mardi 1 juillet 2014

Inventaire numéro 26 - Music For Wild Angels

PASSION FODDER Pray, anarchist

PASSION FODDER
Love, Waltzes and Anarchy

Label : Barclay
Année : 1988
A1 Polished Off
A2 Pascal's Waltz
A3 Kill Me Hannah
A4 Hunger Burns
A5 Orwell Cooks
B1 Spokane
B2 The Struggle For Love (Rent, Painting And Manic Delight)
B3 Pray, Anarchist
B4 The Girl That I Marry

Genre : Rebel Rock
5° morceau de L'inventaire 26 : Pray, anarchist

Théo Hakola est américain, anti-capitaliste et pro-révolutionnaire. Il vit en France depuis plus de 30 ans. 
Dès le début des années 80, il fonde avec quatre musiciens français l'Orchestre Rouge dont le premier single est enregistré à Manchester par le producteur de Joy Division, Martin Hannett. Deux albums, à peine le temps de se faire une réputation dans le rock underground français (loin de Trust et Téléphone donc...) et le groupe implose. 
Théo Hakola réunit alors une autre équipe pour son nouveau projet, Passion Fodder. On y retrouve ses textes engagés mais bien écrits, son sens mélodique très inspiré et sa spontanéité punk avec, en plus, le rôle prépondérant de la violoniste Bénédicte Villain qui restera avec lui, même après la séparation du groupe en 91. La musique de Théo Hakola se caractérise d'ailleurs par un mélange d'électricité et de sonorités brutes qui donnent souvent un côté "rock tribal" à ses enregistrements. Comme me le faisait remarquer Guillaume D. à propos de ce Pray Anarchist inclus dans le mix : "C'est moi ou Nick Cave n'est pas loin ?
Durant ces 6 années d'existence, la réputation de Passion Fodder s'étoffe, tandis que se développe en France ce qu'on appelle alors le "rock indépendant". Le groupe navigue dans les mêmes circuits et écume les mêmes scènes que la Mano Negra et autres émanations de Boucherie Productions, même si Passion Fodder est signé chez Barclay. C'est d'ailleurs pour la major française que Théo Hakola produira le premier album d'un tout nouveau groupe de Renne, Noir Désir, l'année même où il accouche de ce troisième album de Passion Fodder, Love, Waltzes ans Anarchy. Un bon cru !

Théo Hakola tourne depuis 20 ans sous son nom. On lui doit entre autres un titre édifiant, Il n'y a pas de jolie fille à droite, en français dans le texte. 
Son dernier album s'appelle This Land Is Not Your Land.   

THE ANAMBRA BEATS Ayamma

NIGERIA SPECIAL Part 1
(Compilation)

Label : Soundway
Année : 2008 (1970-76)
A1 The Anambra Beats: Ayamma
A2 Celestine Ukwu & His Philosophers National : Okwukwe Na Nchekwube
A3 The Don Isaac Ezekiel Combination: Amalinja
B1 The Funkees : Akula Owu Onyeara
B2 Dele Ojo & His Star Brothers Band : Oja Omoba
B3 The Harbours Band : Koma Mosi
C1 The Semi-Colon : Nekwaha Semi Colon
C2 Sir Victor Uwaifo & His Melody Maestros : Osalobua Rekpama
C3 St. Augustine & His Rovers Dance Band : Onwu Ama Dike
D1 The Sahara All Stars Of Jos : Feso Jaiye
D2 Mono Mono : Ema Kowa Iasa Ile Wa
D3 Tunji Oyelana & The Benders : To Whom It May Concern

Genre : Highlife
4° morceau de L'inventaire 26 : Ayamma

On a déjà dit ici tout le bien qu'on pensait du label anglais Soundway et de leurs rééditions et compilations qui ne se cantonnent pas au continent africain : la Colombie, la Thaïlande du temps où elle s'appelait encore Royaume de Siam, et plus généralement tout ce qui groove et vient de contrées musicalement méconnues intéresse potentiellement Miles Cleret, infatigable chercheur de disques et créateur du label qui dresse depuis plus de 10 ans un catalogue aussi éclectique qu'irréprochable. 
Cet Inventaire numéro 26 nous amène une fois de plus au Nigeria avec un morceau très acoustique, presque tribal, signé des Anambra Beats, qui ouvre ce double album sorti en 2008. On y retrouve par ailleurs les Funkees, en quelques sortes les stars du label qui leur a consacré une compilation en 2012 (déjà épuisée en vinyle), mais aussi tout un tas de formation inconnues, aux noms  souvent savoureux (Mono Mono, The Sahara All Stars Of Jos, The Semi-Colon...), confirmant que ce pays, déchiré de l'intérieur par une effroyable guerre civile à la fin des années 60, est devenu un véritable puits de créativité durant la décennie suivante.

La nouvelle étape pour Soundway consiste à remettre certains de ces groupes en selle en produisant et publiant leurs enregistrements actuels. Le catalogue va encore prendre de l'ampleur...

PUNCTURE Mucky Pup

PUNK 45 : There Is No such Thing As Society (compilation)

Label : Soul Jazz Records
Année : 2014 (1977-81)
A1 The Users : Sick Of You
A2 The Art Attacks : Neutron Bomb
A3 Johnny Moped : Incendiary Device
A4 The Jermz : Powercut
A5 The Mekons : 32 Weeks
A6 The Rings : I Wanna Be Free
B1 The Now : Development Corporations
B2 The Killjoys : Johnny Doesn't Want To Go To Heaven
B3 Disturbed : I Don't Believe
B4 Television Personalities : Part Time Punks
B5 The Puncture : Mucky Pup
B6 The Lines : White Night
C1 The Scabs : Leave Me Alone
C2 The Cravats : You're Driving Me
C3 Swell Maps : Real Shocks
C4 The Nerves : TV Adverts
C5 Eric Random : 23 Skidoo
C6 'O' Level : East Sheen
D1 Josef K : Radio Drill Time
D2 The Cigarettes : Back Again, Here They Come
D3 The Shapes :  Wot's For Lunch Mum
D4 The Freeze : For J. P. S.
D5 Roses Are Red : Can't Understand
D6 The Prefects : Going Through The Motions

Genre . Punk GB
3° morceau de L'inventaire 26 : Mucky Pup

Bien sûr, il y a quelque chose de bizarre à voir le punk savamment compilé par un label qui fait un travail de mémoire : un comble pour ceux qui n'avaient qu'un credo en 77, le "no future" !
Mais en choisissant de se concentrer sur l'esprit de l'époque, délaissant les classiques emblématiques du genre pour rassembler les singles les plus obscurs et les plus radicaux, Soul Jazz réussit à revenir à l'essence même du punk : une musique brute et franche galvanisée par le principe du "Do it yourself". 
Les groupes les plus connus se nomment ici Television Personalities et The Nerves (ce sont aussi les plus matures). Les brulots de deux minutes s'alignent les uns derrière les autres à mesure que s’accroit la stupéfaction de l'auditeur. Auto-produits, saisis sur le vif, chantés faux et joués forts, les 24 morceaux de ce double album pris séparément ne laisseraient pas forcément un souvenir impérissable. Mais l'assemblage réussit le petit miracle de capter l'urgence et la spontanéité de ce moment où l'Angleterre a fait table rase, envoyant balader dix ans de rock progressif et de tricoteurs de solo avec un seul accord de guitare même pas accordée.
Certains titres se distinguent du lot comme I Don't Believe de Disturbed (Elastica leur ont tout pompé) ou le morceau de ska-punk Development Corporation ou encore ce Mucky Pup choisi pour notre mix avec son solo électro-bruitiste. Les curiosités affleurent : ici le premier groupe de Kevin Rowlands qu'on connaîtra deux ans plus tard assagi et en salopette à la tête de Dexys Midnight Runner, là l'ironie bon enfant du Part Time Punks des Television Personalities qui ont déjà un certain recul sur le mouvement. Mais au final, l'immersion  totale est conseillée si l'on veut vraiment faire la bascule vers ce mélange paradoxal de fraîcheur, de naïveté, de subversion et de destruction que le cynisme des années 80 allait très vite enterrer. 

Ce double LP n'est d'ailleurs qu'une partie du travail entrepris par Soul Jazz qui se complète d'un équivalent américain (Punk 45 : Kill the hippies! Kill Yourself!) et d'un tout nouveau volet qui explore les racines souterraines du punk (Punk 45 : Sick On You ! One Way Spit). Le tout abondamment commenté sur les pochettes intérieures par Jon Savage qui connaît son sujet à fond... et en a logiquement fait son fond de commerce !

LL COOL J I'm That Type of Guy

LL COOL J
Walking With A Panther

Labvel : Def Jam
Année : 1989
A1 Droppin' Em
A2 Smokin', Dopin'
A3 Fast Peg
A4 Clap Your Hands
A5 Nitro
A6 You're My Heart
A7 I'm That Type Of Guy
A8 Why Do You Think They Call It Dope?
B1 It Gets No Rougher
B2 Big Ole Butt    
B3 One Shot At Love
B4 1-900 LL Cool J
B5 Two Different Worlds
B6 Jealous    
B7 Jingling Baby    
B8 Def Jam In The Motherland 

Genre : Old Skool - 2°morceau de L'inventaire 26 : I'm that kind of guy

La légende veut qu'il ait commencé à rapper dès l'age de 9 ans, alors que le Grandmaster Flash n'avait pas encore balancé son Message. Il est en tous cas l'une des premières et la plus jeune signature du label Def Jam, avant les Beastie Boys et Public Enemy. Il n'a que 16 ans quand sort son premier maxi, I Need A Bit, entièrement bricolé à la maison avec la mixette offerte par pappy... Ce petit prodige a depuis amassé les succès et sa discographie est assez régulière jusqu'à aujourd'hui, même si 5 ans séparent ses deux derniers albums. 
Certes, sur ce troisième LP sorti en pleine ascension, tout ne passe pas l'épreuve du temps, notamment deux ballades sirupeuses qui cadrent mal avec le côté "bad boy" affiché sur la pochette. L'attitude de James Todd Smith (son nom dans le civil, le pseudo signifiant "Ladies Love Cool James") verse souvent dans la caricature et les paroles se la pètent grave dans le registre "j'ai peur de rien et je baise ta femme". Le type a dû danser le MIA plus souvent qu'à son tour, même s'il a généreusement cédé sa grosse chaîne en or à son animal de compagnie pour la pochette du disque.
N'empêche : son flow cool et fluide et ses trouvailles rythmiques simples mais précises font encore des ravages. Notamment sur ce I'm That Type of Guy, sorte de liste comparative entre un loser et LL qui, bien sûr, est plus beau, plus cool et qui en a une plus grosse. 
C'est l'avantage du disque : on n'est pas obligé de passer la soirée avec celui qui l'a fait...

THE SHOTGUNS 900 Miles From Home

MUSIC FOR WILD ANGELS
(Compilation)

Label : Europa/Constanze
Année : 196?
A1 Toni Tornado : See See Rider
A2 The Petards : A Deeper Blue
A3 The Shotguns : 900 Miles From Home
A4 The Lipsticks : Baa-ba-ba-baa
A5 The Spots : She Doesn't Love Me A6 The Lipsticks : Lovin' You
A7 The Petards : Sun Came Out At Seven
B1 Herb Ellen : John Brown's Body
B2 The Petards : Firetree
B3 The Spots : Gonna Get Me A New Girl
B4 The Peers : When The Saints
B5 The Shotguns : The House Of The Rising Sun
B6 The Spots : I Wonna Spend My Life
B7 The Petards : Confusion All Day

Genre : Pop 60's
1° morceau de L'inventaire 26 : 900 Miles From Home

Le label allemand Europa n'est pas franchement un gage de qualité. Actif depuis 1965 et aujourd'hui filiale de Sony, il s'est spécialisé dans les adaptations audio de romans et BD essentiellement pour la jeunesse (Le Club des 5 en feuilleton et en allemand !) et des compilations de musiques populaires dont quelques pointures internationales (Roy Orbison) et une majorité d'artistes de variété allemande. 
Déjà floué par une pochette qui promettait des sommets de jerk endiablé, le chineur de vinyle s'était fourvoyé voici quelques années avec un album des Spots dont la pop gentillette avait fini par l'endormir. 
Mais le voilà qui réitère et ramasse cette compilation dont la façade aguicheuse, toute en cuir et grosse cylindrée, est encore plus efficace 40 ans après ! (Si le mot n'était pas si moche, on assumerait volontiers son goût du "vintage"). 
Pourtant, les Spots sont encore présents sur la track list, parmi une poignée d'autre groupes dont les consonnances américaines ne trompent personne : il s'agit bien de pop teutonne ! Mais au final, miracle des compilations, on y trouve son compte, malgré une bonne moitié de déchets. Une reprise honnête de See See Rider par un certain Toni Tornado, des guitares plus incisives chez le seul groupe à avoir une discographie un peu conséquente (The Petards : des moustachus chevelus qui ont aligné 5 albums entre 68 et 81) et ce 900 Miles From Home signé des Shotguns, dont la chanteuse énergique rappelle vaguement Mariska Veres des Shocking Blue. Bizarrement, le deuxième titre des Shotguns, une version de The House of The Rising Sun un peu plate, est chanté par une voix masculine sans intérêt.
Tous ces morceaux sont reliés entre eux par des bruits de moteur dont les amateurs de grosses bécanes reconnaîtront peut-être les modèles d'origine et qui donnent au tout un côté "Equipée Sauvage" qu'on aurait aimé retrouver un peu plus dans la musique.

Dernière curiosité : le verso de la pochette propose un texte en allemand, anglais et français, traduit probablement par l'ancêtre de la traduction automatique en ligne. Je vous le livre tel quel :
"Contre-prescription. Ne pas utiliser pour cinq-à-sept. Ne pas offrir à chère Grand-Maman. L'effet produit ne serait pas celui escompté. Mode d'emploi. Attendre la crise. Votre party doit avoir atteint son paroxysme - ...que vous croyez!- Lorsque vous mettrez en route. Traitez le bouton ampli comme la manette d'une Harley-Davidson. Les Wild Angels vous rocketteront vers des firmaments explosifs dont on ne vous avait jamais - ...mais jamais ! - parlé."



lundi 19 mai 2014

Inventaire numéro 25 - Back From London (With A Vengeance)


GIL SCOTT-HERON No Knock

GIL SCOTT-HERON
The Revolution Will Not Be Televised

Label : Flying Dutchman (Ré : BMG)
Année : 1974
A1 The Revolution Will Not Be Televised
A2 Sex Education: Ghetto Style
A3 The Get Out Of The Ghetto Blues
A4 No Knock
A5 Lady Day And John Coltrane
A6 Pieces Of A Man
B1 Home Is Where The Hatred Is
B2 Brother
B3 Save The Children
B4 Whitey On The Moon
B5 Did You Hear What They Said?

Genre : Soul Jazz Rap & Slam
9° morceau de L'inventaire 25 :No Knock

On a déjà dit dans ce blog tout le bien qu'on pensait de Gil Scott-Heron à propos d'un extrait de son ultime album, réveil inespéré d'un artiste majeur qui a connu une période particulièrement sombre dans les années 90.
S'il faudra un jour revenir sur ses trois albums des années 80 où il adopte une espèce de jazz funk sophistiqué qui le coupera d'une partie de son public, les années 70 sont en revanche revendiquées comme influence et source de sons par plusieurs générations de rappeurs, slameurs et autres bricoleurs de groove électronique. Plus largement, plus simplement, Gil Scott-Héron est un de ces artistes qu'on n'en finit plus de redécouvrir, difficile à ranger dans une catégorie musicale, impossible à prendre à la légère.
Cet album-compilation sorti en 1974 chez Flying Dutchman est une espèce de résumé de ses trois premiers albums. Il constitue une parfaite introduction à ce rare mélange de rythme, de conscience politique et de poésie, où se côtoient les déclamations sur fond de percussions et les morceaux plus arrangés, voire carrément funky. Toujours bien entouré, Gil Scott-Héron rassemble sur ce disque, outre Brian Jackson, son éternel complice aux claviers et à la flute, des pointures comme Bernard Purdie et Ron Carter.
En Angleterre, on trouve aujourd'hui la réédition de cet album essentiel à moins de 10 livres. C'est le moment d'appeler votre correspondant à Londres... 

D.D. DENIS, PAT RODHEN & BROTHER LLOYD's ALL STARS Tramp

D.D. DENIS, PAT RODHEN & BROTHER LLOYD's ALL STARS
Rock Steady Hits Of 69

Label : Fontana
Année : 1969
A1 D.D. Dennis : Cupid
A2 Pat Rhoden : Got To Get You Off My Mind
A3 Pat Rhoden & Lloyd Campbell : Ride Your Donkey
A4 Lloyd Campbell : Long Shot    
A5 Pat Rhoden : Place In The Sun
A6 D.D. Dennis : Hush
B1 D.D. Dennis : Hold Me Tight   
B2 Lloyd Campbell : Rough Rider
B3 Lloyd Campbell : Feel The Rhythm
B4 Pat Rhoden : Baby Why
B5 Brother Lloyd's All Stars : Tramp (Instrumental)
B6 D.D. Dennis : I'm In A Dancing Mood

Genre : Pop-Rock Steady - 8° morceau de L'inventaire 25 : Tramp (Instrumental)


L’œil est attiré par l'association bien visible en gros sur la pochette du genre (Rock Steady) et de l'année (1969) qui vont généralement bien ensemble. A priori on n'hésite pas, surtout quand on est à Londres et que le disque est dans les bacs à 1£. Pour des raisons historiques évidentes, l'Angleterre est devenue la passerelle européenne de la musique jamaïcaine. Valorisés par des groupes comme The Specials ou The Clash à la fin des années 70, des trésors plus ou moins connus de ska et rock steady, enregistrés avant le ramollissement reggae, trainent depuis dans les bacs et greniers du pays. 
Malheureusement ce rassemblement de trois chanteurs accompagnés d'un groupe fantôme (aucun détail sur le disque à propos du "All Stars" de Lloyd Campbell) n'est pas des plus convaincants. La production et les arrangements aplatissent le rythme et les mélodies, la plupart des compositions ne laissent pas un goût impérissable. 
L'acharnement finira cependant par payer, la deuxième face se clôturant sur deux bonnes surprises :  Tramp, l'excellent instrumental choisi pour ce mix, et le bien nommé I'm in a dancing mood chanté par D.D. Dennis, une composition de Delroy Wilson, compositeur et chanteur qu'on a, en revanche, rarement pris en défaut de médiocrité.

COCKNEY REJECTS

COCKNEY REJECTS
Greatest Hits Vol. 1

Label : EMI
Année : 1980
A1 I'm Not A Fool
A2 Headbanger    
A3 Bad Man  

A4 Fighting In The Streets    
A5 Shitter     

A6 Here They Come Again    
A7 Join The Rejects  

B1 East End
B2 New Song
B3 Police Car
B4 Someone Like You
B5 (They're Gonna) Put Me Away
B6 Are You Ready To Ruck 
B7 Where The Hell Is Babylon?  
Genre : Punk Oï
7¨morceau de L'inventaire 25 : Police Car

Cockney Rejects : le groupe a côté duquel les Sex Pistols ressemblent aux Beach Boys
Le rapprochement s'impose d'ailleurs, ne serait que par le design de la pochette qui rappelle clairement celui du seul véritable album des superstars du punk : Never Mind The Bollocks, Mais aussi, et surtout, parce que la signature tardive (en 79 : le punk est en voie de passer de "No Future" à "No Present") des furieux de l'East End londonien par le label EMI ressemble fort à une pathétique vengeance, les Pistols leur ayant échappé pour signer chez Virgin.
En dehors de ces considérations mercantiles, qui ont d'emblée dévoyé un mouvement musical qui se voulait libertaire, Cockney Rejects est l'exemple parfait de ce qu'on n'allait pas tarder à appeler le "Oi!". Ils seraient même à l'origine du terme, piqué par un journaliste à la chanson Oi Oi Oi qui figure sur leur deuxième album. Le style, primitif et radical, concerne des groupes revendiquant leur identité ouvrière, rassemblant les punks à crêtes et les skinheads, avec un fort risque de dérapage vers le racisme et les idées nazifiantes. 
Les Cockney Rejects, malgré une certaine violence et un goût ostensible pour le hooliganisme, se sont toujours moqué de l'extrême droite anglaise et rejetaient toute accusation de racisme. Leurs paroles parlent essentiellement de bastons urbaines et de marginalité, avec un accent à couper au couteau, même quand Jeff "Stinky" Turner les hurle dans son micro pourri. Les morceaux sont courts et bourrins. La production est inexistante. Les premiers albums s'appellent tous "Greatest Hits", y compris le troisième qui est un live. Tout se ressemble un petit peu.
N'empêche qu'en ces temps de surproduction numérique, où les groupes qui se prétendent "brut" sonnent toujours trop propres (mais non, j'ai pas cité les Black Keys...), poser son vieux Cockney crapoteux sur la platine rappelle immédiatement que le rock s'écoute fort, debout et sans bouchons dans les oreilles...

GEORGE BENSON I Want You (She's So Heavy)

GEORGE BENSON
The Other Side Of Abbey Road

Label : CTI
Année : 1970
A1 Golden Slumbers
A2 You Never Give Me Your Money
A3 Because / Come Together
A4 Oh! Darling
B1 Here Comes The Sun
B2 I Want You (She's So Heavy)
B3 Something / Octopus's Garden
B4 The End 


Genre : Groovy Jazz
6° morceau de L'inventaire 25 : I Want You (She's So Heavy)

Guitariste virtuose qui fit tout d'abord ses classes aux côtés de l'organiste "Brother" Jack McDuff, George Benson est souvent regardé comme un marchand de soupe par les jazzeux. Si sa discographie est effectivement parcourue d'encombrantes ballades sirupeuses et de morceaux qu'on n'hésiterait pas à balancer en musique de fond d'un restaurant ou d'un supermarché, il serait plutôt avisé de détailler le contenu de chaque album, notamment ceux des années 70 pour le label sophistiqué de Creed Taylor : CTI.
Essentiellement constitués de reprises : 10 albums avec la crème des musiciens du label et quelques invités exceptionnels, enregistrés magistralement par l'ingénieur du son préféré de Coltrane, Rudy Van Gelder, recelant tous quelques perles de rare groove, que les D.J. ont abondamment samplés et recyclés depuis.
Ici, 9 morceaux des Beatles entièrement réarrangés et combinés par un Benson particulièrement inspiré, qui laisse toute la place aux invités pour s'exprimer. Parmi eux Herbie Hancock, Ray Barretto, Freddie Hubbard... Ca plane très haut, en particulier sur cette version démentielle d'I Want You choisie pour notre Inventaire.

THE MUSIC MACHINE Come On In

THE MUSIC MACHINE
Turn On

Label : Big Beat Records
Année : 1966 (Ré: 1983)
A1 Talk Talk
A2 Trouble
A3 Cherry Cherry
A4 Taxman
A5 Some Other Drum
A6 Masculine Intuition
B1 The People In Me
B2 See See Rider
B3 Wrong
B4 96 Tears
B5 Come On In
B6 Hey Joe

Genre : Garage Rock
5° morceau de L'inventaire 25 : Come On In

Lors de la découverte tardive de leur unique tube (Talk Talk), ils avaient été bombardés ici-même secret le mieux gardé des sixties. Impression confirmée maintenant que nous avons mis la main sur leur premier et seul véritable album (le second sort en 1968 sous le nom de The Bonniwell Music Machine, le groupe ayant implosé très vite, laissant seul son leader Sean Bonniwell tenter -en vain- de redresser la barre).
Turn On sort donc en 1966 sur le label Original Sound et affiche un équilibre parfait, malgré ses cinq reprises imposées par la maison de disque. La production est rugueuse, le sont acéré, le tout au service d'une enfilade de morceaux courts et cinglants. Leur reprise du Taxman des Beatles est juste un peu plus sensuelle que l'original. Leur version d'Hey Joe ressemble curieusement à celle que Love réalise pour leur premier album la même année. Une coïncidence d'autant plus troublante que les deux groupes émergent au même moment de la jeune scène psychédélique de Los Angeles ... Il n'y a guère que 96 Tears qui n'ajoute rien de notable à l'original de ? and the Mysterians
Mais c'est évidemment dans les compositions que Bonniwell donne toute sa mesure. Nos seulement avec ses instantanés de rock sauvage, mais aussi dans ses morceaux plus calmes, comme l'énigmatique Come On In, placé au beau milieu de cet Inventaire numéro 25
En plus de cet indéniable talent, avec leurs coupes au bol, leurs cols roulés noirs et ce mythique gant de cuir que Bonniwell semblait porter à la main droite, les Music Machine avaient la gueule, l'attitude et juste ce qu'il faut d'ironie pour devenir un groupe de premier plan. Ils ont certainement manqué de chance... N'empêche : Turn On sonne encore 50 ans plus tard comme un idéal de disque rock, nerveux et sexy.

COLDCUT Timber

COLDCUT
Let Us Play

Label : Ninja Tune
Année : 1997
A1 Return To Margin
A2 Atomic Moog 2000 (Post Nuclear Afterlife Lounge Mix)
A3 Noah's Toilet
B1 More Beats + Pieces (Daddy Rips It Up Mix - Max Chop)
B2 Rubaiyat
B3 Pan Opticon
C1 Music For No Musicians
C2 Space Journey   
C3 Timber
D1 Every Home A Prision
D2 Cloned Again
D3 I'm Wild About That Thing (The Lost Sex Tapes: Position 1)

Genre : Electro bidouille - 4° morceau de L'inventaire 25 : Timber

Let Us Play est un peu à l'électro ce que furent Revolver à la pop ou 3 Feet High And Rising au hip hop : un album d'expérimentations ludiques et inspirées qui débouche sur une musique inouïe qu'on adopte instantanément. 10 ans plus tôt, les deux gars sont des producteurs de dance music qui décrochent la timbale avec l'album Wanted de Yazz, chanteuse peroxydée qui enflamme les dancefloors alors en pleine révolution électronique. 
Sans jamais renier cet aspect commercial de leur carrière, Jonathan More et Matt Black sentent qu'il y a encore des terres à défricher juste là : à la croisée du hip hop, de la dance music et des nouveaux outils électroniques qu'ils abordent comme autant de jouets. Ils créent leur label, Ninja Tune, qui hébergera la fine fleur des nouveaux bidouilleurs anglais (DJ Vadim, The Herbalizer,Amon Tobin ou encore le rappeur classieux Roots Manuva) et qui leur permettra d'expérimenter en toute liberté.
Let Us Play s'avère au final un véritable manifeste, celui d'une génération qui a commencé par dire "Fuck art, let's dance !" puis s'est ravisée pour finalement réconcilier les deux. Non content d'exceller dans le mix des sonorités les plus hétéroclites, le duo rassemble des invités venus évidemment de l'électro, mais aussi d'horizons plus inattendus comme le punk engagé et enragé Jello Biafra ou le funky drummer Bernard Purdie. Un album idéal qui peut aussi bien s'embarquer en boîte que s'écouter à la maison...
Parmi les grands moments de cette débauche sonore, Timber est une espèce de plaidoyer contre la déforestation qui réussit à faire groover les tronçonneuses. Non content d'avoir inventé l'électro politique, les Coldcut réussissent à y insuffler une bonne dose d'humour, comme on peut le vérifier sur le clip d'époque.

On peut se désoler que la version double vinyle compte une dizaine de morceaux de moins que le cd. On se console vite en constatant que ceux-ci sont essentiellement des remixes et, surtout, que la pochette en version grand format a quand-même de la gueule.


THE UNDERTONES There Goes Norman

THE UNDERTONES
Hypnotised

Label : Sire Records
Année : 1980
A1 More Songs About Chocolate And Girls
A2 There Goes Norman
A3 Hypnotised
A4 See That Girl
A5 Whizz Kids
A6 Under The Boardwalk
A7 The Way Girls Talk
A8 Hard Luck
B1 My Perfect Cousin
B2 Boys Will Be Boys
B3 Tearproof
B4 Wednesday Week
B5 Nine Times Out Of Ten
B6 Girls That Don't Talk
B7 What's With Terry?
Genre : Punk pop

3° morceau de L'inventaire 25 : There Goes Norman

Ils sont entrés dans la légende grace à John Peel qui a décrété que leur premier single, Teenage Kicks, était le meilleur morceau de tout les temps et en a choisi un extrait comme épitaphe. Apparus en même temps que le punk, les Undertones en avaient le son et la simplicité. Les Clash ne s'y sont pas trompés en les embarquant pour assurer la première partie de leur tournée américaine en 79. Mais leur trajectoire autonome et leur absence totale d'attitude provocante les détachent nettement du mouvement. 
Les Undertones sont à l'origine cinq braves gars venus du même quartier de Derry, en Irlande du Nord, dotés d'un sens redoutable de la mélodie, à l'écriture simple mais aboutie, sublimée par la voix incomparable de Feargal Sharkey dont le charisme scénique fit certainement beaucoup pour la renommée du groupe. Pourtant il ne jouait d'aucun instrument et n'écrivait rien, les morceaux du groupe étant dus aux frères O'Neil, qui tenaient les guitares et les fondations de la maison. L'un des facteurs de la fin des Undertones, en 1983, sera justement la scission entre le chanteur et les quatre autres membres fondateurs, beaucoup plus soudés dès l'origine du groupe. 
Restent quatre albums et un paquet de singles redoutables. Une discographie et un parcours exemplaires, à ranger juste à côté de The Jam et The Smiths.

Devenus objets d'un culte, ils se sont bien sûrs reformés, mais sans Feargal Sharkey qui ne semble avoir aucun goût pour la nostalgie. 
A l'heure où j'écris ses lignes, ils tournent en Europe. 
Ils jouaient hier dans ma ville... Je n'ai pas eu le courage d'aller les voir.

RAY BARRETTO Thunderball

RAY BARRETTO
Señor 007 

Label : West Side Latino Records (United Artists)
Année : 1965
Année :
A1 Mister Kiss Kiss Bang Bang
A2 Search For Vulcan
A3 Jamaica Jump Up
A4 Thunderball
A5 From Russia With Love
B1 I Wanna Be A James Bond Girl
B2 007
B3 Underneath The Mango Tree
B4 The James Bond Theme
B5 Goldfinger
2° morceau de L'inventaire 25 : Thunderball

Ce n'est ni le meilleur album de Ray Barretto, ni le meilleur album de reprises de musiques de James Bond (et il en existe une tripotée !) 
Mais cet objet d'obédience purement commerciale sera la parfaite bande son de vos cocktails d'été. 
Latinisant les thèmes signés par John Barry et Monty Norman pour les quatre premier titres de la franchise (Dr No, From Russia With Love, Goldfinger et Thunderball), le percussionniste déroule un easy listening plein de sève et de couleurs, suffisamment groovy pour ne pas sombrer dans l'excès de kitch. Grosses basses, riffs de cuivres et, bien sûr, percussions brésiliennes obligatoires (même si Raymond Barretto est un new-yorkais pur jus). 
Un seul titre, I Wanna Be A James Bond Girl, n'est tiré d'aucun film et semble avoir été écrit pour la circonstance par le tandem Holmes/Sherman, auteur et compositeurs ayant abondamment donné dans la musique décorative de l'époque.
Bien sûr, on pouvait s'attendre à un peu plus d'audace de la part de l'orchestre de Ray Barretto, la plupart des titres restant carrément sages dans les parties d'improvisations. N'empêche qu'avec les beaux jours, en bonne compagnie, avec un Martini Dry bien frais...   

Note : La réédition de West Side Latino Records a les ronds centraux inversés sur le disque (l'étiquette face A est collée du côté B et vice versa). Résultat : certaines vidéos en ligne affichent des titres ne correspondant pas aux morceaux. Comme quoi, faut toujours se méfier des infos qui circulent sur le net.