vendredi 1 janvier 2016

Inventaire 38 - Misty


Inventaire n°38 - Misty par twinselecter

WILLIE BOBO AND THE BO-GENTS Broasted Or Fried

WILLIE BOBO AND THE BO-GENTS
Do what you want to do...

Label : Sussex (Rééd: Vampi Soul)
Année : 1971
A1 Do What You Want To Do
A2 Shut Up And Pay Attention
A3 Dindi
A4 Come Together
A5 Soul Foo Yong
B1 Broasted Or Fried
B2 The Thrill Is Gone
B3 How Can I Say Goodbye?
B4 Never You Mind 

Genre : Latino-Jazz-Funk
6° morceau de L'Inventaire 38 : Broasted Or Fried

Contrairement à son professeur, Mongo Santamaria, authentique Cubain émigré aux États-Unis, récemment intronisé dans les Cercles Parfaits,  William Correa, dit Willie Bobo, est né à New York, dans le Spanish Harlem. Percussionniste passionné par la musique cubaine (outre Santamaria avec qui il fait son apprentissage, il accompagne pendant 4 ans le maître Tito Puente !), il réalise le parfait métissage entre les rythmes d'Amérique du Sud et les sonorités électriques du jazz-funk. C'est ainsi que sa discographie, étalée sur quelques vingt années rassemble des gens aussi divers que Cal Tjader, Johnny Pacheco, Sony Stitt, Chick Corea, Herbie Hancock ou Carlos Santana... 
Il n'existe qu'un album* avec sa formation The Bo-Gents, qui reflète parfaitement cette ouverture par laquelle se glisse, entre deux instrumentaux infernaux, une ballade d'Antonio Carlos Jobim, Dindi, dans laquelle le percussionniste montre aussi un joli filet de voix, idéal pour accompagner un tête-à-tête aux chandelles.
Mais comme on n'est pas là pour la bagatelle, c'est le très funky Broasted Or Fried qui a été choisi pour notre mix, un morceau signé par le pianiste de la formation, Reggie Andrews, qui tient la dragée haute à n'importe quel classique des bandes originales de la blaxploitation.

* Heureusement réédité par Vampi Soul, le label espagnol dédié au 60's et 70's.

THE CHIFFONS Stop Look And Listen

THE CHIFFONS
Everything You Wanted To Hear ...

Label : RCA
Année : 1981 (compilation)
A1 One Fine Day    
A2 Tonight I'm Gonna Dream    
A3 Out Of This World    
A4 He's So Fine    
A5 I Have A Boyfriend    
A6 Nobody Knows What's Goin' On (In My Mind But Me)    
A7 When The Boy's Happy (The Gil's Happy Too)    
A8 Tonight I Met An Angel    
B1 Sweet Talkin' Guy    
B2 A Love So Fine    
B3 Open Your Eyes    
B4 Sailor Boy    
B5 Stop Look And Listen    
B6 My Block    
B7 Oh My Lover    
B8 Just For Tonight

Genre : 60's Girls Group
5° morceau de L'Inventaire 38 : Stop Look And Listen

Des pionnières, The Shirelles, aux atypiques The Cake en passant par les reines du genre (The Supremes, The Crystals...) les "girls groups" des années 60 représentent une parenthèse dorée de la pop. Écriture soignée et luxuriante, harmonies vocales euphorisantes et production impeccable... On ne se foutait pas de la gueule du consommateur ! 
Bien sûr, les coulisses ne sont pas toujours aussi reluisantes : rivalités impitoyables, exploitation pouvant aller jusqu'à l'abus et la maltraitance par certains producteurs-pygmalions, grandeurs et décadences de jeunes femmes pressées comme des citrons avant d'être renvoyées à l'anonymat... La réalité ne ressemblait pas forcément aux pochettes rose bonbon de l'époque. 
N'empêche ! Redécouvrir aujourd'hui cette musique fait immédiatement ressurgir une époque artificiellement dorée, le meilleur côté du rêve américain. 
The Chiffons ne font pas partie de l'écurie Motown, ni des productions Phil Spector. Ça ne les empêche pas de marquer leur époque. Originaires du Bronx, elles démarrent en trio dès 1960 mais ne connaîtront leur premier succès que quatre ans plus tard après être devenue un quatuor. 
En 1966, elles tournent en Allemagne et en Angleterre où elles accueillent dans leur public les Stones et les Beatles. Ces derniers devaient être particulièrement réceptif à leur musique, en particulier George Harrisson qui, en 1970, plagiera leur tube He's So Fine pour son propre hit en hommage à Krishna :  My Sweet Lord. Le procès qui s'ensuivra conclura à un détournement inconscient de la part du guitariste-chanteur.
Leur discographie est assez synthétique : 4 albums, une quinzaine de singles simplement rassemblés dans cette compilation. Si la production s'avère très inégale, les morceaux et leur interprétation reste sans faille.  Le Stop Look And Listen choisi pour ce mix ressemble beaucoup aux tubes des Supremes, mais il sera là aussi difficile de savoir qui a copié qui, les Chiffons ayant démarré un an avant le groupe de Diana Ross...




FRIJID PINK Drivin' Blues

FRIJID PINK

Label : Parrot (Deram)
Année : 1970
A1 God Gave Me You    
A2 Crying Shame    
A3 I'm On My Way    
A4 Drivin' Blues    
A5 Tell Me Why    
B1 End Of The Line    
B2 House Of The Rising    
B3 I Want To Be Your Lover    
B4 Boozin' Blues


Genre : Heavy Blues Rock
4° morceau de L'Inventaire 38 : Drivin' Blues

Mais qu'est-ce qu'il y a dans l'eau de Détroit ? De l'acide peut-être. 
Dans la foulée du MC5 et des Stooges, ce groupe de blues-rock balance en 1970 un premier album dont le son semble passé au papier de verre, bourré de guitare fuzz, qui n'est pas sans rappeler Ten Years After, la virtuosité du guitariste en moins, compensée par une certaine sauvagerie dans les attaques de guitare, les lignes de basses lourdes et le jeu sur les toms du batteur Richard Stevers
Le succès arrive avec leur reprise d'House Of The Rising Sun, sorti en single, et seule reprise de ce premier album qui se vendra à un million d'exemplaire. Pour la petite histoire, Frijid Pink en pleine gloire accueille alors en première partie un groupe de blues rock débutant, du nom de Led Zeppelin...
La production est signée Mike Valvano, qui cosigne également deux morceaux. Un homme plein de talents, l'un des rares blancs signé par le label Motown qui ne gardera pas son groupe, mais l'emploiera comme chauffeur, préparateur des disques destinés au comité d'écoute, mais aussi auteur maison sur un ou deux tubes, producteur et, à l'occasion, pour taper dans ses mains ou agiter le tambourin lors de sessions d'enregistrements. Durant une période de chômage technique chez Motown, il à l'occasion de produire ce jeune groupe de blues rock, mais a du mal à se faire payer, malgré leur succès.
Ce sera ainsi sa seule collaboration avec Frijid Pink, dont la carrière s'éteindra en 74 avec leur quatrième album, le mal nommé All Pink Inside, dans lequel ne figurait plus aucun membre d'origine...

LOBE LOBE EMILE Ni Ndedi

LOBE LOBE EMILE
La Sharka & Le Makossa

Label : Edition Decko
Année : 198?
A1 Ni Ndedi (Sharka)
A2 Mut'Affaires (Sharka)
A3 Yoma Ndut'a Longe (Sharka)
B1 We Nde Na Ngea (Makossa)
B2 Ebola Mba Mba (Sharka) 


Genre : Groove camerounais
3° morceau de L'Inventaire 38 : Ni Ndedi

En voilà un que même internet ne connaît pas ! 
Tout juste référencé sur le-site-qui-sait-tout-Discogs, sorti sur un label qui ne compte lui-même qu'une poignée de références, Lobe Lobe Emile ne semble pas faire partie des repêchés de la grande vague de rééditions de musiques africaines qui agite en ce moment quelques labels bien avisés. Peut-être parce qu'il est dans la mauvaise tranche, celle des années 80 qui n'a pas (encore) autant la côte que les productions de la décennie précédente. Peut-être parce qu'il est originaire du Cameroun*, pays qui excite un peu moins les dénicheurs que le Nigeria ou le Mali. 
Guère plus d'info sur la "Sharka", genre musical adopté majoritairement sur cet album (4 morceaux sur 5) qu'on tentera d'identifier par son rythme au croisement du funk, du calypso et du zouk, à défaut de comprendre de quoi parlent exactement les paroles. Le terme "sharka" est d'ailleurs généralement plutôt attribué à un virus... C'est  d'autant plus curieux que le dernier morceaux de l'album s'intitule Ebola Mba Mba (il semblerait qu'avant d'être aussi le nom d'un virus, Ebola fut celui d'un village du Congo belge...)
Bref, ce disque ramassé au hasard des puces garde tout son mystère, malgré la présence en ouverture de face B d'un morceau de Makossa, genre rendu légèrement plus familier par le tube de Manu Di Bango, mais qui ici ne se distingue pas franchement des quatre autres : ligne de basse irrésistible et rythme soutenu pour porter la voix fraîche d’Émile, véritable ambianceur de dance floor malgré son anonymat total. 
Et puis cette belle dédicace au verso de la pochette : "La réalisation de cet album m'acclimate une allusion à mon cher frère Abu Bass qui s'est éloigné de moi."


*En tous cas son label, situé à l'époque à Yaoundé

CLINIC

CLINIC 
Free Reign

Label : Domino
Année : 2012
A1 Misty    
A2 See Saw    
A3 Seamless Boogie Woogie, BBC2 10pm (Rpt)    
A4 Cosmic Radiation    
A5 Miss You    
B6 For The Season    
B7 King Kong    
B8 You    
B9 Sun And The Moon 


Genre : Schizoïd Pop
2° morceau de L'Inventaire 38 : Misty

Clinic est un groupe mystérieux. Apparu à la fin des années 90 avec d'emblée une identité et un son immédiatement identifiables, ils ont depuis produits sept albums et une bonne vingtaine de singles sans affoler outre mesure les médias dominants. Pourtant, ils furent repérés d'emblée par le grand gourou de la BBC John Peel et un morceau de leur premier album (l'impeccable Internal Wrangler) servira pour une pub Levi's.  Mais Clinic est radical. Morceaux plutôt courts, rythmique minimaliste et électronique, synthé oppressant, chant androgyne et souvent monotone : rarement groupe aura aussi bien porté son nom. 
Malgré ce parti pris d'apparente austérité, l'univers de Clinic est intriguant, attractif, limite fascinant. Le quatuor arrive sur scène en tenue complète d'infirmier, masque compris, ce qui ne les empêche ni de chanter, ni de souffler éventuellement dans un instrument (voir photo ci-dessous). En fait, il y a de l'humour et une certaine sauvagerie rock'n'roll chez ce groupe. Il y a aussi tout un tas de références souterraines, aux sources de l'électro bien sûr (Kraftwerk en tête) mais aussi au rock garage, à la surf music, à la science-fiction et au fantastique, voire à une certaine forme de glamour, bien cachée derrière les masques hygiéniques. Bref, Clinic est une expérience à vivre, aussi bien sur disque que sur scène.
Bizarrement, après avoir sorti ce Free Reign en 2012, il proposent un remake, une version alternative en 2013 : Free Reign II avec les mêmes morceaux dans le désordre et dans des versions différentes. Depuis, c'est le silence, un peu inquiétant...
  



GLENN BRANCA Augustus

THE BELLY OF AN ARCHITECT
Original Soundtrack

Label : Les Disques du Crépuscule
Année : 1987
A1 Glenn Branca : Augustus
A2 Wim Mertens : Birds For The Mind (The Victor Emanuel)
A3 Wim Mertens : The Aural Trick (Foro Italico)
A4 Wim Mertens : Struggle For Pleasure (Stourley Kracklite)
A5 Wim Mertens : 4 Mains (Etienne-Louis Boullee)
A6 Wim Mertens : Close Cover (The Villa Adriana)
B1 Wim Mertens : Time Passing (The Pantheon Meal)
B2 Wim Mertens :Tourtour (The Roman Forum)
B3 Wim Mertens : And With Them (Caspasian)
B4 Glenn Branca : Andrea Doria/Galba/Caracalla/Hadrian
B5 Glenn Branca :Augustus

Genre : Musique de film
1° morceau de L'Inventaire n°38 : Augustus


Le film est fascinant, la b.o. l'est tout autant. L'artiste pluridisciplinaire Peter Greenaway s'est emparé du cinéma pour concevoir des films-labyrinthes, pleins de pièges, de trompe-l’œil et de faux semblants. Le Ventre de l'Architecte conte la descente aux enfers d'un architecte américain à Rome qui voit peu à peu son talent, sa femme, sa vie, phagocytés par un concurrent. Le cinéma est, par essence, à la croisée de divers arts, mais avec Greenaway, il s'agit bien de construire un film par conjugaison, de bâtir un jeu de miroir entre la peinture, l'architecture, la photographie et bien sûr la musique pour aboutir à de drôles d'objets, parfois un peu trop conceptuels, un peu trop cérébraux. Mais aussi parfois bouleversants, notamment dans la premières partie de sa carrière. 
Le Ventre de l'Architecte est dans le haut du panier, et sa musique, signée pour l'essentiel Wim Mertens, joue sur des motifs répétitifs, des riffs de pianos presque hypnotiques d'où se dégage une curieuse mélancolie. Le tout est complété par deux thèmes de Glenn Branca, autre musicien contemporain difficile à classer par son mélange d'instrumentation classique, électrique et électronique, et ses harmonies aux frontières de la dissonances. 
Bel exemple : Augustus, qui ouvre ce mix, résume en une minute trente-six la descente aux enfers de l'architecte. Le thème peut aussi servir à illustrer n'importe quelle crise d'angoisse...

samedi 17 octobre 2015

Inventaire 37 - Hey, Disc Jockey !


Inventaire n37 - Hey, Disc Jockey ! par twinselecter

BEN VAUGHN COMBO A Good Woman Is Hard To Find

BEN VAUGHN COMBO
Beautiful Thing

Label : Restless Records
Année : 1987
A1 Jerry Lewis In France    
A2 Clothes Don't Make The Man    
A3 Beautiful Thing    
A4 The North Wind Blew    
A5 Shingaling With Me    
A6 Gimme, Gimme, Gimme    
B1 She's A Real Scream    
B2 Big House With A Yard    
B3 On The Rebound    
B4 A Good Woman Is Hard To Find

B5 Desert Boots     
B6 The Apology Line
Genre :  Rock, for sure...
6° morceau de L'Inventaire 37 : A Good Woman Is Hard To Find

Américain jusqu'au bout des ongles, Ben Vaughn n'est jamais dans les feux des projecteurs, mais il est déjà une légende. Ne serait-ce que pour son album de 1996, Rambler 65, enregistré entièrement... dans sa voiture ! 
Guitariste suave, qui préfère la beauté du son à la virtuosité trop ostensible, il laisse éclater son goût pour le Garage et la Surf Music des origines dans la mirifique bande originale du film parodique Psycho Beach Party. Adoubé par Alex Chilton, qu'il produira à l'occasion, il est de l'aventure unique Cubist Blues déjà évoquée ici. On lui doit également l'habillage musical de la série That 70's Show,pour lequel il opère un lifting réussi au morceau In The Street de Big Star
Il a signé une quinzaine d'albums solo et, avant ça, à la fin des années 80, deux albums avec le Ben Vaughn Combo. Beautiful Thing, le second, dont la pochette affiche déjà le côté "road rambler" du bonhomme, est une véritable balade dans la cambrousse du rock'n'roll. L'écriture paraît simple, certainement parce qu'elle coule de source, avec une dose d'ironie bien placée, à l'image de ce A Good Woman Is Hard To Find dont le texte mérite une écoute attentive. 
Un bon disque est dur à trouver, celui-ci n'est jamais sorti en France !


THE HIGHT & MIGHTY Hands On Experience Pt II

THE HIGH & MIGHTY
Home Field Advantage
Label : Rawkus
Année : 1999
A1 Tip Off Time
A2 Dirty Decibels
A3 Top Prospects
A4 Dick Starbuck "Porno Detective"
A5 B-Boy Document '99
B1 The Last Hit
B2 Hot Spittable
B3 The Meaning
B4 In-Outs
C1 Shaquan & Eon   
C2 The Half
C3 Hands On Experience Pt.II
C4 Weed
D1 Open Mic Night Remix
D2 Mind, Soul, And Body
D3 Friendly Game Of Football   
D4 Mighty Mi For Your Stereo System

Genre : Laidback Hip Hop 
5° morceau de L'Inventaire 37 : Hands On Experience Pt II

Ils sont blancs et ne parlent pas du ghetto. Leurs centres d’intérêt sont plutôt le sport (voir le titre de ce premier album... et de leur second, Air Force 1, qui est le nom d'une célèbre paire de Nike !), la saga Star Wars et, un peu le cul quand-même. Le duo qui constitue The High & Mighty n'a jamais eu la crédibilité hip hop, malgré les évidentes réussites de ce premier album où figurent quand-même Mos Def, Kool Keith et un Eminem alors en pleine éclosion. Même leur arrivée, après une poignée de singles sortis sur leur propre maison de disques, sur le label Rawkus aux côtés de Company Flow, Kool G, Talib Keli et Mos Def justement, ne leur donne pas la "carte". 
Ils sortiront ainsi, bon gré mal gré, quatre albums en six ans avant de lâcher l'affaire. On les retrouve en 2002 à la production, sur le troisième album de Princess Superstar et son irrésistible Bad Babysitter, mais depuis Eric Meltzer alias Mr Eon et Milo Berger AKA DJ Mighty Mi semblent avoir totalement disparu de la circulation.  
Ça peut sembler injuste quand on découvre ce Hands On Experience avec les featuring de Kool Keith et de l'excellente rappeuse What? What? (alias Jean Grae, alias Nasain Nahmeen, alias Run Run Shaw, de son vrai nom Tsidi Ibrahim). Certes, leur rap n'est pas très mature, mais pas moins que les intouchables Beastie Boys. Et puis, faut pas déconner : The High & Mighty c'est pas MC Hammer non plus !

MAYNARD FERGUSON Spinning Wheel

MAYNARD FERGUSON
Horn 2

Label : CBS (Columbia)
Année : 1972
A1 Give It One
A2 Country Road
A3 Theme From "Shaft"
A4 Theme From "Summer Of '42"
B1 Mother
B2 Spinning Wheel
B3 Free Wheeler
B4 Hey Jude

4° morceau de L'Inventaire 37 : Spinning Wheel

Maynard Ferguson était canadien. Il était trompettiste et chef d'orchestre. Il a pondu une soixantaine d'albums, reprenant à peu près tout et n'importe quoi dans des arrangements dynamiques, un peu boursouflés, souvent sirupeux, mais parfois irrésistibles. Sa virtuosité, notamment sa maîtrise des notes les plus aiguës du cornet à piston, est bien souvent fustigée par les amateurs de jazz sérieux qui ne voient en lui qu'un gymnaste de la musique. 
C'est un peu injuste : en fouillant sa discographie, quitte à se taper des morceaux qui devaient faire fureur dans les ascenseurs et les supermarchés des années 70, on tombe sur quelques grands moments de jazz-funk. 
Ici, sa reprise de Shaft remplit le contrat, mais c'est cette version du Spinning Wheel de Blood, Sweat & Tears avec la méchante section rythmique incarnée par Randy Jones et Dave Lynane (c'est qui ?), qui dévaste tout sur son passage. Un festival de cuivres qui se courent après, se répondent, se chevauchent et vous donnent envie d'aller reprendre un cocktail au bar du Pacific Princess... Servi frappé par Isaac, bien entendu !

IBIBIO SOUND MACHINE Asem Usem Iyak

IBIBIO SOUND MACHINE

Label : Soundway Records
Année : 2014
A1 Voice Of The Bird (Uyio Inuen)
A2 I'm Running (Nya Fehe)
A3 The Talking Fish (Asem Usem Iyak)
A4 Let's Dance (Yak Inek Unek)
A5 Uwa The Peacock (Eki Ko Inuen Uwa)   
B1 The Tortoise (Nsaha Edem Ikit)   
B2 Woman Of Substance (Awuwan Itiaba)   
B3 Prodigal Son (Ayen Ake Feheke)   
B4 Got To Move, Got To Get Out! (Ana Nkpong Ana Nwuoro)   
B5 Ibidio Spiritual

Genre : Afroélectrofunk
3° morceau de L'Inventaire 37 : The Talking Fish (Asem Usem Iyak)

Célébré régulièrement ici, le label Soundway Records ne se contente pas d'extraordinaires rééditions d'incunables de la sono mondiale. A force de voyager à travers le monde en quête de groove exotique et de fusion sonore, la maison ouverte mais exigeante a fini par signer des groupes d'aujourd'hui, ceux qui prolongent l'héritage sans forcément regarder en arrière. Ainsi, tandis que le funk psychédélique de Fumaça Preta a parcouru les festivals européens cet été, les sons plus électroniques mais indéniablement africains d'Ibibio Sound Machine devraient irriguer les dance floors les plus résistants. 
Sorti il y a u peu plus d'un an, porté par l'imparable single Let's Dance (qui renvoie celui de Bowie au siècle auquel il appartient), l'album d'Ibibio Sound Machine, s'il est un peu prévisible sur ses rares morceaux calmes, s'écoute difficilement assis. Meneuse indiscutable du groupe, la chanteuse Eno Williams et née à Londres mais ce sont ses origines nigériennes qui habitent littéralement le disco technoïde de Max Grunhard, Leon Brichard & Benji Bouton, musiciens du groupe et surtout producteurs de ce son aérien mais chaleureux. Ainsi ce "poisson parlant" (Asem Usem Iyak en version originale) au cœur du mix 37, dont la rythmique rappelle confusément le premier succès de Gil Scott-Heron : The Revolution Will Not Be Televised, les cuivres en plus.
Un EP de remixes est sorti cet été : c'est sympa mais un peu léger pour satisfaire notre appétit, maintenant qu'on a goûté au truc...

Max Grunhard, Leon Brichard & Benji Bouton
Max Grunhard, Leon Brichard & Benji Bouton
Max Grunhard, Leon Brichard & Benji Bouton

GRANT LEE BUFFALO Dixie Drug Store

GRANT LEE BUFFALO
Fuzzy

Label : Slash
Année : 1993
A1 The Shining Hour
A2 Jupiter And Teardrop
A3 Fuzzy
A4 Wish You Well
A5 The Hook
A6 Soft Wolf Tread
B1 Stars 'N Stripes
B2 Dixie Drug Store
B3 America Snoring
B4 Grace
B5 You Just Have To Be Crazy  

Genre : Deep Americana Rock
2° morceau de L'Inventaire 37 : Dixie Drug Store

Oh, comme nous l'avons aimé cet album ! 
Dans les années 90, entre une brit'pop fatigante à force d'attitude et d'auto-complaisance, et un mouvement grunge déjà à l'agonie, on sentait bien que quelque chose s'essoufflait. Le hip-hop explosait, le trip-hop arrivait et l'électro prenait le pouvoir : les guitares commençaient à vraiment sentir mauvais. 
Et voilà que débarque ce trio sorti du fond des âges, autour du sempiternel triangle guitare/basse/batterie, avec une dizaine de compositions venues d'une looooongue tradition américaine où l'on sentait des flagrances d'Hank Williams, de Neil Young, ou, pour faire plus récent du Gun Club... En tous cas, rien qui n'affiche la moindre revendication de modernité.
Sauf qu'avec un talent pareil, qui se soucie de tels détails ? Les chansons de Grant-Lee Phillips, chanteur, guitariste et compositeur du groupe, frappent juste dès la première écoute et, on peut bien le dire maintenant, tiennent parfaitement le coup plus de 20 ans après. Un album sans faiblesse, porté par un single déchirant (Jupiter and Teardrops, une histoire d'amants maudits, séparés par la prison et le crime).  Sans compter que, sur une petite scène du sud de la France, le trio montra qu'il passait de la ballade acoustique intimiste à la plus brutale sauvagerie sans effet superflu, sans additif, avec une batterie sommaire, une basse, parfois même une contrebasse et une guitare électro-acoustique capable  de vous dévisser la tête. Nous n'étions pas très nombreux, mais on s'en souvient tous...
Après, il y eut deux ou trois autres albums, puis une carrière solo pour Grant Lee Phillips. Mais nous avions déjà lâché l'affaire, conscients qu'un miracle comme Fuzzy ne se produit qu'une fois.

ADRIANO CELENTANO Disc Jockey

ADRIANO CELENTANO 
Prisencólinensináinciúsol/
Disc Jockey

Label : Galloway/Clan Celentano
Anné : 1973

Genre : 1er rap italien
1° morceau de L'Inventaire 37 : Disc Jockey

Mais que devient Adriano Celentano
L'homme qui inventa le rock italien, après avoir vu Bill Haley sur scène, vendra quelques 150 millions de disques entre les années 60 et 70, avec son personnage irrésistible de crooner-rocker nonchalant. 
Ses succès marquent l'époque et s'installent dans les mémoires, bien au-delà de l'Italie, de 24000 baci  à Svalutation, en passant par le lancinant I Want To Know : 5 minutes 20 de pur bonheur mélancolique.
Quant à ce 45t, avec sa face A dans une langue inventée, Prisencólinensináinciúsol, et sa face B qui reprend le même motif rythmique dans une longue apostrophe au D.J. ("Hey D.J., qu'attends-tu pour mettre ce disque de ouf', l'ambiance est déjà bouillante !), il est tout simplement l'un des précurseurs du rap, quelques années avant son acte de naissance officielle à New York.
Loin de se contenter de ces succès musicaux, Celentano sera acteur d'une bonne trentaine de films (dont Mon curé va en boite !) et, depuis les années 80, un  animateur télé aux opinions bien tranchées. 
Il a fait son retour pour deux concerts historiques à guichet fermé en 2012, dans les arènes de Vérone, proposant chaque fois 6000 places au prix d'1€ symbolique pour les plus défavorisés. Le vieux rocker a du cœur...