samedi 23 avril 2016

Inventaire 40 - No Self Control

MAMA LION Mr. Invitation

MAMA LION
Mr. Invitation/It's Only A Dream


Label : Philips
Année : 1972
Genre : Heavy Rock
7° morceau de L'Inventaire 40 : Mr. Invitation


Ce 45t et le 33 qui va avec sont surtout connus pour leur pochette. La dame qui figure sur la photo, Lynn Carey, a beau posséder un organe vocal puissant qui la place dans la lignée de Grace Slick des Jefferson Airplane ou même de l'intouchable Janis Joplin, elle ne restera célèbre dans l'histoire du rock que pour cette image où elle semble donner le sein à un bienheureux lionceau. 
Et soyons honnête : c'est parce que cette pochette fait partie des curiosités recherchées par les bouffeurs de vinyl de tous poils que nous nous sommes rué sur ce 45t, acquis à vil prix dans un vide-grenier de quartier. 
Un méfait n'étant jamais perdu, le contenu se révèle tout aussi intéressant que le contenant, notamment cette face A, Mr. Invitation : un rock typique des années 70, bien gras, avec son orgue furieux, une grosse basse bien lourde et les vocaux imposants de Lynn Carey qui confirme que la véritable lionne c'est bien elle et non pas l'animal innocent qu'elle protège sur la pochette. 
C'est ce qu'on appelle une bonne surprise... Reste plus qu'à trouver le 33 maintenant !

THE FATIMA MANSIONS Chemical Cosh

THE FATIMA MANSIONS
Viva Dead Ponies

Label : Kitchenware Reocords
Année : 1990
A1 Angel's Delight    
A2 Concrete Block    
A3 Mr. Baby    
A4 The Door-to-Door Inspector    
A5 Start The Week    
A6 You're A Rose    
A7 Legoland 3    
A8 Thursday    
A9 Ceausescu Flashback    
A10 Broken Radio #1    
A11 Concrete Block    
B1 Look What I Stole For Us, Darling    
B2 Farewell Oratorio    
B3 The White Knuckle Express    
B4 Chemical Cosh    
B5 Tima Mansio Speaks    
B6 A Pack Of Lies    
B7 Viva Dead Ponies    
B8 More Smack, Vicar

Genre : Psychotic Pop
6° morceau de L'Inventaire 40 : Chemical Cosh 

Cathal Coughlan fait partie de ces gens qui ont failli avoir du succès. Au sein de Microdisney tout d'abord, un groupe pop irlandais des années 80 dans lequel son ego entre vite en friction avec son partenaire Sean O'Hagan. Ce dernier s'en ira former les High Llamas dont la pop ouatée est à l'opposée de l'univers torturé des Fatima Mansions
Il suffit de regarder la peinture qui orne la pochette de ce Viva Dead Ponies pour savoir qu'on n'a pas affaire à un disque serein. Mêlant guitare saturée mixée en arrière et boucles synthétiques obsessionnelles, le son de Fatima Mansions doit avant tout à la voix profonde et puissante de Cathal Coughlan qui ne dédaigne pas passer pour un crooner à l'occasion, avant d'éructer comme un diable sorti des enfers. Les textes sont ironiques, cruels, désabusés, à tel point qu'ils seront adoubés par Morrissey en personne, qui déclarera, à la surprise générale, Viva Dead Ponies meilleur album de l'année 90, avant de se rétracter de façon tout aussi impromptue. 
Peu importe, si la production n'a pas forcément bien vieilli, cet album (et toute la discographie de The Fatima Mansions, notamment Valhalla Avenue) reste aujourd'hui comme un curieux phénomène de pop en camisole de force, quelque chose de terriblement inquiétant qu'on ne retrouve guère que dans le regard de Norman Bates à la fin de Psychose
Pour s'en convaincre, outre Chemical Cosh audible dans le mix, nous ne saurions trop vous conseiller d'aller écouter comment Fatima Mansions reprend le Paper-Thin Hotel de Leonard Cohen... Encore plus torturé que l'original, ce cauchemar magnifique semble avoir été écrit pour ce drôle de personnage qu'est Cathal Coughlan.

THE RIMSHOTS Dance Girl

THE RIMSHOTS
Soul Train

Label : A-1 Records
Année : 1972
A1 Neighbor! Get Your Own
A2 A Hot Day In Harlem
A3 Love, True Love! (Please Pass My Way)
A4 Dance Girl
A5 In Cold Blood
B1 Soultrain Part 1
B2 Soultrain Part 2
B3 Born Funky
B4 Coastin' And Crashin' Part 1
B5 Coastin' And Crashin' Part 2

Genre : Funky Stuff
5° morceau de L'Inventaire 40 : Dance Girl

Leur titre de gloire est d'avoir enregistré le générique de l'émission Soul Train qui,  de 1970 à 2006, s'est consacrée essentiellement à diffuser la variété de la musique noire américaine. Soul Train est aujourd'hui particulièrement  célèbre et populaire (culte ?) pour sa "line danse" : des danseurs en tenues funky qui enflammaient le plateau entre deux prestations de groupes (un "best of" de l'émission ici). 
Les Rimshots sont au départ un groupe de studio, principalement actif pour le label All Platinium qui existera de 1966 à 1978. Ils accompagneront ainsi quelques pointures du rhythm'n'blues et du funk (Solomon Burke notamment) et, bientôt, du disco (On les retrouve par exemple sur l'album de disco anti-Nixon de Shirley & Co : Shame Shame Shame).
En fait, les Rimshots font partie d'une longue lignée de groupe qui ont bâti le son solide et le groove de nombreux artistes connus sans jamais avoir de reconnaissance officielle. Il faut dire que leur discographie sous leur propre nom se limite à une douzaine de singles et deux albums qui n'ont jamais eu l'honneur d'une réédition en cd. Dommage, leur funk brut et essentiellement instrumental reste d'une efficacité imparable plus de quarante ans après. 
Dance Girl, inclus dans le mix 40, est le seul morceau chanté de ce premier album. Difficile de savoir qui donnait de la voix : non seulement le chanteur n'est pas crédité, mais le titre a carrément été oublié sur le tracklisting au dos de la pochette. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles le label A-1 qui a publié ce premier album n'a tenu qu'un an...

THE ELASTIK BAND Spazz

PEBBLES
Volume One

Label : BFD Records
Année : 1979
A1 The Litter : Action Woman
A2 The Preachers : Who Do You Love
A3 The Floyd Dakil Combo : Dance Franny Dance
A4 The Outcasts : I'm In Pittsburgh (And It's Raining)
A5 The Squires : Going All The Way
A6 The Grains Of Sand : Going Away Baby
A7 The Ju-Ju's : You Treat Me Bad
A8 The Haunted : 1-2-5
B1 The Soup Greens : Like A Rolling Stone
B2 The Wig : Crackin' Up
B3 Positively 13 O'Clock : Psychotic Reaction
B4 Kim Fowley : The Trip
B5 The Elastik Band : Spazz
B6 The Split Ends : Rich With Nothin'
B7 The Shadows Of Knight : Potato Chip
B8 The Wild Knights : Beaver Patrol
Genre : Garage Rock

4° morceau de L'Inventaire 40 : Spazz

Lenny Kaye, futur guitariste de Patti Smith et Jac Holzman, fondateur du label Elektra, ont ouvert la boîte de pandore en 1972 avec la mythique compilation Nuggets : les années 60 ont généré des dizaines, peut-être des centaines de groupes qui méritent au moins un détour. 
De 1979 à 1988, Pebbles, label créé rapidement pour l'occasion, sortira 28 volumes de compilations de groupes méconnus voire totalement inconnus, ayant accouché, au moins une fois, d'une perle de garage rock. 
Le son est brut, parfois médiocre, récupéré là où c'est possible... Greg Shaw, initiateur de la chose, ayant rarement accès aux masters, construit ses volumes à partir de vieux 45 tours ou de cassettes*. Certains morceaux ne tournent pas exactement à la bonne vitesse, d'autres saturent, d'autre enfin disparaissent, comme ce Crackin' Up du groupe The Wig annoncé en face B, qui est tout simplement absent de l'album. Peu importe au fond : ces défauts et ces approximations renforcent le côté clandestin et contribue à asseoir la crédibilité "underground" d'une collection devenue au fil des ans de plus en plus sérieusement convoitée.
Il faut dire que, malgré la profusion de titres bizarres et de noms de groupes à coucher dehors (Absolument 13 heures, Le Groupe élastique mais aussi Les Trottoirs Mouvants ou encore The Fe-Fi-Four Plus 2 (!) dans les volumes suivants),  l'amateur de curiosités trouvera toujours son compte de guitare fuzz, chanteurs hystériques, orgues déchainées et dérapages psychédéliques chez Pebbles
Ainsi, pioché un peu au pif, le Spazz de The Elastik Band possède un riff saturé et efficace, un break blues-rock, un pont orientalisant et un chanteur qui semble consanguin de Frank Zappa. Tout est parfait ! On ne recense à leur nom qu'une poignée de 45 tours introuvables. Une compilation cd de 2007 rassemble quand-même une vingtaine de leurs morceaux. Spazz reste incontestablement leur tube : compilé chez Pebbles ET sur le volume deux des Nuggets sorti en 1984 et consacré aux précurseurs du punk. Une référence...

 
* Ce premier volume s'ouvre d'ailleurs sur un morceau, Action Woman, copié à partir d'un disque qui saute : nous avons certainement été très nombreux à rager contre notre disque neuf et apparemment vierge qui semblait avoir un défaut de fabrication. Le dos de la pochette précise que "ce n'est qu'une inévitable malfaçon du master original". Il semblerait pourtant que Greg Shaw n'ait jamais eu accès au master original !

CHICO HAMILTON El Chico

CHICO HAMILTON
El Chico

Label : Impulse!
Année : 1965
A1 El Chico
A2 People
A3 Marcheta
A4 This Dream
B1 Conquistadores
B2 El Moors
B3 Strange
B4 Helena 

Genre : Hot Jazz
3° morceau de L'Inventaire 40 : El Chico

Crédité sur quelques 250 albums, le batteur Foreststor "Chico" Hamilton a débuté avec des pointures classiques comme Billie Holiday, Duke Ellington, Nat King Cole ou encore Gerry Mulligan. Il est de la même génération que Charles Mingus, avec qui il a débuté, mais reste moins célèbre que le contrebassiste, malgré un goût tout aussi prononcé pour les expériences diverses, lorgnant aussi bien du côté de la fusion multiculturelle que de l'avant-garde. 
Sur cet album en sextet, l'influence de la musique brésilienne et cubaine est omniprésente, soutenue par l'alternance de deux percussionnistes de premier plan : Willie Bobo et Victor Pantoja.
Mais c'est aussi une période où les harmonies et sonorités orientales irriguent le jazz. C'est flagrant sur le morceau El Moors et sur celui qui donne son titre à l'album (choisi pour le mix) avec son thème, joué à la flute par Sadao Watanabe, sur un rythme de valse dont va s'emparer immédiatement le génie de la guitare jazz psychédélique : Gabor Szabo
Le guitariste hongrois a signé une petite trentaine d'albums sous son nom, mais ça vaut vraiment le coup de pister toutes ses participations aux albums des collègues, notamment sur le label CTI, pour mesurer l'étendue de son inspiration, brutalement interrompue par une mort précoce à 46 ans. 
Cela dit, si Gabor Szabo est dans une forme éblouissante tout au long de l'album El Chico, il serait réducteur de lui en attribuer toute la beauté. On est tout simplement devant un grand album de latino-jazz, magistralement enregistré par Bob Simpson qui, sur ce coup-là, n'a rien à envier au maître Rudy Van Gelder.

PETER GABRIEL No Self Control

PETER GABRIEL

Label : Charisma
Année : 1980
A1 Intruder
A2 No Self Control
A3 Start
A4 I Don't Remember
A5 Family Snapshot
A6 And Through The Wire
B1 Games Without Frontiers
B2 Not One Of Us
B3 Lead A Normal Life
B4 Biko

Genre : Prog Pop
2° morceau de L'Inventaire 40 : No Self Control

Les quatre premiers albums solo de Peter Gabriel n'ont pas de nom. Celui-ci est le numéro 3, parfois appelé Melt, en raison du visage brouillé de la pochette. 
C'est aussi celui des premiers véritables succès, avec notamment le single Games Without Frontiers qui marquent les préoccupations pacifistes et humanistes du chanteur, soulignées en fin d'album par le précurseur Biko, premier morceau pop à aborder frontalement l'apartheid. Peter Gabriel deviendra plus tard aux côtés de U2 et Simple Minds, l'un des fers de lance du rock humanitaire, qui a essaimé dans les années 80 pour le meilleur (la cause) et pour le pire (tout le reste).
Mais surtout, cet album est vraiment le sommet de cette première période de l'artiste, affranchi des lourdeurs de Genesis. Son mélange d'instruments traditionnels et d'électronique (des cornemuses, un surdo, un xylophone, de multiples percussions, mais aussi des synthétiseurs et des boîte à rythmes qu'il trafique lui-même), un travail atypique sur les voix (la sienne, mais aussi celle de Kate Bush et d'un de ses guitaristes, David Rhodes) et les terrifiants sons de guitare de Robert Fripp, la bonne idée d'avoir retiré les cymbales sur la batterie de Phil Collins... Tout ça construit un environnement sonore aussi étrange que cohérent, qui devient carrément flippant sur les morceaux les plus tordus de l'album, No Self Control dans le mix 40, et Intruder : l'histoire d'un type pas très sain qui s'introduit dans les maisons pour le plaisir du crime. Manière de donner le ton dès l'ouverture d'un album particulièrement riche et retors. 
Six ans plus tard, Peter Gabriel renouvellera son son et décrochera la timbale avec So, mais c'est une autre histoire...

BA-BENZELE PYGMIES Mbombokwe

BA-BENZELE PYGMIES
(An anthology of african music)

Label : Bärenreiter-Musicaphon/UNESCO
Année : 1966
A1 Hindewhu (Whistle Solo)    
A2 Song Of Rejoicing After Returning From A Hunt    
A3 Nbu (Lament)    
A4 Kongo Asséka (Music For Dancing At A Wake)    
A5 Song Of Rejoicing After Returning From A Hunt    
A6 Lullaby    
A7 Lullaby    
A8 Ngoma (Invocatory Song Before A Hunt)    
B1 É Yimba É (Song Preceeding The Departure Of The Hunters)    
B2 Music For Entertainment    
B3 First Story: Mbombokwe (The Wood Pecker)    
B4Second Story: The Wondo Player    
B5 Third Story: The Fruit Eater  
B6 Fourth Story: Sokopina (The Tree With The Red Fruit)    
B7 Fifth Story: Lenkokodi
Genre : Trad'

1° morceau de L'Inventaire 40 : Mbombokwe (The Wood Pecker)

Ramasser des disques, c'est aussi engranger des bouts de mémoire. Certains labels, dès les années 50, se sont spécialisés dans le collectage sonore, gravant inlassablement les sons ramenés par quelques forcenés qui ont parcouru le monde avec les premiers enregistreurs mobiles. 
Aujourd'hui, les blues ruraux enregistrés par Alan Lomax (dont les archives sont disponibles ici) ou les plus exotiques albums parus au Chant du Monde se retrouvent régulièrement samplés par les chasseurs de son. 
Mais la tendance ne date pas d'aujourd'hui. Sur la version électrique de Watermelon man de l'album Head Hunters d'Herbie Hancock sorti en 1973, l'intro est directement piquée sur ce disque-là, recueil de musiques et chants traditionnels des pygmées de l'ouest-méridional de l'Afrique. 
Il ne s'en est pas vanté à l'époque mais l'affaire commence à être maintenant connue, même si, bizarrement, seul le morceau d'Hancock est audible sur le site Who Sampled spécialisé dans l'origine des samples (pour entendre l'original pygmée, il faut aller ).
Mais l'intérêt de ce disque ne s'arrête pas à cette histoire d'emprunt. Les 15 pistes proposées, remplies de rythmes et de sons littéralement inouïs, vont des incantations au berceuses, de chants qui précèdent ou célèbrent le retour de la chasse à des musiques de danses. Il y a aussi des contes courts, comme celui qui ouvre ce quarantième mix et qui raconte l'histoire de l'oiseau-piqueur qui mange les chenilles grasses du bambou. Bref, c'est pas du Biolay...
Et comme le but de cette collection lancée par l'UNESCO est évidemment pédagogique, la pochette du 33 tours s'ouvre comme un livre, illustré de photos et bourré d'infos en anglais, allemand et français.
 


mercredi 17 février 2016

Inventaire 39 - Pégale a la nalga


Inventaire n°39 - Pégale a la nalga par twinselecter

ELVIS COSTELLO and the THE ATTRACTIONS B Movie

ELVIS COSTELLO and the ATTRACTIONS
Get Happy!!

Label : Columbia (F-Beat)
Année : 1980
A1 I Can't Stand Up For Falling Down
A2 Black & White World
A3 Five Gears In Reverse
A4 B Movie
A5 Motel Matches
A6 Human Touch
A7 Beaten To The Punch
A8 Temptation
A9 I Stand Accused
A10 Riot Act
B1 Love For Tender
B2 Opportunity
B3 The Imposter
B4 Secondary Modern
B5 King Horse
B6 Possession
B7 Man Called Uncle
B8 Clowntime Is Over
B9 New Amsterdam
B10 High Fidelity

Genre : Post Punk Pop
8° morceau de L'Inventaire 39 : B Movie

On pourra toujours discuter des aléas de la discographie pléthorique de Declan Patrick Aloysius MacManus, alias Elvis Costello, cet album reste intouchable. 
Sorti en 1980 après trois coups d'essais déjà très recommandables, Get Happy !! est le genre de produit qu'on recommande, qu'on redécouvre, qu'on redemande. 20 morceaux, 10 par face, dont les durées oscillent entre 1,48 et 3,13 minutes, impeccablement produits par Nick Lowe, le spécialiste de la musique sans gras. 
Simples et inspirées, débordant rarement du cadre basse/guitare/batterie voix, les compositions de Costello s'enfilent les unes à la suite des autres sans la moindre frime (ça viendra plus tard) ni faute de goût (ça viendra tout de suite après, avec son album faussement country : Almost Blue). 
C'est tellement efficace qu'on ne se rend même pas compte que deux reprises se sont glissées dans les titres, dont une face B de Sam & Dave qui ouvre l'album sans complexe. Et c'est justement ce mélange d'influences Motown et Stax, de sècheresse punk et de mélancolie ironique qui n'appartient qu'à lui (écoutez Secondary Modern pour comprendre ce que je veux dire) qui aboutit au final à ce petit miracle qu'on réclame à corps et à cris et qui ne vient presque jamais : l'album parfait.
D'ailleurs, Costello n'était pas prévu dans le mix. Il restait du temps, le dernier morceau s'achevait... Dans ces moments-là, le selecter se tourne vers les valeurs sûres, là où il pourra piocher au hasard en étant sûr de bien tomber. 
Regardez-bien dans vos discothèques : y'en a pas beaucoup des comme ça !


THE CLEFTONES Heart and Soul

THE CLEFTONES
Heart and Soul

Label : Gee Records (Re : EMUS)
Année : 1961
A1 Heart And Soul    
A2 For Sentimental Reasons    
A3 See You Next Year    
A4 Little Girl Of Mine    
A5 Can't We Be Sweethearts    
B1 You're Driving Me Mad    
B2 The Glory Of Love    
B3 Red Sails In The Sunset    
B4 Please Say You Want Me    
B5 Time Is Running Out On Our Love

 Genre : Doo Wop/R'n'B
7° morceau de L'Inventaire 39 : Heart and Soul 

Nous sommes nombreux à avoir découvert les trésors du début des sixties avec la bande originale d'American Graffiti de George Lucas. 41 morceaux, parfois relayés par la voix caverneuse du D.J. Wolfman Jack, synthèse d'un âge d'or où le rock'n'roll, le rhythm'n'blues, la surf music et la soul étaient des genres frais et spontanés, pondant chaque semaine des tubes magiques qui abreuvaient les radios et les juke-boxes. 
Parmi tous ces groupes oubliés, les Cleftones, issus du quartier du Queens à New York, un quintet vocal dont la carrière s'étend de 1955 à 1964 et qui connaîtra quelques variations de personnels durant cette décennie. En rivalité avec les Drifters (qui leur piquera leur ténor Gene Pearson en 1962), ils se distinguent de leurs innombrables concurrents par un son plus léger, très pop en fait, et aussi parce que deux des Cleftones, Berman Patterson et Warren Corbin, composent eux-mêmes une bonne partie de leur premiers succès, qui restent relativement modestes. 
C'est en 1961, en réarrangeant une vieille chanson de 1936, qu'ils décrochent enfin la timbale : l'emblématique Heart and Soul est aussi l'un des premiers enregistrements avec leur nouvelle recrue, Pat Spann, seule femme de l'histoire du groupe, dont les chœurs restent cependant très discrets, légèrement effacés par la voix fébrile et éraillée du chanteur principal, Herbie Cox.


DENIS COFFEY Guitar Big Band

DENIS COFFEY AND THE DETROIT GUITAR BAND
Electric Coffey

Label : Sussex
Année : 1972
A1 Capricorn's Thing
A2 Son Of Scorpio
A3 Love Song For Libra
A4 The Sagittarian
A5 Love And Understanding
B1 Guitar Big Band
B2 Twins Of Gemini
B3 Virgo's Song
B4 Lonely Moon Child

Genre : Funky instrumentals
6° morceau de L'Inventaire 39 : Guitar Big Band

Encore une légende souterraine Si Dennis Coffey est crédité comme musicien, arrangeur ou compositeur sur plus de 200 albums, il est surtout responsable des décharges électriques qui arrivent dans les productions Motown à la fin des années 60. Notamment pour les productions de Norman Whitfield, l'homme qui transforma le groupe de doo-wop The Temptations en usine à tubes psychédéliques et funky. Lister ici les interventions du guitariste partiellement responsable de ce bouleversement au sein du label serait fastidieux (et impossible) mais, pour identifier son son de guitare, citons rapidement Psychedelic Shak et Cloud Nine, sans oublier l'hymne d'Edwinn Starr : War
Cela dit, s'il fut l'un des premiers blancs à intégrer les Funky Brothers qui accompagnaient les artistes Motown (et le tout premier blanc à être invité dans l'émission Soul Train), la carrière de Denis Coffey ne se limite pas à cette période faste. Talent précoce, il devient musicien de session à 15 ans, dès les débuts du rock'n'roll période à laquelle il accompagnera entre autres Del Shannon. Il rejoint donc les Funk Brothers à la fin des sixties mais, fait rare, connaîtra divers succès sous son nom : on lui doit la b.o. du film de Blaxploitation Black Belt Jones (1974) avec le rival de Bruce Lee, Jim Kelly. Mais avant ça, Denis Coffey touche le jackpot avec l'instrumental Scorpio, paru sur son premier album en 1971 : le single se vend à près d'un million d'exemplaires ! 
Sur ce deuxième opus avec son Detroit Guitar Band (qui inclut le bassiste Bob Babbitt, autre légende et épine dorsale du "son Motown"), il tente de récidiver avec Son Of Scorpio. Même si le titre ne connaît pas le même succès, l'album est une mine de funks électriques qui se glissent facilement dans n'importe quelle soirée bouge-fesses. 
La preuve avec Guitar Big Band, choisi pour L'Inventaire 39, qui ressemble fort à une jam session qui aurait bien tourné...

BIS Girl Star

BIS
Intendo

Label : Grand Royal
Année : 1998
A1 Grand Royal With Cheese (Intro)  
A2 Statement Of Intent
A3 Girl Star
A4 Clockwork Punk
A5 Famous (Demo)e
A6 Ninja Hi Skool
B1 Kid Cut (Demo)
B2 Automatic Freestyle
B3 I'll Get You Back
B4 Cookie Cutter Kid
B5 Grand Royal With Cheese (Outro) 


Genre : Electro Pop
5° morceau de L'Inventaire 39 : Girl Star

En ces confuses années 90 finissantes, entre une brit'pop de plus en plus boursouflée, un grunge mort-né et un trip-hop un rien maniéré, s'éclatent une tripotée de groupes plus funs, s'abreuvant sans complexe à tous les styles qui passent à leur portée avec un plaisir communicatif. 
Des très confidentiels Toenut aux vétéranes de Pizzicato Five en passant par les Buffalo Daughters, chouchous des Beastie Boys, c'est une vague sans nom, un mouvement sans étiquette ni concept, sinon celui de revenir à une musique spontanée, interdite aux "tristus" de tous poils. 
Bis fait partie du lot, et rejoindra d'ailleurs Grand Royal, le label des Beastie Boys le temps d'un single, d'un mini lp et de cette compilation. A l'image de leur musique, leur discographie est dispersée aux quatre vents, majoritairement chez Wiiija Records mais aussi Chemikal Underground, Do Yourself In Records, Artful Records, Cherry Red, SpinART Records, sans compter un petit passage par l'autonomie pour leur album de 2001 : Bis Play Some Real Songs
A part ça, on sait qu'ils sont écossais, qu'ils doivent leur nom à une chanson de The The, qu'ils se sont séparés et reformés plusieurs fois et que leur dernier album, Data Panik Etcetera date de 2014. 
Bis est un groupe léger et efficace, plein d'énergie et de fantaisie, le genre de truc qu'on ne prend pas au sérieux, mais qui transformera à coup sûr votre thé-dansant en soirée champagne.

LOVE SCULPTURE People People

LOVE SCULPTURE
Forms and Feelings

Label : EMI/Parlophone
Année : 1969
A1 In The Land Of The Few
A2 Seagull
A3 Nobody's Talking
A4 Why (How-Now)
A5 Farandole
B1 You Can't Catch Me
B2 People People
B3 Sabre Dance


Genre : Psych & Heavy
4° morceau de L'Inventaire 39 : People People

A l'écoute de ce People People choisi pour le mix, on pourrait les croire sortis du "summer of love" californien mais en réalité le trio Love Sculpture vient du Pays de Galles, ce qui en fait déjà une curiosité lorsqu'ils apparaissent à la fin des années 60. 
Leur premier album, Blues Helping, très orienté blues rock (ils y reprennent On The Road Again de Canned Heat) sent déjà bon les effets de fuzz et la tentation psychédélique, notamment lors de leur version du standard Summertime pleine de reverb, qui rappelle furieusement les Zombies
Mais c'est avec leur second et dernier LP, Forms and Feelings, qu'ils se lâchent totalement, comme s'ils avaient enfin avalé les fameuses pilules colorées et suivi le lapin blanc sous terre, pour le pire et le meilleur. 
Le meilleur, ce sont ces chansons (In The Land Of The Few, Why, People People...), qui auraient pu figurer sur les compilations Nuggets ou Rubble, juste assez électrifiées pour ne pas sentir le patchouli. Plus discutables sont les instrumentaux démonstratifs, notamment une version de La Farandole issue de L'Arlésienne de Bizet, où les pirouettes virtuoses de guitare électrique filent rapidement la nausée. En face B, c'est La Danse du Sabre de Khatchatourian qui a droit à plus de 11 minutes de tricotage de cordes. Mais là, c'est tellement too much que ça finit par être vraiment drôle. Évidemment, tout ça est devenu depuis "culte" et recherché, il ne serait pas surprenant qu'une réédition vinyle pointe son nez un de ces quatre...

SCOTT LA ROCK & KRS-ONE Dope Beat

SCOT LA ROCK & KRS-ONE
Memory Of A Man And His Music

Label : B-Boy Records
Année : 1987
A1 Poetry
A2 South Bronx
A3 9mm Goes Bang
A4 Word From Our Sponsor
A5 Elementary
B1 Dope Beat
B2 Remix For P Is Free
B3 The Bridge Is Over
B4 Super Hoe
B5 Criminal Minded
C1 Poetry # 3
C2 Criminal Minded (Doc Mix)
C3 9mm (Hot Club Version)
C4 The P Is Free (Hot Club Version)
D Memories - Birth, Life & Death
DJ Mix [Megamix] – Stu Allan

Genre : Old School/Good School
3° morceau de L'Inventaire 39 : Dope Beat

Hard rock et hip-hop coulaient des jours heureux. Run DMC avait fait un carton international en 1986 avec le single Walk This Way, perfusé aux guitares d'Aerosmith. Boogie Down Production sample Back in Black d'AC/DC l'année suivante pour ce Dope Beat tout aussi efficace. 
Derrière Boogie Down se cache le tandem de rapeurs/producteurs Scott La Rock et KRS-One, auquel il convient d'ajouter Derrick Jones, responsable des beats massifs caractéristiques de leur son. En deux ou trois ans, ils vont faire évoluer le hip hop vers de nouvelles directions. Aussi bien du côté musical en mariant un son typiquement new-yorkais avec des sonorités venus du reggae dancehall, du dub, mais aussi du rock saignant, qu'au niveau des paroles, véritables chroniques de la vie du Bronx racontée par ses aspects les plus sombres, prémisses de ce qu'on appellera bientôt le gangsta rap. 
Une authenticité qui se paiera cher : Scott La Rock se fera descendre d'une balle dans la nuque, à peine âgé de 25 ans, pour une histoire stupide et très confuse de rivalités mal placées autour d'une fille. KRS-One compile ce double album hommage dans la foulée. Il continuera à travers Boogie Down Production à célébrer la mémoire de son ami disparu, puis multipliera les collaborations et les albums sous son nom, jusqu'à aujourd'hui. 
Il fait désormais partie des pères fondateurs et références incontournables, pour ne pas dire des légendes du hip-hop.