vendredi 23 septembre 2016

Inventaire 43 - Back from London 4 (via Bruxelles) : I'll never be 45 again

THE BEACH BOYS The T M Song

THE BEACH BOYS
Rock And Roll Music / The T M Song

Label : Reprise Records/Brother Records
Année : 1976
Genre : Psychedelic Surf Music
1° morceau de L'Inventaire 43 : The T M Song

Après l'escale hollandaise (voire ici), une nouvelle plongée dans la période la plus confuse des Beach Boys, celle où le groupe, ringardisé par l'évolution de la pop et fragilisé par ses tensions internes, tente de se maintenir à flot entre deux tournées nostalgiques, en sortant des albums plus ou moins ambitieux. 
Au départ, 15 Big Ones devait être un double album, finalement ramené à un simple de 15 chansons*, avec une face consacrée aux reprises, l'autre à de nouvelles compositions dont une seule signée Brian Wilson
Premier single tiré de l'album, ce 45 propose en face A une reprise du Rock And Roll Music de Chuck Berry assez anecdotique. On accordera un peu plus d'attention à cette T M Song, les lettres T et M pour "Transcendental Meditation". Il signe le retour à la production et à l'écriture de Brian Wilson, ici défendant l'un de ses nouveaux dadas, la méditation transcendantale, dans un morceau court mais empreint d'une inspiration qu'on croyait définitivement perdue chez le génie en souffrance. 
Et même si le LA Weekly classe la chanson parmi les 5 chansons les plus "dopiest"  (traduire "débile") du groupe, on continuera à défendre ce drôle de morceau, dédié à une pratique dont Mike Love, le cousin ennemi de Brian Wilson au sein des Beach Boys, s'est aujourd'hui fait une ardent prêcheur.

* L'une des raisons de son titre, en plus du fait que le groupe célèbre en 1976 ses 15 ans d'existence.

jeudi 4 août 2016

Inventaire 42 - Nous ne voulons pas être triste


ALAN VEGA Love Cry

ALAN VEGA
(First)

Label : Celluloid (Or:PVC Records)
Année : 1981
A1 Jukebox Babe    
A2 Fireball    
A3 Kung Foo Cowboy    
A4 Love Cry    
B1 Speedway    
B2 Ice Drummer    
B3 Bye Bye Bayou    
B4 Lonely

Genre : Electronic Rockabilly
8° morceau de L'Inventaire 42 : Love Cry

A peine sorti le deuxième album de Suicide (le groupe qu'il constitue avec Martin Rev), Alan Vega prépare ce premier solo, sans titre, ni fioritures. 
A ses côtés, seul un mystérieux Phil Hawk est crédité à la guitare. On entend pourtant des lignes de basse, parfois un piano et une batterie minimaliste dont les lignes ressemblent à une boîte à rythme programmée par un débutant, mais qui sonne pourtant comme une vraie (sauf sur Speedway où la présence d'une machine ne fait aucun doute)... 
C'est Vega lui-même qui produit l'album, ce qui n'est pas une mauvaise idée si on en juge par le son parfois désastreux de ses albums suivants. Il s'ouvre par l'unique succès de sa carrière, Juke-box Baby, qu'on entendait alors sur les radios européennes et qui fera même l'objet d'un improbable maxi 45 tours. Alan Vega a la côte chez les branchés de l'époque, notamment dans les pages de Libé qui adorent raconter ses concerts sous forme de coitus interruptus : un quart d'heure, vingt minutes durant lesquelles une partie du public lui crache dessus (ceci expliquant peut-être cela...)
Si cette légende s'appuie sur une réalité tangible, l'essentiel est ailleurs, ce disque en témoigne. Tout ici est élémentaire, évident et pertinent. C'est un album simple et parfait, affuté comme le rasoir du docteur Robert Elliott. 
Love Cry, dernier morceau de la face A, ferme notre Inventaire numéro 42. Alan Vega est mort le 16 juillet de cette année 2016. 

COMPOST Funky Feet

COMPOST
Take Off Your Body

Label : Columbia
Année : 1972
A1 Take Off Your Body
A2 Thinkin'
A3 Bwaata
A4 Happy Piece
B1 Country Song
B2 Sweet Berry Wine
B3 Funky Feet
B4 Inflation Blues

Genre : Jazz fusion
7° morceau de L'Inventaire 42 : Funky Feet

Difficile de savoir qui a eu l'idée d'affubler ce rassemblement de pointures d'un nom pareil mais le résultat est là : Compost a beau avoir des allures de "supergroup"*, il porte l'un des noms les plus ridicules de l'histoire de la musique.
A part ça, sur ce premier album, enregistré par un Martin Rushent débutant qui n'était pas encore la star des producteurs de punk-rock et de pop synthétique, les cadors de la fusion élaborent un jazz-funk toujours sur le fil, entre les mauvais tics de virtuoses qui se la pètent et le bon groove de musiciens pas manchots. Notamment Jack DeJohnnette qui lâche la batterie qui l'a rendu célèbre pour s'atteler aux claviers avec un bonheur communicatif. Le groupe n'aura que trois ans d'existence. Leur second album sort en 73 dans l'indifférence générale, malgré quelques invités prestigieux, dont l'aventureuse chanteuse Jeanne Lee
Par contre, sur ce Funky Feet, issu du premier album et choisi pour le mix, c'est le batteur Bob Moses qui assure les vocaux dans un style qui rappelle un peu les percussions vocales de l'Indien Trilok Gurtu. Et ce n'est pas la seule bonne raison de se mettre en quête de ce LP, réédité en CD en 2010 mais pas facile à dégotter quand-même...

* Supergroup: Quand des personnalités déjà célèbres dans un genre de musique se réunissent en espérant multiplier les talents et, éventuellement, les recettes...

10cc I Wanna Rule The World

10cc
How Dare You!

Label : Mercury
Année : 1976
A1 How Dare You
A2 Lazy Ways
A3 I Wanna Rule The World
A4 I'm Mandy Fly Me
A5 Iceberg
B1 Art For Arts Sake
B2 Rock 'N' Roll Lullaby
B3 Head Room
B4 Don't Hang Up
Genre : Pop art
 6° morceau de L'Inventaire 42 : I Wanna Rule The World

Difficile pour un petit francophone de comprendre toute la finesse et l'ironie des paroles des chansons de 10cc. Ceci explique peut-être qu'à l'exception de leur méga tube I'm not in love (slow baveux imparable dont les synthétiseurs marquèrent à jamais Dunkel et Godin, les deux recycleurs du groupe Air), le groupe n'ait pas laissé beaucoup de traces par chez nous. 
Leur discographie s'avère pourtant pleine de bonnes surprises, jusqu'à l'album Bloody Tourists, 1978, année où Eric Stewart, guitariste et membre fondateur du groupe, subit un accident de voiture dont il aura beaucoup de mal à se remettre. Avant ça, depuis leur formation à Manchester en 1972, 10cc déroule 6 albums studio très éclectiques,  aspirant tous les genres musicaux qui passent à leur portée pour inventer une espèce de pop à la fois virtuose et ironique qui n'est pas sans rappeler la flamboyance (et parfois le kitsch) de leurs cousins d'outre-atlantique : Sparks.
Ainsi, ce I Wanna Rule The World à la structure complexe fonctionne comme un mini-opéra rock sur le thème de l'ambition démesurée (I wanna be a boss/I wanna be a big boss/I wanna boss the world around/I wanna be the biggest boss/that ever bossed the world around), trois ans avant le Bicycle Race de Queen dont l'inspiration musicale et les arrangements semblent assez proche.
Quant à la pochette, elle est signée Hipgnosis, célèbre collectif de graphistes des années 70 à qui l'on doit entre autres les pochettes des Pink Floyd.


HI RHYTHM On The Loose

HI RHYTHM
On The Loose

Label : Fat Possum (Or: Hi Records)
Année : 1976
A1 On The Loose
A2 Superstar
A3 Since You've Been Gone
A4 Purple Rain Drops
B1 I Remember, Do You
B2 Save All My Lovin'
B3 You Got Me Comin'
B4 Skinny Dippin' 

Genre : Groovy stuff 
5° morceau de L'inventaire 42 : On The Loose

Les Funk Brothers accompagnaient les stars de la Motown. Les MG's et les Mar-Keys accompagnaient Sam & Dave, Otis Redding et toute l'écurie Stax. Quant à Hi Rhythm, comme leur nom l'indique ils sont le "backing band" du label Hi Records, notamment sur les enregistrements de la star maison : Al Green. 
On peut donc les entendre sur une flopée d'albums et de standards de la soul, mais ce On The Loose est leur seule sortie  officielle sous leur nom. Bien entendu, on y retrouve le son "Hi", ce mélange de groove et de sophistication qu'on attribue généralement à Willie Mitchell, patron de la boîte et producteur attitré d'Al Green, mais dont les musiciens qui posent fièrement* sur la pochette sont certainement en grande partie responsables. 
La plupart des morceaux sont signés Turner et Hodges, les deux claviers du groupe. Par contre il n'est précisé nulle part lequel d'entre eux assure les parties vocales. C'est dommage car, même si on est loin de la douceur sensuelle et miraculeuse d'Al Green, le timbre du chanteur est ici funky à souhait, parfait pour ce 33 tours qui recèle son lot de pépites de rare groove. 
Et pas la peine de craquer sa tirelire pour dénicher l'original : le label Fat Possum, au départ créé pour enregistrer R.L. Burnside et autres vieux bluesmen oubliés, a élargi son activité aux rééditions de raretés à des prix très honnêtes. Qu'il en soit ici remercié.

 * Quoique je ne sois pas convaincu que le jeune homme à droite assume aujourd'hui totalement la combinaison violette et marron à poutre apparente...

ART BRUT Emily Kane

ART BRUT
Bang Bang Rock & Roll

Label : Cargo Records (UK : Fierce Panda Records)
Année : 2005
A1 Formed A Band    
A2 My Little Brother    
A3 Emily Kane    
A4 Rusted Guns Of Milan    
A5 Modern Art    
A6 Good Weekend    
B1 Bang Bang Rock & Roll    
B2 Fight!    
B3 Moving To L.A.    
B4 Bad Weekend    
B5 Stand Down    
B6 18,000 Lira    
B7 These Animal Menswe@r

Genre : Brut'pop
4° morceau de L'Inventaire 42 : Emily Kane

"Haven't read the NME in so long, don't know what genre we belong." Extraite de la chanson Bad Weekend, certainement l'une des phrases clés pour comprendre Art Brut, groupe du 21ème siècle.
Comme ça, on dirait du punk-rock, quatre accords basiques et un type qui, à l'instar de Mark E. Smith de The Fall, a compris qu'il était plus pertinent de bien déclamer que de mal chanter. Le type c'est Eddie Argos, l'homme derrière les mots scandés d'Art Brut, qui fait du rock autrement, change régulièrement de label, raconte l'histoire de son groupe seul sur scène, peint et sort un livre, se fait produire par Frank Black (deux fois) et, depuis deux ans tente de maintenir à flots son histoire que deux membres fondateurs ont désertée. 
A la fois sérieux et ironique, british jusqu'au bout des ongles mais installé à Berlin, conceptuel mais brut, superficiel et profond, Art Brut est une énigme rafraîchissante dans un domaine dont on croyait connaître tous les sortilèges... En tous cas sur ce premier album drôle et sans fioritures, qui a pris tout le monde de court en laissant croire que non, le rock'n'roll n'était ni mort, ni passéiste.

ENNIO MORRICONE Disperetamente

ENNIO MORRICONE
Città Violenta

Label : Dagored (Or : RCA)
Année : 1970
A1 Città Violenta
A2 Rito Finale
A3 Mille Volte Un Grido
A4 Città Violenta (# 2)
A5 Momento Estremo
A6 Con Estrema Dolcezza
A7 Svolta Definitiva
A8 Norme Con Ironie
A9 Riflessione
B1 Disperatamente
B2 Rito Finale (# 2)
B3 Con Estrema Dolcezza (# 2)
B4 Rito Finale (# 3)
B5 Città Violenta (# 3)
B6 Dolcemente Acre
B7 Sospensione Sovrapposta
B8 A Caissa
B9 Con Estrema Dolcezza (# 3)
B10 Riassunto

Genre : b.o. poliziottesco
3° morceau de L'Inventaire 42 : Disperetamente

Sur le site de référence Discogs, à la page Ennio Morricone, il y a 1 033 références discographiques dont 454 albums originaux. 
A bientôt 90 ans, l'homme est devenu un monument, la référence absolue en matière de musique de films. Même s'il n'est pas le seul génie du genre, même si, dans sa frénésie de compositions, on trouve quelques redites, quelques facilités (les bandes originales de Bloodline ou Butterfly dans les années 80 ressemblent à de la parodie sucrée de lui-même) on est loin d'avoir épuisé la richesse de ses thèmes, orchestrations et arrangements, qui accompagnent au passage quelques révolutions formelles du cinéma de genre.
Bien au-delà de ses collaborations aux westerns sublimes de Sergio Leone, le tournant des années 70 va l'amener à accompagner deux excroissances italiennes du cinéma policier, le giallo et le poliziottesco, à travers une série de musiques de films qui comptent parmi ses plus belles réussites. Pour le Città Violenta de Sergio Sollima (en français La Cité de la violence) il instaure un climat angoissant, nerveux et oppressant, sans oublier d'écrire ce qui fait défaut à beaucoup de b.o. aujourd'hui : de véritables thèmes qu'il décline à l'envi. 
Urbaine et rythmée, la musique lorgne vers le jazz et se permet quelques écarts du côté du funk, comme dans ce Disperetamente où la pédale fuzz et les bongos avancent main dans la main, tandis que des plaintes et des soupirs inquiétants viennent rappeler qu'on n'est pas là pour rigoler : y'a Bronson sur la pochette !

Et comme les D.J. s'arrachent à prix d'or les originaux des b.o. de cette période, quelques petites structures ont eu la brillante idée de les rééditer pour des prix très corrects. Notamment Dagored, un label italien qui s'est fendu, pour celui-ci, d'une galette toute verte.



JIMMY CLIFF Let's Dance

JIMMY CLIFF
Give and take/Let's Dance
Pride and passion/Aim and ambition

Label : Fontana (Or : Island Records)
Année : 1967
Genre : Jamaican Soul
2° morceau de L'inventaire 42 : Let's Dance

En 1967, Jimmy Cliff a déjà 6 ans de carrière et il n'a pas 20 ans ! 
Même s'il faudra attendre le film The Harder They Come et les années 70 pour parler de véritables tubes internationaux (You can get it if you really want, Many Rivers to cross et le titre éponyme du film : The Harder They Come), le chanteur a déjà connu un immense succès dans son pays avec Miss Jamaica et commence à parcourir le monde. Signé sur Island, le label de Chris Blackwell, à la même période que Bob Marley, il part avec Prince Buster, Millie Small (My Boy Lollipop) et Delroy Wilson en 64 pour jouer les ambassadeurs du ska en Amérique. C'est une période faste où la musique jamaïcaine n'a pas encore ralentie son tempo et où le mélange ska, rocksteady, soul et rhythm'n'blues fait des merveilles. 
En France, c'est la période des EP quatre titres, ce qui permet de découvrir un Jimmy Cliff très northern soul, qui enregistre d'ailleurs à cet époque avec des musiciens anglais, dont Ian Hunter, futur guitariste de Mott The Hoople. Comme c'était la coutume à l'époque sur les compilations françaises de R'n'B (Formidable/Terrible/Remarquable Rhythm'n'Blues) il comporte deux chansons rapides en face 1 et deux plus calmes au verso. C'est bien en face A qu'on retrouve ce Let's Dance, jerk irrésistible avec ses roulement frénétiques de batterie et ces riffs de cuivre dignes des meilleurs morceaux d'Otis Redding. Au final, le 4 titres n'a pas grand chose de jamaïcain mais il groove, c'est tout ce qu'on lui demande !



TêTU PIAF VII (Nous ne voulons pas être tristes)

TêTU PIAF
Flexi-disque rouge

Label : Chiesa Chiusa
Année : autour de 2014
1 : VII
2 : A la fin de l'année
3 : M'fiche à l'eau
4 : Berceuse pour Garance

 Genre : Chanson suisse
1° morceau de L'Inventaire 42 : VII

Têtu Piaf est un duo formé par Géraldine et Garance qui sont mère et fille. Si j'ai bien compris, Géraldine joue et Garance chante. Les textes viennent de poésies de Jean Tardieu, Roland Topor ou encore, en l’occurrence, d'un poème de Blaise Cendrars, Nous ne voulons pas être tristes paru dans le recueil Sud-américaines (1924).  Leur discographie est introuvable et se résume peut-être à ce disque flexible rouge transparent, sorti sur le label tout aussi méconnu Chiesa Chiusa, mis en mouvement par Ibn Al Rabin*.

A priori, Têtu Piaf s'est produit le 20 juin 2015 au Parc des Bastions à Genève pour la fête de la musique et le dimanche 12 juin 2016 au Baz-Art, à Genève. Elles doivent être Suisse... 

Nous serions très heureux qu'elles deviennent des super stars et qu'on trouve plein de leurs enregistrements partout. 

* Ibn Al Rabin n'est pas vraiment directeur de label, C'est un garçon fort généreux qui diffuse les autres et enregistre aussi parfois des disques de sa propre production : bientôt dans les Cercles Parfaits ! Il est aussi animateur d'ateliers de fanzines très émancipateurs et surtout dessinateur. Nous recommandons vivement l'album Timides tentatives de finir tous nus.


samedi 18 juin 2016

Inventaire 41 - Wham Tousan


Inventaire n° 41 - Wham Tousan par twinselecter

THE PALE FOUNTAINS It's Only Hard

THE PALE FOUNTAINS
...from across the kitchen table

Label : Virgin
Année : 1985
A1 Shelter
A2 Stole The Love
A3 Jean's Not Happening
A4 Bicycle Thieves
A5 Limit
A6 27 Ways To Get Back Home
B1 Bruised Arcade
B2 These Are The Things
B3 It's Only Hard
B4 ... From Across The Kitchen Table
B5 Hey
B6 September Sting

Genre : Brit'pop
8° morceau de L'Inventaire 41 : It's Only Hard 

Voici donc la triste histoire des Pale Fountains, courtisés au début des années 80 par l'industrie du disque, recrutés à prix d'or par Virgin, promis au plus bel avenir et perdus dans les limbes de l'histoire de la pop.
On raconte que Michael Head, compositeur, leader et chanteur du groupe a claqué l'avance de ses albums dans la dope. On dit aussi que Virgin les a lâchés après le maigre succès de ce second album. Car si tous les espoirs reposaient sur eux en 1984, les Pale Fountains n'intéressaient plus personne en 86. 
Au début des années 80, ils sont jeunes, inspirés et innocent. Ils signent avec Operation Twilight, une extension anglaise du label belge Les Disques du Crépuscule et enregistrent quelques chansons qui leurs valent leur premiers succès critiques. Venus de Liverpool, ils trainent pas mal à Manchester avec les groupes de Factory Records. Et puis Virgin les récupère et en 1982 sort Thank you, leur unique single à avoir infiltré le top 50 anglais. Deux ans plus tard sort leur premier album : Pacific Street, et si la critique reste enthousiaste, le public ne suit pas, le label fait la gueule et le groupe prend l'eau. 
Pourtant, malgré la production un poil varièt' de Ian Broudie, ce deuxième LP ...from across the kitchen table, aurait pu ramasser la mise. Mais à ce moment-là les anglais regardent plutôt du côté de Manchester et des Smiths que des Pacific Fountains de Liverpool. Et le reste du monde n'a pas grand chose à faire de ces pop songs, pourtant ciselées à l'or fin et arrangées avec juste ce qu'il faut d'ambition. Il n'y a guère qu'en France qu'une génération commence lentement mais surement à vouer un culte à ce type d'outsiders anglais (aidée, il est vrai, par le travail de sape exécuté avec enthousiasme par le grand homme de radio Bernard Lenoir et le magasine Les Inrockuptibles). 
Après ça, Michael Head ira retrouver son frère John pour monter le groupe Shack en 1988 puis Michael Head & The Strands dont l'unique album date de 1997. Les disques sortent sur de petits label (notamment Mégaphone Music, un label français, pour le dernier), l'écriture est toujours là, mais le succès semble avoir définitivement passé son chemin. Quand-même, quand on réécoute Shelter, Jean's Not Happening ou It's Only Hard, on est en droit de trouver ça vaguement injuste...

LINTO KWESI JOHNSON Inglan Is A Bitch

LINTON KWESI JOHNSON
Bass Culture

Label : Island Records
Année : 1980
A1 Bass Culture
A2 Street 66
A3 Reggae Fi Peach
A4 Di Black Petty Booshwah
B1 Inglan Is A Bitch
B2 Loraine
B3 Reggae Sounds
B4 Two Sides Of Silence

Genre : Poetic Reggae
7° morceau de L'Inventaire 41 : Inglan Is A Bitch

Parce qu'en 1978, sur son premier album, il scande ses textes sur des reggaes épurés, certains voient en LKJ un précurseur du rap. 
Ce n'est sans doute pas faux, quoiqu'un peu réducteur pour un artiste qui, dans une musique ultra-codifiée, s'identifie et se distingue dès les premières notes. Avant tout par sa voix bien sûr, grave et posée, dotée d'un délicieux accent jamaïcain, idéal pour le patois de ses ancêtres que l'artiste se régale de triturer. 
Linton Kwesi Johnson est né dans une petite ville de Jamaïque mais rejoint sa mère dans le quartier londonien de Brixton à l'âge de 11 ans. Élève brillant, il dévore les classiques de langue anglaise tout en gardant un œil constant sur sa culture d'origine. Au sortir de l'adolescence, il rejoindra les Black Panthers anglais, obtiendra un diplôme en sociologie et verra, à l'âge de 21 ans, un de ses premiers poèmes interprété sur scène, accompagné par un groupe de reggae, lors d'une performance produite par l'écrivain Lindsay Barrett. C'est certainement ce qui déclenchera chez lui l'envie de mettre lui-même ses textes en musique, avec l'aide de son précieux complice, le claviériste et producteur Denis Bovell qui gère le groupe qui accompagne LKJ en studio et sur scène. 
La musique de LKJ est soft, cool, portée par les basses profondes et les effets de dub, toute au service de textes chiadés qui ont valu à son auteur d'être le premier poète noir à être publié chez Penguin Book Classics (il était temps !)
Et même si les subtilités poétiques échappent à nous autres, les anglophones du dimanche, l'esprit du type passe allègrement les frontières culturelles, surtout quand le morceau s'intitule Englan Is A Bitch.

EDITH NYLON Edith Nylon

EDITH NYLON
(1er album)

Label : CBS
Année : 1979
A1 Avorton
A2 Edith Nylon
A3 Tank
A4 Chromosome X,O
A5 Herr Monde
B1 Hydrostérile
B2 Etre Automatique
B3 Euthanasie
B4 Ma Jolie Famille
B5 Sado Maso

Genre : Nouvelle Vague
6° morceau de L'Inventaire 41 : Edith Nylon

Après près de 30 ans de purgatoire, new-wave et post-punk français ont retrouvé une certaine crédibilité et pourraient même redevenir furieusement tendance... On peut attribuer la chose à un croisement de facteurs favorables (outre l'éternel retour des modes et le goût pour les vinyles à papa), dont le précieux travail sur cette période exécuté par Jean-François Sanz, à travers un docu, un livre et une double compilation, tous intitulés Des Jeunes Gens Modernes. On voit même quelques groupes français d'aujourd'hui qui s'inspirent plus ou moins ouvertement du son et de l'esprit de l'époque comme La Femme ou les Limiñanas. On voit même certains des groupes d'origine, portés par le ressac, se reformer et se remettre à tourner à la surprise générale, en ne rameutant pas seulement les vieux nostalgiques mais aussi un public jeune porté sur le vintage. C'est le cas notamment du tandem Kas Product dont nous reparlerons certainement ici bientôt.
Edith Nylon ne fait pas partie des groupes ressuscités dans les deux volumes de la compilation Des Jeunes Gens Modernes et, quelle qu'en soit la raison, c'est bien dommage ! Si leur rock synthétique n'est pas le plus audacieux de l'époque, il reste emblématique de ce moment de tension, qui voyait les années 80 et la fin de siècle à portée de main, et prédisait un futur en plastique où la science et la déshumanisation remettraient définitivement en cause les lois de la nature. 
Il n'y a qu'à jeter un œil à certains titres de ce premier album : Chromosome X,O, Hydrostérile, Être Automatique ou encore Euthanaise, pour comprendre à quel point l'univers d'Edith Nylon combinait instinctivement le "No Future" des Punk au "meilleur des mondes" cher à Aldous Huxley. Si les rythmiques martelées, les guitares au son rêche, les riffs stridents de synthé et le débit saccadé de Mylène Khaski parachèvent ce cauchemar climatisé, Edith Nylon évite la dépression totale par une énergie vitale et un humour habilement dissimulé sous la noirceur des thèmes : on n'est pas chez Marquis De Sade !
Pour preuve, le texte du morceau qui porte le nom du groupe et qu'on est bien content d'avoir glissé dans ce mix :
"Je suis la femme bionique... artères antistatiques... perruque de nylon... utérus en téflon... seins gonflés silicone... lèvres glacées de chrome... fémur d'acier trempé... trachée stérilisée... prothèse polystyrène... valvule de porcelaine... orbites moulés plastique... 100% acrylique... crânes en os de corbeau... trompes modernes à pivot... vagin inoxydable... je suis interchangeable... edith nylon, edith nylon, edith nylon... c'est moi..."

On peut voir Edith Nylon en pleine action dans le film sans scénario mais plein de groupes de rock français de l'époque La Brune et moi.

On peut voir aussi sur ce reportage que la réformation n'est pas pour tout de suite, la chanteuse du groupe ayant un peu changé de vie... C'est peut-être pas plus mal.