

SUZI QUATRO
Daytona Demon / Roman Fingers

Label : RAK
Année : 1973
Genre : Glam'rock
5° morceau de L'Inventaire 46 : Daytona Demon

Il est difficile d'expliquer aujourd'hui ce que l'image de Suzi Quatro pouvait avoir d'exotique et certainement d'érotique pour un petit français des années 70. Avec sa combinaison de cuir à fermeture éclair (peut-être inspirée du look de Marianne Faithfull dans La Motocyclette de Jack Cardiff) et sa coiffure épaisse, elle incarnait à elle seule le rock au féminin, avant Pat Benatar, Chrissie Hynde des Pretenders et bien sûr Joan Jett qui, de son propre aveu, lui doit tout ! 
Musicienne multiinstrumentiste depuis son plus jeune âge, Suzi K. Quatrocchio monte sur scène dès l'âge de 14 ans avec deux de ses sœurs qui ont fondé le groupe The Pleasure Seekers. La vie est dure pour l'un des très rares groupes 100% féminin dans une Amérique où le rock est avant tout une affaire de testostérone. 
Heureusement pour elle, un manager anglais repère cette petite bassiste et l'embarque loin de son groupe (rebaptisé entretemps Cradle) pour l’immerger dans la tendance londonienne du moment : le glam'. Sous le nom de Suzi Quatro, elle va en devenir l'une des figures emblématiques. Si aujourd'hui, lorsqu'on évoque ce mouvement, on retient essentiellement T-Rex, Bowie et les premiers Roxy Music, Suzi Q. fait partie de toute une galerie de seconds couteaux, chevelus et pailletés, montés sur des platform shoes et hurlant dans les aigus, qui se succèdent chaque semaine à Top of the pops. 
Signée sur RAK,le label de son manager, Suzi Quatro écope des compositeurs maisons Chapman et Chinn qui alignent les tubes pour The Sweet (l'énorme Ballroom Blitz) et pour elle et commettront plus tard l'imbitable My Sharona pour The Knack. Elle connait une décennie dorée de 73 à 83, durant laquelle ses 45t se classent en Angleterre et dans le reste de l'Europe. On est à la limite du hard rock, pas toujours du meilleur goût, mais quelques morceaux fleurent bon la sueur musquée des années 70 et réveillent le motard qui sommeille en vous. Daytona Demon est de ceux-là...

HUGH MASEKELA Mra (Christopher Columbus)

HUGH MASEKELA
Is alive and well at the Whiskey

Label :UNI Records
Année : 1967
A1 Mra (Christopher Columbus)
A2 Little Miss Sweetness
A3 A White Shade Of Pale
A4 Up-Up And Away
B1 Son Of Ice Bag
B2 Senor Coráza
B3 Coincidence
B4 Ha Lese Le Di Khanna

Genre : Exotic groovy jazz
4° morceau de L'Inventaire 46 : Mra (Christopher Columbus)

Hugh Masekela vient de passer les 78 ans. Il a une grosse cinquantaine d'albums à son actif, sans compter les multiples collaborations avec des artistes du jazz, de la pop et du rock, et de cette galaxie difficile à cerner qu'on appelle faute de mieux la "world music". 
D'origine sud-africaine, impliqué dans les luttes anti-apartheid, il s'exile aux États-Unis au début des années 60 et se retrouve parmi les protégés d'Harry Belafonte, aux côtés de Miriam Makeba
Son premier album, curieusement intitulé en franglais Trumpet Africaine, est produit par un compositeur à la frontière du jazz, du easy-listening et des musiques pour l'écran (on lui doit le générique des Agents Très Spéciaux) : Hugo Montenegro. Avec le recul, cette polyvalence annonce parfaitement la carrière de Masekela qui passe du meilleur au moins bon, de vrais moments de créativité musicale à des albums plus décoratifs. Ce n'est certainement pas un hasard s'il enregistre et tourne à la fin des années 70 avec le roi de l'enchilada musicale : Herb Alpert et sa trompette joyeuse !
Il serait dommage de négliger pour autant la discographie de Hugh Masekela dont il est difficile de faire le tour en une chronique. Outre ce live, daté d'une période où l'Amérique raffolait d'un certain exotisme musical, on recommande son album d'"afro-beat-synthétique", Techno Bush, qui surgira un jour au sein d'un mix, c'est certain.
Quant au titre de ce morceau, il semble inspiré directement par le saxophoniste de Masekela, Christopher Ngcukana, surnommé parfois Mra "Christopher Columbus" Ngcukana...

THE SHIRELLES Baby It's You

THE SHIRELLES
Greatest Hits

Label : Scepter Records
Année : 1963
A1 Everybody Loves A Lover
A2 Tonight's The Night
A3 Dedicated To The One I Love
A4 Mama Said
A5 What A Sweet Thing That Was
A6 Big John
A7 Welcome Home Baby
B1 Soldier Boy
B2 Will You Love Me Tomorrow
B3 Baby It's You
B4 Stop The Music
B5 A Thing Of The Past
B6 Blue Holiday
B7 The Things I Want To Hear
B8 It's Love That Really Counts 

Genre : Groupe de filles
3° morceau de L'Inventaire 46 : Baby It's You

On pourra toujours leur préférer les Supremes, les Ronettes ou les Shangri-La's, mais les Shirelles sont les premières.
Premier girl's group a décrocher un numéro 1 en 1961 avec Will You Love Me Tommorow ?, elles entrent ainsi dans l'histoire en lançant cette mode irrésistible de trios ou quatuors vocaux féminins qui chante l'attirance pour les mauvais garçons, les lettres sans réponses, les espoirs incertains de mariage, les amoureux qui s'en vont à la guerre, les photos du passé qui font pleurer... Les compositions alternent ballades sentimentales et rhythm'n'blues plus enlevés. Elles sont souvent signées de tandems d'auteurs/compositeurs devenus mythiques depuis comme  Gerry Goffin et Carole King ou encore Burt Bacharach et Hal David, responsables par exemple de ce Baby It's You, choisi pour L'Inventaire.
Moins sophistiquées que les Supremes, moins bien produites que les Crystals ou les Ronettes, les Shirelles se feront vite devancer par la concurrence et commenceront à décliner dès 1964. Peut-être parce que l'une des chanteuses, Luther Dixon, avait quitté le groupe l'année d'avant. Peut-être aussi parce que débarquait au même moment aux États-Unis un phénomène qui ferait de l'ombre à toutes ces demoiselles : quatre garçons dans le vent venus de Liverpool avec leur premier album, Introducing The Beatles, où figurait notamment une reprise de... Baby It's You.


THE AFGHAN WHIGS Gentlemen

THE AFGHAN WHIGS
Gentlemen

Label : Elektra/Sub Pop (rééd : Rhino)
Année : 1993
A1 If I Were Going
A2 Gentlemen
A3 Be Sweet
A4 Debonair
A5 When We Two Parted
A6 Fountain And Fairfax
B1 What Jail Is Like
B2 My Curse
B3 Now You Know
B4 I Keep Coming Back
B5 Brother Woodrow / Closing Prayer

Genre : Rock with a lot of soul
2° morceau de L'Inventaire 46 : Gentlemen

Le groupe a déjà quatre album derrière lui, quand il sort Gentlemen en 1993. Les Afghan Whigs furent parfois assimilés à la mouvance grunge (ils sont chez Sub Pop) mais, malgré leur gros sons de guitares et la voix éraillée du chanteur/compositeur Greg Dulli, ils restent totalement inclassables. Il y a une forme de lyrisme dans leur musique, une véritable noirceur dans leur univers qui leur confère un aspect gothique, sans les afféteries ni l'attirail du genre. 
Et puis, à l'époque, Dulli et sa bande ne cessent de clamer leur amour pour la soul music et le son Stax. L'influence est réelle, mais diffuse : des riffs de guitares qui ressemblent à du funk mais sans le groove, et cette voix qui se déchire sans jamais se rompre... Oui, il y a bien de la soul chez The Afghan Whigs mais ce n'est pas l'imitation de la musique noire américaine des années 60. C'est juste la complainte venue des tréfonds de l'âme d'un homme brisé, un album né d'une rupture amoureuse, qui tente d'en épuiser la souffrance et vous laisse en fin de face b hébété et vidé, comme après un combat. 
Plus de 20 ans après, s'il reste toujours aussi original, le disque est plus simple à classer : il prend naturellement sa place au rayon des classiques, probablement pour un bon bout de temps. 

NIKKI McCLURE Omnivore

STARS KILL ROCK
(Compilation)

Label : Kill Rock Stars
Année : 1993
A1 Tiger Trap : Supreme Nothing    
A2 godheadSilo : Nutritious Treat    
A3 Frumpies : Fuck Kitty
A4 Jack Acid : Cheap Tragedies
A5 Tribe 8 : Speed Fortress
A6 Versus : Another Face
A7 Slant 6 : Nights X 9
A8 Karp : Gauze
B1 Mary Lou Lord : Camden Town Rain
B2 Huggy Bear : Carnt Kiss
B3 Calamity Jane : Come On
B4 Heroin : Hasbeen
B5 Adickdid : Hair
B6 Getaway Car : Sony Radio
B7 Bumblescrump : Whiteout
B8 Cheesecake : Mother's Little Helper
B9 Pansy Division : Bunnies
B10 Nikki McClure : Omnivore 

Genre : Amateur, souterrain, indépendant...
1° morceau de L'Inventaire 46 : Omnivore

Voici la deuxième compilation du label Kill Rock Stars, créé au début des années 90 dans le but premier de publier l'espèce de "slam punk" d'un de ses membres fondateurs : Slim Moon
Très vite, la maison logée à Olympia, dans l’État de Washington, va devenir la plateforme de lancement de tout une série de groupes, garants de l'esprit punk et menés par des femmes que la presse spécialisée ne tardera pas à appeler les "riot grrls". Certaines de ces signatures sont aujourd'hui devenues mythiques (Bikini Kill, Sleater-Kinney) voire célèbres (Gossip). 
Outre cet effort bienvenu pour rééquilibrer le monde largement phallocrate du rock, Kill Rock Stars se démarque par la volonté de garder l'intégrité de chacun de ses groupes, publiant parfois des enregistrements au son très brut, à la limite de la démo, très très loin des productions formatées qui abreuvent alors les radios commerciales du monde entier. On est donc face à un authentique label indépendant et très ouvert, dont cette compilation offre un bel aperçu, entre de brutales émanations punk, quelques déviations expérimentales et d'autres morceaux qu'on qualifierait volontiers de plus pop si ça ne jetait un vieux soupçon sur leur intégrité. 
Si la plupart des 15 artistes réunis ici ont connu une carrière relativement courte et localisée, les furieuses de Tribe 8 ont défrayé la chronique entre 1993 et 1998, notamment grâce à leur textes radicaux et sulfureux. On recommande surtout la discographie de Versus qui, après sa figuration ici, sortira de passionnants albums sur un autre label authentiquement indépendant : Teenbeat.
Mais pour ouvrir ce mix numéro 46, on a choisi Omnivore, l'a capella de Nikki McClure dont la carrière discographique se résume à une cassette et deux singles absolument introuvables. En revanche, son excellent travail d'illustratrice est visible sur son site... 

mardi 24 janvier 2017

Inventaire 45 - Une sale histoire

BERNARD HERRMANN Siamese Twins

BERNARD HERRMANN
Sisters (ost)

Label : Entr'acte Recording Society
Année : 1975
A1 Main Title
A2 The Dressing Room
A3 The Ferry; The Apartment; Breton
A4 The Scar; The Pills; Duo
A5 The Cake; The Car; The Candles
A6 Phillip's Murder; Window View
A7 Clean-Up; Split-Screen; The Search
A8 Plastic Bag; The Dress; Cake Box
B1 Apartment House; The Windows
B2 The Couch
B3 Siamese Twins
B4 The Solution; The Clinic; Hypnotic Trance
B5 The Dream; The Syringe
B6 Separation Nightmare; Breton's Murder; Dirge
B7 Aftermath; Finale

Genre : Scary Soundtrack
10° morceau de L'Inventaire 45 : Siamese Twins

Brian De Palma aime bien raconter comme ses rapports avec Bernard Herrmann ont très mal commencé, le musicien s'offusquant qu'ils aient osé coller la bande originale de Psycho sur les images de Sisters en attendant ses compositions originales. 
Au début, De Palma n'avait d'ailleurs pas envisagé d'aller réveiller le compositeur peu actif dans le cinéma depuis sa rupture avec Hitchcock. C'est son monteur, Paul Hirsch, qui eut l'idée d'associer le thème de Psycho aux images qu'il avait assemblées. 
N'en déplaise à Herrmann lui-même, on ne le remerciera jamais assez pour cette initiative qui remit ainsi le génie en activité pour produire l'une de ses bandes originales les plus expressives. Outre son utilisation connue des cordes et des instruments à vent pour étirer le temps du suspense ou faire monter soudainement la tension, Herrmann utilise ici habilement les cloches et autres sonorités métalliques, parfois dans l'esprit des comptines, parfois de façon nettement plus sentencieuse. C'est aussi le premier enregistrement où il convoque des claviers synthétiques, essentiellement pour de frénétiques glissandos qui constituent les pics d'agression sonore de cette b.o.. 
Très inquiétante, même sans les images, la bande originale de Sisters est à ranger auprès des chefs-d’œuvre de Bernard Hermmann, au côtés de la trilogie Psycho/North By Northwest/Vertigo pour Hitchcock et de l'étonnant blues urbain qu'il offrira à Scorsese pour son Taxi Driver, ultime partition qu'il ne verra hélas jamais à l'écran. 

MENSWEAR Daydreamer

MENSWEAR
Nuisance

Label : Laurel
Année : 1995
A1 125 West 3rd Street
A2 I'll Manage Somehow
A3 Sleeping In
A4 Little Miss Pinpoint Eyes
A5 Daydreamer
A6 Hollywood Girl
B1 Being Brave
B2 Around You Again
B3 The One
B4 Stardust
B5 Piece Of Me
B6 Stardust (Reprise)

Genre : (So) brit'pop
9° morceau de L'Inventaire 45 : Daydreamer

Déjà évoquée ici, la période qui va de 1989 à 1996-97 fut pour l'Angleterre un temps d'euphorie et d'abondance, entre la vague mancunienne, les "summers of love" successifs sous ecsta, les retours de glam (Suede), de songwriting intelligent et dansant (Pulp) et de vieilles rivalités typiquement anglo-anglaises (Blur/Oasis). Malgré le génie bruyant des Pixies ou de Nirvana, c'est bien sur l'île que se tenait l'essentiel de nos fantasmes musicaux, peuplés de géniales fulgurances pop, de saillies médiatiques pas toujours passionnantes et aussi de dizaines de groupes éphémères qui laissent ce goût d'inaccompli ou de gâchis, typique des amours de vacances.
Menswear est de ce ceux-là : encensés avant même d'avoir enregistré le moindre single, ils avaient le nom et la dégaine d'une revue de mode, semblaient plus préoccupés par la couleur de leur chemise et l'endroit où tomberait leur mèche rebelle que par la production d'un premier album dont on pouvait redouter le pire. 
Pourtant Nuisance, avec sa pochette qui laisse perplexe (un message de rébellion déguisé en pub de la Fnac et puis cette manière d'écrire son nom avec une arobase -Menswe@r- déjà démodée avant d'être publiée...), n'est pas l'album inodore et incolore qu'on redoutait. 
Johnny Dean connaît les limites de sa voix un peu ingrate et, si les garçons qui l'accompagnent ne font guère d'étincelles avec leurs instruments, Menswear a le sens du single et assume une tradition de l'écriture à l'anglaise qui sait placer les bons riffs aux bons endroits. Les deux premiers morceaux de l'album ont l'évidence des singles de Blur, en moins roublard, et le reste de l'album possède cette brillance qui fit cruellement défaut à Cast, Marion, Dodgy et une quinzaine de leurs autres contemporains. 
A ce titre, on retiendra The One, pièce de rock héroïque aux arrangements de cordes intelligemment piochés chez les Beatles, dont on peut se demander pourquoi elle n'est jamais sortie en single. Côté ballade, on délaissera volontiers le romantisme adolescent de Being Brave pour la véritable sensibilité écorchée de Piece of Me qui fait semblant de clore l'album avant la reprise inutile du lourdingue et stonien Stardust.  
Malgré des prestations scéniques très honorables, le groupe restera toujours au stade de la promesse et le deuxième album sortira, à notre insu, uniquement au Japon, signant la fin d'une histoire qui n'a jamais vraiment eu lieu.
 
Quant à Daydreamer choisi pour ce mix numéro 45, certes il ressemble un peu aux premiers titres de Wire (comme toute la discographie d'Elastica), mais son climat de paranoïa rampante reste efficace vingt ans après. Tout les oubliés de la promo de 95 ne peuvent pas en dire autant...

KAS PRODUCT Party

KAS PRODUCT
Black & Noir

Label : Fan Club
Année : 1990
A1 Mind
A2 Black & Noir
A3 Seven
A4 Take Me Tonight
A5 In Need
B1 Malena
B2 Crash
B3 Mezzo
B4 Electric
B5 Party
B6 Doctor Insane

Genre : Modernes
8° morceau de L'Inventaire 45 : Party

L'un des groupes les plus énigmatiques de la new-wave française... Kas Product, synthétique et minimaliste, plus sombre qu'Edith Nylon, mais pas dénué d'humour non plus (on n'est pas chez Marquis de Sade) arrive de Nancy au tout début des années 80. Ils sont deux et ça suffit largement : Spatsz, dans l'ombre, trafique les claviers, les sons électroniques, les boîtes à rythme. Mona Soyoc, dans la lumière, joue de la guitare ou du piano, mais surtout elle est la voix, douce ou violente. Leur musique dégage un parfum étrange, mêlé d'angoisse et de romantisme, dynamisé par une espèce d'urgence directement héritée du punk. Leur discographie se résume à trois albums enregistrés entre 1982 et 1986 et cette "compilation" sortie en 1990, constituée essentiellement de raretés et d'inédits. A l'époque, ils acquièrent assez vite une base de fans fidèles et la bénédiction des critiques, jusqu'en Angleterre où leur nom circule durant l'année 1982 jusque sur la couverture du mensuel Sounds. Ils sont signés chez RCA, puis passent chez Disc'AZ, mais ne deviennent jamais vraiment célèbres. Leurs rares singles passent à peine sur les radios qui se disent pourtant libres, on leur préfère le rock très français de Téléphone et la pop synthétique légère d'Indochine
Et bien sûr, 30 ans après, il n'y a pas plus tendance : le duo s'est reformé à diverses occasions depuis le milieu des années 2000, leurs titres abondent sur les compils nostalgiques des années post-punk, leurs albums ont été réédités, un livre est sorti sur eux en 2009 (Kas Product : so young but so cold, aux éditions du Camion Blanc) et, consécration ultime, cette compil' vient de ressortir chez le vénérable label londonien Soul Jazz Records. 


KOOL & THE GANG Rated X

KOOL AND THE GANG
Good Times

Label : De-Lite Records
Année : 1972
A1 Good Times
A2 Country Junky
A3 Wild Is Love
A4 North, East, South, West
B1 Making Merry Music
B2 I Remember John W. Coltrane
B3 Rated X
B4 Father, Father

Genre : Funky as hell
7° morceau de L'Inventaire 45 : Rated X

En 1972, même s'ils sont déjà populaires, Kool et ses potes ne sont pas encore la machine à tube qu'ils deviendront à la fin de la décennie. Même le Jungle Boogie, que Tarantino mettra sur orbite avec la b.o. de Pulp Fiction, n'est à l'époque qu'un hit mineur comparé aux futurs succès internationaux et monumentaux de Celebration, Get Down On It ou encore (Ooh la, la, la) Let's Go Dancin'. En fait, comme Earth, Wind & Fire, Kool & The Gang profite vers 75-76 de l'avènement du disco et ramasse les fruits bien mérités d'un travail acharné. 
Si l'on ne peut contester l'efficacité de cette deuxième partie de carrière, il n'est pas inutile de se replonger dans les sept ou huit premiers albums du groupe, portés par un jazz-funk suave et maîtrisé. Good Times réussit le mariage parfait de la danse et de l'improvisation avec l'air de ne pas y toucher : ce groupe est indéniablement "kool"... Tout aussi indispensable que leur second album, le tonique Live at the Sex Machine, le bien nommé Good Times vous donnera à coup sûr envie de vous faire pousser l'afro et les pattes d'éph'. 
Et puis comment résister à un album qui comporte un morceau intitulé I Remember John W. Coltrane ?