vendredi 24 avril 2015

Inventaire 33 - Candyman



SMALL FACES Own Up

SMALL FACES
(Compilation)
Label : Disc'Az
Année : 1971
A1 Hey Girl
A2 What's The Matter Baby
A3 Come Back And Take This Hurt Off Me
A4 You Better Believe It
A5 Shake
A6 Own Up
B1 My Way Of Giving
B2 Whatcha Gonna Do About It
B3 Baby Don't Do It
B4 Do You See Me
B5 Come On Children 

Genre : They are the Mods
1° morceau de L'Inventaire 33 : Own Up

L'instrumental figure sur le premier album éponyme des Small Faces, sorti en 1966. Il est sauvage, au bord de la saturation, proche du son des Sonics et autres figures émergentes de ce qu'on appellerait très vite le "Garage". 
Mais les Small Faces, sous haute influence soul et rhythm'n'blues, ont toujours une touche de groove supplémentaire, en grande partie due au jeu d'orgue de Jimmy Winston. Et puis, là où leurs camarades de la même époque sont rivés sur le blues ou la surf music, les Small Faces se démarquent ici par un thème puissant et épuré qui annonce bien les instrumentaux que le punk-rock produira une décennie plus tard. 
Bref, cessons-là les cours d'histoire, les Small Faces, incarnation emblématique du mouvement "mod" en Angleterre étaient bien plus qu'un groupe de blancs anglais tentant de copier la musique vénérée des noirs américains. Une déferlante de singles irrésistibles, compositions ou reprises à leur sauce, alimentent cette première période, avant qu'ils s'envolent vers un psychédélisme un chouïa moins convaincants, puis remplacent leur ébouriffant chanteur/guitariste Steve Marriott par l'ébouriffé Rod Stewart, un chouïa moins convaincant. Cette compilation, sortie en France en 71 sur un label bon marché, se concentre heureusement sur la période dorée...

Pour les amoureux de la période, il est bon d'aller jeter un œil à l'ouvrage  de Nicolas Ungemuth, Garageland, forcément incomplet et partial, mais dont le format carré, le principe (80 doubles pages avec, à gauche, l'histoire du groupe et à droite la reproduction pleine page d'une pochette d'époque) et le ton, aussi péremptoire que passionné, donnent envie de découvrir tous les groupes évoqués... même ceux qu'on connaît déjà !

dimanche 15 mars 2015

DEAD KENNEDYS Viva Las Vegas

DEAD KENNEDYS
Fresh Fruit For Rotting Vegetables
Label : Cherry Red 
Année : 1980
A1 Kill The Poor
A2 Forward To Death
A3 When Ya Get Drafted
A4 Let's Lynch The Landlord
A5 Drug Me
A6 Your Emotions
A7 Chemical Warfare
B1 California Uber Alles   
B2 I Kill Children
B3 Stealing Peoples' Mail
B4 Funland At The Beach
B5 Ill In The Head
B6 Holiday In Cambodia
B7 Viva Las Vegas

Genre : Punk
8° morceau de L'Inventaire 32 : Viva Las Vegas

Les contours du punk américain sont nettement plus flous que ceux de son équivalent anglais. Probablement parce qu'il n'y avait pas un Malcolm McLaren pour en récupérer les œufs à peine pondus*. Ainsi, en dehors de la mythique scène new-yorkaise du CBGB qui en accueillit les stars (Blondie, Television, Patti Smith, les Ramones...) n'y eut-il pas à proprement parler de "mouvement punk" mais, en revanche, des vagues spontanées de groupes venus de divers États, en rupture avec l’assommant rock progressif et les tricoteurs de solos de tous poils qui transformaient le hard-rock en concours de virtuosité. 
Le son brut, l’émergence de labels indépendants, les chansons courtes et radicales : l'esprit du "do it yourself" contamina une bonne partie des formations apparues entre 1975 et le début des années 80... Les Dead Kennedys en sont l'exemple parfait, portés par la très forte personnalité de Jello Biafra (Eric Boucher de son vrai nom) véritable activiste de la musique qui sabordera le groupe après quatre albums pour s'enfoncer un peu plus dans un mélange très personnel de politique et d'expériences musicales qui l'amèneront, entre autres, à fonder son propre label.
Si l'essentiel de ce premier LP est constitué de compositions originales (le mot est faible) aux titres évoquateurs (Kill The Poor, Holiday In Cambodia, California Uber Alles, I Kill Children...), Viva Las Vegas, reprise du Presley sale période, passée à la moulinette, a quelque chose d'irrésistible : un mélange de glamour, d'énergie et de cynisme désabusé qui lui fait passer l'épreuve du temps sans la moindre ride.

*En vérité, le manager des Sex Pistols avait d'abord tenté d'imposer les New York Dolls au marché européen... sans grand succès.
 



ARTHUR BROWN'S KINGDOM COME Time Captives

ARTHUR BROWN'S KINGDOME COME
The Lost Ears
Label : GullAnnée : 1976
A1 Internal Messenger    
A2 Space Plucks    
A3 Trouble    
A4 Brains    
A5 Night Of The Pigs    
A6 Creep    
A7 Creation    
A8 Gypsy Escape    
B1 Love Is A Spirit    
B2 The Experiment    
B3 The Hymn    
B4 The Traffic Light Song    
C1 Spirit Of Joy
C2 Time Captives    
C3 Conception    
C4 Come Alive    
D1 Sunrise    
D2 Triangles    
D3 Metal Monsters    
D4 The Puddletown Express : Space Plucks
D5 The Puddletown Express : So High Up Here
D6 The Puddletown Express : Through The Planet

Genre : Psychédélirium
7° morceau de L'Inventaire 32 : Time Captives

Parmi les cinglés qui hantent l'histoire du rock, Arthur Brown reste un phénomène inexpliqué, une énigme insoluble. Moins virtuose que Zappa mais beaucoup plus rigolo, il décroche un succès en 1968 avec le bien nommé Fire, sorte de panique électrique de 2 minutes 45 secondes, sur la face B de laquelle une reprise d'I Put A Spell on You digne de l'original fit les beaux jours de l'Inventaire numéro 5.
Si cette première mouture du groupe ne durera que le temps d'un album, Arthur Brown multipliera les projets et les identités des années 70 à aujourd'hui, ne retrouvant jamais le succès de ce 45t mais déchainant les ligues bien pensantes et les pisse-froid contre lui. Il sera accusé de satanisme et interdit de concert, probablement pour sa fâcheuse tendance à foutre le feu sur scène... au sens propre ! Ajoutons à ça quelques séances d'auto-crucifixions, telles que reproduite sur la pochette de cette compilation, et l'on se dit qu'Arthur Brown fait passer Alice Cooper et Marilyn Manson pour des enfants de chœur. Mais il a aussi ses complices et admirateurs : il joue le prêtre dans Tommy, l'opéra rock des Who, le narrateur pour celui des Pretty Things : S.F. Sorrow, et, plus récemment, répondait positivement à l'invitation de groupes comme Kula Shaker ou The Darkness. En 2007, sur scène, il mettait encore le feu à sa chevelure...
Kingdom Come fut sa formation la plus stable (si ce mot veut dire quelque chose pour un tel olibrius) et la plus productive. Sous influence du Captain Beefheart, piochant dans le glam rock, le progressif et les expérimentations sonores les plus barrées, le groupe sort trois albums entre 1971 et 1973, plus cette compilation qui en contient les délires les plus excitants. 
Ainsi, Time Captives, longue hypnose spatiale, aussi parodique qu'inquiétante, qui, entre autres innovations, s'ouvre sur l'un des premiers enregistrement de boîte à rythme de l'histoire de la musique pop.

THE BOB CREWE GENERATION ORCHESTRA The Black Queen's Beads

THE BOB CREWE GENERATION ORCHESTRA
Barbarella (b.o.f.)

Label : Dynavoice
Année : 1968
A1 Barbarella
A2 Goodnight Alfie
A3 Spaceship Out Of Control
A4 Ski Ride
A5 The Hungry Dolls
A6 Love, Love, Love Drags Me Down
A7 Pygar Finds Barbarella
A8 I Love All The Love In You
A9 The Labyrinth
A10 Pygar's New Wings
A11 Fight In Flight
B1 Entrance Into Sogo
B2 Hello Pretty Pretty
B3 Pygar's Persecution
B4 The Black Queen's Beads
B5 Dead Duck
B6 The Pill
B7 Smoke (Viper Vapor)
B8 The Sex Machine
B9 The Chamber Of Dreams
B10 The Destruction Of Sogo
B11 An Angel Is Love

Genre : b.o. chatoyante
6° morceau de L'Inventaire 32 : The Black Queen's Beads

Aussi kitch que le film, la bande originale de Barbarella n'en est pas moins une mine de morceaux courts et inventifs où alternent les ambiances typiques des musiques de film (suspense, romance, poursuite) et quelques instrumentaux et morceaux chantés qu'on verrait bien figurer dans une anthologie des sixties. Exotisme futuriste, sexy lounge, funny funky... et ce jerk endiablé sous influence directe des morceaux composé par Pierre Henry pour la Messe pour le Temps Présent  Béjart : The Black Queen's Beads
L'orchestration est riche, pleine de percussions, de bruitages exécutés avec des accessoires divers ou à la bouche, des entrées solennelles d'orgue relayées par des guitares fuzz, trompettes, violon, flûtes... Tout est bon pour habiller les aventures spatiales et court vêtues de Jane Fonda. Un fourre-tout joyeux dû au méconnu Bob Crewe avec son orchestre, responsable de quelques albums de "muzak" dans les années 60, dont un Music To Watch Birds By (Musique pour regarder les oiseaux), bien vite suivi d'un Music To Watch Girls By (Musique pour... Ok, vous avez compris).
A part ça, il a écrit quelques 600 morceaux avec son complice Bob Gaudio, dont quelques gros succès de pop légère et sucrée des années 60, notamment pour l'éternel teenager Frankie Valli. Mais pour cette bande originale, c'est Charles Fox qui co-écrit les morceaux, un autre inconnu, pourtant responsable aussi de 597 titres dont, au pif, le tube Killing Me Softly qui fera les beaux jours de Roberta Flack, puis des Fugees...
Au verso de la pochette, chaque titre est accompagné de quelques lignes évoquant les péripéties et personnages du film. Tout ça donne envie de redécouvrir ce gros n'importe quoi sympathique réalisé par l'opportuniste Roger Vadim ou, mieux, de relire la BD de Jean-Claude Forest qui l'a inspiré.

MARIE FRANKLIN Bad Bad Woman

FUNK FU 1
(Compilation)

Label : Big Cheese Records
Année : 2000 (1970-76)
A1 Lord Of Percussion : The Kung Fu
A2 Moon People : Hippy Skippy Moon
A3 Caesar Frazier : Mighty Mouse
A4 Tribe : Baby Feet
A5 Bobbie Knight : Ain't Nobody Better Than You
A6 Funkhouse Express : Music Makes You Move
B1 Marie Franklin : Bad Bad Woman
B2 Willie Henderson : The Dance Master
B3 Sass : Do It
B4 Larry Ellis & The Black Hammer : Funky Thing (Part II)
B5 The Watts 103rd St Rhythm Band : Charley
B6 The Mystic Moods : Honey Trippin

Genre : Bad Ass Funk
5° morceau de L'Inventaire 32 : Bad Bad Woman

Entre soul, rhythm'n'blues et funk qui tache, Marie Franklin n'aura sorti qu'une grosse poignée de singles de la fin des années 60 jusqu'à la fin des années 70, sur des labels relativement confidentiels. Un anonymat d'autant plus injuste que la plupart de ses morceaux sont, pour la plupart, aujourd'hui recherchés activement par les amateurs de grandes voix et de rare groove. Venue de la côte ouest des États-Unis, Marie Franklin est une interprète à l'organe puissant et un peu gras, dans la lignée d'une Tina Turner par exemple, dont elle reprendra d'ailleurs une face B : Anything You Wasn't Born With.
Aujourd'hui, son souvenir est surtout attaché à ce Bad Bad Woman, une irrésistible pièce de funk sauvage que Michael Jackson semble avoir écoutée avec attention (les chœurs du final rappellent curieusement ceux de son Black or White).
Le titre figure sur plusieurs compilations, dont ce volume 1 de Funk Fu, dû au label Big Cheese qui, en 4 ans d'existence (1993-97), a fait redécouvrir quelques perles de rares groove, mais aussi permis à une micro-scène de funk français d'émerger. 
Malheureusement, ce premier volume exemplaire n'a jamais eu de suite.

GOBLIN Death Dies

GOBLIN
Profondo Rosso (b.o.f.)

Label : Cinevox
Année : 1975
A1 Profondo Rosso
A2 Death Dies
A3 Mad Puppet
B1 Wild Session
B2 Deep Shadows
B3 School At Night
B4 Gianna

Genre : b.o. 70's
4° morceau de L'inventaire 32 : Death Dies

La première bande originale des Goblin pour Dario Argento est aussi la plus funky, dominée par une basse puissante et... profonde. 
Parmi les révolutions opérées naturellement par le réalisateur italien sur le thriller et le cinéma d'horreur, l'utilisation du groupe de Claudio Simonetti dans le but de soutenir ses visions cauchemardesques est l'une des plus osées. Après ses premiers films avec le maître Ennio Morricone (qui avait déjà eu l'audace d'intégrer l'électricité dans le western), Argento passe un cap et envoie du rock progressif un rien débraillé sur ses images pourtant taillées au cordeau. Guitare saturées, entrées brutales d'orgues et débauches de percussions jouent sur les nerfs du spectateur. 
Si de nombreux fans préfèreront finalement la musique diabolique de Suspiria, avec ses voix venues de nulle part, la bande originale de Profondo Rosso a l'avantage de tenir la route sur les dance floors, tout particulièrement ce Death Dies méchamment groovy, qui a fait son petit effet en live, lors de la nuit "Films de culte", à Itinérances 2015.

Pour la petite histoire, après des années de recherches infructueuses, je suis tombé sur ce disque à un prix très correct, chez un petit disquaire de Rome, à deux pas de la boutique dédiée au cinéma d'horreur dont Dario Argento est propriétaire et qui s'appelle, évidemment, Profondo Rosso.
 

RICHARD HELL AND THE VOIDOIDS Love Comes In Spurts

NEW WAVE
(Compilation)

Label : Vertigo
Année : 1977
Ramones : Judy Is A Punk    
Dead Boys : Sonic Reducer    
Patti Smith : Piss Factory    
New York Dolls : Personality Crisis The Runaways : Hollywood    
Skyhooks : Horror Movie    
Richard Hell & The Voidoids : Love Comes In Spurts    
Little Bob Story : All Or Nothing    
The Boomtown Rats : Looking After No 1 Talking Heads : Love Goes To Building On Fire    
The Damned : New Rose    
Ramones : Suzy Is A Headbanger    
Dead Boys : All This And More    
The Flamin' Groovies : Shake Some Action    
The Runaways : Cherry Bomb    
New York Dolls : Who Are The Mystery Girls ?

Genre : Punk Music
3° morceau de L'inventaire 32 : Love Comes In Spurts

En l'an de grâce 1977, les États-Unis n'ont pas encore mesuré l'ampleur du phénomène punk qui met l'Angleterre sens dessus-dessous. Ne vous y trompez pas cependant : l'intitulé de cette compilation a probablement été adopté par défaut pour embrasser l'ensemble des groupes qui y figurent et qui ont en commun la coupe franche opérée avec la génération précédente.La déflagration musicale vient pourtant bien d'Amérique, portée par quelques jeunes groupes sans complexes qui crachent sur les virtuoses du progressif au profit d'un rock élémentaire et d'un son brut que le monde entier allait vite chercher à copier.
Si les racines de ce son se retrouvent dans la sauvagerie des Stooges de Detroit et passent par Akron en Ohio (on en reparlera bientôt), c'est à New York, dans la miteuse et bientôt mythique salle du CBGB, qu'émerge une véritable scène punk avec Patti Smith, les Ramones, Blondie, Television, Suicide...  
Et puis il y a Richard Hell, déjà célébré dans ce blog, responsable de l'hymne souterrain du mouvement, Blank Generation, mais aussi de ce Love Comes In Spurts ("L'amour arrive en jaillissements"), auquel semble répondre curieusement le rebelle sans cause qui crache sa bière au photographe sur la pochette de cette compilation. 

Instantané précieux d'un moment-clé de l'histoire du rock, ce 33t ne se cantonne pas à la scène new-yorkaise, il contient également le précieux New Rose des Anglais The Damned (voir chronique précédente), les plus dispensables Boomtown Rats d'Irlande, avec un de leur morceaux les plus efficaces, Looking After No1, et, croyez-le ou non, le Havrais Little Bob, seul français a figurer fièrement parmi la crème de la crème qui semble jaillir de ce disque essentiel... Punk-rock comes in spurts !

DIVINE HORSEMEN Voodoo Idol

PLAY NEW ROSE FOR ME

Label : New Rose
Année : 1986
A1 Tav Falco/Panther Burns : Oh, How She Dances (Trad)
A2 Mudboy & The Neutrons : Bo Diddley
A3 Alex Chilton : With A Girl Like You
A4 The Beatnik Flies: Double 6
A5 Divine Horsemen : Voodoo Idol
A6 Giant Sand : Who Do You Love?
B1 Dead Kennedys : I Fought The Law
B2 Blood On The Saddle : Rawhide
B3 Imitation Life With Eddie Munoz : I Will Dare
B4 The Bangsters : Bermuda
B5 Sky S. Saxon : Don't Slander Me
B6 Dino Lee K.O.W.T. : Pushing Too Hard
B7 The Count : Radio Heart
C1 Dramarama : Hitchiking
C2 Willie Alexander : Don't Give It Up Now
C3 The Fortune Tellers : Bo Diddley Put The Rock In Rock n'Roll
C4 Mad Daddys : New Kind Of Kick
C5 Reptiles At Dawn : Chinese Rocks
C6 Warum Joe : Sex Beat
C7 Psyche : I'm A Gentleman
D1 Chris Bailey & Friends : Me And My Uncle
D2 The Slickee Boys : Misunderstood
D3 The Primevals : Diamonds, Furcoat, Champagne
D4 Sirens Of The 7th Avenue : Ultra Violence
D5 Charles De Goal : I Wanna Hit You
D6 R. Stevie Moore : Say Man

Genre : Underground Rock
2° morceau de L'inventaire 32 : Voodoo Idol

Des Australiens de The Saints à l'ex-taulard américain Calvin Russell, de l'indépendance de Patrick Mathé et Louis Thévenon au rachat funeste par la Fédération Nationale d'Achat des Cadres, l'histoire de New Rose est symptomatique de la difficulté d'être libre et original dans un domaine piégé par les enjeux commerciaux. Petit label français  né en 1981 et baptisé d'après une chanson du premier album des Damned, New Rose développe intelligemment un catalogue où se croisent le post punk émergeant, des francs-tireurs sur le retour (Sky Saxon des Seeds, Alex Chilton) et quelques beautiful losers dont l'Amérique ne veut pas forcément. 
Pour se faire une idée de la haute tenue de ce label, rien ne vaut la compilation Play New Rose For me, centième occurrence, en 1986, d'un catalogue irréprochable où 23 groupes et personnalités fortes de l'écurie se prêtent au jeu de la reprise. Peu de temps faibles, aucun véritable déchet, un double LP réédité en CD en 2004 sur le label Last Call et introuvable depuis.
Juste pour se faire une idée de ce concentré d'énergie brute, Voodoo Idol, une reprise des Cramps par les Divine Horsemen, quintet de Los Angeles qui a pondu quatre albums entre 1984 et 1987 d'un rock élémentaire et sauvage auquel Kid Combo et Jeffrey Lee Pierce du Gun Club venaient parfois apporter leur grain de sel. New Rose était une maison vraiment bien fréquentée...  

PRINCE AND THE REVOLUTION Let's Go Crazy

PRINCE AND THE REVOLUTION
Purple Rain

Label : Warner Bros Records
Année : 1984
A1 Let's Go Crazy
A2 Take Me With U
A3 The Beautiful Ones
A4 Computer Blue
A5 Darling Nikki    
B1 When Doves Cry
B2 I Would Die 4 U
B3 Baby I'm A Star
B4 Purple Rain

Genre : Funky Pop
1° morceau de L'inventaire 32 : Let's Go Crazy

Contrairement aux habitudes de ce blog, DJ set au Festival d'Alès oblige, ce n'est pas une curiosité mais un énorme tube tiré d'un album aux ventes colossales qui ouvre ce trente-deuxième mix des Cercles Parfaits. 
Inutile de s'étendre sur la b.o. de ce film kitsch et culte qui mettra le petit prodige de Minneapolis sur orbite, en concurrence serrée, à cette époque, avec Michael Jackson, avant de s'éparpiller dans toutes les directions musicales possibles, du funk au jazz en passant plus récemment par quelques égarements "zeppelinesques" qui ne lui vont pas forcément bien au teint.
Pour la petite histoire, quand même, notons qu'en 1984, Purple Rain fut le premier album à se voir affublé de l'autocollant "Explicit Lyrics" à cause de son titre sulfureux Darling Nikki, qui osait évoquer clairement la masturbation féminine. 
Quel coquinou ce Rogers !

dimanche 8 février 2015

Inventaire 31 - Rock Requiem


Inventaire 31 - Rock Requiem par twinselecter

LALO SCHIFRIN Introit

LALO SCHIFRIN
Rock Requiem

Label : Verve
Année : 1971
A1 The Procession
A2 Introit
A3 Kyrie Eleison
A4 Gradual
A5 Tract
B1 Offertory Verse
B2 Sanctus Benedictus
B3 Agnus Dei
B4 Final Prayer

Genre : Jazz Rock Liturgique
8° morceau de L'Inventaire 31 : Introit

C'est l'un des monstres sacrés de la bande originale. On lui doit les musiques de Mission Impossible, Bullitt, L'Inspecteur Harry, Luke La Main Froide, Mannix, Le Kid de Cincinnati, La Fureur du Dragon... 
Lalo Schifrin est né en Argentine où Dizzy Gillespie le repère et l'embarque comme pianiste et, surtout, arrangeur. Sa carrière sera internationale mais aussi protéiforme. A côté des bandes originales qui feront sa fortune et sa célébrité, il construit progressivement une discographie où se mêlent sa formation classique, son amour du jazz et sa boulimie de toutes les formes musicales, des sonorités "pop" du moment aux expérimentations les plus audacieuses. Les résultats sont très variables, parfois même étranges. Comme le LP conceptuel The Dissection And Reconstruction Of Music From The Past As Performed By The Inmates Of Lalo Schifrin's Demented Ensemble As A Tribute To The Memory Of The Marquis De Sade, dont le titre à rallonge ne suffit pas à résumer un disque qui tient à la fois de l'anachronisme total et de l'objet intemporel. 
Le talent monstrueux du compositeur n'empêche pas quelques fautes de goût : on sent chez Lalo Schifrin une certaine forme d'opportunisme qui lui fait absorber toutes les modes musicales pour les intégrer avec plus ou moins de bonheur à ses œuvres. Ses deux albums de 1976 et 77 pour le label CTI souffrent ainsi d'une influence disco qui transforme parfois son jazz sophistiqué en tapisserie musicale.
Cinq ans plus tôt, il compose chez Verve ce disque étrange, dédié  "aux morts de la guerre de l'Asie du Sud-Est", une manière très personnelle d'évoquer la boucherie du Vietnam, assez éloignée de la pop contestataire de l'époque. Un étrange  requiem en neuf actes où une chorale toute liturgique se pose sur des rythmiques latino, rock, funky pour un résultat qui oscille entre les pires moments de Hair ou Jesus-Christ Superstar et quelques envolées vers des zones inexplorées de la pop mystique. Peut-être pas un chef-d’œuvre, mais à coup sûr une curiosité au sein d'une discographie dont on est loin d'avoir fait le tour. 
 

THE HUMAN LEAGUE I Am The Law

THE HUMAN LEAGUE
Dare!

Label : Virgin
Année : 1981
A1 The Things That Dreams Are Made Of
A2 Open Your Heart
A3 The Sound Of The Crowd
A4 Darkness
A5 Do Or Die
B1 Get Carter
B2 I Am The Law
B3 Seconds
B4 Love Action (I Believe In Love)
B5 Don't You Want Me

Genre : Pop synthétique
7° morceau de L'Inventaire 31 : I Am The Law

Aucune soirée commémorative/régressive consacrée aux années 80 ne fait l'impasse sur le tube Don't You Want Me. Et, pour beaucoup, le groupe se résumera à ça : une pop dominée par les synthétiseurs et le chant du leader Phil Oakey, qui oscille entre une certaine sinistrose dans les graves et quelques envolées plus lyriques dans les aigus.
Comme le Simple Minds des débuts, The Human League est, en 1977, l'un des premiers à s'emparer des claviers électroniques pour explorer des ambiances sombres et modernistes que les initiés appelleront la Cold Wave. Cette première tendance culmine dans le deuxième album, Travelogue, dont le son  souvent oppressant et "indus" n'est pas sans rappeler l'univers de Joy Division. Une partie du groupe part alors former l'anecdotique mais rentable Heaven 17,et Phil Oakey resté seul maître à bord adopte aussi un virage plus pop, plus romantique, qui en fera l'un des groupes emblématique des années 80. Dare! est donc cet album de transition, du passage de l'obscurité à la lumière, qui ne saurait se résumer à son tube. 
La preuve avec I Am The Law, choisi pour le mix 31, un morceau qu'on verrait bien figurer au générique d'une adaptation cinématographique du 1984 de George Orwell...

MARSHALL HOOKS & CO. I Want the same thing tomorrow

MARSHALL HOOKS & CO.

Label : Blue Horizon
Année : 1970
A1 Hookin' It - Part One
A2 Time Is Running Out On You
A3 Blow My Mind
A4 I Want The Same Thing Tomorrow
A5 Lived, Loved, Won And Lost
B1 Facts Of Life
B2 I'm Just A Simple Man
B3 Reality
B4 Hookin' It - Part Two


Genre : Rhythm'n'Blues
5° morceau de L'inventaire 31 : I Want The Same Thing Tomorrow 

Même le moteur de recherche omnipotent baisse la garde : à part quelques annonces de vente de cet unique 33t sans titre (entre 30€ et 180€ quand-même... on croit rêver !), il n'y a aucune occurrence pour Marshall Hooks & Co. sur internet.
Même le leader, qui donne son nom au groupe éphémère, n'a guère laissé que deux autres traces au sein de la discographie de George "harmonica" Smith (le fameux !) : un bluesman dont l'unique fait de gloire est d'avoir été le premier à électrifier... une harpe !
On se contentera donc de se fier au disque, à sa pochette qui évoque une influence hendrixienne, que confirmerait la présence derrière la console de Mike Ross, une pointure qui a participé à l'enregistrement d'Are You Experienced ?, également ingénieur attitré de Fleetwood Mac
A part ça, malgré l'anonymat du groupe, on est en terrain connu : un rhythm'n'blues qui, en 1970, reprend les choses là où Stax est en train de les laisser, avec une section rythmique solide et funky et un orgue qui contribue grandement à faire monter la température. Si techniquement Marshall Hooks n'a rien d'un grand chanteur, il compense par son attaque dynamique et ce timbre un peu râpeux qui, au final, expliquent peut-être pourquoi les amateurs recherchent cette petite curiosité.