vendredi 24 avril 2015

Inventaire 33 - Candyman



LIZZY MERCIER DESCLOUX No Golden Throat

LIZZY MERCIER DESCLOUX
Press Color

Label : ZE Records/Island
Année : 1979
A1 Fire
A2 Torso Corso
A3 Mission Impossible
A4 No Golden Throat
B1 Jim On The Move
B2 Wawa
B3 Tumour
B4 Aya Mood 3.5


Genre : Cosmopolitan New Wave
7° morceau de L'Inventaire 33 : No Golden Throat

Artiste hors-norme et sans œillères, disparue avant ses 50 ans, Martine-Elizabeth Mercier, dite Lizzy Mercier Descloux, n'a toujours pas la reconnaissance qu'elle mérite. Tout au plus se souvient-on d'un unique tube, son fameux Mais où sont passées les gazelles ? enregistré sous haute influence Sud-Africaine à une époque où on ne dégainait pas encore les termes de "world music" à longueur d'articles. 
En fait, la carrière musicale de LMD est déterminée par sa rencontre amoureuse avec Michel Esteban qui tient dans les années 70 la mythique boutique Harri Cover, un loft dédié à la culture rock et underground où l'on peut trouver des disques en import, des revues et des bouquins spécialisés, situé en face de chez elle, rue des Halles à Paris. 
Le couple s'évadera pour New-York en pleine éclosion du punk américain et fera ses premières armes musicales sous influence de leur colocataire Patti Smith. Michel Esteban joue de la guitare, Lizzy joue de la basse et chante, pas très juste, mais avec un mélange d'énergie et de suavité qui sera sa marque de fabrique lors de tous ses enregistrements. 
Dans ce premier album, elle n'a pas encore parcouru l'Afrique. Si la culture zoulou ne s'entend pas encore dans les compositions, la playlist est déjà très ouverte, très éclatée, avec une grande liberté d'écriture et des reprises allant du fou furieux Arthur Brown au génie des B.O. Lalo Schifrin. Mais surtout, Press Color réussit une synthèse de New Wave et de Funk qui évoque parfois les Talkingheads sans vraiment leur ressembler. 
Définitivement inclassable et sans équivalent, cet album sonne de son époque mais sa fraîcheur reste pourtant intacte... Le mystère Mercier Descloux.

THE STRYPES What A Shame

THE STRYPES 
Snapshot

Label : Virgin
Année : 2013
A1 Mystery Man
A2 Blue Collar Jane
A3 I'm A Hog For You Baby
A4 What The People Don't See
A5 She's So Fine
A6 I Can Tell
A7 Angel Eyes
B1 Perfect Storm
B2 You Can't Judge A Book By The Cover
B3 What A Shame
B4 Hometown Girl
B5 Heart Of The City
B6 Rollin' And Tumblin'

Genre : Basic rock'n'roll
6° morceau de L'Inventaire 33 : What A Shame

Le genre de groupe difficile à défendre : quatre Irlandais même pas sortis de l'adolescence qui jouent la musique de leur (arrière ?) grand-père. Ce premier album des Strypes ressemble aux premiers Stones, aux Yardbirds période Clapton, à ce qu'on appelait le "british blues boom" dans les sixties naissantes : de jeunes blancs-becs anglais, fascinés par les racines noires-américaines du rock'n'roll, reprenaient à leur sauce des morceaux de blues et rhythm'n'blues plus ou moins obscurs qu'ils avaient découverts en import chez les meilleurs disquaires londoniens. 
Et alors quoi ? 
Il ne s'est rien passé depuis ? 
Cinquante années d'évolution musicale balayées en une poignée de singles de deux ou trois minutes, exécutés avec l’élémentaire formule guitare-basse-batterie, agrémentés ici et là d'un harmonica et d'un piano tout aussi basiques... Donc ces quatre garçons dans le vent, même pas majeurs au moment de pondre leur premier LP, habillés comme les BB Brunes, seraient l'incarnation d'un rock éculé et sans la moindre surprise. Treize morceaux dont cinq reprises avec notamment la 50000ème version du standard de Willie Dixon : You Can't Judge A Book By The Cover. Et les compos sont à l'avenant : Josh McClorey, compositeur, leader et guitariste acéré du groupe, possède l'art du riff qui tue et sait construire couplets et refrains dans la respect des traditions. Mais jamais rien de neuf ne sort de sa guitare...
Tout cela est vrai, mais The Strypes possèdent un atout qui annihile leur manque d'originalité et l'aspect régressif de leur succès : leur infaillible énergie. Un truc viscéral qui s'entend dès la première écoute et donne envie d'y revenir plus souvent qu'on aurait cru.
Le rock'n'roll est peut-être mort depuis longtemps, mais il danse encore.





TERRY CALLIER You Goin' Miss Your Candyman

TERRY CALLIER
What color is love

Label : Cadet
Année : 1972
A1 Dancing Girl
A2 What Color Is Love
A3 You Goin' Miss Your Candyman
B1 Just As Long As We're In Love   
B2 Ho Tsing Mee (A Song Of The Sun)   
B3 I'd Rather Be With You
B4 You Don't Care

Genre : Soul'n'funk'n'folk
5°morceau de L'Inventaire 33 : You Goin' Miss Your Candyman

Même avec sa pochette abimée et ses craquements récurrents, on est content d'avoir dégotté enfin What color is love, près de 20 ans après l'avoir découvert et 43 ans après sa sortie. Deuxième album de Terry Callier, quatre ans après son premier manifeste "folk/soul" où brillait déjà un art du songwriting très abouti, Terry Callier s'enrichit ici d'une orchestration plus ample et injecte un peu de funk à ses ballades sentimentales. A l'aube de ces années 70 prometteuses mais chaotiques, il contribue ainsi, avec Curtis Mayfield, Bill Withers et Gil Scott-Heron à émanciper la musique noire de ses contraintes commerciales, à faire sauter les  barrières de genre, à individualiser le style et le propos. 
Parfois à la limite du hippie ramolli (You don't care, qui clôt l'album, avec ses chœurs sirupeux) mais toujours original et inspiré, Terry Callier restera fidèle au folk de ses origines, ignorant superbement la tempête disco alors que les années 80 se profilent. Il aura du coup moins de succès que ses contemporains et finira par abandonner la musique pour une carrière d'informaticien. 
Heureusement, relancé au tournant des années 90 par quelques collaborations avec les nouvelles têtes de l'acid jazz et du trip-hop (Urban Species, Massive Attack...), il produira encore quelques magnifiques albums (Lifetime, Speak Your Peace) quasiment jusqu'à sa mort, survenue en 2012.

JACK COSTANZA & GERRIE WOO Don't Squeeze The Peaches

JACK COSTANZA & GERRIE WOO
Latin Percussion With Soul

Label : Vampisoul (Tico)
Année : 1968
A1 Recuerdos
A2 Hey Boy (Hey Girl)
A3 Green Onions
A4 Words
A5 Mambo Jack
B1 Que Vengo Acabando
B2 Some Kind-A Wonderful
B3 Mantequilla
B4 Don't Squeeze The Peaches
B5 Jive Samba

Genre : Latin percussion with soul
4° morceau de L'Inventaire 33 : Don't squeeze the peaches

En cette année 2015, Jack Costanza, alias Mr. Bongo a 96 ans, ou 93 ans, ça dépend des sources. Il a joué avec Sinatra, Nat King Cole, les grands orchestres de Perez Prado, Xavier Cugat, Billy May... Pendant un temps, il sera au cœur d'une formation de studio, les Surfmen qui, contrairement à ce que leur nom pourrait faire croire, donnaient plutôt dans l'exotisme "lounge" à la Arthur Lyman, de la musique de sieste qu'on aime plutôt bien par ici. Bref, le type a largement contribué à populariser les congas dans le jazz, le rock et la pop musique.
Un jour il rencontre Gerrie Woo, une jeune Californienne dont le nom, la peau mate et les yeux en amande trahissent des origines métissées qui feront des ravages dès son adolescence. D'abord modèle pour un célèbre photographe bellâtre des années 50, Peter Gowland, elle fera partie du bataillon des premières "bunnies" du magazine Playboy, avant de s'émanciper par le chant. 
C'est ainsi qu'elle devient la voix principale du groupe de Jack Constanza, avec qui elle écumera les palaces d'Hollywood, les casinos de Vegas, mais aussi les scènes improvisées pour remonter le moral des troupes au Vietnam. Leur répertoire est un habile mélange de standards cubains et de reprises rock et rhythm'n'blues arrangées à la sauce latino.  Leur alliance durera 25 ans !
Sur cet album, réédité par l'excellent label espagnol Vampisoul, une version chaloupée du Green Onions de Booker T & The M.G.s, une drôle de reprise de Words des Bee Gees, mais aussi l'irrésistible Don't Squeeze The Peaches, qui a certainement dû passer à La Voile Bleue, à Sète, entre 1999 et 2014, quand monsieur R.K.K. animait les siestes ou les afters de Fiest'A Sète...

CRIME & THE CITY SOLUTION The Dolphins And The Sharks

CRIME AND THE CITY SOLUTION
Paradise Discotheque

Label : Mute (Virgin)
Année : 1990
A1 I Have The Gun    
A2 The Sly Persuaders    
A3 The Dolphins And The Sharks    
A4 The Sun Before The Darkness    
B1 Motherles Child    
B2 The Last Dictator I    
B3 The Last Dictator II    
B4 The Last Dictator III    
B5 The Last Dictator IV
Genre : Post punk des antipodes

3° morceau de L'Inventaire 33 : The Dolphins And The Sharks

En 1987, dans Les Ailes du désir, le réalisateur Wim Wenders permettait à une bonne partie d'entre nous de découvrir deux phénomènes australiens. Nick Cave, échappé depuis deux ans de Birthday Party avec déjà quatre albums à la tête de ses Bad Seeds, et un groupe plus obscur encore, capturé live à  Berlin pour la fin du film : Crime & The City Solution
Le groupe a connu diverses formations dans sa carrière qui va de 1977 à 1990, à laquelle il faut ajouter un réveil tardif pour un album sorti en 2013. Formé en pleine période punk par Simon Bonney qui compose et chante, Crime & The City Solution ne sort son premier EP qu'en 1985, après avoir changé deux fois de personnel et que son leader ait décidé de quitter l'Australie pour redémarrer à Berlin. On voit défiler en son sein les guitaristes Mick Harvey et Roland S. Howard, qui jouent également avec Nick Cave, mais aussi le batteur "Epic Soundtracks" qui, avec son frère Nicky Sudden, a fait les beaux jours du punk anglais le plus pointu au sein du groupe Swell Maps
Bref, Crime... est une formule instable à la discographie sporadique, mais sa réputation de fascinante expérience live restera intacte tout au long de ce parcours. Contrairement à Nick Cave, ils resteront cependant toujours un peu dans l'ombre. 
Ça n'empêche pas le talent : ce dernier album avant un long silence, pas évident au premier abord, mérite une écoute attentive et répétée. C'est le contraire d'un coup de foudre, mais sa séduction lente finit par opérer, chanson après chanson. Ainsi, le selecter, ayant choisi The Sun Before Darkness pour son mix, changera d'avis au dernier moment, piqué au vif par l'intro de The Dolphins And The Sharks...

BASEHEAD 2000 B.C.

dcBASEHEAD
Play With Toys

Label : Imago
Année : 1991
A1 Intro
A2 2000 B.C.
A3 Brand New Day
A4 Not Over You
A5 Better Days
A6 Ode To My Favorite Beer

B1 Hair
B2 Evening News
B3 I Try
B4 Play With Toys
B5 Outro

Genre : Lazy Rap
2° morceau de L'Inventaire 33 : 2000 B.C.

Trop soft pour les gangstas, trop basique pour les amateurs d'Arrested Development et autres A Tribe Called Quest, Michael Ivey et sa bande débarquent pépères au début des années 90 avec ce curieux LP, aussi fumeux que malin, qui s'ouvre et se clôt par un morceau de country "redneck", exécuté soit-disant par Jethro and the Grahamcrackers, en réalité les Basehead eux-mêmes. 
Tout est là : ils ont beau afficher une attitude de glandeurs invétérés, couper leur morceau de hip-hop par des apartés embrumés (qui rappellent un peu les dialogues d'un réalisateur qui démarrait à la même époque, Quentin Tarantino), leur simplicité n'est que feinte et cache une réelle finesse d'écriture qui a le mérite de ne ressembler à aucun des styles en vogue à l'époque. Michael Ivey joue les crétins tout en s'attaquant à la bêtise avec un humour potache. Il célèbre la bière, le sexe, la fumette et autres plaisirs même pas coupables et développe avec son "groupe" (un collègue au scratch, parfois un batteur, parfois un bassiste) un beat un peu funky, un peu moelleux, en tous cas personnel. 
Cette histoire tiendra à peine trois albums : celui-ci, suivi en 1992 par Not in Kansas Anymore et son fameux Do you wanna fuck (or what) ?, et quatre ans plus tard un Faith que personne n'a jamais entendu. En réécoutant cet unique "tube alternatif", 2000 B.C., on est en droit d'avoir quelques regrets...
Question subsidiaire : à l'époque, les Inrocks et leurs lecteurs les appelaient "dcBasehead". Mais ils sont aujourd'hui référencés un peu partout en tant que "Basehead". 
Où et quand a disparu le "dc" ?
   

SMALL FACES Own Up

SMALL FACES
(Compilation)
Label : Disc'Az
Année : 1971
A1 Hey Girl
A2 What's The Matter Baby
A3 Come Back And Take This Hurt Off Me
A4 You Better Believe It
A5 Shake
A6 Own Up
B1 My Way Of Giving
B2 Whatcha Gonna Do About It
B3 Baby Don't Do It
B4 Do You See Me
B5 Come On Children 

Genre : They are the Mods
1° morceau de L'Inventaire 33 : Own Up

L'instrumental figure sur le premier album éponyme des Small Faces, sorti en 1966. Il est sauvage, au bord de la saturation, proche du son des Sonics et autres figures émergentes de ce qu'on appellerait très vite le "Garage". 
Mais les Small Faces, sous haute influence soul et rhythm'n'blues, ont toujours une touche de groove supplémentaire, en grande partie due au jeu d'orgue de Jimmy Winston. Et puis, là où leurs camarades de la même époque sont rivés sur le blues ou la surf music, les Small Faces se démarquent ici par un thème puissant et épuré qui annonce bien les instrumentaux que le punk-rock produira une décennie plus tard. 
Bref, cessons-là les cours d'histoire, les Small Faces, incarnation emblématique du mouvement "mod" en Angleterre étaient bien plus qu'un groupe de blancs anglais tentant de copier la musique vénérée des noirs américains. Une déferlante de singles irrésistibles, compositions ou reprises à leur sauce, alimentent cette première période, avant qu'ils s'envolent vers un psychédélisme un chouïa moins convaincant, puis remplacent leur ébouriffant chanteur/guitariste Steve Marriott par l'ébouriffé Rod Stewart, un chouïa moins convaincant. Cette compilation, sortie en France en 71 sur un label bon marché, se concentre heureusement sur la période dorée...

Pour les amoureux de la période, il est bon d'aller jeter un œil à l'ouvrage  de Nicolas Ungemuth, Garageland, forcément incomplet et partial, mais dont le format carré, le principe (80 doubles pages avec, à gauche, l'histoire du groupe et à droite la reproduction pleine page d'une pochette d'époque) et le ton, aussi péremptoire que passionné, donnent envie de découvrir tous les groupes évoqués... même ceux qu'on connaît déjà !

dimanche 15 mars 2015

DEAD KENNEDYS Viva Las Vegas

DEAD KENNEDYS
Fresh Fruit For Rotting Vegetables
Label : Cherry Red 
Année : 1980
A1 Kill The Poor
A2 Forward To Death
A3 When Ya Get Drafted
A4 Let's Lynch The Landlord
A5 Drug Me
A6 Your Emotions
A7 Chemical Warfare
B1 California Uber Alles   
B2 I Kill Children
B3 Stealing Peoples' Mail
B4 Funland At The Beach
B5 Ill In The Head
B6 Holiday In Cambodia
B7 Viva Las Vegas

Genre : Punk
8° morceau de L'Inventaire 32 : Viva Las Vegas

Les contours du punk américain sont nettement plus flous que ceux de son équivalent anglais. Probablement parce qu'il n'y avait pas un Malcolm McLaren pour en récupérer les œufs à peine pondus*. Ainsi, en dehors de la mythique scène new-yorkaise du CBGB qui en accueillit les stars (Blondie, Television, Patti Smith, les Ramones...) n'y eut-il pas à proprement parler de "mouvement punk" mais, en revanche, des vagues spontanées de groupes venus de divers États, en rupture avec l’assommant rock progressif et les tricoteurs de solos de tous poils qui transformaient le hard-rock en concours de virtuosité. 
Le son brut, l’émergence de labels indépendants, les chansons courtes et radicales : l'esprit du "do it yourself" contamina une bonne partie des formations apparues entre 1975 et le début des années 80... Les Dead Kennedys en sont l'exemple parfait, portés par la très forte personnalité de Jello Biafra (Eric Boucher de son vrai nom) véritable activiste de la musique qui sabordera le groupe après quatre albums pour s'enfoncer un peu plus dans un mélange très personnel de politique et d'expériences musicales qui l'amèneront, entre autres, à fonder son propre label.
Si l'essentiel de ce premier LP est constitué de compositions originales (le mot est faible) aux titres évoquateurs (Kill The Poor, Holiday In Cambodia, California Uber Alles, I Kill Children...), Viva Las Vegas, reprise du Presley sale période, passée à la moulinette, a quelque chose d'irrésistible : un mélange de glamour, d'énergie et de cynisme désabusé qui lui fait passer l'épreuve du temps sans la moindre ride.

*En vérité, le manager des Sex Pistols avait d'abord tenté d'imposer les New York Dolls au marché européen... sans grand succès.
 



ARTHUR BROWN'S KINGDOM COME Time Captives

ARTHUR BROWN'S KINGDOME COME
The Lost Ears
Label : GullAnnée : 1976
A1 Internal Messenger    
A2 Space Plucks    
A3 Trouble    
A4 Brains    
A5 Night Of The Pigs    
A6 Creep    
A7 Creation    
A8 Gypsy Escape    
B1 Love Is A Spirit    
B2 The Experiment    
B3 The Hymn    
B4 The Traffic Light Song    
C1 Spirit Of Joy
C2 Time Captives    
C3 Conception    
C4 Come Alive    
D1 Sunrise    
D2 Triangles    
D3 Metal Monsters    
D4 The Puddletown Express : Space Plucks
D5 The Puddletown Express : So High Up Here
D6 The Puddletown Express : Through The Planet

Genre : Psychédélirium
7° morceau de L'Inventaire 32 : Time Captives

Parmi les cinglés qui hantent l'histoire du rock, Arthur Brown reste un phénomène inexpliqué, une énigme insoluble. Moins virtuose que Zappa mais beaucoup plus rigolo, il décroche un succès en 1968 avec le bien nommé Fire, sorte de panique électrique de 2 minutes 45 secondes, sur la face B de laquelle une reprise d'I Put A Spell on You digne de l'original fit les beaux jours de l'Inventaire numéro 5.
Si cette première mouture du groupe ne durera que le temps d'un album, Arthur Brown multipliera les projets et les identités des années 70 à aujourd'hui, ne retrouvant jamais le succès de ce 45t mais déchainant les ligues bien pensantes et les pisse-froid contre lui. Il sera accusé de satanisme et interdit de concert, probablement pour sa fâcheuse tendance à foutre le feu sur scène... au sens propre ! Ajoutons à ça quelques séances d'auto-crucifixions, telles que reproduite sur la pochette de cette compilation, et l'on se dit qu'Arthur Brown fait passer Alice Cooper et Marilyn Manson pour des enfants de chœur. Mais il a aussi ses complices et admirateurs : il joue le prêtre dans Tommy, l'opéra rock des Who, le narrateur pour celui des Pretty Things : S.F. Sorrow, et, plus récemment, répondait positivement à l'invitation de groupes comme Kula Shaker ou The Darkness. En 2007, sur scène, il mettait encore le feu à sa chevelure...
Kingdom Come fut sa formation la plus stable (si ce mot veut dire quelque chose pour un tel olibrius) et la plus productive. Sous influence du Captain Beefheart, piochant dans le glam rock, le progressif et les expérimentations sonores les plus barrées, le groupe sort trois albums entre 1971 et 1973, plus cette compilation qui en contient les délires les plus excitants. 
Ainsi, Time Captives, longue hypnose spatiale, aussi parodique qu'inquiétante, qui, entre autres innovations, s'ouvre sur l'un des premiers enregistrement de boîte à rythme de l'histoire de la musique pop.

THE BOB CREWE GENERATION ORCHESTRA The Black Queen's Beads

THE BOB CREWE GENERATION ORCHESTRA
Barbarella (b.o.f.)

Label : Dynavoice
Année : 1968
A1 Barbarella
A2 Goodnight Alfie
A3 Spaceship Out Of Control
A4 Ski Ride
A5 The Hungry Dolls
A6 Love, Love, Love Drags Me Down
A7 Pygar Finds Barbarella
A8 I Love All The Love In You
A9 The Labyrinth
A10 Pygar's New Wings
A11 Fight In Flight
B1 Entrance Into Sogo
B2 Hello Pretty Pretty
B3 Pygar's Persecution
B4 The Black Queen's Beads
B5 Dead Duck
B6 The Pill
B7 Smoke (Viper Vapor)
B8 The Sex Machine
B9 The Chamber Of Dreams
B10 The Destruction Of Sogo
B11 An Angel Is Love

Genre : b.o. chatoyante
6° morceau de L'Inventaire 32 : The Black Queen's Beads

Aussi kitch que le film, la bande originale de Barbarella n'en est pas moins une mine de morceaux courts et inventifs où alternent les ambiances typiques des musiques de film (suspense, romance, poursuite) et quelques instrumentaux et morceaux chantés qu'on verrait bien figurer dans une anthologie des sixties. Exotisme futuriste, sexy lounge, funny funky... et ce jerk endiablé sous influence directe des morceaux composé par Pierre Henry pour la Messe pour le Temps Présent  Béjart : The Black Queen's Beads
L'orchestration est riche, pleine de percussions, de bruitages exécutés avec des accessoires divers ou à la bouche, des entrées solennelles d'orgue relayées par des guitares fuzz, trompettes, violon, flûtes... Tout est bon pour habiller les aventures spatiales et court vêtues de Jane Fonda. Un fourre-tout joyeux dû au méconnu Bob Crewe avec son orchestre, responsable de quelques albums de "muzak" dans les années 60, dont un Music To Watch Birds By (Musique pour regarder les oiseaux), bien vite suivi d'un Music To Watch Girls By (Musique pour... Ok, vous avez compris).
A part ça, il a écrit quelques 600 morceaux avec son complice Bob Gaudio, dont quelques gros succès de pop légère et sucrée des années 60, notamment pour l'éternel teenager Frankie Valli. Mais pour cette bande originale, c'est Charles Fox qui co-écrit les morceaux, un autre inconnu, pourtant responsable aussi de 597 titres dont, au pif, le tube Killing Me Softly qui fera les beaux jours de Roberta Flack, puis des Fugees...
Au verso de la pochette, chaque titre est accompagné de quelques lignes évoquant les péripéties et personnages du film. Tout ça donne envie de redécouvrir ce gros n'importe quoi sympathique réalisé par l'opportuniste Roger Vadim ou, mieux, de relire la BD de Jean-Claude Forest qui l'a inspiré.

MARIE FRANKLIN Bad Bad Woman

FUNK FU 1
(Compilation)

Label : Big Cheese Records
Année : 2000 (1970-76)
A1 Lord Of Percussion : The Kung Fu
A2 Moon People : Hippy Skippy Moon
A3 Caesar Frazier : Mighty Mouse
A4 Tribe : Baby Feet
A5 Bobbie Knight : Ain't Nobody Better Than You
A6 Funkhouse Express : Music Makes You Move
B1 Marie Franklin : Bad Bad Woman
B2 Willie Henderson : The Dance Master
B3 Sass : Do It
B4 Larry Ellis & The Black Hammer : Funky Thing (Part II)
B5 The Watts 103rd St Rhythm Band : Charley
B6 The Mystic Moods : Honey Trippin

Genre : Bad Ass Funk
5° morceau de L'Inventaire 32 : Bad Bad Woman

Entre soul, rhythm'n'blues et funk qui tache, Marie Franklin n'aura sorti qu'une grosse poignée de singles de la fin des années 60 jusqu'à la fin des années 70, sur des labels relativement confidentiels. Un anonymat d'autant plus injuste que la plupart de ses morceaux sont, pour la plupart, aujourd'hui recherchés activement par les amateurs de grandes voix et de rare groove. Venue de la côte ouest des États-Unis, Marie Franklin est une interprète à l'organe puissant et un peu gras, dans la lignée d'une Tina Turner par exemple, dont elle reprendra d'ailleurs une face B : Anything You Wasn't Born With.
Aujourd'hui, son souvenir est surtout attaché à ce Bad Bad Woman, une irrésistible pièce de funk sauvage que Michael Jackson semble avoir écoutée avec attention (les chœurs du final rappellent curieusement ceux de son Black or White).
Le titre figure sur plusieurs compilations, dont ce volume 1 de Funk Fu, dû au label Big Cheese qui, en 4 ans d'existence (1993-97), a fait redécouvrir quelques perles de rares groove, mais aussi permis à une micro-scène de funk français d'émerger. 
Malheureusement, ce premier volume exemplaire n'a jamais eu de suite.

GOBLIN Death Dies

GOBLIN
Profondo Rosso (b.o.f.)

Label : Cinevox
Année : 1975
A1 Profondo Rosso
A2 Death Dies
A3 Mad Puppet
B1 Wild Session
B2 Deep Shadows
B3 School At Night
B4 Gianna

Genre : b.o. 70's
4° morceau de L'inventaire 32 : Death Dies

La première bande originale des Goblin pour Dario Argento est aussi la plus funky, dominée par une basse puissante et... profonde. 
Parmi les révolutions opérées naturellement par le réalisateur italien sur le thriller et le cinéma d'horreur, l'utilisation du groupe de Claudio Simonetti dans le but de soutenir ses visions cauchemardesques est l'une des plus osées. Après ses premiers films avec le maître Ennio Morricone (qui avait déjà eu l'audace d'intégrer l'électricité dans le western), Argento passe un cap et envoie du rock progressif un rien débraillé sur ses images pourtant taillées au cordeau. Guitare saturées, entrées brutales d'orgues et débauches de percussions jouent sur les nerfs du spectateur. 
Si de nombreux fans préfèreront finalement la musique diabolique de Suspiria, avec ses voix venues de nulle part, la bande originale de Profondo Rosso a l'avantage de tenir la route sur les dance floors, tout particulièrement ce Death Dies méchamment groovy, qui a fait son petit effet en live, lors de la nuit "Films de culte", à Itinérances 2015.

Pour la petite histoire, après des années de recherches infructueuses, je suis tombé sur ce disque à un prix très correct, chez un petit disquaire de Rome, à deux pas de la boutique dédiée au cinéma d'horreur dont Dario Argento est propriétaire et qui s'appelle, évidemment, Profondo Rosso.