lundi 1 septembre 2014

Inventaire 27 - Nippon Guitars & Country Opera


MIDNIGHT MOVERS Crabs

MIDNIGHT MOVERS
Do It In The Road

Label : Elephant V/Roulette
Année : 1970
A1 Music Makers
A2 Medicater Goo
A3 Crabs
A4 Stop Look And Listen
B1 Why Don't We Do It In The Road
B2 Tough Enough
B3 Try Our Thing

Genre : Groovy Baby
4° morceau de L'inventaire 27 : Crabs

Encore une pochette sur laquelle on peut difficilement se tromper, même si l'on n'a jamais entendu parler des Midnight Movers. Surtout qu'au verso on découvre la section de cuivres avec le même look seventies, ainsi qu'une petite présentation du groupe rédigée par Howard Weissman (?) qui apprendra aux anglophones que, si cet album est la première sortie officielle du groupe, ses membres trainent tous depuis quelques années sur le circuit soul & rhythm'n'blues. 
En fait, les Midnight Movers ont été assemblés par George Patterson Jr, saxophoniste et arrangeur né à Chicago où il a appris la musique et s'est passionné tout d'abord pour le jazz, entre autres John Coltrane qu'il a vu en concert à plusieurs reprises, rencontré et interrogé sur l'art de l'improvisation... 
C'est le début d'une longue carrière musicale qui le verra multiplier les formations jusqu'à celle-ci, initialement appelée Midnight Movers Unlimited, qui accompagnera notamment Wilson Pickett et les Isley Brothers à leur période funky. Bref, c'est ce qu'on appelle un groupe de sessions, dont le guitariste, Charles Pitts, est d'ailleurs entré dans l'histoire en jouant l'emblématique wah-wah sur le Shaft d'Isaac Hayes
Sous leur nom il n'y aura que deux albums, pas faciles à trouver, surtout ce premier sorti sur un label minuscule, enregistré dans un petit studio avec un 4 pistes rudimentaire. Le LP est d'inspiration inégale, mais il comporte quelques perles de rare groove, dont la reprise des Beatles qui donne son titre à l'album et Crabs, le court instrumental choisi pour notre mix numéro 27.

Les informations récoltées sur le groupe viennent directement d'un blog rédigé dans un français parfois approximatif, mais très enthousiaste et très bien documenté : Blog de soul quinquin.

GIANT SAND Detained

GIANT SAND
Tucson : A Country Rock Opera

Label : Fire Records
Année : 2012
A1 Wind Blown Waltz
A2 Forever And A Day
A3 Detained
A4 Lost Love
B1 Plane Of Existence
B2 Undiscovered Country
B3 Love Comes Over You
B4 Thing Like That
B5 The Sun Belongs To You
C1 We Don't Play Tonight
C2 Ready Or Not
C3 Mostly Wrong
C4 Hard Morning In A Soft Blur
C5 Recovery Mission
D1 Slag Heap
D2 Not The End Of The World
D3 Caranito
D4 Out Of The Blue
D5 New River 

Genre : 21st Century Country Rock
3° morceau de L'inventaire 27 : Detained

Bientôt trente ans d'existence souterraine... La créature d'Howe Gelb est née dans le Sud des États-Unis au beau milieu des années 80 et se range dans une case mal définie de rock indépendant, résolument moderne mais quand-même bien imprégné de l'héritage de la musique populaire de l'Amérique profonde. 
Bien que le personnel, aux côtés du leader, chanteur, guitariste et pianiste ait souvent changé, deux membres vont marquer le groupe  : John Convertino qui prend la batterie à partir du quatrième album et le bassiste Joey Burns, qui arrive plus tard, mais devient vite essentiel à l'identité de Giant Sand.
La formule semble idéale et produira une discographie admirable jusqu'à Cover Magazine en 2001. La créativité du trio semble intarissable avec, en plus des albums réguliers de Giant Sand, le Band Of Blacky Ranchette qui convoque sonorités country et imagerie western, ainsi que l'album unique d'OP8 qui rassemble le trio plus la chanteuse Lisa Germano : le genre de truc sorti de nulle part et sans lendemain qu'on amènerait volontiers sur une île déserte...
Mais le succès ne vient toujours pas, tandis que le projet satellite de Burns et Convertino décroche la timbale : Calexico. La brouille vient peut-être de là, peut-être du caractère d'Howe Gelb, toujours est-il que ce dernier se retrouve en 2004 seul aux commandes de Giant Sand et sort un album qui commence par un morceau appelé... Classico !

Depuis, il a su trouver de nouveaux camarades de jeux avec lesquels il sort régulièrement des albums très mal distribués. Tel cet ambitieux et magnifique Tucson : A Country Rock Opera qui est sorti en 2012 uniquement sur Fire Records, le label anglais qui suit le groupe depuis de nombreuses années.
Ballades torturées, rock sauvages qui se désagrègent au bout de quelques minutes, reprises détournées du droit chemin, Giant Sand peut aussi bien jouer ses chansons dans un vieux bar de rednecks que dans un festival punk rock, voire dans un club de jazz. Pas sûrs qu'ils ne se fassent pas virer des trois cependant : Howe Gelb a beau assimiler toute l'histoire de la musique et la digérer avec une facilité déconcertante, il ne tient pas en place, déteste la facilité et ne sait finalement faire qu'une musique, la sienne !


Pour en savoir plus sur Howe Gelb (et plein d'autres) nous ne saurions trop vous conseiller la lecture de Retour à Sonora de Nicolas Moog, une plongée dans Tucson, Arizona à la rencontre de ses musiciens, dont 8 pages en compagnie de l'âme pas vraiment damnée de Giant Sand. C'est beau et ça fait pas cher du voyage aux States...

T-REX Cadillac

T-REX
Telegram Sam/Cadillac


Label : Ariola
Année : 1972
Genre : Pop glamour
2° morceau de L'inventaire 27 : Cadillac


Porté par son compositeur et leader Marc Bolan, T-Rex fait le lien entre l'efficacité de la pop sixties et les débauches d'électricité qui marqueront les années 70. C'est un groupe à singles, alignant les petites bombes de trois minutes et demi, riffs saturés en avant, avec cette voix légèrement acide de Bolan qui invente le "glam rock" sans le faire exprès. 
On mesure mal aujourd'hui l'importance du groupe et du personnage, Marc Bolan et son physique d'ange chevelu, légèrement androgyne, terriblement charismatique sur scène et lors de ses apparitions télé, surtout lorsqu'il débarque à la BBC perché sur des plateform boots avec un boa en plume autour du cou. Il deviendra l'ami mais surtout une influence majeure du Bowie première période.
Telegram Sam est le premier single pour EMI, quelques mois après l'album grandiose Electric Warrior sorti chez Fly Records et qui marquait le passage au 220 volts pour la bande à Bolan. Le titre atteindra le numéro un en Angleterre  et figurera sur le 33t The Slider, dernier grand album de T-Rex. En revanche, Cadillac, la face B choisie pour le mix, ne figure que dans quelques compilations et, bien sûr, dans ce 45t originel qui confirme l'idée que, dans la période de "T-Rextacy" (entre 70 et 73), il faut tout ramasser : albums, singles et autres inédits découverts sur le tard. 

PS : Les auditeurs attentifs auront remarqué que mon exemplaire a une rayure sur l'intro qui crée une syncope inédite sur la batterie... Une sorte de remix involontaire mais plutôt réussi !

TAKESHI TERAUCHI Hoshi Eno Tabishi

TAKESHI TERAUCHI
Nippon Guitars 

Label : Big Beat Records
Année : 2011 (1966-74)
A1 Takeshi Terauchi & The Bunnys : Ganroku Hanami Odori
A2 Takeshi Terauchi & The Bunnys : Rising Guitar
A3 Takeshi Terauchi & The Bunnys : Sado Okesa
A4 Takeshi Terauchi & The Bunnys : The Clamour Of The Sun
A5 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Hoshi Eno Tabishi (Journey To The Stars)
A6 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Meiji Ichidai Onna
A7 Takeshi Terauchi & Blue Jeans: Sa No Sa
A8 Takeshi Terauchi & The Bunnys : South Pier
B1 Takeshi Terauchi & The Bunnys : Summer Boogaloo
B2 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Touryanse
B3 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Meigetsu Akagi Yama
B4 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Nambuzaka Yuki No Wakare
B5 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Tsugaru Yamabiko Uta (Mountain Echo)
B6 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Tsugaru Eleki Bushi

Genre : Instrumental Surf, Eleki & Tsugaru Rock
1° morceau de L'inventaire 27 : Hoshi Eno Tabishi (Journey To The Stars) 

Les habitués des Cercles Parfaits se souviennent peut-être de Micky Anderson , mystérieux guitariste probablement japonais qui enflammait l'Inventaire numéro 6
Plus reconnu (Jello Biafra  serait de ses fans...) mais pas pour autant célèbre par ici, Takeshi Terauchi est un phénomène au Japon. Aujourd'hui septuagénaire, il cumule les casquettes d'homme d'affaire, 8e dan de karaté, maître zen et, bien sûr, "guitar hero".
Selon la légende rédigée au verso de la pochette d'après une interview de Takeshi Terauchi lui-même, il aurait présenté dans les années 60 Leo Fender à Yamaha, qui deviendra l'importateur de la marque au Japon, avant d'en copier plus ou moins bien les modèles phares. On y apprend aussi que, inspiré par le génial guitariste et trafiquant sonore Les Paul, Terauchi a fabriqué lui même ses effets et transformé ses instruments pour obtenir des sons plus personnels.
Cette compilation, due au label Big Beat spécialisé dans les rééditions et redécouvertes de perles des 60's et 70's, embrasse sept ans de carrière de l'auto-proclamé "king of electric guitar" à travers ses deux groupes : les Bunnys et les Blue Jeans. Un album essentiellement composé d'instrumentaux qui ne dépareilleraient pas dans une b.o. de Tarantino et qui vont du slow de l'été à de sauvages montées de fuzz, propres à décoiffer n'importe quel beach boy.

mardi 1 juillet 2014

Inventaire numéro 26 - Music For Wild Angels

FREE Heavy Load

FREE
Fire and Water

Label : Island Records
Année : 1970
A1 Fire And Water
A2 Oh I Wept
A3 Remember
A4 Heavy Load
B1 Mr. Big
B2 Don't Say You Love Me
B3 All Right Now (Long Version)

Genre : Chevelus électrifiés
6° morceau de L'inventaire 26 : Heavy Load

En 1970, on entre dans la période pénible du rock anglais. Le psychédélisme devient rock progressif, le rhythm'n'blues se fait de plus en plus lourd, il s'appellera bientôt "hard rock". Que les compositions développent des structures complexes ou qu'elles se revendiquent au contraire de l'essence du blues, c'est de toutes façons l'occasion de tricoter du solo de guitare jusqu'à épuisement total de l'auditeur. Clapton est alors un dieu, jusqu'à ce que Jimmy Page vienne lui piquer sa couronne...
Free a tous les apparats du genre et, sur le papier du moins, ne se distingue pas beaucoup des formations bluesy qui pullulent à l'époque. Seulement voilà : il y a ce truc qu'on appelle le feeling, faute de mieux. Le phrasé inspiré de la guitare de Paul Kossoff ne tombe jamais dans la démonstration de virtuosité, la voix de Paul Rodgers est lourdement chargée en émotion et les compositions, co-signées la plupart du temps par Rodgers et son bassiste Andy Fraser, visent direct au coeur. De cet album on connait essentiellement le tube All Right Now qui comble régulièrement les trous dans les compilations célébrant les années 70. Mais ce Heavy Load, avec son rythme lent et sa mélancolie qui semble parfois virer vers la colère, est une des très grandes chansons de l'histoire du rock. 
Ce quatrième album studio sera suivi de deux autres avant la séparation en 1972. Rodgers ira monter le "super groupe" Bad Company avec des membres de King Crimson et de Mott The Hoople. Ils séviront pendant 15 ans et se reforment encore de temps en temps. Il n'a jamais retrouvé cependant ces chansons d'écorché vif qui émaillent la discographie de Free

PASSION FODDER Pray, anarchist

PASSION FODDER
Love, Waltzes and Anarchy

Label : Barclay
Année : 1988
A1 Polished Off
A2 Pascal's Waltz
A3 Kill Me Hannah
A4 Hunger Burns
A5 Orwell Cooks
B1 Spokane
B2 The Struggle For Love (Rent, Painting And Manic Delight)
B3 Pray, Anarchist
B4 The Girl That I Marry

Genre : Rebel Rock
5° morceau de L'inventaire 26 : Pray, anarchist

Théo Hakola est américain, anti-capitaliste et pro-révolutionnaire. Il vit en France depuis plus de 30 ans. 
Dès le début des années 80, il fonde avec quatre musiciens français l'Orchestre Rouge dont le premier single est enregistré à Manchester par le producteur de Joy Division, Martin Hannett. Deux albums, à peine le temps de se faire une réputation dans le rock underground français (loin de Trust et Téléphone donc...) et le groupe implose. 
Théo Hakola réunit alors une autre équipe pour son nouveau projet, Passion Fodder. On y retrouve ses textes engagés mais bien écrits, son sens mélodique très inspiré et sa spontanéité punk avec, en plus, le rôle prépondérant de la violoniste Bénédicte Villain qui restera avec lui, même après la séparation du groupe en 91. La musique de Théo Hakola se caractérise d'ailleurs par un mélange d'électricité et de sonorités brutes qui donnent souvent un côté "rock tribal" à ses enregistrements. Comme me le faisait remarquer Guillaume D. à propos de ce Pray Anarchist inclus dans le mix : "C'est moi ou Nick Cave n'est pas loin ?
Durant ces 6 années d'existence, la réputation de Passion Fodder s'étoffe, tandis que se développe en France ce qu'on appelle alors le "rock indépendant". Le groupe navigue dans les mêmes circuits et écume les mêmes scènes que la Mano Negra et autres émanations de Boucherie Productions, même si Passion Fodder est signé chez Barclay. C'est d'ailleurs pour la major française que Théo Hakola produira le premier album d'un tout nouveau groupe de Renne, Noir Désir, l'année même où il accouche de ce troisième album de Passion Fodder, Love, Waltzes ans Anarchy. Un bon cru !

Théo Hakola tourne depuis 20 ans sous son nom. On lui doit entre autres un titre édifiant, Il n'y a pas de jolie fille à droite, en français dans le texte. 
Son dernier album s'appelle This Land Is Not Your Land.   

THE ANAMBRA BEATS Ayamma

NIGERIA SPECIAL Part 1
(Compilation)

Label : Soundway
Année : 2008 (1970-76)
A1 The Anambra Beats: Ayamma
A2 Celestine Ukwu & His Philosophers National : Okwukwe Na Nchekwube
A3 The Don Isaac Ezekiel Combination: Amalinja
B1 The Funkees : Akula Owu Onyeara
B2 Dele Ojo & His Star Brothers Band : Oja Omoba
B3 The Harbours Band : Koma Mosi
C1 The Semi-Colon : Nekwaha Semi Colon
C2 Sir Victor Uwaifo & His Melody Maestros : Osalobua Rekpama
C3 St. Augustine & His Rovers Dance Band : Onwu Ama Dike
D1 The Sahara All Stars Of Jos : Feso Jaiye
D2 Mono Mono : Ema Kowa Iasa Ile Wa
D3 Tunji Oyelana & The Benders : To Whom It May Concern

Genre : Highlife
4° morceau de L'inventaire 26 : Ayamma

On a déjà dit ici tout le bien qu'on pensait du label anglais Soundway et de leurs rééditions et compilations qui ne se cantonnent pas au continent africain : la Colombie, la Thaïlande du temps où elle s'appelait encore Royaume de Siam, et plus généralement tout ce qui groove et vient de contrées musicalement méconnues intéresse potentiellement Miles Cleret, infatigable chercheur de disques et créateur du label qui dresse depuis plus de 10 ans un catalogue aussi éclectique qu'irréprochable. 
Cet Inventaire numéro 26 nous amène une fois de plus au Nigeria avec un morceau très acoustique, presque tribal, signé des Anambra Beats, qui ouvre ce double album sorti en 2008. On y retrouve par ailleurs les Funkees, en quelques sortes les stars du label qui leur a consacré une compilation en 2012 (déjà épuisée en vinyle), mais aussi tout un tas de formations inconnues, aux noms  souvent savoureux (Mono Mono, The Sahara All Stars Of Jos, The Semi-Colon...), confirmant que ce pays, déchiré de l'intérieur par une effroyable guerre civile à la fin des années 60, est devenu un véritable puits de créativité durant la décennie suivante.

La nouvelle étape pour Soundway consiste à remettre certains de ces groupes en selle en produisant et publiant leurs enregistrements actuels. Le catalogue va encore prendre de l'ampleur...

PUNCTURE Mucky Pup

PUNK 45 : There Is No such Thing As Society (compilation)

Label : Soul Jazz Records
Année : 2014 (1977-81)
A1 The Users : Sick Of You
A2 The Art Attacks : Neutron Bomb
A3 Johnny Moped : Incendiary Device
A4 The Jermz : Powercut
A5 The Mekons : 32 Weeks
A6 The Rings : I Wanna Be Free
B1 The Now : Development Corporations
B2 The Killjoys : Johnny Doesn't Want To Go To Heaven
B3 Disturbed : I Don't Believe
B4 Television Personalities : Part Time Punks
B5 The Puncture : Mucky Pup
B6 The Lines : White Night
C1 The Scabs : Leave Me Alone
C2 The Cravats : You're Driving Me
C3 Swell Maps : Real Shocks
C4 The Nerves : TV Adverts
C5 Eric Random : 23 Skidoo
C6 'O' Level : East Sheen
D1 Josef K : Radio Drill Time
D2 The Cigarettes : Back Again, Here They Come
D3 The Shapes :  Wot's For Lunch Mum
D4 The Freeze : For J. P. S.
D5 Roses Are Red : Can't Understand
D6 The Prefects : Going Through The Motions

Genre . Punk GB
3° morceau de L'inventaire 26 : Mucky Pup

Bien sûr, il y a quelque chose de bizarre à voir le punk savamment compilé par un label qui fait un travail de mémoire : un comble pour ceux qui n'avaient qu'un credo en 77, le "no future" !
Mais en choisissant de se concentrer sur l'esprit de l'époque, délaissant les classiques emblématiques du genre pour rassembler les singles les plus obscurs et les plus radicaux, Soul Jazz réussit à revenir à l'essence même du punk : une musique brute et franche galvanisée par le principe du "Do it yourself". 
Les groupes les plus connus se nomment ici Television Personalities et The Nerves (ce sont aussi les plus matures). Les brulots de deux minutes s'alignent les uns derrière les autres à mesure que s’accroit la stupéfaction de l'auditeur. Auto-produits, saisis sur le vif, chantés faux et joués forts, les 24 morceaux de ce double album pris séparément ne laisseraient pas forcément un souvenir impérissable. Mais l'assemblage réussit le petit miracle de capter l'urgence et la spontanéité de ce moment où l'Angleterre a fait table rase, envoyant balader dix ans de rock progressif et de tricoteurs de solo avec un seul accord de guitare même pas accordée.
Certains titres se distinguent du lot comme I Don't Believe de Disturbed (Elastica leur ont tout pompé) ou le morceau de ska-punk Development Corporation ou encore ce Mucky Pup choisi pour notre mix avec son solo électro-bruitiste. Les curiosités affleurent : ici le premier groupe de Kevin Rowlands qu'on connaîtra deux ans plus tard assagi et en salopette à la tête de Dexys Midnight Runner, là l'ironie bon enfant du Part Time Punks des Television Personalities qui ont déjà un certain recul sur le mouvement. Mais au final, l'immersion  totale est conseillée si l'on veut vraiment faire la bascule vers ce mélange paradoxal de fraîcheur, de naïveté, de subversion et de destruction que le cynisme des années 80 allait très vite enterrer. 

Ce double LP n'est d'ailleurs qu'une partie du travail entrepris par Soul Jazz qui se complète d'un équivalent américain (Punk 45 : Kill the hippies! Kill Yourself!) et d'un tout nouveau volet qui explore les racines souterraines du punk (Punk 45 : Sick On You ! One Way Spit). Le tout abondamment commenté sur les pochettes intérieures par Jon Savage qui connaît son sujet à fond... et en a logiquement fait son fond de commerce !

LL COOL J I'm That Type of Guy

LL COOL J
Walking With A Panther

Labvel : Def Jam
Année : 1989
A1 Droppin' Em
A2 Smokin', Dopin'
A3 Fast Peg
A4 Clap Your Hands
A5 Nitro
A6 You're My Heart
A7 I'm That Type Of Guy
A8 Why Do You Think They Call It Dope?
B1 It Gets No Rougher
B2 Big Ole Butt    
B3 One Shot At Love
B4 1-900 LL Cool J
B5 Two Different Worlds
B6 Jealous    
B7 Jingling Baby    
B8 Def Jam In The Motherland 

Genre : Old Skool - 2°morceau de L'inventaire 26 : I'm that kind of guy

La légende veut qu'il ait commencé à rapper dès l'age de 9 ans, alors que le Grandmaster Flash n'avait pas encore balancé son Message. Il est en tous cas l'une des premières et la plus jeune signature du label Def Jam, avant les Beastie Boys et Public Enemy. Il n'a que 16 ans quand sort son premier maxi, I Need A Bit, entièrement bricolé à la maison avec la mixette offerte par pappy... Ce petit prodige a depuis amassé les succès et sa discographie est assez régulière jusqu'à aujourd'hui, même si 5 ans séparent ses deux derniers albums. 
Certes, sur ce troisième LP sorti en pleine ascension, tout ne passe pas l'épreuve du temps, notamment deux ballades sirupeuses qui cadrent mal avec le côté "bad boy" affiché sur la pochette. L'attitude de James Todd Smith (son nom dans le civil, le pseudo signifiant "Ladies Love Cool James") verse souvent dans la caricature et les paroles se la pètent grave dans le registre "j'ai peur de rien et je baise ta femme". Le type a dû danser le MIA plus souvent qu'à son tour, même s'il a généreusement cédé sa grosse chaîne en or à son animal de compagnie pour la pochette du disque.
N'empêche : son flow cool et fluide et ses trouvailles rythmiques simples mais précises font encore des ravages. Notamment sur ce I'm That Type of Guy, sorte de liste comparative entre un loser et LL qui, bien sûr, est plus beau, plus cool et qui en a une plus grosse. 
C'est l'avantage du disque : on n'est pas obligé de passer la soirée avec celui qui l'a fait...

THE SHOTGUNS 900 Miles From Home

MUSIC FOR WILD ANGELS
(Compilation)

Label : Europa/Constanze
Année : 196?
A1 Toni Tornado : See See Rider
A2 The Petards : A Deeper Blue
A3 The Shotguns : 900 Miles From Home
A4 The Lipsticks : Baa-ba-ba-baa
A5 The Spots : She Doesn't Love Me A6 The Lipsticks : Lovin' You
A7 The Petards : Sun Came Out At Seven
B1 Herb Ellen : John Brown's Body
B2 The Petards : Firetree
B3 The Spots : Gonna Get Me A New Girl
B4 The Peers : When The Saints
B5 The Shotguns : The House Of The Rising Sun
B6 The Spots : I Wonna Spend My Life
B7 The Petards : Confusion All Day

Genre : Pop 60's
1° morceau de L'inventaire 26 : 900 Miles From Home

Le label allemand Europa n'est pas franchement un gage de qualité. Actif depuis 1965 et aujourd'hui filiale de Sony, il s'est spécialisé dans les adaptations audio de romans et BD essentiellement pour la jeunesse (Le Club des 5 en feuilleton et en allemand !) et des compilations de musiques populaires dont quelques pointures internationales (Roy Orbison) et une majorité d'artistes de variété allemande. 
Déjà floué par une pochette qui promettait des sommets de jerk endiablé, le chineur de vinyle s'était fourvoyé voici quelques années avec un album des Spots dont la pop gentillette avait fini par l'endormir. 
Mais le voilà qui réitère et ramasse cette compilation dont la façade aguicheuse, toute en cuir et grosse cylindrée, est encore plus efficace 40 ans après ! (Si le mot n'était pas si moche, on assumerait volontiers son goût du "vintage"). 
Pourtant, les Spots sont encore présents sur la track list, parmi une poignée d'autre groupes dont les consonnances américaines ne trompent personne : il s'agit bien de pop teutonne ! Mais au final, miracle des compilations, on y trouve son compte, malgré une bonne moitié de déchets. Une reprise honnête de See See Rider par un certain Toni Tornado, des guitares plus incisives chez le seul groupe à avoir une discographie un peu conséquente (The Petards : des moustachus chevelus qui ont aligné 5 albums entre 68 et 81) et ce 900 Miles From Home signé des Shotguns, dont la chanteuse énergique rappelle vaguement Mariska Veres des Shocking Blue. Bizarrement, le deuxième titre des Shotguns, une version de The House of The Rising Sun un peu plate, est chanté par une voix masculine sans intérêt.
Tous ces morceaux sont reliés entre eux par des bruits de moteur dont les amateurs de grosses bécanes reconnaîtront peut-être les modèles d'origine et qui donnent au tout un côté "Equipée Sauvage" qu'on aurait aimé retrouver un peu plus dans la musique.

Dernière curiosité : le verso de la pochette propose un texte en allemand, anglais et français, traduit probablement par l'ancêtre de la traduction automatique en ligne. Je vous le livre tel quel :
"Contre-prescription. Ne pas utiliser pour cinq-à-sept. Ne pas offrir à chère Grand-Maman. L'effet produit ne serait pas celui escompté. Mode d'emploi. Attendre la crise. Votre party doit avoir atteint son paroxysme - ...que vous croyez!- Lorsque vous mettrez en route. Traitez le bouton ampli comme la manette d'une Harley-Davidson. Les Wild Angels vous rocketteront vers des firmaments explosifs dont on ne vous avait jamais - ...mais jamais ! - parlé."



lundi 19 mai 2014

Inventaire numéro 25 - Back From London (With A Vengeance)


GIL SCOTT-HERON No Knock

GIL SCOTT-HERON
The Revolution Will Not Be Televised

Label : Flying Dutchman (Ré : BMG)
Année : 1974
A1 The Revolution Will Not Be Televised
A2 Sex Education: Ghetto Style
A3 The Get Out Of The Ghetto Blues
A4 No Knock
A5 Lady Day And John Coltrane
A6 Pieces Of A Man
B1 Home Is Where The Hatred Is
B2 Brother
B3 Save The Children
B4 Whitey On The Moon
B5 Did You Hear What They Said?

Genre : Soul Jazz Rap & Slam
9° morceau de L'inventaire 25 :No Knock

On a déjà dit dans ce blog tout le bien qu'on pensait de Gil Scott-Heron à propos d'un extrait de son ultime album, réveil inespéré d'un artiste majeur qui a connu une période particulièrement sombre dans les années 90.
S'il faudra un jour revenir sur ses trois albums des années 80 où il adopte une espèce de jazz funk sophistiqué qui le coupera d'une partie de son public, les années 70 sont en revanche revendiquées comme influence et source de sons par plusieurs générations de rappeurs, slameurs et autres bricoleurs de groove électronique. Plus largement, plus simplement, Gil Scott-Héron est un de ces artistes qu'on n'en finit plus de redécouvrir, difficile à ranger dans une catégorie musicale, impossible à prendre à la légère.
Cet album-compilation sorti en 1974 chez Flying Dutchman est une espèce de résumé de ses trois premiers albums. Il constitue une parfaite introduction à ce rare mélange de rythme, de conscience politique et de poésie, où se côtoient les déclamations sur fond de percussions et les morceaux plus arrangés, voire carrément funky. Toujours bien entouré, Gil Scott-Héron rassemble sur ce disque, outre Brian Jackson, son éternel complice aux claviers et à la flute, des pointures comme Bernard Purdie et Ron Carter.
En Angleterre, on trouve aujourd'hui la réédition de cet album essentiel à moins de 10 livres. C'est le moment d'appeler votre correspondant à Londres... 

D.D. DENIS, PAT RODHEN & BROTHER LLOYD's ALL STARS Tramp

D.D. DENIS, PAT RODHEN & BROTHER LLOYD's ALL STARS
Rock Steady Hits Of 69

Label : Fontana
Année : 1969
A1 D.D. Dennis : Cupid
A2 Pat Rhoden : Got To Get You Off My Mind
A3 Pat Rhoden & Lloyd Campbell : Ride Your Donkey
A4 Lloyd Campbell : Long Shot    
A5 Pat Rhoden : Place In The Sun
A6 D.D. Dennis : Hush
B1 D.D. Dennis : Hold Me Tight   
B2 Lloyd Campbell : Rough Rider
B3 Lloyd Campbell : Feel The Rhythm
B4 Pat Rhoden : Baby Why
B5 Brother Lloyd's All Stars : Tramp (Instrumental)
B6 D.D. Dennis : I'm In A Dancing Mood

Genre : Pop-Rock Steady - 8° morceau de L'inventaire 25 : Tramp (Instrumental)


L’œil est attiré par l'association bien visible en gros sur la pochette du genre (Rock Steady) et de l'année (1969) qui vont généralement bien ensemble. A priori on n'hésite pas, surtout quand on est à Londres et que le disque est dans les bacs à 1£. Pour des raisons historiques évidentes, l'Angleterre est devenue la passerelle européenne de la musique jamaïcaine. Valorisés par des groupes comme The Specials ou The Clash à la fin des années 70, des trésors plus ou moins connus de ska et rock steady, enregistrés avant le ramollissement reggae, trainent depuis dans les bacs et greniers du pays. 
Malheureusement ce rassemblement de trois chanteurs accompagnés d'un groupe fantôme (aucun détail sur le disque à propos du "All Stars" de Lloyd Campbell) n'est pas des plus convaincants. La production et les arrangements aplatissent le rythme et les mélodies, la plupart des compositions ne laissent pas un goût impérissable. 
L'acharnement finira cependant par payer, la deuxième face se clôturant sur deux bonnes surprises :  Tramp, l'excellent instrumental choisi pour ce mix, et le bien nommé I'm in a dancing mood chanté par D.D. Dennis, une composition de Delroy Wilson, compositeur et chanteur qu'on a, en revanche, rarement pris en défaut de médiocrité.