dimanche 23 mars 2014

Inventaire 23 - Soundtracks



TwinSelecter sera au Festival Cinéma d'Alès - Itinérances avec une sélection de bandes originales pour animer l'after du jeudi 3 avril 2014.
Ceci est un avant-goût...

TOM WAITS You Can't Unring A Bell

TOM WAITS & CRYSTAL GAYLE
Coup de Cœur (bande originale)

Label : CBS
Année : 1982
A1 Opening Montage (Tom's Piano Intro / Once Upon A Town / The Wages Of Love)    
A2 Is There Any Way Out Of This Dream?
A3 Picking Up After You
A4 Old Boyfriends
A5 Broken Bicycles
B1 I Beg Your Pardon
B2 Little Boy Blue
B3 Instrumental Montage (The Tango / Circus Girl)    
B4 You Can't Unring A Bell    
B5 This One's From The Heart
B6 Take Me Home
B7 Presents 

Genre : Poignant
8° morceau de L'Inventaire 23 : You Can't Unring A Bell

Le film qui causa la chute de Francis Ford Coppola, Coup de coeur, est une espèce de comédie musicale mélodramatique, l'histoire d'un couple qui s'aime, se déchire, se retrouve, se sépare à nouveau et ainsi de suite, le tout sur fond d'artifices, de néons colorés et de nuits étincelantes : une débauche visuelle et lumineuse entièrement fabriquée en studio. 
Pour habiller ce délire à la fois intimiste et ambitieux, le nabab a confié la bande originale à l'un des rares musiciens capable de poser des arrangements diablement raffinés sur une voix voilée de fumée de clopes et gargarisée au whisky : Tom Waits. Et comme c'est l'histoire d'un couple, Tom a recruté pour les duos Crystal Gayle, une belle chanteuse de country dont la discographie pléthorique est quasiment inconnue en France. 
C'est pourtant un morceau en solo qui figure dans L'inventaire 23, juste porté par des percussions profondes et une contrebasse. Avec un titre magnifique mais parfaitement intraduisible : You Can't Unring A Bell... 

QUINCY JONES Soul Flower

QUINCY JONES
Soul Flower

Lalbel : United Artists Records
Année : 197?
A1 No You Won't
A2 Mama Caleba's Blues
A3 Cotton Curtain
A4 Where Whitey
A5 Peep-Freak Patrol Car
A6 Ain't Around Whipping Boy
A7 Shag Bag, Hounds & Harvey
A8 Chief's Drive To Mayor
A9 Give Me Until Morning
A10 Foul Owl
B1 They Call Me Mister Tibbs (Main Title)
B2 Blues For Mister Tibbs
B3 Fat Poppadaddy
B4 Soul Flower
B5 Black Cherry
B6 Side Pocket
B7 Call Me Mister Tibbs (End Title)

Genre : Groovy B.O.
7ème morceau de L'inventaire 23 :

Sorti uniquement en France, ce LP propose sur sa face A des extraits de la bande originale de Dans la Chaleur de la nuit et, de l'autre côté, l'essentiel de They Call Me Mister Tibbs. Un assemblage un peu étrange, certainement dû au fait que la seconde bande originale n'a pas connu d'édition française. Peu importe au fond : le résultat regorge de perles instrumentales (telles ce Soul Flower au beau milieu de notre mix qui donne son titre à l'album), et permet de mesurer l'étendue du talent de Quincy Jones
Cet homme savait tout faire à merveille : écriture, orchestration, production... On passe du registre sentimental au funk électrique avec un égal bonheur. Dans son immense discographie, on compte une dizaine de musiques de films, dont les très recherchés In Cold Blood, The Lost Man et Dollar$ (voir ici et l'Inventaire numéro 6). Mais sa partition pour le Guet-apens de Peckinpah n'a hélas toujours pas été éditée...

THE SLICKERS Johnny Too Bad

THE HARDER THEY COMME
Bande Originale du Film
Label : Island Records
Année : 1972
A1 Jimmy Cliff : You Can Get It If You Really Want
A2 Scotty : Draw Your Brakes
A3 The Melodians : Rivers Of Babylon
A4 Jimmy Cliff : Many Rivers To Cross
A5 The Maytals : Sweet And Dandy
A6 Jimmy Cliff : The Harder They Come
B1 The Slickers: Johnny Too Bad
B2 Desmond Dekker : Shanty Town
B3 The Maytals : Pressure Drop
B4 Jimmy Cliff : Sitting In Limbo
B5 Jimmy Cliff : You Can Get It If You Really Want 

B6 Jimmy Cliff : The Harder They Come
Genre : Reggae - 6° morceau de L'inventaire 23 : Johnny Too Bad

Le film joua un grand rôle dans la découverte du reggae hors des frontières jamaïquaines et, plus largement, dans la prise de conscience de l'existence du pays et de sa culture. The Harder They Come (Tout, tout de suite en français) produit en 72 fait partie des 6 films à petits budgets qui changèrent la face du cinéma selon le documentaire Midnight Movies. On y découvre Jimmy Cliff acteur, dans le rôle d'Ivanhoe Martin, chanteur et dealer libertaire inspiré d'un authentique hors-la-loi jamaïcain des années 40. Sorte de version chaloupée et colorée d'A bout de souffle, The Harder They Come est à ranger pas très loin de Sweet Sweetback's Baadasssss Song de Melvin Van Peebles : une énergique ode à la liberté qui capte, en plus, l'esprit d'un temps et d'un lieu difficiles à restituer aujourd'hui. 
Les deux films ont en commun une bande originale devenue très prisée. Celle-ci comporte quelques grands classiques du reggae : deux morceaux des Maytals, Rivers of Babylon des Melodians dont Boney M fera un tube disco et ce Johnny Too Bad qui fait oublier la reprise qu'en fera UB40 dix ans plus tard. Et, pour ceux qui aiment : du Jimmy Cliff en pagaille...

MICHEL POLNAREFF Lipstick Montage (extrait)

MICHEL POLNAREFF
Lipstick (B.O.F.)

Label : Atlantic
Année : 1976
A1 Lipstick
A2 Lipstick Montage
B1 The Rapist    
B2 Ballet 

Genre : Musique électronique
5° morceau de L'inventaire 23 : Lipstick Montage (extrait)

En exil aux États-Unis à cause d'un vieux froid avec le fisc français, Michel Polnareff en profite pour se lancer dans de nouvelles aventures. Après un album en langue anglaise en 1975, il est engagé pour composer la musique d'un thriller dont le titre original signifie "rouge à lèvres", mais qui sortira en France sous l'intitulé un peu brutal de Viol et châtiment. Comme ce titre l'indique, il se situe dans la lignée du sous-genre très en vogue à l'époque de "rape and revenge", ambigu, souvent malsain, parfois complaisant... Le film ne semble pas avoir marqué les mémoires mais on reste intrigué de la présence au générique des deux sœurs : Mariel et Margaux Hemingway. Pour les plus curieux, un dvd zone 1 existe mais ne semble pas facile à trouver...

La musique du film est en tous cas audacieuse, gavée de sonorités synthétiques électroniques, frôlant parfois les expérimentations acoustiques les plus barrées de la musique dite "contemporaine". Si Polnareff ne chante pas, il dévoile ici une nouvelle facette de son inspiration. On le savait déjà capable d'orchestrations complexes, il parvient ici , tout en se pliant à un travail de commande, à explorer un nouveau territoire.

THE BEATLES Hey Bulldog

THE BEATLES
Yellow Submarine

Label : Apple Records
Année : 1969
A1 Yellow Submarine    
A2 Only A Northern Song    
A3 All Together Now    
A4 Hey Bulldog    
A5 It's All Too Much    
A6 All You Need Is Love    
B1 Pepperland    
B2 Sea Of Time    
B3 Sea Of Holes    
B4 Sea Of Monsters    
B5 March Of The Meanies    
B6 Pepperland Laid Waste    
B7 Yellow Submarine In Pepperland 

Genre : Pop Psyché
4°morceau de L'inventaire 23 : Hey Bulldog


Les Beatles n'en finissant plus d'être réédités, disséqués et commentés dans les moindres recoins, nous nous abstiendrons pour ce coup-là. 
Juste une remarque : même quand on ne les considère pas comme le plus grand groupe du monde, ce Hey Bulldog fracasse tout sur son passage. Ça doit être à cause de la basse...

A part ça, je suis bien d'accord avec vous : c'est honteux de voir une aussi jolie pochette dans un tel état !

BERNARD HERMANN I Work The Whole City

TAXI DRIVER
Bande originale du film

Label : Arista
Année : 1976
A1 Theme From Taxi Driver
A2 I Work The Whole City
A3 Betsy In A White Dress
A4 The Days Do Not End
A5 Reprise: Theme From Taxi Driver

B1 Diary Of A Taxi Driver
B2 Theme From Taxi Driver    
B3 The .44 Magnum Is A Monster 

B4 Sport And Iris    
B5 God's Lonely Man (End Title) 

Genre : musique de film
3° morceau de L'inventaire 23 : I Work The Whole City

Bernard Hermann a 74 ans. IL est fâché avec Hitchcock depuis plus de 10 ans quand la jeune génération commence à faire appel à lui. 
Si Brian De Palma joue évidemment la carte de la référence et lui commande des partitions orchestrales dans la lignée de Psychose (Sisters) et Vertigo (Obsession), Martin Scorsese laisse le compositeur explorer des territoires nouveaux pour lui. Pour accompagner le chauffeur de taxi introverti et paranoïaque interprété par Robert De Niro, il développe un univers urbain, électrique et jazzy avec un thème de saxo mélancolique qui deviendra aussi célèbre que ses motifs hitchcockiens. 
Moins connu mais tout aussi sophistiqué, avec son intro de clavinet et son groove orchestral, le morceau I Work The Whole City choisi pour le mix n'a rien à envier aux instrus de la blaxploitation. 
L'album vaut aussi par son "Journal du taxi driver" en face b qui inclut le monologue de De Niro tiré du film, l'une des premières bandes originales sur disque avec de vrais morceaux de dialogue dedans...

DAVID BYRNE & CELIA CRUZ Loco De Amor

DANGEREUSE SOUS TOUS RAPPORTS
Bande originale du film
Label : MCA Records
Année : 1986
A1 - David y Celia : Loco De Amor (Crazy For Love)  
A2 - Fine Young Cannibals : Ever Fallen In Love  
A3 - UB40 : Zero, Zero Seven Charlie 
A4 - Oingo Boingo : Not My Slave 
A5 - Jimmy Cliff : You Don't Have To Cry B1 - Steve Jones : With You Or Without You B2 - Sonny Okossun :  Highlife   
B3 - Jerry Harrison : Man With A Gun 
B4 - New Order : Temptation B5 - Sister Carol : Wild Thing    
Genre : Bande originale - 2° morceau de L'inventaire 23 : Loco De Amor

Les années 80 sentaient déjà le renfermé quand Jonathan Demme, à deux films du jackpot (Le Silence des agneaux ne sort que 5 ans plus tard), sort ce film modeste, entre comédie et thriller avec l'incendiaire Mélanie Griffith. Dans la lignée de Recherche Susan Désespérément, le film cristallise son époque à travers les mélanges de couleurs qui font mal aux yeux et une bande-son fourre tout. 
Très net avantage à cette b.o. là cependant... D'une part parce que Madonna n'y figure pas, mais surtout parce qu'on y trouve de bonnes surprises : une beau morceau mid-tempo signé Jerry Harrison,  guitariste des Talkingheads (Man With The Gun), une fantaisie d'Oingo Boingo, le groupe de Danny Elfman qui deviendra plus tard musicien attitré de Tim Burton et cette salsa de David Byrne, qui convoque la reine de la discipline, Celia Cruz, pour la chanson du générique. Tombé raide dingue de musique sud-américaine, le chanteur compositeur imposera deux ans plus tard ses influences exotiques à ses Talkingheads en bout de course avant de s'échapper pour une carrière solo ouverte au monde. Ce Loco De Amor annonçait la couleur...

Tout n'est pas de ce calibre, hélas : With You or Without You, signé par le guitariste des Sex Pistols, confirme qu'il avait raison de gueuler "No Future" en 77...

CHAPS Constant Journey

CHAPS
Candy (bande originale)

Label : Decca
Année : 1970
A : Constant Journey
B : Ascencion To Virginity

Genre : Musique de film

1° morceau de L'inventaire 23 : Constant Journey

Candy est un film perdu, deuxième et dernière réalisation d'un personnage relativement oublié, Christian Marquand, malgré une carrière d'acteur de 60 films avec quelques grands noms (de Visconti pour Senso à Francis Ford Coppola pour Apocalypse Now... on fait pire !) Encore plus hallucinant est le casting de cet objet étrange : Marlon Brando, Richard Burton, James Coburn,Charles Aznavour, John Huston, Ringo Starr, Anita Pallenberg ou encore le boxeur Sugar Ray Robinson... Le tout emballé dans une co-production franco-italo-américaine censée être une adaptation du Candide de Voltaire version féminine à vocation comique et (forcément) érotique... Dans le rôle titre, Ewa Aulin, une belle Suédoise, actrice malgré elle, qui joue la même année dans un giallo avant-gardiste (et un peu chiant) La Mort a pondu un oeuf. Au bout de 5 ans et une vingtaine de films, elle rend son tablier et retourne à ses études. Pour ceux que ça intéresse, Candy existe quand-même en édition DVD anglaise, italienne ou américaine. Allez-y, vous nous raconterez...

Et la musique ? Elle est signé d'un groupe encore plus obscur, Chaps, derrière lequel se cache l'arrangeur Jean Chaponnet dont ce 45 tours semble être la seule production discographique. 
Quand même, le morceau est signé Dave Grusin qui deviendra le compositeur attitré des films de Sydney Pollack avec son easy leastening synthétique et sophistiqué. En tous cas il n'a plus jamais rien fait qui dépote comme cet instrumental.

Le 45t était offert par les stations Antar : même ça, ça n'existe plus !






dimanche 9 février 2014

Inventaire 22 - Jungle Mating Call



SLINT Don, Aman

SLINT
Spiderland

Label : Touch & Go
Année : 1991
A1 Breadcrumb Trail
A2 Nosferatu Man    
A3 Don, Aman    
B1 Washer    
B2 For Dinner...    
B3 Good Morning, Captain


Genre : Fin du monde
7° morceau de L'inventaire 22 : Don, Aman

Il y a les albums célèbres qui ont officiellement changé la face du rock (le premier 25 cm de Presley, Sergeant Peppers, What's Going On, London Calling, Fear of a Black Planet, et quelques dizaines d'autres) et puis il y a les séismes souterrains. Des disques qui n'ont eu, au mieux, qu'un succès d'estime, qui peuvent rester confidentiels très longtemps, mais dont l'influence s'avère au final tout aussi capitale que les classiques reconnus. Inutile de les lister ici : on préfère les diffuser dans les mix. 
Slint est un quatuor du Kentucky qui a tenu cinq ans à peine, publié deux courts albums, et ouvert une nouvelle ère sonique que les journalistes ont essayé en vain de résumer par un nom (Post-rock, No-rock, Math-rock...). 
En France, nous sommes nombreux à avoir découvert Slint à travers la bande son du premier film de Larry Clark, Kids, pour lequel Lou Barlow, non content de placer le meilleur de son inspiration (avec ses groupes Sebadoh, Folk Implosion et Deluxx Folk Implosion...) avait eu la bonne idée de glisser deux titres du génie perturbé Daniel Johnston, mais aussi une bombe à retardement signée Slint : Good Morning Captain
En découvrant le reste de l'album Spiderland, on prend conscience que tout est de cette veine : très épuré, hyper-sensible, d'une puissance dévastatrice. Comme le faussement calme Don, Aman, qui figure dans notre inventaire numéro 22
Cette musique-là peut vous rendre fou si vous la laisser s'infiltrer en vous.  

XTC Strange Tales, Strange Tails

XTC
5 Senses (EP)

Label : Virgin
Année : 1981
A1 Smokeless Zone
A2 Officer Blue
A3 Wait Till Your Boat Goes Down
B1 Don't Lose Your Temper
B2 Strange Tales, Strange Tails


Genre : Schizo Pop
6° morceau de L'inventaire 22 : Strange Tales, Strange Tails


L'histoire et la discographie du groupe XTC baignent dans la confusion la plus totale. Deux albums bien barrés produits par John Leckie sans le moindre succès, suivi d'un tube énorme sur leur troisième tentative en 79 (Making Plans For Nigel qu'on retrouve bizarrement sur toutes les compils des années 80...) et puis quelques embrouilles au sein du groupe et avec leur maison de disque Virgin, un superbe double album, English Settlement en 82 (mais qu'on trouve bien souvent hélas en version simple, amputé de la moitié des chansons...) et, dans la foulée, ce terrible concert au Palace à Paris, au début duquel Andy Partridge, leader du groupe, subit une attaque de panique qui lui fait quitter définitivement la scène. 
Malgré ce handicap, l'histoire du groupe est loin d'être finie, mais c'est de cette première période que date 5 Senses, un mini-album 5 titres paru entre Black Sea et English Settlement (et pas facile à dénicher) dont nous avons tiré Strange Tales, Strange tails
On y retrouve cette écriture à la fois très élaborée mais tranchante et efficace qui faisait du groupe une alternative pleine de surprise à l'envahissante usine à tubes qu'était The Police. Au final, l'univers confus d'Andy Partridge et de l'indéfectible bassiste Colin Moudling (c'est quand-même lui qui a écrit LE tube) a maintenu XTC dans un monde parallèle qu'il est bon d'aller explorer de temps en temps.  

HODGES, JAMES AND SMITH Turn The People On

HODGES, JAMES AND SMITH
Incredible

Label : 20th Century Records
Année : 1973
A1 Turn The People On
A2 I Should Stay
A3 Signal Yout Intention
A4 Medley: Rock Me Baby / Steamroller
A5 Oh
B1 Little By Little (Bit By Bit)
B2 If You Wanna Love Me
B3 Can't Be Alone
B4 You Take My Love For Granted
B5 Love Was Just A Word

Genre : Groovy Soul
5° morceau de L'inventaire 22 : Turn The People On

William Stevenson a écrit Dancing In The Streets. Entre autres... Compositeur, arrangeur, producteur pour la Motown, il produit un maximum de singles (dont quelques standards) au cours des années 60, puis va voir si l'herbe est plus verte ailleurs. 
Au début des années 70, il recrute quatre chanteuses dans le but de faire concurrence aux Supremes et les fait signer chez 20th Century Records sous le nom de famille des demoiselles : Hodges, James, SMith & Crawford. Après trois singles passés inaperçus, le quartet devient un trio : Hodges, James and Smith. Malgré ce nom passe-partout, elles sortiront quatre albums pas trop mal accueillis, démarrant par un mélange de soul et funk plutôt bien senti pour finir tristement dans un disco vaguement jazzy et peu inspiré en 1978.
Ce premier album, Incredible, est en tous cas d'excellente facture, bien produit et finalement plus intéressant que ce que s'échinaient à sortir des Supremes en bout de course à la même époque. Enregistré dans les studios de la Paramount avec une brochette de requins aux instruments, il est par la force des choses devenu une perle de ce qu'on appellent désormais le "rare groove" : 20th Century Records a vendu son catalogue en 81 et Incredible n'a jamais été réédité...     

THE STILLS YOUNG BAND Make Love To You

THE STILLS YOUNG BAND
Long May You Run

Label ; Reprise Records
Année : 1976
A1 Long May You Run
A2 Make Love To You
A3 Midnight On The Bay
A4 Black Coral
A5 Ocean Girl
B1 Let It Shine
B2 12/8 Blues (All The Same)
B3 Fontainebleau
B4 Guardian Angel
B8 On Coming From A Broken Home (Part 2) 

Genre : Amérique profonde
4° morceau de L'inventaire 22 : Make Love To You

Après Buffalo Springfield, après Crosby,Stills & Nash & Young et entre deux albums solo chacun de leur côté, les deux compositeurs/chanteurs/guitaristes tentent une dernière formule qui tiendra à peine le temps d'un album. Mais quel album ! Chacun chante ses compositions en respectant une alternance quasi métronomique, accompagné par un groupe solide où se distingue l'orgue de Joe Vitale qui avait déjà sévi occasionnellement dans Buffalo Springfield. Neil Young fait du Neil Young à son meilleur et Stephen Stills oscille entre folk et atmosphères plus électriques, voire jazzy comme sur cet hypnotique Make Love To You
En fait, on s'en doutait depuis la ballade 4 +20 qui figure sur Déjà Vu, (premier album de Crosby, Stills & Nash & Young qui finira bien par se retrouver dans un Inventaire un de ces quatre) mais cet album enfonce le clou : Stephen Stills est bien le plus sous-estimé de la bande. Cette écriture qui sent les racines tout en restant très élégante appelle une sérieuse exploration de sa discographie. En attendant, concentrons-nous sur ce Long May You Run, album impeccable qu'il est hélas un peu difficile de se procurer, le vinyle n'ayant jamais connu de réédition depuis 1976, ni le CD depuis 1993.
Si votre ordinateur est connecté à de bonnes enceintes, vous pouvez toujours aller l'écouter .

BIG STAR O My Soul

BIG STAR
Radio City
Label : Ardent Records 
Année : 1974
A1 O My Soul
A2 Life Is White
A3 Way Out West
A4 What's Goin' Ahn
A5 You Get What You Deserve
B1 Mod Lang
B2 Back Of A Car
B3 Daisy Glaze
B4 She's A Mover
B5 September Gurls
B6 Morpha Too
B7 I'm In Love With A Girl
B7 I've Been Me (Interlude)
B8 On Coming From A Broken Home (Part 2)

Genre : Sparkling Pop
3° morceau de L'inventaire 22 : O My Soul

Ils auraient dû être énormes. Alex Chilton avait connu un succès aussi éphémère que massif dans les années 60 au sein des Box Tops avec le tube The Letter, il attaque les années 70 avec un nouveau groupe, un nouveau son, et la complicité de Chris Bell, originaire comme lui de Memphis (mais qu'est-ce qu'il y a dans l'eau de cette ville ?). Les deux comparses partagent un goût prononcé pour la pop anglaise sixties et un talent d'écriture dont le monde mettra un moment à prendre conscience. Si les vocaux rappellent parfois les envolées de Lennon, c'est plutôt du côté des Who que se situe l'énergie du groupe, emblématique de ce qu'on n'appelle pas encore la "power pop". Big Star est électrique et lumineux, à l'image du néon qui écrit leur nom sur la pochette du premier album ou de l'ampoule choisie pour le second*. 
Entre les deux LP, les choses commencent déjà à mal tourner : le public ne répond pas et Chris Bell lâche l'affaire, submergé par une vague de mysticisme qui n'affaiblit pas son talent (au contraire : la compilation I Am The Cosmos sortie chez Rykodisc en témoigne) mais le ramène dans le giron familial, à Memphis, où il perdra la vie quelques années plus tard dans un accident de voiture. Sur Radio City, Alex Chilton co-écrit donc la plupart des morceaux avec le bassiste Andy Hummel et réussit, malgré l'absence sensible de Chris Bell, une jolie collection de titres, entre une pop étincelante qui fait sauter au plafond et quelques ballades acoustiques qui rendent amoureux. 
Rien n'y fait cependant : le public s'en fout. Chilton dissout le groupe après un troisième album qu'il refuse de sortir (il paraîtra en 78, puis connaîtra une édition définitive et remaniée en 1991) et devient un héros de l'underground.Bien sûr, après coup, un tas de groupes revendique leur influence. Les Bangles reprennent leur September Gurls, le Teenage Fanclub leur pique tout ce qu'ils peuvent, et une reprise d'In the Street devient un succès planétaire après avoir été choisie pour le générique de la série That 70's Show. Chilton recrute alors les Posies pour faire tourner pendant quelques dates une nouvelle mouture honorable de Big Star
Mais en 2010 disparaissent coup sur coup Andy Hummel et Alex Chilton
Ils auraient dû être énorme, ils sont devenus cultes. Ça leur fait une belle jambe... 

* Photo curieusement renvoyée au verso de la pochette sur l'édition européenne de l'album reproduite en tête d'article.