samedi 17 octobre 2015

Inventaire 37 - Hey, Disc Jockey !


Inventaire n37 - Hey, Disc Jockey ! par twinselecter

BEN VAUGHN COMBO A Good Woman Is Hard To Find

BEN VAUGHN COMBO
Beautiful Thing

Label : Restless Records
Année : 1987
A1 Jerry Lewis In France    
A2 Clothes Don't Make The Man    
A3 Beautiful Thing    
A4 The North Wind Blew    
A5 Shingaling With Me    
A6 Gimme, Gimme, Gimme    
B1 She's A Real Scream    
B2 Big House With A Yard    
B3 On The Rebound    
B4 A Good Woman Is Hard To Find

B5 Desert Boots     
B6 The Apology Line
Genre :  Rock, for sure...
6° morceau de L'Inventaire 37 : A Good Woman Is Hard To Find

Américain jusqu'au bout des ongles, Ben Vaughn n'est jamais dans les feux des projecteurs, mais il est déjà une légende. Ne serait-ce que pour son album de 1996, Rambler 65, enregistré entièrement... dans sa voiture ! 
Guitariste suave, qui préfère la beauté du son à la virtuosité trop ostensible, il laisse éclater son goût pour le Garage et la Surf Music des origines dans la mirifique bande originale du film parodique Psycho Beach Party. Adoubé par Alex Chilton, qu'il produira à l'occasion, il est de l'aventure unique Cubist Blues déjà évoquée ici. On lui doit également l'habillage musical de la série That 70's Show,pour lequel il opère un lifting réussi au morceau In The Street de Big Star
Il a signé une quinzaine d'albums solo et, avant ça, à la fin des années 80, deux albums avec le Ben Vaughn Combo. Beautiful Thing, le second, dont la pochette affiche déjà le côté "road rambler" du bonhomme, est une véritable balade dans la cambrousse du rock'n'roll. L'écriture paraît simple, certainement parce qu'elle coule de source, avec une dose d'ironie bien placée, à l'image de ce A Good Woman Is Hard To Find dont le texte mérite une écoute attentive. 
Un bon disque est dur à trouver, celui-ci n'est jamais sorti en France !


THE HIGHT & MIGHTY Hands On Experience Pt II

THE HIGH & MIGHTY
Home Field Advantage
Label : Rawkus
Année : 1999
A1 Tip Off Time
A2 Dirty Decibels
A3 Top Prospects
A4 Dick Starbuck "Porno Detective"
A5 B-Boy Document '99
B1 The Last Hit
B2 Hot Spittable
B3 The Meaning
B4 In-Outs
C1 Shaquan & Eon   
C2 The Half
C3 Hands On Experience Pt.II
C4 Weed
D1 Open Mic Night Remix
D2 Mind, Soul, And Body
D3 Friendly Game Of Football   
D4 Mighty Mi For Your Stereo System

Genre : Laidback Hip Hop 
5° morceau de L'Inventaire 37 : Hands On Experience Pt II

Ils sont blancs et ne parlent pas du ghetto. Leurs centres d’intérêt sont plutôt le sport (voir le titre de ce premier album... et de leur second, Air Force 1, qui est le nom d'une célèbre paire de Nike !), la saga Star Wars et, un peu le cul quand-même. Le duo qui constitue The High & Mighty n'a jamais eu la crédibilité hip hop, malgré les évidentes réussites de ce premier album où figurent quand-même Mos Def, Kool Keith et un Eminem alors en pleine éclosion. Même leur arrivée, après une poignée de singles sortis sur leur propre maison de disques, sur le label Rawkus aux côtés de Company Flow, Kool G, Talib Keli et Mos Def justement, ne leur donne pas la "carte". 
Ils sortiront ainsi, bon gré mal gré, quatre albums en six ans avant de lâcher l'affaire. On les retrouve en 2002 à la production, sur le troisième album de Princess Superstar et son irrésistible Bad Babysitter, mais depuis Eric Meltzer alias Mr Eon et Milo Berger AKA DJ Mighty Mi semblent avoir totalement disparu de la circulation.  
Ça peut sembler injuste quand on découvre ce Hands On Experience avec les featuring de Kool Keith et de l'excellente rappeuse What? What? (alias Jean Grae, alias Nasain Nahmeen, alias Run Run Shaw, de son vrai nom Tsidi Ibrahim). Certes, leur rap n'est pas très mature, mais pas moins que les intouchables Beastie Boys. Et puis, faut pas déconner : The High & Mighty c'est pas MC Hammer non plus !

MAYNARD FERGUSON Spinning Wheel

MAYNARD FERGUSON
Horn 2

Label : CBS (Columbia)
Année : 1972
A1 Give It One
A2 Country Road
A3 Theme From "Shaft"
A4 Theme From "Summer Of '42"
B1 Mother
B2 Spinning Wheel
B3 Free Wheeler
B4 Hey Jude

4° morceau de L'Inventaire 37 : Spinning Wheel

Maynard Ferguson était canadien. Il était trompettiste et chef d'orchestre. Il a pondu une soixantaine d'albums, reprenant à peu près tout et n'importe quoi dans des arrangements dynamiques, un peu boursouflés, souvent sirupeux, mais parfois irrésistibles. Sa virtuosité, notamment sa maîtrise des notes les plus aiguës du cornet à piston, est bien souvent fustigée par les amateurs de jazz sérieux qui ne voient en lui qu'un gymnaste de la musique. 
C'est un peu injuste : en fouillant sa discographie, quitte à se taper des morceaux qui devaient faire fureur dans les ascenseurs et les supermarchés des années 70, on tombe sur quelques grands moments de jazz-funk. 
Ici, sa reprise de Shaft remplit le contrat, mais c'est cette version du Spinning Wheel de Blood, Sweat & Tears avec la méchante section rythmique incarnée par Randy Jones et Dave Lynane (c'est qui ?), qui dévaste tout sur son passage. Un festival de cuivres qui se courent après, se répondent, se chevauchent et vous donnent envie d'aller reprendre un cocktail au bar du Pacific Princess... Servi frappé par Isaac, bien entendu !

IBIBIO SOUND MACHINE Asem Usem Iyak

IBIBIO SOUND MACHINE

Label : Soundway Records
Année : 2014
A1 Voice Of The Bird (Uyio Inuen)
A2 I'm Running (Nya Fehe)
A3 The Talking Fish (Asem Usem Iyak)
A4 Let's Dance (Yak Inek Unek)
A5 Uwa The Peacock (Eki Ko Inuen Uwa)   
B1 The Tortoise (Nsaha Edem Ikit)   
B2 Woman Of Substance (Awuwan Itiaba)   
B3 Prodigal Son (Ayen Ake Feheke)   
B4 Got To Move, Got To Get Out! (Ana Nkpong Ana Nwuoro)   
B5 Ibidio Spiritual

Genre : Afroélectrofunk
3° morceau de L'Inventaire 37 : The Talking Fish (Asem Usem Iyak)

Célébré régulièrement ici, le label Soundway Records ne se contente pas d'extraordinaires rééditions d'incunables de la sono mondiale. A force de voyager à travers le monde en quête de groove exotique et de fusion sonore, la maison ouverte mais exigeante a fini par signer des groupes d'aujourd'hui, ceux qui prolongent l'héritage sans forcément regarder en arrière. Ainsi, tandis que le funk psychédélique de Fumaça Preta a parcouru les festivals européens cet été, les sons plus électroniques mais indéniablement africains d'Ibibio Sound Machine devraient irriguer les dance floors les plus résistants. 
Sorti il y a u peu plus d'un an, porté par l'imparable single Let's Dance (qui renvoie celui de Bowie au siècle auquel il appartient), l'album d'Ibibio Sound Machine, s'il est un peu prévisible sur ses rares morceaux calmes, s'écoute difficilement assis. Meneuse indiscutable du groupe, la chanteuse Eno Williams et née à Londres mais ce sont ses origines nigériennes qui habitent littéralement le disco technoïde de Max Grunhard, Leon Brichard & Benji Bouton, musiciens du groupe et surtout producteurs de ce son aérien mais chaleureux. Ainsi ce "poisson parlant" (Asem Usem Iyak en version originale) au cœur du mix 37, dont la rythmique rappelle confusément le premier succès de Gil Scott-Heron : The Revolution Will Not Be Televised, les cuivres en plus.
Un EP de remixes est sorti cet été : c'est sympa mais un peu léger pour satisfaire notre appétit, maintenant qu'on a goûté au truc...

Max Grunhard, Leon Brichard & Benji Bouton
Max Grunhard, Leon Brichard & Benji Bouton
Max Grunhard, Leon Brichard & Benji Bouton

GRANT LEE BUFFALO Dixie Drug Store

GRANT LEE BUFFALO
Fuzzy

Label : Slash
Année : 1993
A1 The Shining Hour
A2 Jupiter And Teardrop
A3 Fuzzy
A4 Wish You Well
A5 The Hook
A6 Soft Wolf Tread
B1 Stars 'N Stripes
B2 Dixie Drug Store
B3 America Snoring
B4 Grace
B5 You Just Have To Be Crazy  

Genre : Deep Americana Rock
2° morceau de L'Inventaire 37 : Dixie Drug Store

Oh, comme nous l'avons aimé cet album ! 
Dans les années 90, entre une brit'pop fatigante à force d'attitude et d'auto-complaisance, et un mouvement grunge déjà à l'agonie, on sentait bien que quelque chose s'essoufflait. Le hip-hop explosait, le trip-hop arrivait et l'électro prenait le pouvoir : les guitares commençaient à vraiment sentir mauvais. 
Et voilà que débarque ce trio sorti du fond des âges, autour du sempiternel triangle guitare/basse/batterie, avec une dizaine de compositions venues d'une looooongue tradition américaine où l'on sentait des flagrances d'Hank Williams, de Neil Young, ou, pour faire plus récent du Gun Club... En tous cas, rien qui n'affiche la moindre revendication de modernité.
Sauf qu'avec un talent pareil, qui se soucie de tels détails ? Les chansons de Grant-Lee Phillips, chanteur, guitariste et compositeur du groupe, frappent juste dès la première écoute et, on peut bien le dire maintenant, tiennent parfaitement le coup plus de 20 ans après. Un album sans faiblesse, porté par un single déchirant (Jupiter and Teardrops, une histoire d'amants maudits, séparés par la prison et le crime).  Sans compter que, sur une petite scène du sud de la France, le trio montra qu'il passait de la ballade acoustique intimiste à la plus brutale sauvagerie sans effet superflu, sans additif, avec une batterie sommaire, une basse, parfois même une contrebasse et une guitare électro-acoustique capable  de vous dévisser la tête. Nous n'étions pas très nombreux, mais on s'en souvient tous...
Après, il y eut deux ou trois autres albums, puis une carrière solo pour Grant Lee Phillips. Mais nous avions déjà lâché l'affaire, conscients qu'un miracle comme Fuzzy ne se produit qu'une fois.

ADRIANO CELENTANO Disc Jockey

ADRIANO CELENTANO 
Prisencólinensináinciúsol/
Disc Jockey

Label : Galloway/Clan Celentano
Anné : 1973

Genre : 1er rap italien
1° morceau de L'Inventaire 37 : Disc Jockey

Mais que devient Adriano Celentano
L'homme qui inventa le rock italien, après avoir vu Bill Haley sur scène, vendra quelques 150 millions de disques entre les années 60 et 70, avec son personnage irrésistible de crooner-rocker nonchalant. 
Ses succès marquent l'époque et s'installent dans les mémoires, bien au-delà de l'Italie, de 24000 baci  à Svalutation, en passant par le lancinant I Want To Know : 5 minutes 20 de pur bonheur mélancolique.
Quant à ce 45t, avec sa face A dans une langue inventée, Prisencólinensináinciúsol, et sa face B qui reprend le même motif rythmique dans une longue apostrophe au D.J. ("Hey D.J., qu'attends-tu pour mettre ce disque de ouf', l'ambiance est déjà bouillante !), il est tout simplement l'un des précurseurs du rap, quelques années avant son acte de naissance officielle à New York.
Loin de se contenter de ces succès musicaux, Celentano sera acteur d'une bonne trentaine de films (dont Mon curé va en boite !) et, depuis les années 80, un  animateur télé aux opinions bien tranchées. 
Il a fait son retour pour deux concerts historiques à guichet fermé en 2012, dans les arènes de Vérone, proposant chaque fois 6000 places au prix d'1€ symbolique pour les plus défavorisés. Le vieux rocker a du cœur...

lundi 31 août 2015

Inventaire 36 - Three Wishes


THE DUKES OF STRATOSPHEAR 25 O'Clock

THE DUKES OF STRATOSPHEAR
25 O'Clock

Label : Virgin
Année : 1985
A1 25 O' Clock
A2 Bike Ride To The Moon
A3 My Love Explodes
B1 What In The World ??...
B2 Your Gold Dress
B3 The Mole From The Ministry 


Genre : Psyché pop in wonderland
6° morceau de L'Inventaire 36 : 25 O'Clock


Drôle de pochette, drôle de groupe ! Un hommage direct aux visuels bariolés et absurdes du psychédélisme 60's, un mini LP composé de 6 titres qui dérapent tous vers la folie : les Dukes of Stratosphear débarquent de nulle part au milieu des années 80 avec un son qui tient aussi bien de la nostalgie du Sergent Poivre, que d'une envie d'ignorer la new-wave qui squatte les radios à ce moment-là. Le disque est habile, l'hommage assez inventif pour ne pas sembler trop passéiste : une jolie réussite dans une indifférence quasi générale.
Derrière ce coup fourré, le trio Andy Partridge, Colin Moulding et Dave Gregory, soit le noyau dur du groupe XTC dont l'histoire est déjà plutôt complexe : le groupe a connu un immense succès dès1979 avec le single Making Plans For Nigel, mais a vu son ascension freinée par les attaques de panique du chanteur (Andy Partridge) dont le point culminant surviendra lors d'un concert à Paris, en 1982, qui mettra fin à leurs prestations scéniques. 
Trois ans plus tard, après l'échec de leur dernier album The Big Express, ils recommencent à s'amuser en studio avec ce projet pour lequel ils prennent d'improbables pseudos (Sir John Johns, The Red Curtain et Lord Cornelius Plum) et rappellent leur premier producteur : le mythique John Leckie. Mais ni cette parenthèse hallucinée, ni les albums suivants ne raméneront le groupe dans la lumière.
Évidemment, ce petit premier album de The Dukes Of Stratosphear est devenu aujourd'hui l'objet d'un petit culte, mais depuis 2008, les membres du groupe semblent tous avoir disparu de la stratosphear...

TRICKY Gangster Chronicle

TRICKY
Adrian Thaws

Label : False Idols
Année : 2014
A1 Sun Down
A2 Lonnie Listen
A3 Something In The Way
B1 Keep Me In Your Shake
B2 The Unloved (Skit)    
B3 Nicotine Love
C1 Gangster Chronicle
C2 I Had A Dream
C3 My Palestine Girl
D1 Why Don't You
D2 Silly Games   
D3 Right Here   
D4 Silver Tongue - When You Go

Genre : Dark side of the man
5° morceau de L'Inventaire 36 : Gangster Chronicle

L'un des hommes-clés des années 90, inventeur d'un son feutré et menaçant qu'on qualifia de "trip-hop", tout d'abord au sein du collectif Massive Attack, puis très vite sous son nom : l'homme avait besoin de creuser plus en profondeur...
Comme souvent avec ceux-là qui ont un style très marqué (Bjork, Fellini, Van Gogh...) le problème va être le renouvellement. On reconnaît immédiatement un morceau de Tricky, c'est sa force et sa faiblesse. Et même lorsqu'il perd sa muse et collaboratrice des premiers jours, la chanteuse à la voix aussi sensuelle qu'inquiétante Martina Topley-Bird, et même lorsqu'il multiplie les collaborations avec des gens issus de milieux aussi divers que le hip-hop, la dance music ou la brit'pop, un morceau de Tricky reste un morceau de Tricky : poisseux, dérangeant, souterrain mais puissant.

Aujourd'hui, après vingt ans de carrière et une bonne dizaine d'albums sous son nom, on ne sait plus trop qu'attendre du génie enfumé de Bristol, qui produit sa musique en totale autonomie sous son propre label, absent des playlists des radios, poliment suivi par quelques médias spécialisés et, heureusement par des fans sur plusieurs générations.
Ce LP, sorti fin 2014, porte son véritable nom, Adrian Thaws, sans paraître plus intime que les précédents. On y retrouve des tics d'écriture, une chanteuse fiévreuse et sa propre voix d'outre-tombe... Mais aussi une énergie et une inspiration réjouissantes, un peu de nerf là où on ne l'attendait pas. 
Il parle ici et là de son album "le plus taillé pour les clubs". Une blague certainement : même si le riff de synthé du morceau Nicotine Love rappelle la dance des 90's, on voit mal les Guetta du jour balancer Adrian Thaws sur les dance floors. 
Dommage, l'album embrasse et absorbe une grande variété de styles musicaux sans jamais rien perdre de sa cohérence. Ska, dance électro et hip-hop qui tabasse, comme dans cet hallucinant Gangster Chronicle choisi pour notre mix, dans laquel Tricky sample habilement le premier classique de Massive Attack, Unfinished Sympathy, qu'il n'a pourtant pas signé. 
Encore une manière tordue d'assumer l'héritage, de boucler la boucle sans la refermer totalement.    

PAUL WILLIAMS That's Enough For Me

PAUL WILLIAMS
Just An Old Fashionned Love Song

Label : A&M
Année : 1971
A1 Waking Up Alone    
A2 I Never Had It So Good    
A3 We've Only Just Begun    
A4 That's Enough For Me    
A5 A Perfect Love    
B1 An Old Fashioned Love Song    
B2 Let Me Be The One    
B3 Simple Man    
B4 When I Was All Alone    
B5 My Love And I    
B6 Gone Forever

Genre : Old Fashionned Love Songs
4° morceau de L'Inventaire 36 : That's Enough For Me

Connu en France pour avoir incarné le diable dans le chef-d’œuvre de Brian De Palma, Phantom Of The Paradise, Paul Williams est avant tout un "auteur-compositeur-interprète" américain qui enregistra essentiellement au cours des années 70. On lui doit quelques b.o., celles du De Palma évidemment, mais aussi celle de Bugsy Malone d'Alan Parker dans laquelle on retrouve son timbre de voix doux-amer et son aisance à mélanger le rétro et l'air du temps, parfaitement adaptée aux comédies musicales sur lesquelles il travaille. Que ce soit pour les musiques de films ou ses albums de chansons, Paul Williams est avant tout un "faiseur", un artisan discret, dans l'ombre de contemporains plus ambitieux du type Randy Newman ou Elton John. On lui doit aussi les paroles du générique kitch et ringard de la série kitch et ringarde Loveboat/La Croisière s'amuse
Entre De Palma et Gopher, l’œuvre de Paul Williams n'est pas exempte de mauvais goût ni de guimauve à peine digeste. Il n'empêche qu'on trouve dans sa discographie quelques chansons exemplaires, inspirées, ciselées, orchestrées avec juste ce qu'il faut de finesse et de pertinence pour arracher à l'auditeur un soupir de plaisir. That's Enough For me en est une, sortie de ce deuxième album très inégal mais attachant : Just An Old Fashionned Love Song.
On pardonne beaucoup à un type qui a une voix pareille...  

DONALD BYRD Street Lady

DONALD BYRD
Street Lady

Label : Blue Note
Année : 1973
A1 Lansana's Priestess
A2 Miss Kane
A3 Sister Love
B1 Street Lady
B2 Witch Hunt
B3 Woman Of The World


Genre : Groovy jazz 
3° morceau de L'Inventaire 36 : Street Lady

Dans la pléthorique discographie de Donald Byrd, une pochette mythique (voir ci-dessous) incarne à elle seule l'élégance de Blue Note et un âge d'or du jazz. Moins célèbre que d'autres trompettistes de sa génération (Miles Davis est né en 1926, Chet Baker en 1929, Donald Byrd en 1932), il est pourtant l'une des pointures du hard-bop, collaborateur de Coltrane qui l'influence alors musicalement et spirituellement, et découvreur entre autres d'Herbie Hancock
Sans l'afficher aussi ostensiblement que Miles Davis, il prend dans les années 70 la mesure de l'impact du funk, qu'il insuffle directement dans sa musique, devenant l'une des têtes de file de ce qu'on appelle, faute de mieux, le jazz-fusion. 
C'est que Donald Byrd maîtrise parfaitement son affaire : en plus d'être un instrumentiste de premier plan, il a étudié la composition en Europe (notamment avec Nadia Boulanger) qu'il enseignera à son tour dans les universités américaines. Byrd est aussi un homme d'affaire avisé, qui a étudié le droit et l'applique directement à son domaine de prédilection. 
Si depuis les années 70 sa discographie n'a pas échappé à quelques fautes de goûts, notamment au niveau de la production, Donal Byrd, décédé en 2013, fait non seulement aujourd'hui partie des maîtres du jazz, mais aussi des artistes les plus samplés par les recycleurs du hip-hop et de l'électro.  Quand on entend le groove infernal de ce Street Lady qui donne son titre à l'album, on comprend tout de suite pourquoi.

L'album A New Perspective, dont la pochette est souvent plus connue que le contenu
 

APHRODITE'S CHILD You Always Stand In My Way

APHRODITE'S CHILD
End Of The World

Label : Mercury
Année : 1968
A1 End Of The World
A2 Don't Try To Catch A River
A3 Mister Thomas
A4 Rain And Tears
A5 The Grass Is No Green
B1 Valley Of Sadness
B2 You Always Stand In My Way
B3 The Shepherd And The Moon
B4 Day Of The Fool

Genre : Grec Psychédélique
2° morceau de L'Inventaire 36 : You Always Stand In My Way

L'affaire est entendue pour la plupart d'entre nous : Aphrodite's Child est le groupe de Demis Roussos, essentiellement connu pour son slow baveux : Rain And Tears
Depuis quelques années cependant, les pêcheurs de samples et amateurs de rock progressif s'arrachent 666, leur troisième et dernier album sur lequel Evangelos (qui deviendra vite "Vangelis") Papathanassiou, clavier et compositeur du groupe, laisse libre cours à son inspiration démentielle, passant allègrement de la ballade acoustique vaguement psychédélique aux expérimentations les plus osées (y compris un morceau terrifiant dans lequel Irène Papas entre en transe et atteint l'orgasme).
Il y a dans leur courte discographie à boire et à manger, des chansons parfois indigestes, souvent datées (oui, la musique a aussi une date de péremption) et puis quelques fulgurances...
End Of The World est leur premier album, celui qui contient LE tube guimauve (habilement rajouté sur la pochette de cette réédition, en-dessous du titre de l'album). Toutes les compos sont signées Vangelis et les paroles... Boris Bergman, futur parolier du Bashung d'avant la sanctification (1979-1989). D'autant plus surprenant que ces textes sont écrits dans un anglais à visée poétique, dont l'auteur s'acharne à donner une lecture revisitée, en français cette fois, au dos de la pochette. Un texte qui sent le patchoulis et le chanvre et qui se termine par cette phrase immortelle : "Dans une autre salle de ce palais, Demis (le chanteur) aidé de Lucas (le batteur) mêlant le rythme au mouvement qu'il donnait aux mots, a pu un moment nous faire croire que la langue de Shakespeare était devenue celle d'Homère..."
Il n'empêche : ce You Always Stand In My Way, en deuxième position du mix 36, est une tuerie, avec son piano et sa ligne de basse funky, et ce bon vieux Demis (le chanteur), qui s'époumone à tenter de faire dégager l'olibrius qui "lui barre la route".

TELEVISION PERSONALITIES Three Wishes

TELEVISION PERSONALITIES
They could Have Been Bigger Than The Beatles

Label : 1972 (Orig : Whaam! Records)
Année : 1982
A1 Three Wishes    
A2 David Hockney's Diary    
A3 In A Perfumjed Garden    
A4 Flowers For Abigail    
A5 King And Country    
A6 The Boy In The Paisley Shirt    
A7 Games For Boys    
B1 Painter Man    
B2 Psychedelic Holiday    
B3 14th Floor    
B4 Sooty's Disco Party    
B5 Makin' Time    
B6 When Emily Cries    
B7 The Glittering Prizes    
B8 Anxiety Block    
B9 Mysterious Ways

Genre : Post punk psyché
1° morceau de L'Inventaire 36 : Three Wishes

Sur les magistrales compilations que Soul Jazz Records a consacrées récemment au punk figure le morceau Part Time Punk qui résume toute l'ironie des Television Personalities : formés en 1978 sous l'impulsion du "do it yourself" préconisé par la vague punk, les Television Personalities ne sont pas dupes. Le mouvement est récupéré, pour ne pas dire vicié d'entrée (La Grande Escroquerie du Rock'n'roll), déja quasiment mort en 78 (no future !) et, surtout, il manque pour une grande part d'humour et d'auto-dérision. 
Un reproche qu'on ne peut pas faire à Dan Treacy et son copain d'école Ed Ball qui président à la naissance de cette espèce de groupe insaisissable. A la fois naïfs et malins, d'une grande faiblesse technique mais inspirés, ils écrivent des chansons courtes, apparemment simples, mais tellement atypiques pour l'époque, et jusqu'à aujourd'hui, qu'on les dirait sorties de nulle part.
 "Avec leurs copains des Television Personalities, les Swell Maps engendrèrent une branche du post-punk qui fétichisait l'ingénuité. Voix fluettes, rythmiques chancelantes, lignes de basses bourdonnantes et rudimentaires, guitares négligemment dissonantes : les groupes DIY se délectaient du potentiel bruitiste de la guitare sans pour autant "faire du rock"..." On ne saurait mieux résumer la musique des Television Personalities que le fit Simon Reynolds dans le bouquin qu'il consacra au "Post-punk" : Rip It Up and Start Again (éditions Allia)
Ce faux troisième album, recueil des premiers singles, de démos et d'inédits sorti en 1982 est une bouffée d'air frais. On y découvre une pop totalement libre et légère, dont les voix défaillantes et le côté bricolage peuvent apparaître au départ comme un handicap, mais finissent par charmer l'auditeur. Quant au Three Wishes, choisi pour ouvrir notre 36e Inventaire, dans un monde idéal, ce serait un tube...

Depuis longtemps introuvable, l'album est ressorti sur l'étrange label 1972, dont le catalogue, dédié aux rééditions, propose quelques perles de Stereolab, Aphex Twin, Jesus & Mary Chain ou encore le chef d’œuvre d'Echo & The Bunnymen : Ocean Rain
Reste à savoir pourquoi ils n'ont pas gardé le visuel d'origine de la pochette, qui se résumait à son titre, modèle d'auto-dérision pour un groupe qui se savait condamné à un public confidentiel, et semblait s'en battre l’œil...

samedi 4 juillet 2015

Inventaire 35 - Le Twist du plaisir


BABATUNDE OLATUNJI Adofo

OLATUNJI
Flaming Drums !

Label : Columbia
Année : 1962
A1 Abana    
A2 African Spiritual    
A3 Uhuru    
B1 Mystery Of Love    
B2 Adofo    
B3 Hail The King


Genre : African jazz
8° morceau de L'Inventaire 35 : Adofo

Certainement l'une des influences les moins avouées de Gainsbourg. Pillé pour son album Percussions en 1964 : Babatunde Olatunji est un maître des rythmes africains, comme l'immense Doudou N'diaye Rose disparu ce 19 aout 2015. Mais, alors que la réputation internationale du Sénégalais Doudou s'est faite essentiellement sur scène et tardivement, le Nigérien Babatunde Olatunji est à la mode dès la fin des années 50 et déroule une discographie d'une bonne quinzaine d'albums, dont deux posthumes en 2004 et 2005. Probablement parce que la musique d'Olatunji est moins brute, plus arrangée et plus métissée, le musicien s'étant installé aux États-Unis dès 1950 grâce à une bourse d'études.
Cet album Flaming Drums ! fait la part belle aux chœurs, aux flûtes et même aux cuivres plus "occidentaux", le second morceaux de la face A, African Spiritual, oscillant ainsi entre le gospel et le jazz (pas étonnant quand on retrouve le nom du trompettiste Clark Terry parmi les musiciens de la session d'enregistrement), soutenu par une caisse claire qui ne dépareillerait pas dans les "marching bands" américains. Et ça n'est certainement pas un hasard si le troisième morceau Uhuru rappelle les compositions de John Coltrane période Africa Brass, les deux musiciens ayant développé une solide amitié qui se traduira notamment par la création du "Olatunji Center for African Culture" à Harlem... 
Les 6 titres de Flaming Drums ! s’avèrent finalement non seulement irrésistiblement dansant, mais aussi d'une grande liberté mélodique, le tout parfaitement produit par John Hammond, qui emballera, cette même année 62, le premier album de Bob Dylan.
Quant au sans-gène de Gainsbourg, qui signe de son nom les morceaux puisés dans la discographie d'Olatunji, il inspirera peut-être le percussionniste qui, en 73, oubliera de créditer Manu Dibango dont il reprend le tube Soul Makossa sur son album éponyme.

CANNIBAL MOSQUITOS Le Twist Du Plaisir

CANNIBAL MOSQUITOS
Surfin Love Party

Label : Dirty Witch Records
Année :  2013
A1 The Love Initiation    
A2 Bad Love Twist    
A3 Le Twist Du Plaisir    
A4 Nice Girl Feet From Honolulu    
A5 Destiné    
A6 Surfin Love Party    
B1 Rupture Sentimentale    
B2 Ciao Amore    
B3 El Bimbo    
B4 Voulez Vous Twister Mademoiselle ?    
B5 Flip Flop Of Gypsy Girl    
B6 Pink Manly Lover
Genre : Sex & Surf Music

7° morceau de L'Inventaire 35 : Le Twist Du Plaisir

Les Cannibal Mosquitos sont trois. Ils débarquent sur scène en combinaisons oranges, masqués et mandibulés. Ils jouent vite et fort, une surf musique sans parole matinée de punk garage. Ils sont soutenus par des écrans diffusant des séries z, où des nanas plus ou moins sexy mettent des mawashis à des types moustachus. Quelques samples torrides débarquent sans prévenir entre et pendant les morceaux. 
Sur cet album ultra rapide et compact, leur second sur le label Dirty Witch Records, entre quelques "compositions" directement inspirées du dieu Dick Dale, ils dynamitent le slow baveux de Guy Marchand, Destiné, et revisitent le mini-tube proto-disco de 1974 : El Bimbo.
Nous avons eu l'honneur de mixer en première partie de leur prestation au FIRN 2015. Leur disque est orange et contient plein de morceaux de deux minutes capables de relancer une soirée moribonde. Il eut été stupide de s'en passer.

CHRISTOPHE Le Petit Gars

CHRISTOPHE
Les Mots Bleus

Label : Les Disques Motors
Année : 1974
1 Le Dernier Des Bevilacqua
A2 Señorita
A3 C'est La Question
B1 Les Mots Bleus
B1a Partie Chant
B1b Final
B2 La Mélodie
B3 Le Petit Gars
B4 Drôle De Vie
B5 Souvenirs

Genre : Etrange variété
6° morceau de L'Inventaire 35 : Le Petit Gars

Régulièrement, les ringards d'antan deviennent à la mode. La réévaluation peut être due à plusieurs critères. L'un des plus évidents étant que le temps qui passe embellit certains souvenirs : ce qui nous semblait sans intérêt, vulgaire ou de mauvais gout dans notre jeunesse rebelle fait désormais partie de notre passé, de nos souvenirs, et prend le goût douceâtre de la nostalgie.
Mais Christophe est un cas à part. Il y a bien plusieurs vies, plusieurs facettes, derrière ce visage de séducteur à l’ancienne, blond et moustachu comme la photo du coiffeur qui n'a pas changé sa vitrine depuis... toujours. 
Au début des années 70, Christophe adopte deux collaborateurs déterminants : le promoteur/producteur Francis Dreyfus, qui monte la compagnie des Disques Motors où le chanteur aura quartier libre, et un jeune parolier qui n'est pas encore le roi du synthé pompier, Jean-Michel Jarre, guère plus novateur à l'écrit qu'à la composition, mais particulièrement en phase avec la mélancolie discrètement étrange de Christophe Bevilacqua
De la bande originale du sulfureux film de George Lautner, La Route de Salina, jusqu'au bien nommé 33t Le Beau Bizarre, le casanova crooner va développer au cours des années 70 un univers très singulier, au milieu de nulle part, jamais très loin du mauvais goût et de la ringardise, ni de l'inspiration divine. Bien sûr, il y a Les Mots Bleus, dont la reprise de Bashung presque vingt ans après, à permis de mesurer toute la profondeur. Mais cet album contient aussi la première version du Dernier des Bevilacqua, autobiographie vaguement tordue, et ce drôle de Petit Gars (inclus dans l'Inventaire 35) qui anticipe de quelques années la passion que Christophe portera à un autre crooner torturé : Alan Vega.  
Les Paradis Perdu, Samouraï, Le Beau Bizarre... au total sept albums studio qui, sans être des chef-d’œuvres, contiennent tous quelques bonnes raisons de passer outre le cliché du chanteur à minettes. D'ailleurs, on s'en est rendu compte avec son retour en grâce en 1996 avec l'album Bevilacqua, adoubé par Libé, donnant enfin la carte "tout-accès" au chanteur du slow le plus baveux de l'été 65. 

CAN A Spectacle

CAN
Can

Label : Free Bird (Harvest/EMI)
Année : 1978
A1 All Gates Open
A2 Safe
A3 Sunday Jam
B1 Sodom
B2 A Spectacle
B3 E.F.S. Nr. 99 ("Can Can")
B4 Ping Pong
B5 Can Be


Genre : German vibes
5° morceau de L'Inventaire 35 : A Spectacle

Can n'a jamais été autant à la mode qu'aujourd'hui où leur mélange de boucles hypnotiques et d'improvisations savantes excite autant les adeptes de la transe électronique que les amateurs de musique live et complexe. 
De l'embarrassant qualificatif de "krautrock" (qui désigne à peu près tout ce que l'Allemagne à compté d'innovant dans les années 70) au réducteur "Elektronische Muzik" en passant par le très connoté "Rock progressif", les spécialistes se cassent un peu les dents sur la définition de leur production. Peut-être aussi parce qu'elle ne cesse d'évoluer et d'explorer de nouvelles directions au fil des albums. 
Ainsi, si l'on s'accorde à porter aux nues leurs cinq premiers 33t, ne faudrait-il pas négliger le reste de leur discographie, certes plus chaotique (changement de personnel, ressortie de vieilles bandes, album à tirage limité constitué de session d'improvisation...) mais encore pleine de ressource. 
Cet album sans véritable titre (il s'appelle Can, Innerspace ou encore The Legendary Can selon les époques et les lieux de pressage) semble hésiter entre une ambition plus légère, voire commerciale (leur étrange relecture d'Offenbach) et leur habituelle transe créative qui accouche de morceaux impossibles à sortir en singles. 
Entre les deux, l'incroyable A Spectacle : un disco-funk sans refrain, à la fois bizarre et efficace qui a certainement influencé l'électro-dance martiale des !!!. Tellement remarquable que le morceau ouvre les compilations Deutsche Elektronische Muzik, lancées voici 5 ans par le bien-aimé label Soul Jazz Records. C'est ce qu'on appelle "une référence"...

JUNGLE BROTHERS Black Is Black

JUNGLE BROTHERS
Straight Out The Jungle

Label : Warlock Records
Année : 1988
A1 Straight Out The Jungle    
A2 What's Going On    
A3 Black Is Black
A4 Jimbrowski
A5 I'm Gonna Do You    
B1 On The Run    
B2 Behind The Bush    
B3 Because I Got It Like That    
B4 Braggin & Boastin    
B5 Sounds Of The Safari    
B6 Jimmy's Bonus Beat

Genre : Cool Hip Hop
4° morceau de L'Inventaire 35 : Black is black

Les Jungle Brothers sont un peu les laissés pour comptes du collectif Native Tongues, qui comptait en son sein De La Soul et A Tribe Called Quest. Le credo de cette association éphémère de rappeurs s'articulait autour de paroles interrogeant leurs origines afro-américaines avec un optimisme qui tranche avec le gangsta rap émergeant, même si les deux courants évoquent parfois des thèmes similaires. L'album violent et brut de N.W.A., Straight Outta Compton, sort la même année que ce Straight Out The Jungle ultra-cool, ça n'est peut-être pas une coïncidence... 
Mais au-delà des textes, Jungle Brothers partage avec les autres membres du Native Tongues une approche décontractée et très musicale du hip hop. On parle de fusion "jazz-rap" à leur propos, mais même cette étiquette est réductrice pour leur approche soft et mélodique, leurs grooves moelleux, leurs samples pléthoriques et parfaitement intégrés qui montrent une large ouverture d'esprit : de Graham Central Station au thème de Star Wars en passant par Marvin Gaye, Manu Dibango, Prince ou le jazz-funk irrésistible de Mandrill. La diction évoque effectivement souvent De La Soul, leurs potes d'A Tribe Called Quest sont cités au détour d'un morceau et l'attitude pacifique et proche de la nature d'Arrested Development n'est pas très loin. 
Leur ouverture d'esprit est même plus large que ça : la version CD de l'album comporte un morceau de house, I'll House You, qui sort en single et tourne en club, mais ne suffit pas à les mettre totalement sur le devant de la scène. Malgré l'échec cuisant du deuxième album, les Jungle Brothers parviennent tout de même à sortir sept albums en une vingtaine d'années. Le dernier date de 2006. 


THE MERSEYBEATS You Can't Judge A Book By Its Cover

THE MERSEYBEATS
 On Stage (EP)

Label : Fontana
Année : 1964
A1 : Long, Tall Sally
A2 : I'm Gonna Sit Right Down And Cry
A3 :  Shame
A4 : You Can't Judge A Book By Its Cover

Genre : Garage Rock
3° morceau de L'inventaire 35 : You Can't Judge A Book By Its Cover

Leur nom peut prêter à confusion : le Merseybeat n'est pas seulement le nom d'un group mais aussi celui qui englobe la pop anglaise initiée par les premières compositions des Beatles, moins dure et plus riche en harmonies que les morceaux des pionniers du rock'n'roll. Apparus à la même période et au même endroit que les idoles de Liverpool, les Merseybeats sont même réputés pour avoir souvent partagé la mythique scène de la Caverne avec ces quatre "garçons dans le vent". Pourtant, leur son est plus dur, plus sauvage, et on les sortirait volontiers de ce courant homonyme pour les envoyer dans la catégorie "Garage Rock", notamment avec ce quatre titre On Stage, qui n'est peut-être pas réellement enregistré live mais qui possède pourtant l'énergie brute et l'effervescence d'une prestation scénique.
Pour toute ces raisons, le titre de ce classique du pionnier du rock Willie Dixon, You Can't Judge A Book By Its Cover (dont l'équivalent français serait le proverbe "Il ne faut pas se fier aux apparences"), leur convient parfaitement. En plus de cet aspect anecdotique, leur version reste, quelques 50 ans plus tard, l'une des plus puissantes, même si le morceau a depuis été repris en disque et sur scène par des milliers de groupes en quête de crédibilité rock'n'roll.
Pas grand chose a dire de plus : les Merseybeats ont existé de 63 à 65. Ils ont enregistré en tout et pour tout une grosse poignée de singles et un album qui, curieusement, privilégie plutôt les ballades et se rapproche du son Beatles. Rien de tout ça n'a jamais été édité en CD.

OS NOVOS BAIANOS Tinindo Trincando

BRAZIL 70
After Tropicália New Directions in Brazilian Music in the 1970s

Label : Soul Jazz Records
Année : 2007
A1 Secos E Molhados : Amor
A2 Alceu Valença : Punhal De Prata
A3 Novos Baianos : Tinindo Trincando
A4 Jaime Alem & Nair De Cândia : Passará
B1 Gilberto Gil : Sai Do Sereno
B2 Erasmo Carlos : Mané João
B3 Gal Costa : Pontos De Luz
B4 Rita Lee : Corista De Rock
B5 Nelson Angelo & Joyce : Sete Cachorros
C1 Gilberto Gil : O Canto Da Ema
C2 Novos Baianos : América Tropical
C3 Raul Seixas : Mosca Na Sopa
D1 Nelson Angelo & Joyce : Vivo Ou Morto
D2 Ednardo E O Pessoal Do Ceará : Ingazeiras
D3 Raul Seixas : As Aventuras De Raul Seixas Na Cidade De Thor
D4 Mar Revolto : Contendas De Sincorá
Genre : Funkypsychedelicabraziliangroove
2° morceau de L'Inventaire 35 : Tinindo Trincando

En toute logique, deux ans après avoir consacré un volume à la révolution culturelle opérée par quelques musiciens brésiliens dès 1968 (Tropicália A Brazilian Revolution in Sound), le label Soul Jazz récidive en 2007 avec la vague qui a immédiatement suivi le chemin montré par ces précurseurs dans les années 70.
On retrouve ici deux de ces parrains (Gilberto Gil et Gal Costa), ainsi que Rita Lee, la chanteuse des cultissimes Os Mutantes, mais le reste du personnel est constitué de noms nouveaux et moins connus par ici. Moins connus mais tout aussi déchainés : si l'on discerne aisément l'influence psychédélique et électrique venue d'Amérique du Nord, les artistes ici présents proposent une débauche rythmique et mélodique typiquement brésiliennes, très éloignées du rock de stade boursouflant qui envahissait les États-Unis à la même période.
Os Novos Baianos, choisi pour notre inventaire 35, est un collectif de quatre musiciens à l'origine qui évoluera au fil de leur neuf ans de carrière (1970-78). Très vite se rajoutent deux musiciens sur scène, puis en studio, dont le guitariste, compositeur et arrangeur Pepeu Gomes qui épousera la chanteuse du groupe Baby Consuelo et, dans la foulée intègrera définitivement la formation. En 72, ça tourne même à la communauté qui vit ensemble et pratique dans un même élan la musique et le football (on est bien au Brésil !) Évidemment, ce genre de chose finit toujours par déraper et le dernier album, Farol Da Barra, attribue pour la première fois chaque titre au membre qui l'interprète et non plus à l'ensemble du groupe. Une individuation qui annonce clairement les différentes carrières solos qui suivirent le split.

Le double vinyl est depuis longtemps épuisé, mais il reste encore du CD chez Soul Jazz Records. Sous n'importe quelle forme, la compil' est chaudement recommandée.



NENEH CHERRY Across The Water

NENEH CHERRY
Blank Project

Label : Smalltown Supersound
Année : 2014
A1 Across The Water    
A2 Blank Project    
A3 Naked    
B1 Spit Three Times    
B2 Weightless    
C1 Cynical    
C2 422    
C3 Out Of The Black
D1 Dossier
D2 Everything    

Genre : Kind of trip hop
1° morceau de L'Inventaire 35 : Across The Water

Deux ans après sa collaboration avec The Thing, mais surtout dix-huit ans après son dernier album "solo", Man, Neneh Cherry revient sur le label norvégien Smalltown Supersound. Et c'est la gifle ! 
Blank Project, réalisé en étroite collaboration avec Kieran Hebden, alias Four Tet, surdoué aux multiples collaborations qui embarque électronique et acoustique vers des sentiers connus de lui seul. Le son est aussi défini par l'accompagnement de Rocketnumbernine, un tandem de musiciens qui pratique un mélange essentiel de percussion et d'électronique.
L'album est à la fois épuré au maximum et d'une modernité indiscutable, un truc d'aujourd'hui, sans que cela ait le moindre aspect racoleur ni poseur. Outre son implication dans les compositions, Neneh Cherry en a rédigé les textes, aidée de temps en temps par son mari, Cameron McVey, et l'un des paroliers d'Amy Winehouse, Paul Simm
L'album frappe direct, dès l'ouverture avec ce simplissime Across The Water, qui démarre aussi notre 35ème inventaire, et ne faiblit pas durant ses dix pistes. On y passe par la mélancolie, la colère, et un peu de légèreté bienvenue aussi, notamment lors du duo avec la chanteuse Robyn
Bref, on a attendu longtemps ce retour mais, si l'expression n'était pas balancée à tort et à travers, on traiterait ça de chef-d’œuvre.

samedi 23 mai 2015

Inventaire 34 - Back From London 3 : Noise Annoys


SERGIUS GOLOWIN Die Weisse Alm

DEUTSCHE ELEKTRONISCHE MUSIK 2 
Record B (compilation)

Label : Soul Jazz Records
Année : 2013
A1 A.R. & Machines : Als Hätt Ich Das Alles Schon Mal Gesehen
A2 Gila : Sundance Chant
A3 Neu! : Isi
A4 Pyrolator : Danger Cruising
B1 Sergius Golowin : Die Weisse Alm
B2 You : Electric Day
B3 Niagara : Gibli
C1 Popol Vuh : Ja Sie Sollen Gottes Kinder Heissen Agnus Dei
C2 Rolf Trostel : Der Prophet
C3 Electric Sandwich : China
D1 Asmus Tietchens : Zeebrugge
D2 Faust : Krautrock 

Genre : Free Rock 70's
7° morceau de L'Inventaire 34 : Die Weisse Alm

Petit à petit, le label Soul Jazz remet en lumière tous les aspects oubliés ou négligés de la musique électrifiée : funk africain, rappeuses old school, groupuscules punks, country féminine et, ici, électronique allemande. Leurs compilations Deutsche Elektronische Musik ratissent large en deux doubles cd (ou quatre doubles lp) qui vont des improvisations hippies héritées des sixties à une new-wave typiquement germanique, en passant par les prémisses de l'indus, de l'électro et quelques belles plages d'ambient synthétique (comme l'inquiétante bande originale de Popol Vuh pour l'Aguirre de Werner Herzog).
Au milieu d'artistes influents et samplés qui n'ont jamais été autant à la mode (Can, Faust, Neu!, Amon Duul) on trouve de parfaits inconnus qui sont pourtant loin d'être négligeables. Ainsi Sergius Golowin dont la discographie se résume en un seul album sorti en 1973 d'où est extrait ce planant Die Weisse Alm
En fait, Sergius Golowin est suisse et pas vraiment musicien. Écrivain politiquement engagé, spécialiste en mythologie, ésotérisme et folklore, il a soutenu le grand prêtre du LSD, Timothy Leary, dans son exil forcé en Suisse et fait lui-même l'objet d'une surveillance serrée dans ces années 70 plombées entre autres par la Guerre Froide. 
Pour cet étrange morceau qui clôt le mix londonien, il annone son texte sur une musique improvisée qu'on attribue souvent à Klaus Schulze mais qui est également signée des autres musiciens présents sur les sessions d'enregistrement de cette album en tout point unique, rarissime et dont la côte atteint des prix vertigineux : Lord Krishna Von Goloka de Sergius Golowin
Quoi qu'en disent les puristes et autres collectionneurs obsessionnels : vive les compilations ! Vive les rééditions !