samedi 4 juillet 2015

Inventaire 35 - Le Twist du plaisir


JUNGLE BROTHERS Black Is Black

JUNGLE BROTHERS
Straight Out The Jungle

Label : Warlock Records
Année : 1988
A1 Straight Out The Jungle    
A2 What's Going On    
A3 Black Is Black
A4 Jimbrowski
A5 I'm Gonna Do You    
B1 On The Run    
B2 Behind The Bush    
B3 Because I Got It Like That    
B4 Braggin & Boastin    
B5 Sounds Of The Safari    
B6 Jimmy's Bonus Beat

Genre : Cool Hip Hop
4° morceau de L'Inventaire 34 : Black is black

Les Jungle Brothers sont un peu les laissés pour comptes du collectif Native Tongues, qui comptait en son sein De La Soul et A Tribe Called Quest. Le credo de cette association éphémère de rappeurs s'articulait autour de paroles interrogeant leurs origines afro-américaines avec un optimisme qui tranche avec le gangsta rap émergeant, même si les deux courants évoquent parfois des thèmes similaires. L'album violent et brut de N.W.A., Straight Outta Compton, sort la même année que ce Straight Out The Jungle ultra-cool, ça n'est peut-être pas une coïncidence... 
Mais au-delà des textes, Jungle Brothers partage avec les autres membres du Native Tongues une approche décontractée et très musicale du hip hop. On parle de fusion "jazz-rap" à leur propos, mais même cette étiquette est réductrice pour leur approche soft et mélodique, leurs grooves moelleux, leurs samples pléthoriques et parfaitement intégrés qui montrent une large ouverture d'esprit : de Graham Central Station au thème de Star Wars en passant par Marvin Gaye, Manu Dibango, Prince ou le jazz-funk irrésistible de Mandrill. La diction évoque effectivement souvent à De La Soul, leurs potes d'A Tribe Called Quest sont cités au détour d'un morceau et l'attitude pacifique et proche de la nature d'Arrested Development n'est pas très loin. 
Leur ouverture d'esprit est même plus large que ça : la version CD de l'album comporte un morceau de house, I'll House You, qui sort en single et tourne en club, mais ne suffit pas à les mettre totalement sur le devant de la scène. Malgré l'échec cuisant du deuxième album, les Jungle Brothers parviennent tout de même à sortir sept albums en une vingtaine d'années. Le dernier date de 2006. 


THE MERSEYBEATS You Can't Judge A Book By Its Cover

THE MERSEYBEATS
 On Stage (EP)

Label : Fontana
Année : 1964
A1 : Long, Tall Sally
A2 : I'm Gonna Sit Right Down And Cry
A3 :  Shame
A4 : You Can't Judge A Book By Its Cover

Genre : Garage Rock
3° morceau de L'inventaire 35 : You Can't Judge A Book By Its Cover

Leur nom peut prêter à confusion : le Merseybeat est la pop anglaise initiée par les premières compositions des Beatles, moins dure et plus riche en harmonies que les morceaux des pionniers du rock'n'roll. Apparus à la même période et au même endroit que les idoles de Liverpool, les Merseybeats sont même réputés pour avoir souvent partagé la mythique scène de la Caverne avec ces quatre "garçons dans le vent". Pourtant, leur son est plus dur, plus sauvage, et on les sortirait volontiers de ce courant homonyme pour les envoyer dans la catégorie "Garage Rock", notamment avec ce quatre titre On Stage, qui n'est peut-être pas réellement enregistré live mais qui possède pourtant l'énergie brute et l'effervescence d'une prestation scénique.
Pour toute ces raisons, le titre de ce classique du pionnier du rock Willie Dixon, You Can't Judge A Book By Its Cover (dont l'équivalent français serait le proverbe "Il ne faut pas se fier aux apparences"), leur convient parfaitement. En plus de cet aspect anecdotique, leur version reste, quelques 50 ans plus tard, l'une des plus puissantes, même si le morceau a depuis été repris en disque et sur scène par des milliers de groupes en quête de crédibilité rock'n'roll.
Pas grand chose a dire de plus : les Merseybeats ont existé de 63 à 65. Ils ont enregistré en tout et pour tout une grosse poignée de singles et un album qui, curieusement, privilégie plutôt les ballades et se rapproche du son Beatles. Rien de tout ça n'a jamais été édité en CD.

OS NOVOS BAIANOS Tinindo Trincando

BRAZIL 70
After Tropicália New Directions in Brazilian Music in the 1970s

Label : Soul Jazz Records
Année : 2007
A1 Secos E Molhados : Amor
A2 Alceu Valença : Punhal De Prata
A3 Novos Baianos : Tinindo Trincando
A4 Jaime Alem & Nair De Cândia : Passará
B1 Gilberto Gil : Sai Do Sereno
B2 Erasmo Carlos : Mané João
B3 Gal Costa : Pontos De Luz
B4 Rita Lee : Corista De Rock
B5 Nelson Angelo & Joyce : Sete Cachorros
C1 Gilberto Gil : O Canto Da Ema
C2 Novos Baianos : América Tropical
C3 Raul Seixas : Mosca Na Sopa
D1 Nelson Angelo & Joyce : Vivo Ou Morto
D2 Ednardo E O Pessoal Do Ceará : Ingazeiras
D3 Raul Seixas : As Aventuras De Raul Seixas Na Cidade De Thor
D4 Mar Revolto : Contendas De Sincorá
Genre : Funkypsychedelicabraziliangroove
2° morceau de L'Inventaire 35 : Tinindo Trincando

En toute logique, deux ans après avoir consacré un volume à la révolution culturelle opérée par quelques musiciens brésiliens dès 1968 (Tropicália A Brazilian Revolution in Sound), le label Soul Jazz récidive en 2007 avec la vague qui a immédiatement suivi le chemin montré par ces précurseurs dans les années 70.
On retrouve ici deux de ces parrains (Gilberto Gil et Gal Costa), ainsi que Rita Lee, la chanteuse des cultissimes Os Mutantes, mais le reste du personnel est constitué de noms nouveaux et moins connus par ici. Moins connus mais tout aussi déchainés : si l'on discerne aisément l'influence psychédélique et électrique venue d'Amérique du Nord, les artistes ici présents proposent une débauche rythmique et mélodique typiquement brésiliennes, très éloignées du rock de stade boursouflant qui envahissait les États-Unis à la même période.
Os Novos Baianos, choisi pour notre inventaire 35, est un collectif de quatre musiciens à l'origine qui évoluera au fil de leur neuf ans de carrière (1970-78). Très vite se rajoutent deux musiciens sur scène, puis en studio, dont le guitariste, compositeur et arrangeur Pepeu Gomes qui épousera la chanteuse du groupe Baby Consuelo et, dans la foulée intègrera définitivement la formation. En 72, ça tourne même à la communauté qui vit ensemble et pratique dans un même élan la musique et le football (on est bien au Brésil !) Évidemment, ce genre de chose finit toujours par déraper et le dernier album, Farol Da Barra, attribue pour la première fois chaque titre au membre qui l'interprète et non plus à l'ensemble du groupe. Une individuation qui annonce clairement les différentes carrières solos qui suivirent le split.

Le double vinyl est depuis longtemps épuisé, mais il reste encore du CD chez Soul Jazz Records. Sous n'importe quelle forme, la compil' est chaudement recommandée.



NENEH CHERRY Across The Water

NENEH CHERRY
Blank Project

Label : Smalltown Supersound
Année : 2014
A1 Across The Water    
A2 Blank Project    
A3 Naked    
B1 Spit Three Times    
B2 Weightless    
C1 Cynical    
C2 422    
C3 Out Of The Black
D1 Dossier
D2 Everything    

Genre : Kind of trip hop
1° morceau de L'Inventaire 35 : Across The Water

Deux ans après sa collaboration avec The Thing, mais surtout dix-huit ans après son dernier album "solo", Man, Neneh Cherry revient sur le label norvégien Smalltown Supersound. Et c'est la gifle ! 
Blank Project, réalisé en étroite collaboration avec Kieran Hebden, alias Four Tet, surdoué aux multiples collaborations qui embarque électronique et acoustique vers des sentiers connus de lui seul. Le son est aussi défini par l'accompagnement de Rocketnumbernine, un tandem de musiciens qui pratique un mélange essentiel de percussion et d'électronique.
L'album est à la fois épuré au maximum et d'une modernité indiscutable, un truc d'aujourd'hui, sans que cela ait le moindre aspect racoleur ni poseur. Outre son implication dans les compositions, Neneh Cherry en a rédigé les textes, aidée de temps en temps par son mari, Cameron McVey, et l'un des paroliers d'Amy Winehouse, Paul Simm
L'album frappe direct, dès l'ouverture avec ce simplissime Across The Water, qui démarre aussi notre 35ème inventaire, et ne faiblit pas durant ses dix pistes. On y passe par la mélancolie, la colère, et un peu de légèreté bienvenue aussi, notamment lors du duo avec la chanteuse Robyn
Bref, on a attendu longtemps ce retour mais, si l'expression n'était pas balancée à tort et à travers, on traiterait ça de chef-d’œuvre.

samedi 23 mai 2015

Inventaire 34 - Back From London 3 : Noise Annoys


SERGIUS GOLOWIN Die Weisse Alm

DEUTSCHE ELEKTRONISCHE MUSIK 2 
Record B (compilation)

Label : Soul Jazz Records
Année : 2013
A1 A.R. & Machines : Als Hätt Ich Das Alles Schon Mal Gesehen
A2 Gila : Sundance Chant
A3 Neu! : Isi
A4 Pyrolator : Danger Cruising
B1 Sergius Golowin : Die Weisse Alm
B2 You : Electric Day
B3 Niagara : Gibli
C1 Popol Vuh : Ja Sie Sollen Gottes Kinder Heissen Agnus Dei
C2 Rolf Trostel : Der Prophet
C3 Electric Sandwich : China
D1 Asmus Tietchens : Zeebrugge
D2 Faust : Krautrock 

Genre : Free Rock 70's
7° morceau de L'Inventaire 34 : Die Weisse Alm

Petit à petit, le label Soul Jazz remet en lumière tous les aspects oubliés ou négligés de la musique électrifiée : funk africain, rappeuses old school, groupuscules punks, country féminine et, ici, électronique allemande. Leurs compilations Deutsche Elektronische Musik ratissent large en deux doubles cd (ou quatre doubles lp) qui vont des improvisations hippies héritées des sixties à une new-wave typiquement germanique, en passant par les prémisses de l'indus, de l'électro et quelques belles plages d'ambient synthétique (comme l'inquiétante bande originale de Popol Vuh pour l'Aguirre de Werner Herzog).
Au milieu d'artistes influents et samplés qui n'ont jamais été autant à la mode (Can, Faust, Neu!, Amon Duul) on trouve de parfaits inconnus qui sont pourtant loin d'être négligeables. Ainsi Sergius Golowin dont la discographie se résume en un seul album sorti en 1973 d'où est extrait ce planant Die Weisse Alm
En fait, Sergius Golowin est suisse et pas vraiment musicien. Écrivain politiquement engagé, spécialiste en mythologie, ésotérisme et folklore, il a soutenu le grand prêtre du LSD, Timothy Leary, dans son exil forcé en Suisse et fait lui-même l'objet d'une surveillance serrée dans ces années 70 plombées entre autres par la Guerre Froide. 
Pour cet étrange morceau qui clôt le mix londonien, il annone son texte sur une musique improvisée qu'on attribue souvent à Klaus Schulze mais qui est également signée des autres musiciens présents sur les sessions d'enregistrement de cette album en tout point unique, rarissime et dont la côte atteint des prix vertigineux : Lord Krishna Von Goloka de Sergius Golowin
Quoi qu'en disent les puristes et autres collectionneurs obsessionnels : vive les compilations ! Vive les rééditions !
   

BUZZCOCKS Noise Annoys

BUZZCOCKS
Love You More/Noise Annoys

Label : United Artists
Année : 1978
Genre : Punk Pop

6° morceau  de L'Inventaire 34 : Noise Annoys

Pretty girls, pretty boys/Have you ever heard your mommy say/Noise annoys ?
Quatrième single des Buzzcocks, le second sans Howard Devoto, parti inventer la New Wave avec Magazine. Deux chansons, quatre minutes trente au total, et l'affirmation d'un groupe comme alternative lumineuse aux deux mastodontes du punk : Clash et Sex Pistols
Les Buzzcocks ont beau jouer simple, vite et fort, leurs morceaux, même les plus bruyants, gardent un côté romantique, probablement dû à la voix aiguë et juvénile de leur leader Steve Shelley (on n'a pas idée, aussi, d'assumer le patronyme d'un poète gothique au beau milieu des sniffeurs de colle nihilistes et provocateurs de tout poil !)
Leur histoire tient en 3 LP et une belle collection de singles maintes fois compilés depuis en cd : nul besoin de jouer les hipsters en traquant leurs 45 tours en vinyle ! Force est de constater en revisitant leur intégrale que, selon la formule consacrée, il n'y a rien à jeter. Certes, tout n'est pas de la trempe de leurs imparables Fast Cars, Ever Fallen in Love, You Know You Can't Help It ou ce simplissime Noise Annoys, mais les Buzzcocks déclenchent une addiction progressive et irréversible qui en font aujourd'hui l'un des groupes les plus réédités de la vague punk. 

En 1989, les Buzzcocks se sont reformés. Ils ont sortis quatre albums studios depuis, perdus au milieu d'une série de compilations et de live exhumés de la première période. Mais ceci est probablement une autre histoire.


MONGO SANTAMARIA Sweet Tater Pie

MONGO SANTAMARIA
Mongo's Groove

Label : BGP Records
Année : 1987 (compilation)
A1 Manteca
A2 Pachanga Twist
A3 Dot Dot Dot
A4 Par Ti
A5 Conga Pa Gozar
B1 Watermelon Man
B2 Sweet Tater Pie
B3 Este Mambo (This Is My Mambo)
B4 Happy Now
B5 Nothing For Nothing

Genre : Latino jazz'n'groove
5° morceau de L'Inventaire 34 :  Sweet Tater Pie

Nombreux sont les musiciens qui ont quitté Cuba pour l'Amérique du Nord dans les années 50 afin d'intégrer big bands exotiques et autres formations de jazz en quête de nouvelles sonorités. Ramón "Mongo" Santamaría Rodríguez, percussionniste sans œillères, fera partie de la vague et jouera notamment avec Perez Prado et Tito Puente. Mais il sortira très vite des albums sous son nom (raccourci en Mongo Santamaria) pour une palanquée de labels : Tico, Riverside, SMC Pro-arte, Fantasy, Battle, Vaya Records, mais aussi les imposants Columbia et Atlantic... 
En plus d'une virtuosité et d'un feeling irréprochables, c'est sa versatilité qui saute aux oreilles, Mongo se montrant aussi à l'aise dans des mambos enfiévrés, des traditionnels de la musique afro-cubaine ou de pures pièces de jazz, tout droit sorties de la 52ème rue à New York. 
Dans cette compilation, parue dans les années 80 sur le label du plus international des D.J., Gilles Peterson et de son complice d'alors, Baz Fe Jazz, on trouve aussi bien un faux twist latino, un solo de congas, l'infernal Este Mambo porté par l'immense chanteuse "La Lupe" et le Sweet Tater Pie qui a fait monter notre mix londonien de 20 degrés d'un coup. Sa version du Watermelon Man d'Herbie Hancock, pourtant une valeur sûre pour réveiller les dance floors assoupis, en paraîtrait presque fade.

A part ça, Mongo Santamaria est le compositeur d'Afro Blue, un standard dont John Coltrane offrira une version d'anthologie.



HOUSE OF LOVE Love II

HOUSE OF LOVE
A Spy In The House Of Love
Label : Fontana
Année : 1990
A1 Safe
A2 Marble
A3 D Song '89
A4 Scratched Inside
A5 Phone
A6 Cut The Fool Down
B1 Ray
B2 Love II
B3 Baby Teen
B4 Love III
B5 Soft As Fire
B6 Love IV
B7 No Fire
B8 Love V 

Genre : Brit' pop
4° morceau de L'Inventaire 34 : Love II

Même si on a déjà dit tout le bien qu'on pensait du groupe de Guy Chadwick dans ce blog, on n'hésitera pas à revisiter leur discographie dès que l'occasion s'en présentera. Par militantisme tout d'abord : House Of Love devrait être réévalué à la hausse, pour l'impeccable songwriting de son leader et peut-être aussi pour leur identité sonore aiguisée comme une lame, une atmosphère un peu fiévreuse, une fausse douceur sur les morceaux les plus acoustiques (dans cet album Phone, malgré son tempo flemmard, son rythme chaloupé et sa voix posée, garde un côté inquiétant) et une rage mal contenue sur la plupart des autres. 
Ce LP est officiellement une compilation de raretés et d'inédits enregistrés à des périodes différentes. Il s'avère malgré tout très cohérent, parfaitement emblématique de l'univers du groupe. Sorti dans la foulée du deuxième véritable album, alors que les tensions entre le chanteur et le guitariste Terry Bikers ont provoqué le départ de ce dernier, il offre, 25 ans après, une excellente introduction à la discographie de House Of Love
Pour la petite histoire, les morceaux intitulés Love II, Love III, Love IV et Love V (et le premier Love publié 3 ans plus tôt sur leur première compilation de raretés) n'ont absolument rien à voir entre eux. Certains sont des instrumentaux, d'autres des ballades, et le numéro 2, choisi pour ce mix, est une spirale névrotique qui finit dans une série de gémissements dont on ne saurait dire s'ils sont plaintifs, orgasmiques, ou l'expression d'un cerveau totalement dérangé.


EARTH, WIND & FIRE Tee Nine Chee Bit

EARTH, WIND & FIRE
Open Our Eyes

Label : CBS
Année : 1974
A1 Mighty Mighty
A2 Devotion
A3 Fair But So Uncool
A4 Feelin' Blue
A5 Kalimba Story
B1 Drum Song
B2 Tee Nine Chee Bit
B3 Spasmodic Movements
B4 Caribou
B5 Open Our Eyes

Genre : Funky but chic
3° morceau de L'Inventaire 34 : Tee Nine Chee Bit

4 ou 5 ans après cet album, Earth, Wind & Fire va devenir l'un des plus grands groupes de soupe de la période synthétique. Ils maîtriseront parfaitement le tournant des années 80, la mutation du disco en un son à la fois cheap et sophistiqué auquel leurs arrangements forts en cuivres et en nappes de synthés donneront un côté emphatique très populaire, pour ne pas dire influent (Michael Jackson a certainement décortiqué l'album Raise! de 1981 jusqu'à la moelle). 
Il ne faudrait pas négliger pour autant leur première période qui démarre en 1970 et attaque sur tous les fronts : funk, soul, pop, et même jazz comme en témoigne l'interlude Spasmodic Movements sur ce cinquième album. 
Un peu hippies sur les bords, les 8 membres de ce collectif chicagoan emmenés par le leader Maurice White sont de redoutables musiciens de session qui concrétisent ici une musique généreuse, fédératrice et irrésistiblement dansante. On peut même écouter ce Tee Nine Chee Bit, en bonne position dans le mix numéro 34, comme un des morceaux précurseurs du hip hop avec son flow narratif posé sur un groove impeccable.
Open Our Eyes vient s'aligner au côté du premier album des Commodores et de Do It ('Til You're Satisified) de B.T. Express comme l'un des sommets funky de cette année 1974, dernière balise avant l'ouragan disco.

DR. PHIBES & THE HOUSE OF WAX EQUATIONS Sugarblast

DR. PHIBES & THE HOUSE OF WAX EQUATIONS
Sugarblast (maxi)

Label : 50 Seel Street Records
Année : 1990
A1 Sugarblast    
A2 I Am The Sky    
B1 I Am The Sky    
B2 Marshmallow Madness


Genre : Angry Pop
2° morceau de L'Inventaire 34 : Sugarblast

Pour une fois, il est véritablement question d'"indie rock". Le trio qui constitue Dr. Phibes & The House Of Wax Equations débarque de nulle part (de Liverpool en vérité, mais sans faire partie d'aucune scène, d'aucune mouvance...). Ils publient leurs enregistrements sur leur propre label où ne figure aucun autre groupe. Leur premier single (celui-ci) sort en 1990 et tranche avec l'ambiance générale, partagée entre l'essor de la "Dance" électronique, le retour d'une Brit'pop fortement influencée  par le passé et les balbutiements du Trip Hop (Massive Attack vient à peine de sortir son second single). 
Qualifié un peu par défaut de "Rock psychédélique", Dr. Phibes... compose une musique hantée, construite sur des ambiances pas très saines et des ruptures de ton déstabilisantes. Contre toute-attente, ils connaîtront un succès éclair, soutenus notamment par deux pointures de la BBC : Mark Radcliffe et, bien sûr, John Peel. En France, Bernard Lenoir est probablement le seul à diffuser leur production, suffisamment en tous cas pour qu'un auditeur acharné s'en souvienne 25 ans après en trainant chez les disquaires londoniens...
L'histoire sera de courte durée. Après un premier album plutôt bien accueilli et une présence remarquée dans les gros festivals européens, le trio sort en 93 un album au titre aussi intriguant que leur nom de groupe : Hypnotwister, dont l'écriture est plus aboutie que le premier. C'est un échec cuisant. Dr. Phibes... implose. Keith York, le batteur, devient musicien de studio. Lee Belsham, le bassiste au son puissant, disparaît du monde de la musique. Quant à Howard King Jr, leader, chanteur et guitariste qui en impose, il sera recruté dans la foulée pour une session guitare sur Danse d'Ici, un morceau de l'album Chatterton d'Alain Bashung
Après ça, Howard King Jr tombera en enfer : le 16 février 1997 il est arrêté par la police pour avoir poignardé sa mère. Certains anglophones affirment ici et là mieux comprendre les paroles torturées du chanteur, depuis ce fait-divers tragique.

MORTON STEVENS Front Street

FUNKY SOUNDTRACKS 3
(compilation)

Label : Sound Score Corporation
Année : 1996
A1 Italian Job Briefing (Vocal Segue)
A2 Quincy Jones : It's Caper Time
A3 Quincy Jones : Threadbare (Main Title Pt.3)
A4 Manfred Mann : Up The Junction (Link Segue)
A5 Neal Hefti : The Odd Couple (Theme)
A6 Ulla, What's A Toy? (Vocal Segue)
A7 Morton Stevens : Front Street
A8 Wayne Cochran : Chopper 70
A9 Quincy Jones : Ironside (Theme)
A10 Lalo Schifrin : Shifting Gears
B1 Callaghan's Policy (Vocal Segue)
B2 Lalo Schifrin : Scorpio
B3 Huggy Bears A Deadman (Vocal Segue)
B4 Tom Scott : Gotcha (Starsky And Hutch Theme)(T.V.Edit)
B5 Fonce Mizell & Freddie Perren : Runnin'
B6 Roy Budd : The Thief
B7 Oliver Nelson : The Six Million Dollar Man
B8 Roy Budd : Thief On The Prowl
B9 George & Guv (Vocal Segue)
B10 Harry South & Vic Flick : Bobbies On The Move
B11 Bullet : Contract Man
B12 Bernard Herrmann : Diary Of A Taxi Driver
B13 Harry South : The Sweeney (End Theme)

1° morceau de L'Inventaire 34 : Front Street

Difficile de résister à ce genre de compilation quand on tombe dessus. Un disque qui rassemble Lalo Schifrin, Quincy Jones, Roy Budd, Oliver Nelson et Bernard Hermann ne peut pas être mauvais. D'autant que les bandes originales sur lesquelles les morceaux ont été choisis sont pour la plupart épuisées, quand elles ne sont pas inexistantes (tous les films ne voient pas leur bande originales publiées en album). 
Il y a pourtant pas mal de classiques dans les trois volumes de ces Funky Soundtracks, essentiellement dédiés aux thèmes de films et de séries policières avec de grosses basses qui cognent et des riffs de cuivres planqués dans tous les coins. L'idée d'ajouter quelques extraits de dialogues entre les pistes, très à la mode dans les années 90 (héritée certainement d'une pratique similaire dans les albums de hip-hop et de l'impact indéniable des b.o. de Reservoir Dogs et Pulp Fiction) ne s'avère pas forcément très utile ici. On aurait bien vu une ou deux raretés musicales supplémentaires à leur place. On regrettera aussi qu'il n'existe que cette version "avec bruitages" du thème du générique original de Starsky et Hutch : une petite bombe remplie de guitare wah-wah dont on rêve que quelqu'un retrouve un jour les bandes telles que le groupe les a enregistrées, sans les dérapages et les bruits de sirène de la Ford Torino rouge et blanche.
Ces détails mis de côté, reste une série de glorieux instrumentaux 70's, dont ce Front Street qui ouvre le mix 34 : une composition revigorante du très oublié Mort Stevens pour la série Hawaii Five-O, série qu'on appelait en France à l'époque Hawaï Police d'état.

vendredi 24 avril 2015

Inventaire 33 - Candyman



LIZZY MERCIER DESCLOUX No Golden Throat

LIZZY MERCIER DESCLOUX
Press Color

Label : ZE Records/Island
Année : 1979
A1 Fire
A2 Torso Corso
A3 Mission Impossible
A4 No Golden Throat
B1 Jim On The Move
B2 Wawa
B3 Tumour
B4 Aya Mood 3.5


Genre : Cosmopolitan New Wave
7° morceau de L'Inventaire 33 : No Golden Throat

Artiste hors-norme et sans œillères, disparue avant ses 50 ans, Martine-Elizabeth Mercier, dite Lizzy Mercier Descloux, n'a toujours pas la reconnaissance qu'elle mérite. Tout au plus se souvient-on d'un unique tube, son fameux Mais où sont passées les gazelles ? enregistré sous haute influence Sud-Africaine à une époque où on ne dégainait pas encore les termes de "world music" à longueur d'articles. 
En fait, la carrière musicale de LMD est déterminée par sa rencontre amoureuse avec Michel Esteban qui tient dans les années 70 la mythique boutique Harri Cover, un loft dédié à la culture rock et underground où l'on peut trouver des disques en import, des revues et des bouquins spécialisés, situé en face de chez elle, rue des Halles à Paris. 
Le couple s'évadera pour New-York en pleine éclosion du punk américain et fera ses premières armes musicales sous influence de leur colocataire Patti Smith. Michel Esteban joue de la guitare, Lizzy joue de la basse et chante, pas très juste, mais avec un mélange d'énergie et de suavité qui sera sa marque de fabrique lors de tous ses enregistrements. 
Dans ce premier album, elle n'a pas encore parcouru l'Afrique. Si la culture zoulou ne s'entend pas encore dans les compositions, la playlist est déjà très ouverte, très éclatée, avec une grande liberté d'écriture et des reprises allant du fou furieux Arthur Brown au génie des B.O. Lalo Schifrin. Mais surtout, Press Color réussit une synthèse de New Wave et de Funk qui évoque parfois les Talkingheads sans vraiment leur ressembler. 
Définitivement inclassable et sans équivalent, cet album sonne de son époque mais sa fraîcheur reste pourtant intacte... Le mystère Mercier Descloux.