lundi 1 septembre 2014

Inventaire 27 - Nippon Guitars & Country Opera


GRACE JONES Walking In The Rain

GRACE JONES
Nightclubbing

Label : Island 
Année : 1981
A1 Walking In The Rain
A2 Pull Up To The Bumper
A3 Use Me
A4 Nightclubbing
B1 Art Groupie
B2 I've Seen That Face Before (Libertango)
B3 Feel Up
B4 Demolition Man
B5 I've Done It Again

Genre : Synth Pop
7° morceau de L'inventaire 27 : Walking In The Rain

Elle incarne à elle toute seule les années 80. Top model née en Jamaïque, Grace Jones deviendra l'égérie et la compagne de Jean-Paul Goude qui usera et abusera de sa beauté androgyne, lisse et musclée, quelque part entre les humanoïdes répliquants de Blade Runner et l'être qui venait d'ailleurs cher à David Bowie. Au tournant des années 70/80, c'est pourtant une artiste bien réelle qui enflamme les soirées parisiennes, affichant la même classe mystérieuse sur la scène du Palace que dans les publicités pour Citroën et, bien sûr, les défilés de mode orchestrés par Goude... En accord avec ce physique ambigu, Grace Jones possède une voix grave et puissante qu'elle mettra dans ses premiers albums au service d'un disco de circonstance, avant de trouver ses marques dans une pop synthétique qui n'empêche pas les sentiments. En témoignent ses deux plus grands succès : une version chaloupée de La Vie en Rose et Libertango (sur cet album), une reprise d'Astor Piazzolla qui anticipe de presque 20 ans le son soi-disant novateur du Gotan Project...
Comme sur Warm Leatherette, l'album précédent, Grace Jones est ici entourée de pointures, notamment  la section rythmique Sly Dunbar/Robbie Shakespeare dont nous avons déjà largement évoqué les talents dans ce blog. Maîtrisant à merveille l'alternance de passages parlés et d'envolées lyriques qui sont sa signature, elle revisite sans complexe Iggy Pop, Bill Withers et même Police. Elle fait merveille avec cette reprise de Walking in the rain, écrit deux ans plus tôt par les Australiens Vanda et Young (The Easybeats, puis Flash and the pan).
 

BLUE ÖYSTER CULT Then Came The Last Days Of May

BLUE ÖYSTER CULT
(premier album)

Label : CBS
Année : 1972
A1 Transmaniacon MC
A2 I'm On The Lamb But I Ain't No Sheep   
A3 Then Came The Last Days Of May   
A4 Stairway To The Stars
A5 Before The Kiss, A Redcap
B1 Screams
B2 She's As Beautiful As A Foot
B3 Cities On Flame With Rock And Roll
B4 Workshop Of The Telescopes
B5 Redeemed
Genre : Psychedelic Hard Rock
6° morceau de L'Inventaire 27 : Then Came The Last Days Of May

Si on identifie d'entrée les riffs saturés et la batterie massive bien pratiques pour ranger le groupe dans la case "hard rock", on n'en est qu'aux balbutiements : il faudra encore quelques années avant que le genre vire à l'auto-caricature. Les New-yorkais de Blue Öyster Cult ont beau être surchargés en électricité, leur groupe, formé sur les cendres d'une obscure formation psyché (Soft White Underbelly), doit autant aux inévitables Led Zeppelin (difficile de ne pas voir dans le Stairway To The Stars de ce premier album une réponse/clin d'oeil au Stairway To Heaven sorti l'année d'avant sur le quatrième album des Anglais tout puissants), qu'aux hallucinations chimiques chères à Timothy Leary et aux improvisations littéraires de la Beat Generation
Du coup, ce coup d'essai fait preuve d'une inspiration très éclectique et d'une bonne dose d'humour (il en faut pour intituler une chanson "Elle est aussi belle qu'un pied".) Les morceaux, paroles et musique, sont composés par l'ensemble du groupe, un esprit d'ouverture qui accueillera même sur les albums suivants des paroliers aussi prestigieux que la grand-mère à PJ Harvey (Patti Smith, à l'époque compagne du guitariste et claviériste du groupe, Allen Lanier) où encore l'écrivain visionnaire Michael Moorcock.
Avec sa pochette qui semble tirée des premiers numéros d'(A SUIVRE) et sa production qui magnifie l'électricité, le premier album de Blue Öyster Cult est un de ces disques qui mérite d'être régulièrement sorti de l'oubli. 

CELIA CRUZ & JOHNNY PACHECO Cucala

CELIA & JOHNNY
Tremendo Caché

Label : Vaya Records
Année : 1975
A1 Cucala
A2 Orizah Eh
A3 Tres Dias De Carnaval
A4 No Me Hables De Amor
A5 Dime Si Llegue A Tiempo    
B1 La Sopa En Botella
B2 De La Verdegue
B3 Ni Hablar
B4 Rico Changi
B5 No Aguanto Mas


Genre : Latino Buttshaker
5° morceau de L'inventaire 27 : Cucala

Même si dans les années 70 la chanteuse et son "chef d'orchestre" sont déjà des légendes en Amérique du sud et chez les amateurs de son y salsa, cet album sera celui de la renommée internationale. Peut-être parce qu'il était temps... Peut-être aussi parce qu'il sort dans la foulée d'un concert historique, celui que Celia Cruz donna avant James Brown, à Kinchasa, pour la célébration du match Muhammad Ali/George Foreman
Dans le documentaire Soul Power de Jeffrey Levy-Hinte, on peut voir un extrait de cette prestation hallucinante où Pacheco dirige en dansant, assure la cohésion entre l'orchestre et les échappées vocales de Celia Cruz et accorde à Ray Barretto la place qu'il mérite : celle du maître incontesté des percussions sud-américaines.
Bien sûr, l'enregistrement studio n'a pas tout à fait la fièvre du concert africain, même si, de toute évidence, cet album sans temps faible capture le groupe dans les conditions du live. En témoigne ce Cucala inclut dans l'Inventaire 27, à peine plus sage que la version qu'on peut voir dans Soul Power...

MIDNIGHT MOVERS Crabs

MIDNIGHT MOVERS
Do It In The Road

Label : Elephant V/Roulette
Année : 1970
A1 Music Makers
A2 Medicater Goo
A3 Crabs
A4 Stop Look And Listen
B1 Why Don't We Do It In The Road
B2 Tough Enough
B3 Try Our Thing

Genre : Groovy Baby
4° morceau de L'inventaire 27 : Crabs

Encore une pochette sur laquelle on peut difficilement se tromper, même si l'on n'a jamais entendu parler des Midnight Movers. Surtout qu'au verso on découvre la section de cuivres avec le même look seventies, ainsi qu'une petite présentation du groupe rédigée par Howard Weissman (?) qui apprendra aux anglophones que, si cet album est la première sortie officielle du groupe, ses membres trainaient tous depuis quelques années sur le circuit soul & rhythm'n'blues. 
En fait, les Midnight Movers ont été assemblés par George Patterson Jr, saxophoniste et arrangeur né à Chicago où il a appris la musique et s'est passionné tout d'abord pour le jazz, entre autres John Coltrane qu'il a vu en concert à plusieurs reprises, rencontré et interrogé sur l'art de l'improvisation... 
C'est le début d'une longue carrière musicale qui le verra multiplier les formations jusqu'à celle-ci, initialement appelée Midnight Movers Unlimited, qui accompagnera notamment Wilson Pickett et les Isley Brothers à leur période funky. Bref, c'est ce qu'on appelle un groupe de sessions, dont le guitariste, Charles Pitts, est d'ailleurs entré dans l'histoire en jouant l'emblématique wah-wah sur le Shaft d'Isaac Hayes
Sous leur nom il n'y aura que deux albums, pas faciles à trouver, surtout ce premier sorti sur un label minuscule, enregistré dans un petit studio avec un 4 pistes rudimentaire. Le LP est d'inspiration inégale, mais il comporte quelques perles de rare groove, dont la reprise des Beatles qui donne son titre à l'album et Crabs, le court instrumental choisi pour notre mix numéro 27.

Les informations récoltées sur le groupe viennent directement d'un blog rédigé dans un français parfois approximatif, mais très enthousiaste et très bien documenté : Blog de soul quinquin.

GIANT SAND Detained

GIANT SAND
Tucson : A Country Rock Opera

Label : Fire Records
Année : 2012
A1 Wind Blown Waltz
A2 Forever And A Day
A3 Detained
A4 Lost Love
B1 Plane Of Existence
B2 Undiscovered Country
B3 Love Comes Over You
B4 Thing Like That
B5 The Sun Belongs To You
C1 We Don't Play Tonight
C2 Ready Or Not
C3 Mostly Wrong
C4 Hard Morning In A Soft Blur
C5 Recovery Mission
D1 Slag Heap
D2 Not The End Of The World
D3 Caranito
D4 Out Of The Blue
D5 New River 

Genre : 21st Century Country Rock
3° morceau de L'inventaire 27 : Detained

Bientôt trente ans d'existence souterraine... La créature d'Howe Gelb est née dans le Sud des États-Unis au beau milieu des années 80 et se range dans une case mal définie de rock indépendant, résolument moderne mais quand-même bien imprégné de l'héritage de la musique populaire de l'Amérique profonde. 
Bien que le personnel, aux côtés du leader, chanteur, guitariste et pianiste ait souvent changé, deux membres vont marquer le groupe  : John Convertino qui prend la batterie à partir du quatrième album et le bassiste Joey Burns, qui arrive plus tard, mais devient vite essentiel à l'identité de Giant Sand.
La formule semble idéale et produira une discographie admirable jusqu'à Cover Magazine en 2001. La créativité du trio semble intarissable avec, en plus des albums réguliers de Giant Sand, le Band Of Blacky Ranchette qui convoque sonorités country et imagerie western, ainsi que l'album unique d'OP8 qui rassemble le trio plus la chanteuse Lisa Germano : le genre de truc sorti de nulle part et sans lendemain qu'on amènerait volontiers sur une île déserte...
Mais le succès ne vient toujours pas, tandis que le projet satellite de Burns et Convertino décroche la timbale : Calexico. La brouille vient peut-être de là, peut-être du caractère d'Howe Gelb, toujours est-il que ce dernier se retrouve en 2004 seul aux commandes de Giant Sand et sort un album qui commence par un morceau appelé... Classico !

Depuis, il a su trouver de nouveaux camarades de jeux avec lesquels il sort régulièrement des albums très mal distribués. Tel cet ambitieux et magnifique Tucson : A Country Rock Opera qui est sorti en 2012 uniquement sur Fire Records, le label anglais qui suit le groupe depuis de nombreuses années.
Ballades torturées, rock sauvages qui se désagrègent au bout de quelques minutes, reprises détournées du droit chemin, Giant Sand peut aussi bien jouer ses chansons dans un vieux bar de rednecks que dans un festival punk rock, voire dans un club de jazz. Pas sûrs qu'ils ne se fassent pas virer des trois cependant : Howe Gelb a beau assimiler toute l'histoire de la musique et la digérer avec une facilité déconcertante, il ne tient pas en place, déteste la facilité et ne sait finalement faire qu'une musique, la sienne !


Pour en savoir plus sur Howe Gelb (et plein d'autres) nous ne saurions trop vous conseiller la lecture de Retour à Sonora de Nicolas Moog, une plongée dans Tucson, Arizona à la rencontre de ses musiciens, dont 8 pages en compagnie de l'âme pas vraiment damnée de Giant Sand. C'est beau et ça fait pas cher du voyage aux States...

T-REX Cadillac

T-REX
Telegram Sam/Cadillac


Label : Ariola
Année : 1972
Genre : Pop glamour
2° morceau de L'inventaire 27 : Cadillac


Porté par son compositeur et leader Marc Bolan, T-Rex fait le lien entre l'efficacité de la pop sixties et les débauches d'électricité qui marqueront les années 70. C'est un groupe à singles, alignant les petites bombes de trois minutes et demi, riffs saturés en avant, avec cette voix légèrement acide de Bolan qui invente le "glam rock" sans le faire exprès. 
On mesure mal aujourd'hui l'importance du groupe et du personnage, Marc Bolan et son physique d'ange chevelu, légèrement androgyne, terriblement charismatique sur scène et lors de ses apparitions télé, surtout lorsqu'il débarque à la BBC perché sur des plateform boots avec un boa en plume autour du cou. Il deviendra l'ami mais surtout une influence majeure du Bowie première période.
Telegram Sam est le premier single pour EMI, quelques mois après l'album grandiose Electric Warrior sorti chez Fly Records et qui marquait le passage au 220 volts pour la bande à Bolan. Le titre atteindra le numéro un en Angleterre  et figurera sur le 33t The Slider, dernier grand album de T-Rex. En revanche, Cadillac, la face B choisie pour le mix, ne figure que dans quelques compilations et, bien sûr, dans ce 45t originel qui confirme l'idée que, dans la période de "T-Rextacy" (entre 70 et 73), il faut tout ramasser : albums, singles et autres inédits découverts sur le tard. 

PS : Les auditeurs attentifs auront remarqué que mon exemplaire a une rayure sur l'intro qui crée une syncope inédite sur la batterie... Une sorte de remix involontaire mais plutôt réussi !

TAKESHI TERAUCHI Hoshi Eno Tabishi

TAKESHI TERAUCHI
Nippon Guitars 

Label : Big Beat Records
Année : 2011 (1966-74)
A1 Takeshi Terauchi & The Bunnys : Ganroku Hanami Odori
A2 Takeshi Terauchi & The Bunnys : Rising Guitar
A3 Takeshi Terauchi & The Bunnys : Sado Okesa
A4 Takeshi Terauchi & The Bunnys : The Clamour Of The Sun
A5 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Hoshi Eno Tabishi (Journey To The Stars)
A6 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Meiji Ichidai Onna
A7 Takeshi Terauchi & Blue Jeans: Sa No Sa
A8 Takeshi Terauchi & The Bunnys : South Pier
B1 Takeshi Terauchi & The Bunnys : Summer Boogaloo
B2 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Touryanse
B3 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Meigetsu Akagi Yama
B4 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Nambuzaka Yuki No Wakare
B5 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Tsugaru Yamabiko Uta (Mountain Echo)
B6 Takeshi Terauchi & Blue Jeans : Tsugaru Eleki Bushi

Genre : Instrumental Surf, Eleki & Tsugaru Rock
1° morceau de L'inventaire 27 : Hoshi Eno Tabishi (Journey To The Stars) 

Les habitués des Cercles Parfaits se souviennent peut-être de Micky Anderson , mystérieux guitariste probablement japonais qui enflammait l'Inventaire numéro 6
Plus reconnu (Jello Biafra  serait de ses fans...) mais pas pour autant célèbre par ici, Takeshi Terauchi est un phénomène au Japon. Aujourd'hui septuagénaire, il cumule les casquettes d'homme d'affaire, 8e dan de karaté, maître zen et, bien sûr, "guitar hero".
Selon la légende rédigée au verso de la pochette d'après une interview de Takeshi Terauchi lui-même, il aurait présenté dans les années 60 Leo Fender à Yamaha, qui deviendra l'importateur de la marque au Japon, avant d'en copier plus ou moins bien les modèles phares. On y apprend aussi que, inspiré par le génial guitariste et trafiquant sonore Les Paul, Terauchi a fabriqué lui même ses effets et transformé ses instruments pour obtenir des sons plus personnels.
Cette compilation, due au label Big Beat spécialisé dans les rééditions et redécouvertes de perles des 60's et 70's, embrasse sept ans de carrière de l'auto-proclamé "king of electric guitar" à travers ses deux groupes : les Bunnys et les Blue Jeans. Un album essentiellement composé d'instrumentaux qui ne dépareilleraient pas dans une b.o. de Tarantino et qui vont du slow de l'été à de sauvages montées de fuzz, propres à décoiffer n'importe quel beach boy.

mardi 1 juillet 2014

Inventaire numéro 26 - Music For Wild Angels

FREE Heavy Load

FREE
Fire and Water

Label : Island Records
Année : 1970
A1 Fire And Water
A2 Oh I Wept
A3 Remember
A4 Heavy Load
B1 Mr. Big
B2 Don't Say You Love Me
B3 All Right Now (Long Version)

Genre : Chevelus électrifiés
6° morceau de L'inventaire 26 : Heavy Load

En 1970, on entre dans la période pénible du rock anglais. Le psychédélisme devient rock progressif, le rhythm'n'blues se fait de plus en plus lourd, il s'appellera bientôt "hard rock". Que les compositions développent des structures complexes ou qu'elles se revendiquent au contraire de l'essence du blues, c'est de toutes façons l'occasion de tricoter du solo de guitare jusqu'à épuisement total de l'auditeur. Clapton est alors un dieu, jusqu'à ce que Jimmy Page vienne lui piquer sa couronne...
Free a tous les apparats du genre et, sur le papier du moins, ne se distingue pas beaucoup des formations bluesy qui pullulent à l'époque. Seulement voilà : il y a ce truc qu'on appelle le feeling, faute de mieux. Le phrasé inspiré de la guitare de Paul Kossoff ne tombe jamais dans la démonstration de virtuosité, la voix de Paul Rodgers est lourdement chargée en émotion et les compositions, co-signées la plupart du temps par Rodgers et son bassiste Andy Fraser, visent direct au coeur. De cet album on connait essentiellement le tube All Right Now qui comble régulièrement les trous dans les compilations célébrant les années 70. Mais ce Heavy Load, avec son rythme lent et sa mélancolie qui semble parfois virer vers la colère, est une des très grandes chansons de l'histoire du rock. 
Ce quatrième album studio sera suivi de deux autres avant la séparation en 1972. Rodgers ira monter le "super groupe" Bad Company avec des membres de King Crimson et de Mott The Hoople. Ils séviront pendant 15 ans et se reforment encore de temps en temps. Il n'a jamais retrouvé cependant ces chansons d'écorché vif qui émaillent la discographie de Free

PASSION FODDER Pray, anarchist

PASSION FODDER
Love, Waltzes and Anarchy

Label : Barclay
Année : 1988
A1 Polished Off
A2 Pascal's Waltz
A3 Kill Me Hannah
A4 Hunger Burns
A5 Orwell Cooks
B1 Spokane
B2 The Struggle For Love (Rent, Painting And Manic Delight)
B3 Pray, Anarchist
B4 The Girl That I Marry

Genre : Rebel Rock
5° morceau de L'inventaire 26 : Pray, anarchist

Théo Hakola est américain, anti-capitaliste et pro-révolutionnaire. Il vit en France depuis plus de 30 ans. 
Dès le début des années 80, il fonde avec quatre musiciens français l'Orchestre Rouge dont le premier single est enregistré à Manchester par le producteur de Joy Division, Martin Hannett. Deux albums, à peine le temps de se faire une réputation dans le rock underground français (loin de Trust et Téléphone donc...) et le groupe implose. 
Théo Hakola réunit alors une autre équipe pour son nouveau projet, Passion Fodder. On y retrouve ses textes engagés mais bien écrits, son sens mélodique très inspiré et sa spontanéité punk avec, en plus, le rôle prépondérant de la violoniste Bénédicte Villain qui restera avec lui, même après la séparation du groupe en 91. La musique de Théo Hakola se caractérise d'ailleurs par un mélange d'électricité et de sonorités brutes qui donnent souvent un côté "rock tribal" à ses enregistrements. Comme me le faisait remarquer Guillaume D. à propos de ce Pray Anarchist inclus dans le mix : "C'est moi ou Nick Cave n'est pas loin ?
Durant ces 6 années d'existence, la réputation de Passion Fodder s'étoffe, tandis que se développe en France ce qu'on appelle alors le "rock indépendant". Le groupe navigue dans les mêmes circuits et écume les mêmes scènes que la Mano Negra et autres émanations de Boucherie Productions, même si Passion Fodder est signé chez Barclay. C'est d'ailleurs pour la major française que Théo Hakola produira le premier album d'un tout nouveau groupe de Renne, Noir Désir, l'année même où il accouche de ce troisième album de Passion Fodder, Love, Waltzes ans Anarchy. Un bon cru !

Théo Hakola tourne depuis 20 ans sous son nom. On lui doit entre autres un titre édifiant, Il n'y a pas de jolie fille à droite, en français dans le texte. 
Son dernier album s'appelle This Land Is Not Your Land.   

THE ANAMBRA BEATS Ayamma

NIGERIA SPECIAL Part 1
(Compilation)

Label : Soundway
Année : 2008 (1970-76)
A1 The Anambra Beats: Ayamma
A2 Celestine Ukwu & His Philosophers National : Okwukwe Na Nchekwube
A3 The Don Isaac Ezekiel Combination: Amalinja
B1 The Funkees : Akula Owu Onyeara
B2 Dele Ojo & His Star Brothers Band : Oja Omoba
B3 The Harbours Band : Koma Mosi
C1 The Semi-Colon : Nekwaha Semi Colon
C2 Sir Victor Uwaifo & His Melody Maestros : Osalobua Rekpama
C3 St. Augustine & His Rovers Dance Band : Onwu Ama Dike
D1 The Sahara All Stars Of Jos : Feso Jaiye
D2 Mono Mono : Ema Kowa Iasa Ile Wa
D3 Tunji Oyelana & The Benders : To Whom It May Concern

Genre : Highlife
4° morceau de L'inventaire 26 : Ayamma

On a déjà dit ici tout le bien qu'on pensait du label anglais Soundway et de leurs rééditions et compilations qui ne se cantonnent pas au continent africain : la Colombie, la Thaïlande du temps où elle s'appelait encore Royaume de Siam, et plus généralement tout ce qui groove et vient de contrées musicalement méconnues intéresse potentiellement Miles Cleret, infatigable chercheur de disques et créateur du label qui dresse depuis plus de 10 ans un catalogue aussi éclectique qu'irréprochable. 
Cet Inventaire numéro 26 nous amène une fois de plus au Nigeria avec un morceau très acoustique, presque tribal, signé des Anambra Beats, qui ouvre ce double album sorti en 2008. On y retrouve par ailleurs les Funkees, en quelques sortes les stars du label qui leur a consacré une compilation en 2012 (déjà épuisée en vinyle), mais aussi tout un tas de formations inconnues, aux noms  souvent savoureux (Mono Mono, The Sahara All Stars Of Jos, The Semi-Colon...), confirmant que ce pays, déchiré de l'intérieur par une effroyable guerre civile à la fin des années 60, est devenu un véritable puits de créativité durant la décennie suivante.

La nouvelle étape pour Soundway consiste à remettre certains de ces groupes en selle en produisant et publiant leurs enregistrements actuels. Le catalogue va encore prendre de l'ampleur...

PUNCTURE Mucky Pup

PUNK 45 : There Is No such Thing As Society (compilation)

Label : Soul Jazz Records
Année : 2014 (1977-81)
A1 The Users : Sick Of You
A2 The Art Attacks : Neutron Bomb
A3 Johnny Moped : Incendiary Device
A4 The Jermz : Powercut
A5 The Mekons : 32 Weeks
A6 The Rings : I Wanna Be Free
B1 The Now : Development Corporations
B2 The Killjoys : Johnny Doesn't Want To Go To Heaven
B3 Disturbed : I Don't Believe
B4 Television Personalities : Part Time Punks
B5 The Puncture : Mucky Pup
B6 The Lines : White Night
C1 The Scabs : Leave Me Alone
C2 The Cravats : You're Driving Me
C3 Swell Maps : Real Shocks
C4 The Nerves : TV Adverts
C5 Eric Random : 23 Skidoo
C6 'O' Level : East Sheen
D1 Josef K : Radio Drill Time
D2 The Cigarettes : Back Again, Here They Come
D3 The Shapes :  Wot's For Lunch Mum
D4 The Freeze : For J. P. S.
D5 Roses Are Red : Can't Understand
D6 The Prefects : Going Through The Motions

Genre . Punk GB
3° morceau de L'inventaire 26 : Mucky Pup

Bien sûr, il y a quelque chose de bizarre à voir le punk savamment compilé par un label qui fait un travail de mémoire : un comble pour ceux qui n'avaient qu'un credo en 77, le "no future" !
Mais en choisissant de se concentrer sur l'esprit de l'époque, délaissant les classiques emblématiques du genre pour rassembler les singles les plus obscurs et les plus radicaux, Soul Jazz réussit à revenir à l'essence même du punk : une musique brute et franche galvanisée par le principe du "Do it yourself". 
Les groupes les plus connus se nomment ici Television Personalities et The Nerves (ce sont aussi les plus matures). Les brulots de deux minutes s'alignent les uns derrière les autres à mesure que s’accroit la stupéfaction de l'auditeur. Auto-produits, saisis sur le vif, chantés faux et joués forts, les 24 morceaux de ce double album pris séparément ne laisseraient pas forcément un souvenir impérissable. Mais l'assemblage réussit le petit miracle de capter l'urgence et la spontanéité de ce moment où l'Angleterre a fait table rase, envoyant balader dix ans de rock progressif et de tricoteurs de solo avec un seul accord de guitare même pas accordée.
Certains titres se distinguent du lot comme I Don't Believe de Disturbed (Elastica leur ont tout pompé) ou le morceau de ska-punk Development Corporation ou encore ce Mucky Pup choisi pour notre mix avec son solo électro-bruitiste. Les curiosités affleurent : ici le premier groupe de Kevin Rowlands qu'on connaîtra deux ans plus tard assagi et en salopette à la tête de Dexys Midnight Runner, là l'ironie bon enfant du Part Time Punks des Television Personalities qui ont déjà un certain recul sur le mouvement. Mais au final, l'immersion  totale est conseillée si l'on veut vraiment faire la bascule vers ce mélange paradoxal de fraîcheur, de naïveté, de subversion et de destruction que le cynisme des années 80 allait très vite enterrer. 

Ce double LP n'est d'ailleurs qu'une partie du travail entrepris par Soul Jazz qui se complète d'un équivalent américain (Punk 45 : Kill the hippies! Kill Yourself!) et d'un tout nouveau volet qui explore les racines souterraines du punk (Punk 45 : Sick On You ! One Way Spit). Le tout abondamment commenté sur les pochettes intérieures par Jon Savage qui connaît son sujet à fond... et en a logiquement fait son fond de commerce !

LL COOL J I'm That Type of Guy

LL COOL J
Walking With A Panther

Labvel : Def Jam
Année : 1989
A1 Droppin' Em
A2 Smokin', Dopin'
A3 Fast Peg
A4 Clap Your Hands
A5 Nitro
A6 You're My Heart
A7 I'm That Type Of Guy
A8 Why Do You Think They Call It Dope?
B1 It Gets No Rougher
B2 Big Ole Butt    
B3 One Shot At Love
B4 1-900 LL Cool J
B5 Two Different Worlds
B6 Jealous    
B7 Jingling Baby    
B8 Def Jam In The Motherland 

Genre : Old Skool - 2°morceau de L'inventaire 26 : I'm that kind of guy

La légende veut qu'il ait commencé à rapper dès l'age de 9 ans, alors que le Grandmaster Flash n'avait pas encore balancé son Message. Il est en tous cas l'une des premières et la plus jeune signature du label Def Jam, avant les Beastie Boys et Public Enemy. Il n'a que 16 ans quand sort son premier maxi, I Need A Bit, entièrement bricolé à la maison avec la mixette offerte par pappy... Ce petit prodige a depuis amassé les succès et sa discographie est assez régulière jusqu'à aujourd'hui, même si 5 ans séparent ses deux derniers albums. 
Certes, sur ce troisième LP sorti en pleine ascension, tout ne passe pas l'épreuve du temps, notamment deux ballades sirupeuses qui cadrent mal avec le côté "bad boy" affiché sur la pochette. L'attitude de James Todd Smith (son nom dans le civil, le pseudo signifiant "Ladies Love Cool James") verse souvent dans la caricature et les paroles se la pètent grave dans le registre "j'ai peur de rien et je baise ta femme". Le type a dû danser le MIA plus souvent qu'à son tour, même s'il a généreusement cédé sa grosse chaîne en or à son animal de compagnie pour la pochette du disque.
N'empêche : son flow cool et fluide et ses trouvailles rythmiques simples mais précises font encore des ravages. Notamment sur ce I'm That Type of Guy, sorte de liste comparative entre un loser et LL qui, bien sûr, est plus beau, plus cool et qui en a une plus grosse. 
C'est l'avantage du disque : on n'est pas obligé de passer la soirée avec celui qui l'a fait...

THE SHOTGUNS 900 Miles From Home

MUSIC FOR WILD ANGELS
(Compilation)

Label : Europa/Constanze
Année : 196?
A1 Toni Tornado : See See Rider
A2 The Petards : A Deeper Blue
A3 The Shotguns : 900 Miles From Home
A4 The Lipsticks : Baa-ba-ba-baa
A5 The Spots : She Doesn't Love Me A6 The Lipsticks : Lovin' You
A7 The Petards : Sun Came Out At Seven
B1 Herb Ellen : John Brown's Body
B2 The Petards : Firetree
B3 The Spots : Gonna Get Me A New Girl
B4 The Peers : When The Saints
B5 The Shotguns : The House Of The Rising Sun
B6 The Spots : I Wonna Spend My Life
B7 The Petards : Confusion All Day

Genre : Pop 60's
1° morceau de L'inventaire 26 : 900 Miles From Home

Le label allemand Europa n'est pas franchement un gage de qualité. Actif depuis 1965 et aujourd'hui filiale de Sony, il s'est spécialisé dans les adaptations audio de romans et BD essentiellement pour la jeunesse (Le Club des 5 en feuilleton et en allemand !) et des compilations de musiques populaires dont quelques pointures internationales (Roy Orbison) et une majorité d'artistes de variété allemande. 
Déjà floué par une pochette qui promettait des sommets de jerk endiablé, le chineur de vinyle s'était fourvoyé voici quelques années avec un album des Spots dont la pop gentillette avait fini par l'endormir. 
Mais le voilà qui réitère et ramasse cette compilation dont la façade aguicheuse, toute en cuir et grosse cylindrée, est encore plus efficace 40 ans après ! (Si le mot n'était pas si moche, on assumerait volontiers son goût du "vintage"). 
Pourtant, les Spots sont encore présents sur la track list, parmi une poignée d'autre groupes dont les consonnances américaines ne trompent personne : il s'agit bien de pop teutonne ! Mais au final, miracle des compilations, on y trouve son compte, malgré une bonne moitié de déchets. Une reprise honnête de See See Rider par un certain Toni Tornado, des guitares plus incisives chez le seul groupe à avoir une discographie un peu conséquente (The Petards : des moustachus chevelus qui ont aligné 5 albums entre 68 et 81) et ce 900 Miles From Home signé des Shotguns, dont la chanteuse énergique rappelle vaguement Mariska Veres des Shocking Blue. Bizarrement, le deuxième titre des Shotguns, une version de The House of The Rising Sun un peu plate, est chanté par une voix masculine sans intérêt.
Tous ces morceaux sont reliés entre eux par des bruits de moteur dont les amateurs de grosses bécanes reconnaîtront peut-être les modèles d'origine et qui donnent au tout un côté "Equipée Sauvage" qu'on aurait aimé retrouver un peu plus dans la musique.

Dernière curiosité : le verso de la pochette propose un texte en allemand, anglais et français, traduit probablement par l'ancêtre de la traduction automatique en ligne. Je vous le livre tel quel :
"Contre-prescription. Ne pas utiliser pour cinq-à-sept. Ne pas offrir à chère Grand-Maman. L'effet produit ne serait pas celui escompté. Mode d'emploi. Attendre la crise. Votre party doit avoir atteint son paroxysme - ...que vous croyez!- Lorsque vous mettrez en route. Traitez le bouton ampli comme la manette d'une Harley-Davidson. Les Wild Angels vous rocketteront vers des firmaments explosifs dont on ne vous avait jamais - ...mais jamais ! - parlé."