mardi 24 octobre 2017

Inventaire 48 - La Marca de Anubis


ROSE ROYCE That's What's Wrong With Me

ROSE ROYCE
Strikes Again

Label : Whitfield Records/Warner Bros
Année : 1978
A1 Get Up Off Your Fat
A2 Do It, Do It
A3 I'm In Love (And I Love The Feeling)
A4 First Come, First Serve
A5 Love Don't Live Here Anymore
B1 Angel In The Sky
B2 Help
B3 Let Me Be The First To Know
B4 That's What's Wrong With Me

Genre : Sure It's Funky !  
6° morceau de L'Inventaire 48 : That's What's Wrong With Me

Leur fait de gloire reste la B.O. de Car Wash, compilation de pépites disco funk, plus célèbre que le film lui-même. Rose Royce est un groupe de Los Angeles qui commence par accompagner le chanteur Edwin Starr puis émerge sous son propre nom en 1976, à ce moment charnière où le funk double les temps forts et accueille avec plus ou moins de bonheur synthés et violons pour achever sa mutation vers la musique qui fera danser Travolta et relancera la carrière des Bee Gees
Mais Rose Royce est surtout le troisième missile du producteur Norman Whitfield, l'homme qui a fait passer les Temptations de la soul au funk psychédélique, avant de se rabattre sur les plus malléables Undisputed Truth. A la fin des années 70, Whitfield s'émancipe du patron de Motown, Berry Gordy, et prend en main le nonette qu'il  ne lâchera plus jusqu'à leur septième album en 1982, audacieusement nommé Stronger Than Ever...
Il vaut mieux se concentrer sur les premiers 33t cependant qui, malgré quelques fautes de goût et une production un brin chargée, provoquent encore quelques irrésistibles montées de groove. On n'est pas loin des Kool & The Gang et Earth, Wind & Fire premières périodes, avec ici le chant énergique de Lisa Taylor, dont l'album solo sorti en 2013 n'a pas traversé l'Atlantique.

 



THE STRAWBERRY ALARM CLOCK Barefoot in Baltimore

THE STRAWBERRY ALARM CLOCK
Best Of

Label : Back-Trac Records
Année : 1985
A1 Incense & Peppermints
A2 Strawberrys Mean Love
A3 Rainy Day Mushroom Pillow
A4 Birds In My Tree
A5 Tommorrow
B1 Barefoot In Baltimore
B2 Sit With The Guru    
B3 Sea Shell
B4 Lose To Live
B5 Pretty Song From Psych-Out

Genre : Good Trip
5° morceau de L'Inventaire 48 : Barefoot in Baltimore

Oui, le groupe s'appelle "Réveil fraise" et la liste des morceaux de ce best-of ne laisse aucun doute sur la bande de gentils hippies défoncés à qui nous avons affaire. 
"Encens et menthe poivrée", "L'oreiller champignon des jours pluvieux", "Assis avec le gourou" ou encore"Pieds-nus à Baltimore" qui enfume tranquillement notre mix 48. 
On est plutôt dans un psychédélisme doux, parfois même mollasson, jamais très loin de la pop bubble-gum, mais quand-même suffisamment inspiré et varié pour ne pas sombrer dans la niaiserie totale. Malheureusement, les Strawberries se laissent mener par le bout du nez par leurs producteurs qui les spolient gentiment sur les droits d'auteurs et leur imposent des paroliers qui accumulent les clichés du psychédélisme ambiant sans la moindre idée de ce qu'ils racontent. 
Malgré le voisinage des Virgin Prunes, des Seeds et autres fous furieux du Los Angeles sous acide de la fin des années 60, le sextet pond quatre albums relativement anecdotiques, dont ce bien nommé "best of" récupère l'essentiel. Incense & Peppermints figurera quand-même sur la réédition en coffret 4CD de la mythique compilation Nuggets, ce qui reste un gage de qualité. 
A écouter dans la position du lotus, lors d'un lever de soleil printanier plein de promesses...
 

LIL' KIM Can You Hear Me Now?

LIL' KIM
La Bella Mafia

Label : Atlantic
Année : 2003
A1 Intro
A2 Hold It Now
A3 Doing It Way Big
A4 Can't F**k With Queen Bee
B1 Hollyhood Skit    
B2 Shake Ya Bum Bum
B3 This Is Who I Am
B4 The Jump Off
B5 This Is A Warning
C1 (When Kim Say) Can You Hear Me Now?
C2 Thug Luv
C3 Magic Stick
C4 Get In Touch With Us
D1 Heavenly Father
D2 Tha Beehive
D3 Came Back For You

4° morceau de L'Inventaire 48 : (When Kim Say) Can You Hear Me Now?

Le cas de Lil' Kim est un peu ambigü. En 1996, lorsqu'elle sort son premier solo, Hard Core, elle incarne la rappeuse indépendante qui a réussi dans l'univers très phallocrate du hip-hop américain tout en affichant une féminité fortement sexuée. Mais elle trimballe aussi tous les clichés du genre : ego surdimensionné, image éculée de "bad ass" biberonnée au Scarface de De Palma, guéguerre ridicule avec ses rivales, culte de l'argent et de tout ce qui brille, etc.
Si la biographie de Kimberly Denise Jones lui amène une certaine légitimité de gangsta (elle vient vraiment de la rue où elle a trempé dans les trafics en tous genres après une enfance violente), sa discographie reflète ces deux aspects : les raps les plus inspirés et authentiques côtoient les tentations r'n'b insipides, les arrangements lourdingues et toute la panoplie des tics qu'on retrouve dans les progs hip hop de MTV. 
Sur cet album, elle échappe à l'influence de son mentor Notorious B.I.G. (présent seulement sur la minute vingt-cinq qui introduit l'album) et multiplie les collaborations avec des gens aussi divers que 50 cent, Timbaland, R. Kelly, Missy Elliott, le MC virtuose méconnu en France Twista ou encore l'incontournable Kanye West
Le résultat est aussi éclectique que le casting, mais rendu homogène par le flot impeccable et le chant étonnamment émouvant (This Is A Warning, perle de R'n'B' vengeur) de la petite Kim. Autre point fort de l'album, l'injection de percussions et de mélodies orientalisantes bienvenues dans son univers, comme dans ce Can you Hear Me Now? (choisi pour le mix numéro 48), dont on peut se demander pourquoi il n'est jamais sorti en single.
Aujourd'hui, dépigmentée et refaite, Lil'Kim ressemble à une poupée Barbie qu'on aurait oublié au four, mais ses disques, eux, vieillissent plutôt bien.

THE HOUSEMARTINS Me and the farmer

THE HOUSEMARTINS
Now that's what I call quite good

Label : Go! discs / Chrysalis
Année : 1988
A1 I Smell Winter
A2 Bow Down
A3 Think For A Minute
A4 There Is Always Something, There To Remind Me
A5 The Mighty Ship    
A6 Sheep    
B1 I'll Be Your Shelter
B2 Five Get Over Excited
B3 Everyday's The Same
B4 Build
B5 Step Outside
B6 Flag Day
C1 Happy Hour
C2 You've Got A Friend
C3 He Ain't Heavy, He's My Brother
C4 Freedom
C5 The People Who Grinned Themselves To Death
C6 Caravan Of Love
D1 The Light Is Always Green
D2 We're Not Deep
D3 Me And The Framer
D4 Lean On Me
D5 Drop Down Dead
D6 Hopelessly Devoted To Them

Genre : Brit'pop lumineuse
3° morceau de L'Inventaire 48 : Me and the farmer

C'était une espèce de groupe parfait, avec des morceaux légers et dansant et de belles ballades mélancoliques, portés par une rythmique impeccable et la voix caractéristique et haut-perchée de Paul Heaton, certainement formé aux chorales anglaises. Pas de fioriture, de solos ennuyeux, ni de synthés en carton malgré la tendance environnante. Par contre : piano, harmonica, parfois quelques cuivres pétaradants, des sonorités acoustiques et claires et presque jamais de distorsion...
En plein cœur des années 80, les Housemartins étaient peut-être bien la véritable alternative aux Smiths, avec qui ils partageaient la précision d'écriture, une singulière proposition vocale, et une forme d'ironie, probablement moins incisive mais tout aussi pertinente (écoutez Five Get Over Excited). Eux aussi anglais jusqu'au bout des ongles, ils célébraient le quotidien des classes moyennes, les amitiés et les souvenirs de jeunesse et les amours perdues avec un brin de nostalgie et d'humour. Et ils reprenaient du Carole King avant que ce ne soit tendance. 
L'aventure durera 6 ans : deux albums et une dizaine de singles dont plus de la moitié se classera dans le top 20 anglais. Et cette compilation indispensable, remplies de face B, d'inédits et de Peel sessions, tous aussi soignés que le reste de leur discographie. 
A la séparation du groupe, Paul Heaton est allé noyer sa douce voix dans le sirop pur sucre de The Beautiful South. Plus inspiré, le bassiste Norman Cook a fondé Beats International avant de connaître la gloire sous le nom de Fatboy Slim. Il aurait déclaré que les Housemartins se reformeront seulement quand les Smiths feront de même... 
Donc c'est pas pour tout de suite.



CLAUDE RIGHI Rendez-vous orbital

CLAUDE RIGHI
Elle/Machine/Rendez-vous orbital/Mini-jupe et monokini

Label : Riviera
Année : 1966
Genre : Véritable variété verdâtre
2° morceau de L'Inventaire 48 : Rendez-vous orbital

"Bien sûr que je t'aime à la vitesse du son
Pour toi mon IBM composera des chansons
"
Quand un morceau commence aussi fort, il est difficile de ne pas aller jusqu'au bout ! 
Claude Righi, apparemment très préoccupé par le monde moderne et le futurisme (voir Machine sur ce même EP, mais aussi l'un de ses premiers singles, le prophétique Voilà l'an deux mille) n'a pas laissé une trace impérissable dans la chanson française. On lui doit pourtant quelques adaptations de tubes rock, soul et rhythm'n'blues en français, notamment pour Ronnie Bird, aujourd'hui célébré par certains journalistes comme le seul chanteur crédible de la période yé-yé. 
Bon, après ça se gâte : Claude Righi devient producteur pour Barclay, il s'occupe de la très justement oubliée Nicole Rieu et sera plus tard dans les pattes des débutants Patrick Bruel et François Feldman. Il serait vaguement producteur du troisième album de Michel Jonasz, Du blues, du blues, du blues, mais est-ce que ça suffit vraiment à l'excuser ? 
Reste cette face B de EP avec donc ce jerk à visée cosmique, Rendez-vous orbital, et le non moins sidérant Mini-jupe et monokini qui démarre tout aussi fort : 
"Mini-jupe et monokini
Se baladent de Londres à Paris
Mini-jupe et monokini
C'est l'angoisse de tous les maris"

LOS INICIADOS La Marca de Anubis

TENSION
Spanish Experimental Underground 1980-1985 (compilation)

Label : Munster Records
Année : 2012
A1 Klamm :The Past Is Frozen    
A2 La Fundación : Repetición    
A3 New Buildings : Historias Para Largos Recorridos    
A4 Mar Otra Vez : He    
B1 Clónicos : Cha Cha Cha    
B2 La Caída De La Casa Usher : ¡Baila, Negro!    
B3 Claustrofobia : París Nostàlgic (Tango)    
B4 La Gran Curva : Tensiòn    
C1 T : Dot    
C2 Los Iniciados : La Marca De Anubis    
C3 Depósito Dental : Dodo (+ Introducción Dental)    
C4 Il Época Del Hombre : Me Bato Contra Dios    
D1 429 Engaños : Corazones    
D2 Xeerox : Viejo Decorado Elèctrico 4    
D3 Neo Zelanda : Paso Hambre    
D4 Teatro Negro De Praga : Distanciamiento    
D5 1985-s : No Hay Perros Calientes

Genre : Spanish Experimental Underground
1° morceau de L'Inventaire 48 : La Marca de Anubis

J'ai déjà raconté ici comment j'ai découvert par hasard le post punk et la new-wave espagnols. Un peu moins par hasard, mais toujours de façon inattendue, voilà-t-y pas que je tombe des années après sur cette compilation sortie sur le vénérable label Munster Records ! Un peu désarçonné au début par les sonorités vraiment très radicales du premier morceau, je réalise dès la seconde plage que, malgré le grand format de ce double LP, je dois passer du 33t au 45t pour écouter les morceaux tels qu'ils ont été enregistrés... 
A part ça, la compilation tient toute les promesses de sa pochette aussi séduisante que glaçante : on est bien dans les expérimentations bruitistes et synthétiques des années 80 avec parfois l'embryon d'une structure couplets/refrains, mais la plupart du temps  plutôt une volonté de réinventer ou violenter les codes de la pop. Bien sûr, l'entreprise s'avère parfois vaine, pour ne pas dire emmerdante (l'interminable reggae synthétique de Claustrofobia...), mais c'est le prix à payer pour découvrir un pan entier de la culture espagnole en pleine explosion. Le récit déclamé sur improvisations de sax de New Buildings, La cold wave schizophrène de La Caida De La Casa Usher, les bidouillages hypnotiques d'Il Epoca Del Hombre et une quatrième face vraiment barrée, mais finalement pas très éloignée des recherches de l'IRCAM... Un grand souffle de liberté, d'autant plus touchant qu'il nous vient de trente ans en arrière.
Après avoir choisi Los Iniciados et leur Marca de Anubis pour ouvrir ce mix, on découvre, en lisant les notes qui accompagnent la compilation, que le groupe est une émanation d'El Aviador Dro qui figurait dans notre Inventaire numéro 8. C'est ce qui s'appelle avoir de la suite dans les idées. Inutile de dire que les albums d'origine de ces deux groupes sont carrément introuvables !      

 

lundi 10 juillet 2017

Inventaire 47 - Five Years

RHODA DAKAR The Boiler

THIS ARE 2 TONE
(compilation)

Label : Two Tone
Année : 1983
A1 The Special A.K.A : Gangsters
A2 Madness : Madness
A3 The Selecter : On My Radio
A4 The Beat : Tears Of A Clown
A5 The Specials : Rudi, A Message To You
A6 The Selecter : Too Much Pressure
A7 The Bodysnatchers     : Too Experienced
A8 The Beat : Rankin Full Stop
A9 The Specials : Too Much Too Young
B1 The Selecter : The Selecter
B2 The Specials : Stereotype
B3 The Swinging Cats : Mantovani
B4 The Specials : Do Nothing
B5 Rico : Jungle Music
B6 Rhoda Dakar : The Boiler
B7 The Specials : Ghost Town

Genre : Paranoid Ska
7° morceau de L'Inventaire 47 : The Boiler

Rhoda Dakar n'a pas 20 ans quand elle intègre le Browley Contingent, gang de jeunes londoniens qui suivent les Sex Pistols dans leur moindre déplacement. C'est là qu'elle rencontre Shane MacGowan, futur chanteur des Pogues qui lui présente Nicky Summers, à la recherche d'une chanteuse pour son groupe de ska à dominante féminine : The Bodysnatchers
Le groupe connaîtra une existence éphémère, la majorité de ses membres ira former les Belle Stars qui cartonneront au début des années 80. Mais pas Rhoda qui s'est trouvée une famille au sein du label 2 Tone Records et assure quelques parties vocales au sein des Specials, avant de faire partie officiellement de The Special A.K.A.. 
Entre les deux, il y a ce terrible single, The Boiler, qui raconte l'histoire d'une femme effacée, peu sûre d'elle-même, qui se fait draguer puis violer par un homme rencontré dans un magasin de vêtements. Sous ses airs de ska classique, cette chanson confirme les ambitions artistiques, politiques et sociales de Jerry Dammers, compositeur et gardien du label 2 Tone, familier des sujets qui font mal, qui n'a pas hésité à sortir un morceau aussi oppressant en single. 
Mais il ne faut pas s'y tromper pour autant, c'est bien Rhoda Dakar elle-même qui porte la maternité de cette chanson puissante, inspirée par l'agression subie par une de ces amies. 
On est très loin du ska festif, mais pas loin du chef-d’œuvre.  

LUSH Bitter

LUSH
Scar

Label : 4AD
Année : 1989
A1 Baby Talk
A2 Thoughtforms
A3 Scarlet
B1 Bitter
B2 Second Sight
B3 Etheriel


Genre : Pop with noise
6° morceau de L'Inventaire 47 : Bitter

Lorsque sort ce premier (mini) album, Lush est encore un groupe brouillon, partagé entre le nuage de saturation qui allait bientôt rendre célèbre Ride et My Bloody Valentine et une pop plus éthérée héritée notamment de leurs ainés du label 4AD : Cocteau Twins
Ce six titres porte d'ailleurs la patte du producteur maison, John Fryer, peut-être pas la personne la mieux indiquée pour démêler les fulgurances d'inspiration des maladresses d'un groupe encore timide et mal dégrossi, qui finirait par aller vers la lumière. Mais c'est justement par ses gaucheries que le résultat reste émouvant aujourd'hui, témoin d'un temps où la pop se cherchait de nouvelles voies, éperdument accrochée à ses guitares au beau milieu des innovations du hip-hop et de l'électro.
Emmené par ses deux guitaristes/chanteuses Miki Berenyi et Emma Anderson, Lush n'obtiendra jamais la reconnaissance critique des champions électriques de l'époque comme les Boo Radleys, sans parler de leurs cousins américains de label, les écrasants Pixies. En 1996, alors que l'unanimité commence à se faire autour de l'album Life, plus direct que ses prédécesseurs, le suicide du batteur Chris Acland met immédiatement fin à l'aventure.
En 2016, Lush a recruté le batteur d'Elastica pour deux singles et une tournée qui sonnent exactement comme 20 ans en arrière...

IDRIS MUHAMMAD Camby Bolongo

IDRIS MUHAMMAD
Turn This Mutha Out

Label : Kudu
Année :1977
A1 Could Heaven Ever Be Like This
A2 Camby Bolongo
A3 Turn This Mutha Out
B1 Tasty Cakes
B2 Crab Apple
B3 Moon Hymn
B4 Say What
Genre : Jazz'n'groove
5° morceau de L'Inventaire 47 : Camby Bolongo


Quatre ans après avoir lancé CTI, son label de jazz sophistiqué, électrique et déjà passablement funky, Creed Taylor lance en parallèle Kudu au sein duquel se décline un jazz plein de soul, tout à fait en phase avec son époque.
La figure la plus emblématique du label est certainement le saxophoniste Groover Washington Jr dont le groove redoutable se perd parfois sous des litres de sirop de glucose. Idris Muhammad était alors son batteur de prédilection et on le retrouve d'ailleurs sur nombre d'albums du label, sans compter les quatre qu'il a sorti sous son nom.  Turn This Mutha Out est son troisième pour Kudu, sorti en pleine fièvre disco et ça s'entend sur quelques morceaux aux arrangements taillés pour le Studio 54.
Un peu plus tribal, Camby Bolongo (inclus dans le mix 47) se construit autour de quelques notes du trompettiste Randy Brecker dont le jeu sobre tranche avec les démonstrations virtuoses qu'il assènera par ailleurs. Il laisse ainsi suffisamment de place à Jeremy Steig dont la flûte embarque le morceau vers un truc à la fois moelleux et dansant qui sonne impeccablement 40 ans après. Même si le reste de l'album comporte quelques redoutables rythmiques prisées des chasseurs de sample, aucun morceau n'égale la fraîcheur inspirée de celui-ci.
En 1979, Idris Muhhamad quitte le label Kudu mais il enregistra jusque peu de temps avant sa mort survenue en 2014. De Lou Donaldson à Pharoah Sanders en passant par George Benson et Youssou N'Dour la liste de ses collaborations est immense et déborde du cadre du jazz.


JOHNNY JOHNSON & HIS BANDWAGON Never Let Her Go

JOHNNY JOHNSON & HIS BANDWAGON

(Blame It) On The Pony Express/
Never Let Her Go

Label : Bell Records
Année : 1970
Genre : Soul Funk
4° morceau de L'Inventaire 47 : Never Let Her Go


Le site Wikipédia annonce que Johnny Johnson s'est retiré du business épuisé, à la fin des années 70. Discogs affirme qu'il est mort en 1979...
Ce qui est sûr c'est que sa discographie est maigre et, malgré quelques morceaux classés dans les charts, totalement oubliée aujourd'hui. Il n'y a guère que les nostalgiques très pointu de la Northern Soul pour aller extirper Breakin' Down the Walls of Heartache (quel titre !), premier 45t du groupe et petite perle du genre, reprise en 1983 sur le troisième album des Dexy's Midnight Runners. Le groupe s'appelait alors simplement The Bandwagon et se présentait comme un quatuor vocal, ce qui fait qu'on n'a jamais su qui assurait le groove derrière les harmonies vocales...
Au début des années 70, ayant pris conscience que sa musique fait fureur auprès des Anglais qui écument les clubs et se déchainent sur la soul sixties (comme raconté dans le joli film Northern Soul), il s'installe à Londres et sort coup sur coup deux singles : Sweet Inspiration et  (Blame It) On The Pony Express. Ce dernier devient très vite un petit tube. Le morceau a un petit côté Four Tops très arrangé, un peu trop sucré... 
On lui préfèrera facilement la face B, ce Never Let Her Go funky à souhait, qui réveille encore les divas du dancing aujourd'hui, qu'elles soient nostalgiques de Northern Soul... ou juste friandes de bonne musique.

THE DURUTTI COLUMN Sketch For Dawn (1)

THE DURUTTI COLUMN
LC

Label : Factory
Année : 1981
A1 Sketch For Dawn (1)
A2 Portrait For Frazier
A3 Jacqueline
A4 Messidor
A5 Sketch For Dawn (2)
B1 Never Known
B2 The Act Committed
B3 Detail For Paul
B4 The Missing Boy
B5 The Sweet Cheat Gone 

Genre : Ambient/Xperiment
3° morceau de L'Inventaire 47 : Sketch For Dawn (1)

Au départ Tony Wilson et Alan Erasmus, créateurs du label Factory, ont un vague projet de groupe sous ce nom de The Durutti Column en hommage à la Colonne Durutti, fameuse section anarchiste qui émerge pour lutter contre le franquisme en 1936... Mais en fait le groupe ne fait rien, n'existe pas vraiment et c'est Vini Reily, guitariste mancunien ami des deux autres, qui, après avoir fait partie d'un groupe éclair punk, The Nosebleeds, reprend l'identité et s'invente un style musical à lui tout seul. 
Difficile de définir la musique de The Durutti Column, basée sur les boucles et expérimentations du guitariste qui travaille l'écho, la réverbération, le delay, tout ce qui peut prolonger le son et lui permettre d'envelopper l'espace à lui tout seul. Parfois un musicien vient s'emparer d'une percussion, parfois Viny Reily attrape un autre instrument ou se met à chanter discrètement. On peut aussi bien être hypnotisé par les échappées inattendues de certaines mélodies ou s'emmerder profondément : ça dépend des morceaux, des goûts de chacun, du temps qu'il fait...
Tout le monde est à peu près d'accord pour valider cet album, son deuxième, comme le plus cohérent et le plus abouti. Y figure The Missing Boy, un hommage à son ami Ian Curtis de Joy Division qui s'est pendu pendant l'enregistrement de LC (qui signifie au passage "la lotta continua" : la lutte continue !). Mais c'est Sketch For Dawn, un instrumental aérien qui se retrouve dans le mix numéro 47.
Si la discographie de The Durutti Column compte une trentaine d'albums, la carrière de Viny Reily s'étoffe aussi de nombreuses collaborations. Son jeu de guitare et sa manière de composer très particuliers ont attiré des artistes singuliers comme Anne Clark ou Morrissey, qui le recrute immédiatement après la séparation des Smiths pour son premier solo, Viva Hate L'album lui doit beaucoup, même si cet ingrat de Momo ne l'a jamais réellement reconnu...

ALGIERS Cleveland

ALGIERS
The Underside Of Power

Label : Matador
Année : 2017
A1 Walk Like A Panther
A2 Cry Of The Martyrs
A3 The Underside Of Power
A4 Death March
A5 A Murmur. A Sign
A6 Mme Rieux
B1 Cleveland
B2 Animals
B3 Plague Years
B4 Hymn For An Average Man   
B5 Bury Me Standing
B6 The Cycle / The Spiral: Time To Go Down Slowly

Genre : Post Punk Gospel
2° morceau de L'Inventaire 47 : Cleveland

Il faut avoir vu Algiers sur scène pour bien mesurer l'étendue des dégâts. Complètement possédés, ils combinent l'énergie du punk avec la ferveur du gospel, manipulent l'électricité et l'électronique comme des sorciers et laissent un public groggy après des sessions qui ressemblent plus aux rites de magie noire des vieux films de la Hammer qu'à des concerts de rock. 
Algiers est pourtant plus porté par une saine révolte que par un quelconque baratin mystique. Éminemment politique dans les textes mais aussi (et surtout) dans la radicalité de sa musique, transcendé par un chanteur éminement charismatique du nom de Franklin James Fisher, le groupe est originaire d'Atlanta ("Le noyau pourri du vieux sud américain" dixit Franklin Fisher) mais installé à Londres. 
Leur deuxième album, The Underside Of Power, est sorti en juin 2017. Dans la foulée, ils ont assuré la première partie de Depeche Mode sur leur tournée estivale européenne  et parcourent le reste du monde, au moins jusqu'en novembre.
Cleveland, choisi pour ce mix, vient d'être balancé nouveau single de l'album. 

THE OUTCASTS Five Years

THE OUTCASTS
Seven Deadly Sins

Label : New Rose
Année : 1984
A1 Seven Deadly Sins    
A2 The Chase    
A3 5 Years    
B1 Swamp Fever    
B2 Waiting For The Rain 


Genre : Glam Punk
1° morceau de L'Inventaire 47 : Five Years

The Outcasts sont en bout de course quand ils enregistrent ce mini-album, ultime baroud d'honneur avant de raccrocher les gants. Leur guitariste vient alors de mourir dans un accident de voiture et le mouvement punk n'en finit plus d'agoniser... 
Dommage : les cinq titres qui figurent ici montrent que ces "parias", venus de Belfast, Irlande du Nord, en avaient encore sous la semelle : rockab' gothique (Seven Deadly Sins et Swamp Fever, pas très loin des Cramps), instrumental teinté de lyrisme (The Chase, sorte de court-métrage western), la reprise qui va bien (5 Years, aussi crédible que le Ziggy Stardust de Bauhaus tiré du même album) et tentative réussie de raccrocher à la new-wave omniprésente (Waiting For The Rain). 
Éternels seconds couteaux au succès alors très relatif, The Outcasts sont quand-même sortis la tête haute, malgré leur parcours plus que chaotique. Ils sont peu nombreux de la génération "no future" à pouvoir en dire autant...

Encore révérés par par quelques indécrottables punk sentimentaux, ils se sont reformé en 2011.  Tracks à alors réalisé un petit sujet à découvrir ici.