mercredi 18 avril 2018

Inventaire 50 - They Keep Silence


THE CREATION How Does It Feel

THE CREATION 
Our music is red with purple flashes

Label : Demon Records
Année : 2015 (rec : 1966-68)
A1 Making Time
A2 Try And Stop Me
A3 Painter Man
A4 Biff Bang Pow
A5 If I Stay Too Long    
A6 Nightmares
B1 I Am The Walker
B2 Can I Join Your Band
B3 Cool Jerk
B4 Like A Rolling Stone
B5 Hey Joe
C1 Life Is Just Beginning
C2 Through My Eyes
C3 How Does It Feel To Feel (US Version)
C4 Ostrich Man
C5 Sweet Helen    
D1 How Does It Feel To Feel (UK Version)
D2 Tom Tom
D3 Midway Down
D4 The Girls Are Naked
D5 Bony Moronie
D6 Mercy, Mercy, Mercy
D7 For All That I Am
D8 Uncle Bert

Genre : Garage psychédélique
3° morceau de L'Inventaire 50 : How Does it feel (UK version)

Très peu de gens ont acheté leurs singles à l'époque, tout le monde les cite en exemple aujourd'hui. Dans la grande tradition des seconds couteaux de l'histoire de la pop, au concours du "groupe le plus sous-estimé du monde", The Creation tient une place de choix. 
Faut dire qu'ils avaient tout : l'attitude arty (ils furent probablement les premiers à intégrer des happenings à leurs prestations scéniques, juste avant le Velvet et la clique à Warhol), le look (classe mais décontracté, psychédélique sans faire baba-cool) et surtout le son, un mélange idéal de brutalité garage et d'ornements déviants qui leur vaudra aussi bien l'amour des punk que des plus expérimentaux des popeux. 
Pourtant, The Creation c'est à peine 10 singles pas franchement couronnés de succès, dont le premier, Painterman, sera leur plus grand succès : dixième place des charts en Allemagne et trente-sixième en Angleterre. Et, côté LP, à peine un album rapidement emballé pour l'Allemagne qui ne caracolera pas en tête des ventes. Aujourd'hui, bien entendu, tout ça s'arrache à prix d'or, et ce n'est pas une formule : l'édition française de leur 45t Tom Tom s'est vendue 1232 euros en 2012 ! Heureusement, des compilations abordables fleurissent régulièrement depuis les années 70.
On ne compte plus aujourd'hui les groupes et les artistes qui se réclament d'eux. Jimmy Page leur a piqué le coup de l'archet de violon détourné pour la guitare, Johnny Marr période The Smiths a piqué son look au guitariste Eddie Philips et Alan McGee leur a carrément piqué leur nom pour son label. Le journaliste rock Nicolas Ungemuth pense que c'est le meilleur groupe du monde (voir sa dithyrambe dans Garageland aux éditions Hoëbeke) et il n'est pas le seul... Mais tout ça est peut-être un poil exagéré !
Si leur statut de "groupe culte" n'est, pour une fois, pas usurpé, la courte discographie de The Creation ne transpire pas le génie en permanence. Leurs reprises, plutôt bien troussées, sont en concurrence avec celles d'une tripotée d'autres groupes de la même époque qui sublimaient l'exercice et leurs compositions originales sont assez inégales. 
Reste un groupe inventif et fulgurant qu'on aurait adoré écouter et surtout voir à l'époque et une poignée de titres irrésistibles, comme ce démentiel How Does It Feel dont nous ne nous lasserons pas.



KURTIS BLOW Rappin' Blow (Part 2)

KURTIS BLOW
(1st LP)

Label : Mercury
Année : 1980
A1 Rappin' Blow (Part 2)
A2 The Breaks
A3 Way Out West
B1 Throughout Your Years
B2 Hard Times
B3 All I Want In This World (Is To Find That Girl]
B4 Takin' Care Of Business

Genre : Old School/Good School
2° morceau de L'Inventaire 50 : Rappin' Blow (Part 2)

Il y avait Sugarhill Gang, Grandmaster Flash and The Furious Five... et on oublie toujours Kurtis Blow
Il est pourtant l'un des authentiques pionniers du rap, totalement immergé dans la culture hip-hop qui émerge durant les années 70, alors qu'il n'est encore qu'un adolescent. Il côtoie alors Melle Mel, Grandmaster Flash et surtout Russell Simmons, futur fondateur de Def Jam records, qui devient son manager et engage son petit frère, Joseph Simmons, encore lycéen, pour assurer aux platines derrière Kurtis. 
Bientôt va entrer en jeu Robert Ford, journaliste du Billboard magazine attiré par le rap qui s'acoquine avec Simmons et se met à composer pour son petit protégé. En 1979, dans la foulée du Sugarhill Gang, et quasiment en même temps que Grandmaster Flash ils sortent le premier maxi de Kurtis, Christmas Rappin', pierre angulaire du rap qui sera suivi par Rappin' Blow, tout aussi efficace et populaire. 
En 1980, arrive logiquement ce premier album sans titre, merveille de hip-hop old school, à peine entaché par deux ballades chantées sirupeuses, d'autant plus inutiles que Kurtis Blow est loin d'être un crooner. Reste son impeccable flow des premières heures et un groove solide, peut-être plus funky que ses deux concurrents directs.

JAMBINAI They Keep Silence

JAMBINAI
A Hermitage (隱棲은서) 

Label : Bella Union
Année :  2016
A1 Wardrobe
A2 Echo Of Creation
A3 For Everything That You Lost
A4 Abyss
B1 Deus Benedicat Tibi
B2 The Mountain
B3 Naburak
B4 They Keep Silence

Genre : Korean post rock
1° morceau de L'Inventaire 50 : They Keep Silence

Un premier EP en 2010, Différance en 2012, A Hermitage en 2016... Jambinai pose tranquillement ses jalons dans l'univers indéfini qu'on appelle, faute de mieux, le post-rock. 
Souvent comparé à Mogwaï en raison de leurs boucles hypnotiques jouées live et de leurs soudaines déflagrations sonores, Jambinai se distingue d'abord par son identité. Le groupe vient de Corée du Sud et intègre parfaitement les instruments traditionnels à leur son électrique. Kim Bo-mi joue du haegum, une espèce de violon qu'on tient à la verticale et dont le son lancinant est l'un des éléments essentiels de la construction sonore de leurs morceaux. Sim Eun-yong joue du geomungo, une sorte de sitar géante aux cordes épaisses qui tient lieu à la fois de basse et d'instrument percussif et qui lance d'ailleurs le morceau choisi pour démarrer ce mix : They Keep Silence. Entre les deux Lee Il-woo joue de la guitare électrique, chante quelques mélopées envoutantes et taquine d'autres petits instruments traditionnels coréens, notamment des flûtes. 
Régulièrement complété par une basse et une batterie, le trio semble avoir brisé quelques frontières entre tradition et modernité dans son pays d'origine et tourne beaucoup en Asie et en Europe. Aussi discrets et modestes en interview que puissants et fascinants sur scène, ils méritent le détour. En juillet ils seront aux Escales, à Saint-Nazaire. En attendant, ils ouvrent notre inventaire numéro 50.


jeudi 21 décembre 2017

Inventaire 49 - Back Door Santa

JEFFERSON AIRPLANE Lather

JEFFERSON AIRPLANE
Crown of Creation

Label : RCA Victor
Année : 1968
A1 Lather
A2 In Time
A3 Triad
A4 Star Track
A5 Share A Little Joke
A6 Chushingura
B1 If You Feel
B2 Crown Of Creation
B3 Ice Cream Phoenix
B4 Greasy Heart
B5 The House At Pooneil Corners

Genre : Flower pop
7° morceau de L'Inventaire 49 : Lather

Jefferson Airplane est l'archétype du groupe de hippies de la fin des 60's. Ils viennent de San Francisco, leur musique est un mélange de blues, de folk et de psychédélisme qui sent bon le champignon hallucinogène. Selon une légende, leur nom viendrait de l'argot lié à la marijuana... à moins qu'il ne soit véritablement inspiré par un avion.
Ils sortent cinq albums studio et un live entre 1966 et 1971, avant que Marty Balin, chanteur et fondateur du groupe ne lâche l'affaire. Quelques autres suivront mais l'essentiel est dit dans cette première période.
En bon collectif baba-cool, Jefferson Airplane est un fourre-tout assez irrégulier où tout le monde compose. Une grosse tambouille où se mêlent crudité acoustique et délires électrifiés, blues-rock lourdingue, tendances folkloriques et moyenâgeuses et bouffées délirantes. Leur succès sera énorme, aux États-Unis et au-delà, amplifié par leurs prestations dans les gros festivals en pleine émergence à l'époque, que ce soit à Monterey et bien sûr l'inévitable Woodstock où ils jouent le matin devant un public sidéré en pleine descente d'acides. On les connaît surtout en France pour les deux tubes de leur album Surrealistic Pillow : Somebody to Love et le génial White Rabbit, inspiré par Alice au pays des merveilles, que le cinéma et les séries utilisent abondamment depuis une vingtaine d'années.
Les deux compositions sont signées Grace Slick, le véritable atout du groupe, chanteuse charismatique et compositrice douée à qui l'on doit pratiquement toutes les chansons intéressantes de leur discographie. Comme ce Lather qui clôt notre Inventaire 49, morceau très onirique et cinématographique, que le Jack Black de Tenacious D a certainement écouté en boucle.


GANG OF FOUR It is not enough

GANG OF FOUR
Songs Of The Free

Label : EMI/Parlophone
Année : 1982
A1 Call Me Up    
A2 I Love A Man In A Uniform    
A3 Muscle For Brains    
A4 It Is Not Enough    
A5 Life, It's A Shame    
B1 I Will Be A Good Boy    
B2 The History Of The World    
B3 We Live As We Dream, Alone    
B4 Of The Instant

Genre : Punk'n'funk
6° morceau de L'Inventaire 49 : It Is Not Enough

Les puristes s'arrêtent au premier album, Entertainment!, à la rigueur au second, Solid Gold, le dernier sur lequel figure le bassiste mythique Dave Allen qui apporta la touche de funk froid qui manquait au punk-rock situationniste de Jon King, Andy Gill et Hugo Burnham
Mais nous ne sommes pas des puristes, nous aimons la bassiste Sara Lee qui venait de s'échapper de la League of Gentlemen de Robert Fripp pour amener son groove froid et tranchant au gang des quatre. Songs of the Free vous scie toujours les nerfs avec ses riffs acides et ses rythmes de disco morbide. 
Aujourd'hui, plus de 35 ans après, on ne s'en remet toujours pas...

"Leur musique demeurait dure et austère (Andy Gill rechignait à gonfler le son de sa guitare à l'aide d'effets comme la fuzz ou la distorsion, tandis que Burnham méprisait les coups de cymbales tape-à-l’œil), et se définissait autant par ses refus que par ses choix.
- A la place des solos, nous avions des anti-solos : j'arrêtais simplement de jouer, ça laissait comme un trou, explique Gill.
Gang of Four refusait également de donner dans cette espèce de spontanéité rock qui voudrait que les chansons émergent naturellement d'improvisations guidées par une vague intuition.
- Pas d'improvisation, jamais : c'était LE mot interdit, affirme Gill."
In Rip it up and start again - Postpunk 1978-1984 de Simon Reynolds, éditions Allia.

THE NOTWIST Close To The Glass

THE NOTWIST
Close To The Glass

Label : City Slang
Année : 2014
A1 Signals    
A2 Close To The Glass    
A3 Kong    
A4 Into Another Tune    
B5 Casino    
B6 From One Wrong Place To The Next    
B7 7-Hour-Drive    
B8 The Fifth Quarter Of The Globe  B9 Run Run Run    
B10 Steppin' In    
C11 Lineri    
C12 They Follow Me

Genre : Electro Warm Pop
5° morceau de L'Inventaire 49 : Close To The Glass

Discrètement, sans déclaration fracassante à la presse ni véritable tube à leur actif, The Notwist s'achemine vers les 30 ans de carrière. Apparus en Allemagne en 1990 comme un groupe plutôt hardcore emmené par les frères Markus et Michael Acher, ils prennent un virage radical en 1997 avec l'arrivée aux claviers de Martin Gretchschmann. Leur son perd 100 kilos et leur musique dérape vers le free jazzz, l'expérimental et l'électronique, rameutant l’intérêt de la presse et de quelques pointures internationales comme Colin Greenwood de Radiohead
Ils trouvent leur équilibre avec Neon Golden en 2001, une vision épurée de la pop où les sons électroniques deviennent le support idéal à une mélancolie intimiste qui devient leur marque de fabrique. Marquée par le single Pick Up The Phone*, une solide réserve de fans s'agglutine autour d'eux comme les enfants derrière le joueur de flûte d'Hamelin. Ils ne les lâcheront plus jamais.
Le groupe a pris six ans de pause entre 2002 et 2008, ses membres préférant s'adonner à des projets différents plutôt que sortir un nouvel album sans inspiration.  Ils reviennent avec The Devil, You + Me pour lequel ils convoquent un orchestre à cordes.
Sur disque, comme sur scène, The Notwist est un groupe intègre, sans fioriture, extrêmement concentré sur la précision de l'écriture et d'un son qualifié parfois, à tort, de minimaliste. En 2014, ils sortent Close To The Glass, peut-être leur album le plus maîtrisé, le plus abouti... Ce sera hélas le dernier avec Martin Gretchschmann.

* dont le très joli clip est visible ici.
 


THE SUPREMES Bah-Bah-Bah

DIANA ROSS & THE SUPREMES
Reflections

Label : Tamla Motown
Année : 1968
A1 Reflections
A2 I'm Gonna Make It (I Will Wait For You)
A3 Forever Came Today
A4 I Can't Make It Alone
A5 In And Out Of Love
A6 Bah-Bah-Bah
B1 What The World Needs Now Is Love
B2 Up, Up And Away
B3 Love (Makes Me Do Foolish Things)
B4 Then
B5 Misery Makes Its Home In My Heart
B6 Ode To Billie Joe

Genre : Soul & Cream
4° morceau de L'Inventaire 49 : Bah-Bah-Bah

Dès l'intro où le piano Fender Rhodes dialogue mystérieusement avec la basse, on sent qu'un grand morceau se profile. Et c'est tout le génie de la Motown qui se déploie ensuite : des arrangements subtils où tout tombe à point sur une mélodie de chant à tomber parterre, portée par une Diana Ross dans une forme éblouissante et les réponses chorales de Mary Wilson et Cindy  Birdsong (tout juste débarquée dans le groupe pour remplacer Florence Ballard).
Le morceau est écrit par les sœurs Brenda et Patrice Holloway, qu'on oublie généralement quand on cite les compositeurs historiques de la Motown, probablement parce qu'elles ont écrit peu de titres, contrairement à Smokey Robinson, Dozier/Holland et compagnie. Toutes les deux chantaient également. Patrice a sorti une poignée de singles et Brenda cinq albums, dont le dernier en 2003. Ses seuls véritables succès restent un standard maison, Every Little Bit Hurts et, dans une moindre mesure, You've Made Me So Very Happy qu'elle a aussi commis avec sa sœur et qui sera abondamment repris, notamment par Bobbie Gentry.
Pourtant, même si elles n'avaient écrit que Bah-Bah-Bah... 
Une chanson exceptionnelle, même au sein du catalogue de la Motown qui compte pourtant quelques chefs-d’œuvre. Ça vient peut-être de cette langueur mélancolique, sa tonalité à la fois légère et triste, impossible à chanter pour le commun des mortels, mais impossible à oublier non plus.
Sinon, le reste de l'album est carrément recommandable et se termine par une splendide version de Ode To Billy Joe. Et si tout n'est pas du niveau de Bah-Bah-Bah, c'est quand-même le sixième disque que les Supremes sortent en cette année 1968 !

THE PRIMITIVES Secrets

THE PRIMITIVES
Pure

Label : RCA/Lazy Records
Année : 1989
A1 Outside    
A2 Summer Rain    
A3 Sick Of It    
A4 Shine    
A5 Dizzy Heights    
A6 All The Way Down    
B1 Secrets    
B2 Keep Me In Mind    
B3 Lonely Streets    
B4 Can't Bring Me Down    
B5 Way Behind Me    
B6 Never Tell

Genre : Sugar pop
3° morceau de L'Inventaire 49 : Secrets

En 1989, nous étions quelques-uns, obsédés par la pop anglaise, à écouter Bernard Lenoir tous les soirs sur France Inter et acheter tous les deux mois les Inrockuptibles qu'on lisait de la première à la dernière ligne (essayez de faire la même chose aujourd'hui !). On avait loupé les Smiths de peu mais débarquaient les Stone Roses, les La's et nos petits chouchous de House Of love. Manchester inventait le baggy groove, le rap et l'électro n'allaient pas tarder à prendre le pouvoir, mais pour l'instant ces petits frimeurs insulaires résistaient avec des singles qui nous semblaient tellement importants qu'on se demande aujourd'hui pourquoi (presque) tout le monde les a oubliés...
Mais malgré notre obsession pour la "brit'pop", nous sommes inexplicablement passés à côtés de The Primitives, quatuor de Coventry formé en 1984 qui recruta sa chanteuse en revendiquant les influences du Velvet, de Birthday Party, des Cramps et de Jesus & Mary Chain
Si leur son et leurs compositions restent bien plus propres que les groupes cités, le groupe va vite se faire une place dans les circuits indépendants d'Angleterre. Ils créent leur propre label, Lazy Records et affolent les radios  dès leur deuxième single : Really Stupid. Leur premier album sort en 1988 et se vend à 100 000 exemplaires en Angleterre, plus de 200 000 aux États-Unis. 
S'ensuivent naturellement une tournée outre-Atlantique, puis ce deuxième album, parfait exemple de pop sucrée sans être mièvre, porté par la voix de Tracy Catell dont le timbre n'est pas sans évoquer le chant éthéré de Miki Berenyi du groupe Lush qui débarque justement en cette année 1989. Paul Court, guitariste et compositeur du groupe prend le micro à deux reprises, apportant une touche plus sombre, notamment sur la ritournelle entêtante All The Way Down qui ferme la première face.
Au final, rien de révolutionnaire dans Pure qui se contente de rassembler 12 chansons légères, enlevées et terriblement efficaces. Le genre de truc qu'on chante sous la douche. 
Comme beaucoup de leurs contemporains, The Primitives ont pris 20 ans de pause. 
Signés par les Espagnols d'Elefant Records en 2012, ils reviennent avec Echoes and Rhymes qui sera suivi en 2014 par Spin-O-Rama. Toujours actif, le groupe a sorti un quatre titre, New Thrills, en 2017.

CLARENCE CARTER Back Door Santa

SOUL CHRISTMAS
(compilation)

Label : ATCO Records
Année : 1968
A1 Clarence Carter : Back Door Santa
A2 King Curtis : The Christmas Song
A3 Otis Redding : White Christmas
A4 Joe Tex : I'll Make Every Day Christmas (For My Woman)
A5 Booker T. & The MG's : Silver Bells
A6 Carla Thomas : Gee Whiz, It's Christmas
B1 Otis Redding : Merry Christmas Baby
B2 Solomon Burke : Presents For Christmas
B3 Booker T. & The MG's : Jingle Bells
B4 William Bell : Every Day Will Be Like A Holiday
B5 King Curtis : What Are You Doing New Year's Eve

Genre : Funky Christmas Songs
3° morceau de L'Inventaire 49 : Back Door Santa

They call me back door Santa
I make all the little girls happy
While the boys are out to play
Étonnant de trouver dans un authentique disque de Noël ce Back Door Santa plutôt coquin, pour ne pas dire carrément grivois, qui passe par la porte de derrière (hum) et garde quelques pièces dans sa poche pour donner aux gamins de la maison, afin de pouvoir être tranquille avec la maîtresse de maison. 
L'album de Noël est une tradition solide aux États-Unis (et heureusement beaucoup moins en France). Ils sont tous passés par là, de Sinatra à Chet Baker en passant par Ella Fitzgerald et les Beach Boys et l'on y trouve parfois d'excellentes surprises. Notamment chez les artistes et labels de la soul et du r'n'b, capables de faire groover les plus culs-bénis des chants de Noël. 
Cet album de 1968 regroupe les plus funky des artistes Atlantic et Stax et, si l'on n'échappe pas à quelques touches de guimauve, il reste 50 ans après le plus sûr moyen de réveiller l'inévitable rassemblement familial de fin d'année entre le chapon et la bûche.  

SORT SOL Ode To Billy Joe

SORT SOL
Everything That Rises... Must Converge!

Label : Torso (Or : Medley Records)
Année : 1987
A1 Ode To Billie Joe
A2 A Knife For The Ladies
A3 Shapes Of Summer
A4 Abyss Revisited
A5 Angelus Novus
B1 Fire Engine
B2 Searching Down The Block
B3 Midget Finger
B4 Pinocchio Loose
B5 Maguerita

Genre : Dark Rock
2° morceau de L'Inventaire 49 : Ode To Billy Joe

Le rock danois n'étant pas le mieux diffusé au monde, on n'hésite pas longtemps quand on tombe sur un groupe venu du pays de Nicolas Winding Refn, surtout s'il annonce une reprise du chef-d’œuvre de Bobby Gentry, Ode To Billy Joe qui s'est naturellement imposée pour notre mix hivernal
Mais c'est loin d'être le seul morceau intéressant de ce deuxième album de Sort Sol sorti en 1987. Le groupe évoque très fortement Nick Cave et ses Bad Seeds première période, notamment par la voix du chanteur Steen Jørgensen, l'album regorge de saturations et larsens qui n'ont rien à envier à ceux de Sonic Youth et assume quelques tentations indus' bien placées. 
Sort Sol n'oublie pas d'écrire des chansons pour autant, avec un certain sens du drame sans pour autant tomber dans le kitch. Mentions spéciales au brutal Fire Engine qui ouvre la deuxième face et au superbe Maguerita qui la clôt. Pas de remplissage ni de mauvais goût : un bon album bien sombre et écorché qui laisse à penser que le Danemark est une terre de rock à explorer.
Même s'il ne reste plus que deux membres de la formation initiale, Sort Sol existe encore et a sorti son neuvième album en 2017, Stor Langsom Stjerne, au son carrément plus électronique, mais toujours digne d’intérêt.

LUCIANO PERRONE E RITMISTAS BRASILEIROS Réco-Réco No. 1

LUCIANO PERRONE E RITMISTAS BRASILEIROS
Battucada Fantastica

Label : Musidisc/MGM
Année : 1962
A1 Samba Quente    
A2 Frigideira    
A3 Ensaio Geral    
A4 Marcha De Rancho    
A5 Tamborins    
A6 Réco-Réco No. 1    
A7 Esquentando Os Tamborins E Cuicas    
A8 Maracatú    
A9 Prato E Faca    
A10 Baião    
A11 Atabaques E Surdos    
B1 Candomblé    
B2 Agogô    
B3 Samba- 1 Andamento    
B4 Samba- 2 Andamento    
B5 Marcha De Carnaval    
B6 Cuíca    
B7 Réco-Réco No. 2 (Bossa Nova)    
B8 Maxixe    
B9 Afoché    
B10 Pandeiro    
B11 Samba Drums (Solo De Luciano Perrone)
Genre : Folk do Brasil
1° morceau de L'Inventaire 49 : Réco-Réco No. 1

Le titre annonce la couleur : un album dédié aux rythmes brésiliens, joués par une batucada menée par Luciano Perrone, batteur virtuose qui s'accorde un solo en fin d'album. 
Les morceaux sont très courts, souvent moins d'une minute, enregistrés pour donner un échantillon des principaux rythmes exécutés par ce type de formation. Outre l'intérêt documentaire de cette démarche, il faut saluer ici le remarquable travail d'enregistrement qui restitue très clairement le son de chaque percussion et joue habilement de la stéréophonie pour donner l'espace nécessaire à cette musique. Les albums essentiellement rythmiques peuvent vite s'avérer emmerdants, ce n'est pas le cas de celui-ci, probablement grâce à la richesse de ses textures sonores. 
A part ça, la superbe pochette est signée Aldemir Martins, peintre brésilien dont on peut apprécier le style ici.
Pour boucler la boucle, l'Inventaire 49 se finit avec un autre extrait de l'album,  Esquentando Os Tamborins E Cuicas.






mardi 24 octobre 2017

Inventaire 48 - La Marca de Anubis


THE GUN CLUB The Breaking Hands

THE GUN CLUB
Mother Juno

Label : Danceteria
Année : 1987
A1 Bill Bailey
A2 Thunderhead
A3 Lupita Screams
A4 Yellow Eyes
B1 The Breaking Hands
B2 Araby
B3 Hearts
B4 My Cousin Kim
B5 Port Of Souls

Genre : Dream Rock
8° morceau de L'Inventaire 48 : The Breaking Hands

Difficile d'imaginer ce qui a pu rapprocher le junkie obsédé par le blues et la rédemption Jeffrey Lee Pierce et le sculpteur d'atmosphère oniriques Robin Guthrie. Toujours est-il qu'un jour l'âme damnée du Gun Club a enregistré un album produit par le guitariste et compositeur des Cocteau Twins. Et le résultat ressemble a un album du Gun Club au son étrange, arrondi et éthéré, une incongruité dans une discographie de toute façon aussi bordélique qu'inégale.
Jeffrey Lee Pierce a beau être devenu un mythe souterrain (une sorte de Kurt Cobain confidentiel...), ses coups de génie côtoient les morceaux non aboutis, poussifs ou superflus, souvent sauvés il est vrai par son chant plaintif qui semble émerger du plus profond d'une âme aussi angélique que torturée. Les puristes préférent évidemment la première période et notamment l'indispensable premier album Fire Of Love
Mais il y a ce miracle en début de face 2, The Breaking Hands. L'alliage impossible prend forme : Jeffrey Lee Pierce et Robin Guthrie accouchent d'un morceau qui ressemble à du Cocteau Club ou du Gun Twins, aidé par les notes slidées d'un Kid Congo plus inspiré que jamais. Le reste de l'album, s'il n'a pas le son sauvage qui convient au groupe, tient plutôt bien la route au niveau des compositions, avec une guest star de luxe, Blixa Bargeld, qualifié ici d'"inexplicable guitariste".
Finalement, Mother Juno n'est peut-être pas un album si incongru que ça. JL Pierce n'a-t-il pas déclaré à son propos : "Nous envisagions un album qui sonnerait comme les vagues de l'océan"... Sur The Breaking Hands au moins, mission accomplie.