samedi 23 mai 2015

Inventaire 34 - Back From London 3 : Noise Annoys


SERGIUS GOLOWIN Die Weisse Alm

DEUTSCHE ELEKTRONISCHE MUSIK 2 
Record B (compilation)

Label : Soul Jazz Records
Année : 2013
A1 A.R. & Machines : Als Hätt Ich Das Alles Schon Mal Gesehen
A2 Gila : Sundance Chant
A3 Neu! : Isi
A4 Pyrolator : Danger Cruising
B1 Sergius Golowin : Die Weisse Alm
B2 You : Electric Day
B3 Niagara : Gibli
C1 Popol Vuh : Ja Sie Sollen Gottes Kinder Heissen Agnus Dei
C2 Rolf Trostel : Der Prophet
C3 Electric Sandwich : China
D1 Asmus Tietchens : Zeebrugge
D2 Faust : Krautrock 

Genre : Free Rock 70's
7° morceau de L'Inventaire 34 : Die Weisse Alm

Petit à petit, le label Soul Jazz remet en lumière tous les aspects oubliés ou négligés de la musique électrifiée : funk africain, rappeuses old school, groupuscules punks, country féminine et, ici, électronique allemande. Leurs compilations Deutsche Elektronische Musik ratissent large en deux doubles cd (ou quatre doubles lp) qui vont des improvisations hippies héritées des sixties à une new-wave typiquement germanique, en passant par les prémisses de l'indus, de l'électro et quelques belles plages d'ambient synthétique (comme l'inquiétante bande originale de Popol Vuh pour l'Aguirre de Werner Herzog).
Au milieu d'artistes influents et samplés qui n'ont jamais été autant à la mode (Can, Faust, Neu!, Amon Duul) on trouve de parfaits inconnus qui sont pourtant loin d'être négligeables. Ainsi Sergius Golowin dont la discographie se résume en un seul album sorti en 1973 d'où est extrait ce planant Die Weisse Alm
En fait, Sergius Golowin est suisse et pas vraiment musicien. Écrivain politiquement engagé, spécialiste en mythologie, ésotérisme et folklore, il a soutenu le grand prêtre du LSD, Timothy Leary, dans son exil forcé en Suisse et fait lui-même l'objet d'une surveillance serrée dans ces années 70 plombées entre autres par la Guerre Froide. 
Pour cet étrange morceau qui clôt le mix londonien, il annone son texte sur une musique improvisée qu'on attribue souvent à Klaus Schulze mais qui est également signée des autres musiciens présents sur les sessions d'enregistrement de cette album en tout point unique, rarissime et dont la côte atteint des prix vertigineux : Lord Krishna Von Goloka de Sergius Golowin
Quoi qu'en disent les puristes et autres collectionneurs obsessionnels : vive les compilations ! Vive les rééditions !
   

BUZZCOCKS Noise Annoys

BUZZCOCKS
Love You More/Noise Annoys

Label : United Artists
Année : 1978
Genre : Punk Pop

6° morceau  de L'Inventaire 34 : Noise Annoys

Pretty girls, pretty boys/Have you ever heard your mommy say/Noise annoys ?
Quatrième single des Buzzcocks, le second sans Howard Devoto, parti inventer la New Wave avec Magazine. Deux chansons, quatre minutes trente au total, et l'affirmation d'un groupe comme alternative lumineuse aux deux mastodontes du punk : Clash et Sex Pistols
Les Buzzcocks ont beau jouer simple, vite et fort, leurs morceaux, même les plus bruyants, gardent un côté romantique, probablement dû à la voix aiguë et juvénile de leur leader Steve Shelley (on n'a pas idée, aussi, d'assumer le patronyme d'un poète gothique au beau milieu des sniffeurs de colle nihilistes et provocateurs de tout poil !)
Leur histoire tient en 3 LP et une belle collection de singles maintes fois compilés depuis en cd : nul besoin de jouer les hipsters en traquant leurs 45 tours en vinyle ! Force est de constater en revisitant leur intégrale que, selon la formule consacrée, il n'y a rien à jeter. Certes, tout n'est pas de la trempe de leurs imparables Fast Cars, Ever Fallen in Love, You Know You Can't Help It ou ce simplissime Noise Annoys, mais les Buzzcocks déclenchent une addiction progressive et irréversible qui en font aujourd'hui l'un des groupes les plus réédités de la vague punk. 

En 1989, les Buzzcocks se sont reformés. Ils ont sortis quatre albums studios depuis, perdus au milieu d'une série de compilations et de live exhumés de la première période. Mais ceci est probablement une autre histoire.


MONGO SANTAMARIA Sweet Tater Pie

MONGO SANTAMARIA
Mongo's Groove

Label : BGP Records
Année : 1987 (compilation)
A1 Manteca
A2 Pachanga Twist
A3 Dot Dot Dot
A4 Par Ti
A5 Conga Pa Gozar
B1 Watermelon Man
B2 Sweet Tater Pie
B3 Este Mambo (This Is My Mambo)
B4 Happy Now
B5 Nothing For Nothing

Genre : Latino jazz'n'groove
5° morceau de L'Inventaire 34 :  Sweet Tater Pie

Nombreux sont les musiciens qui ont quitté Cuba pour l'Amérique du Nord dans les années 50 afin d'intégrer big bands exotiques et autres formations de jazz en quête de nouvelles sonorités. Ramón "Mongo" Santamaría Rodríguez, percussionniste sans œillères, fera partie de la vague et jouera notamment avec Perez Prado et Tito Puente. Mais il sortira très vite des albums sous son nom (raccourci en Mongo Santamaria) pour une palanquée de labels : Tico, Riverside, SMC Pro-arte, Fantasy, Battle, Vaya Records, mais aussi les imposants Columbia et Atlantic... 
En plus d'une virtuosité et d'un feeling irréprochables, c'est sa versatilité qui saute aux oreilles, Mongo se montrant aussi à l'aise dans des mambos enfiévrés, des traditionnels de la musique afro-cubaine ou de pures pièces de jazz, tout droit sorties de la 52ème rue à New York. 
Dans cette compilation, parue dans les années 80 sur le label du plus international des D.J., Gilles Peterson et de son complice d'alors, Baz Fe Jazz, on trouve aussi bien un faux twist latino, un solo de congas, l'infernal Este Mambo porté par l'immense chanteuse "La Lupe" et le Sweet Tater Pie qui a fait monter notre mix londonien de 20 degrés d'un coup. Sa version du Watermelon Man d'Herbie Hancock, pourtant une valeur sûre pour réveiller les dance floors assoupis, en paraîtrait presque fade.

A part ça, Mongo Santamaria est le compositeur d'Afro Blue, un standard dont John Coltrane offrira une version d'anthologie.



HOUSE OF LOVE Love II

HOUSE OF LOVE
A Spy In The House Of Love
Label : Fontana
Année : 1990
A1 Safe
A2 Marble
A3 D Song '89
A4 Scratched Inside
A5 Phone
A6 Cut The Fool Down
B1 Ray
B2 Love II
B3 Baby Teen
B4 Love III
B5 Soft As Fire
B6 Love IV
B7 No Fire
B8 Love V 

Genre : Brit' pop
4° morceau de L'Inventaire 34 : Love II

Même si on a déjà dit tout le bien qu'on pensait du groupe de Guy Chadwick dans ce blog, on n'hésitera pas à revisiter leur discographie dès que l'occasion s'en présentera. Par militantisme tout d'abord : House Of Love devrait être réévalué à la hausse, pour l'impeccable songwriting de son leader et peut-être aussi pour leur identité sonore aiguisée comme une lame, une atmosphère un peu fiévreuse, une fausse douceur sur les morceaux les plus acoustiques (dans cet album Phone, malgré son tempo flemmard, son rythme chaloupé et sa voix posée, garde un côté inquiétant) et une rage mal contenue sur la plupart des autres. 
Ce LP est officiellement une compilation de raretés et d'inédits enregistrés à des périodes différentes. Il s'avère malgré tout très cohérent, parfaitement emblématique de l'univers du groupe. Sorti dans la foulée du deuxième véritable album, alors que les tensions entre le chanteur et le guitariste Terry Bikers ont provoqué le départ de ce dernier, il offre, 25 ans après, une excellente introduction à la discographie de House Of Love
Pour la petite histoire, les morceaux intitulés Love II, Love III, Love IV et Love V (et le premier Love publié 3 ans plus tôt sur leur première compilation de raretés) n'ont absolument rien à voir entre eux. Certains sont des instrumentaux, d'autres des ballades, et le numéro 2, choisi pour ce mix, est une spirale névrotique qui finit dans une série de gémissements dont on ne saurait dire s'ils sont plaintifs, orgasmiques, ou l'expression d'un cerveau totalement dérangé.


EARTH, WIND & FIRE Tee Nine Chee Bit

EARTH, WIND & FIRE
Open Our Eyes

Label : CBS
Année : 1974
A1 Mighty Mighty
A2 Devotion
A3 Fair But So Uncool
A4 Feelin' Blue
A5 Kalimba Story
B1 Drum Song
B2 Tee Nine Chee Bit
B3 Spasmodic Movements
B4 Caribou
B5 Open Our Eyes

Genre : Funky but chic
3° morceau de L'Inventaire 34 : Tee Nine Chee Bit

4 ou 5 ans après cet album, Earth, Wind & Fire va devenir l'un des plus grands groupes de soupe de la période synthétique. Ils maîtriseront parfaitement le tournant des années 80, la mutation du disco en un son à la fois cheap et sophistiqué auquel leurs arrangements forts en cuivres et en nappes de synthés donneront un côté emphatique très populaire, pour ne pas dire influent (Michael Jackson a certainement décortiqué l'album Raise! de 1981 jusqu'à la moelle). 
Il ne faudrait pas négliger pour autant leur première période qui démarre en 1970 et attaque sur tous les fronts : funk, soul, pop, et même jazz comme en témoigne l'interlude Spasmodic Movements sur ce cinquième album. 
Un peu hippies sur les bords, les 8 membres de ce collectif chicagoan emmenés par le leader Maurice White sont de redoutables musiciens de session qui concrétisent ici une musique généreuse, fédératrice et irrésistiblement dansante. On peut même écouter ce Tee Nine Chee Bit, en bonne position dans le mix numéro 34, comme un des morceaux précurseurs du hip hop avec son flow narratif posé sur un groove impeccable.
Open Our Eyes vient s'aligner au côté du premier album des Commodores et de Do It ('Til You're Satisified) de B.T. Express comme l'un des sommets funky de cette année 1974, dernière balise avant l'ouragan disco.

DR. PHIBES & THE HOUSE OF WAX EQUATIONS Sugarblast

DR. PHIBES & THE HOUSE OF WAX EQUATIONS
Sugarblast (maxi)

Label : 50 Seel Street Records
Année : 1990
A1 Sugarblast    
A2 I Am The Sky    
B1 I Am The Sky    
B2 Marshmallow Madness


Genre : Angry Pop
2° morceau de L'Inventaire 34 : Sugarblast

Pour une fois, il est véritablement question d'"indie rock". Le trio qui constitue Dr. Phibes & The House Of Wax Equations débarque de nulle part (de Liverpool en vérité, mais sans faire partie d'aucune scène, d'aucune mouvance...). Ils publient leurs enregistrements sur leur propre label où ne figure aucun autre groupe. Leur premier single (celui-ci) sort en 1990 et tranche avec l'ambiance générale, partagée entre l'essor de la "Dance" électronique, le retour d'une Brit'pop fortement influencée  par le passé et les balbutiements du Trip Hop (Massive Attack vient à peine de sortir son second single). 
Qualifié un peu par défaut de "Rock psychédélique", Dr. Phibes... compose une musique hantée, construite sur des ambiances pas très saines et des ruptures de ton déstabilisantes. Contre toute-attente, ils connaîtront un succès éclair, soutenus notamment par deux pointures de la BBC : Mark Radcliffe et, bien sûr, John Peel. En France, Bernard Lenoir est probablement le seul à diffuser leur production, suffisamment en tous cas pour qu'un auditeur acharné s'en souvienne 25 ans après en trainant chez les disquaires londoniens...
L'histoire sera de courte durée. Après un premier album plutôt bien accueilli et une présence remarquée dans les gros festivals européens, le trio sort en 93 un album au titre aussi intriguant que leur nom de groupe : Hypnotwister, dont l'écriture est plus aboutie que le premier. C'est un échec cuisant. Dr. Phibes... implose. Keith York, le batteur, devient musicien de studio. Lee Belsham, le bassiste au son puissant, disparaît du monde de la musique. Quant à Howard King Jr, leader, chanteur et guitariste qui en impose, il sera recruté dans la foulée pour une session guitare sur Danse d'Ici, un morceau de l'album Chatterton d'Alain Bashung
Après ça, Howard King Jr tombera en enfer : le 16 février 1997 il est arrêté par la police pour avoir poignardé sa mère. Certains anglophones affirment ici et là mieux comprendre les paroles torturées du chanteur, depuis ce fait-divers tragique.

MORTON STEVENS Front Street

FUNKY SOUNDTRACKS 3
(compilation)

Label : Sound Score Corporation
Année : 1996
A1 Italian Job Briefing (Vocal Segue)
A2 Quincy Jones : It's Caper Time
A3 Quincy Jones : Threadbare (Main Title Pt.3)
A4 Manfred Mann : Up The Junction (Link Segue)
A5 Neal Hefti : The Odd Couple (Theme)
A6 Ulla, What's A Toy? (Vocal Segue)
A7 Morton Stevens : Front Street
A8 Wayne Cochran : Chopper 70
A9 Quincy Jones : Ironside (Theme)
A10 Lalo Schifrin : Shifting Gears
B1 Callaghan's Policy (Vocal Segue)
B2 Lalo Schifrin : Scorpio
B3 Huggy Bears A Deadman (Vocal Segue)
B4 Tom Scott : Gotcha (Starsky And Hutch Theme)(T.V.Edit)
B5 Fonce Mizell & Freddie Perren : Runnin'
B6 Roy Budd : The Thief
B7 Oliver Nelson : The Six Million Dollar Man
B8 Roy Budd : Thief On The Prowl
B9 George & Guv (Vocal Segue)
B10 Harry South & Vic Flick : Bobbies On The Move
B11 Bullet : Contract Man
B12 Bernard Herrmann : Diary Of A Taxi Driver
B13 Harry South : The Sweeney (End Theme)

1° morceau de L'Inventaire 34 : Front Street

Difficile de résister à ce genre de compilation quand on tombe dessus. Un disque qui rassemble Lalo Schifrin, Quincy Jones, Roy Budd, Oliver Nelson et Bernard Hermann ne peut pas être mauvais. D'autant que les bandes originales sur lesquelles les morceaux ont été choisis sont pour la plupart épuisées, quand elles ne sont pas inexistantes (tous les films ne voient pas leur bande originales publiées en album). 
Il y a pourtant pas mal de classiques dans les trois volumes de ces Funky Soundtracks, essentiellement dédiés aux thèmes de films et de séries policières avec de grosses basses qui cognent et des riffs de cuivres planqués dans tous les coins. L'idée d'ajouter quelques extraits de dialogues entre les pistes, très à la mode dans les années 90 (héritée certainement d'une pratique similaire dans les albums de hip-hop et de l'impact indéniable des b.o. de Reservoir Dogs et Pulp Fiction) ne s'avère pas forcément très utile ici. On aurait bien vu une ou deux raretés musicales supplémentaires à leur place. On regrettera aussi qu'il n'existe que cette version "avec bruitages" du thème du générique original de Starsky et Hutch : une petite bombe remplie de guitare wah-wah dont on rêve que quelqu'un retrouve un jour les bandes telles que le groupe les a enregistrées, sans les dérapages et les bruits de sirène de la Ford Torino rouge et blanche.
Ces détails mis de côté, reste une série de glorieux instrumentaux 70's, dont ce Front Street qui ouvre le mix 34 : une composition revigorante du très oublié Mort Stevens pour la série Hawaii Five-O, série qu'on appelait en France à l'époque Hawaï Police d'état.

vendredi 24 avril 2015

Inventaire 33 - Candyman



LIZZY MERCIER DESCLOUX No Golden Throat

LIZZY MERCIER DESCLOUX
Press Color

Label : ZE Records/Island
Année : 1979
A1 Fire
A2 Torso Corso
A3 Mission Impossible
A4 No Golden Throat
B1 Jim On The Move
B2 Wawa
B3 Tumour
B4 Aya Mood 3.5


Genre : Cosmopolitan New Wave
7° morceau de L'Inventaire 33 : No Golden Throat

Artiste hors-norme et sans œillères, disparue avant ses 50 ans, Martine-Elizabeth Mercier, dite Lizzy Mercier Descloux, n'a toujours pas la reconnaissance qu'elle mérite. Tout au plus se souvient-on d'un unique tube, son fameux Mais où sont passées les gazelles ? enregistré sous haute influence Sud-Africaine à une époque où on ne dégainait pas encore les termes de "world music" à longueur d'articles. 
En fait, la carrière musicale de LMD est déterminée par sa rencontre amoureuse avec Michel Esteban qui tient dans les années 70 la mythique boutique Harri Cover, un loft dédié à la culture rock et underground où l'on peut trouver des disques en import, des revues et des bouquins spécialisés, situé en face de chez elle, rue des Halles à Paris. 
Le couple s'évadera pour New-York en pleine éclosion du punk américain et fera ses premières armes musicales sous influence de leur colocataire Patti Smith. Michel Esteban joue de la guitare, Lizzy joue de la basse et chante, pas très juste, mais avec un mélange d'énergie et de suavité qui sera sa marque de fabrique lors de tous ses enregistrements. 
Dans ce premier album, elle n'a pas encore parcouru l'Afrique. Si la culture zoulou ne s'entend pas encore dans les compositions, la playlist est déjà très ouverte, très éclatée, avec une grande liberté d'écriture et des reprises allant du fou furieux Arthur Brown au génie des B.O. Lalo Schifrin. Mais surtout, Press Color réussit une synthèse de New Wave et de Funk qui évoque parfois les Talkingheads sans vraiment leur ressembler. 
Définitivement inclassable et sans équivalent, cet album sonne de son époque mais sa fraîcheur reste pourtant intacte... Le mystère Mercier Descloux.

THE STRYPES What A Shame

THE STRYPES 
Snapshot

Label : Virgin
Année : 2013
A1 Mystery Man
A2 Blue Collar Jane
A3 I'm A Hog For You Baby
A4 What The People Don't See
A5 She's So Fine
A6 I Can Tell
A7 Angel Eyes
B1 Perfect Storm
B2 You Can't Judge A Book By The Cover
B3 What A Shame
B4 Hometown Girl
B5 Heart Of The City
B6 Rollin' And Tumblin'

Genre : Basic rock'n'roll
6° morceau de L'Inventaire 33 : What A Shame

Le genre de groupe difficile à défendre : quatre Irlandais même pas sortis de l'adolescence qui jouent la musique de leur (arrière ?) grand-père. Ce premier album des Strypes ressemble aux premiers Stones, aux Yardbirds période Clapton, à ce qu'on appelait le "british blues boom" dans les sixties naissantes : de jeunes blancs-becs anglais, fascinés par les racines noires-américaines du rock'n'roll, reprenaient à leur sauce des morceaux de blues et rhythm'n'blues plus ou moins obscurs qu'ils avaient découverts en import chez les meilleurs disquaires londoniens. 
Et alors quoi ? 
Il ne s'est rien passé depuis ? 
Cinquante années d'évolution musicale balayées en une poignée de singles de deux ou trois minutes, exécutés avec l’élémentaire formule guitare-basse-batterie, agrémentés ici et là d'un harmonica et d'un piano tout aussi basiques... Donc ces quatre garçons dans le vent, même pas majeurs au moment de pondre leur premier LP, habillés comme les BB Brunes, seraient l'incarnation d'un rock éculé et sans la moindre surprise. Treize morceaux dont cinq reprises avec notamment la 50000ème version du standard de Willie Dixon : You Can't Judge A Book By The Cover. Et les compos sont à l'avenant : Josh McClorey, compositeur, leader et guitariste acéré du groupe, possède l'art du riff qui tue et sait construire couplets et refrains dans la respect des traditions. Mais jamais rien de neuf ne sort de sa guitare...
Tout cela est vrai, mais The Strypes possèdent un atout qui annihile leur manque d'originalité et l'aspect régressif de leur succès : leur infaillible énergie. Un truc viscéral qui s'entend dès la première écoute et donne envie d'y revenir plus souvent qu'on aurait cru.
Le rock'n'roll est peut-être mort depuis longtemps, mais il danse encore.





TERRY CALLIER You Goin' Miss Your Candyman

TERRY CALLIER
What color is love

Label : Cadet
Année : 1972
A1 Dancing Girl
A2 What Color Is Love
A3 You Goin' Miss Your Candyman
B1 Just As Long As We're In Love   
B2 Ho Tsing Mee (A Song Of The Sun)   
B3 I'd Rather Be With You
B4 You Don't Care

Genre : Soul'n'funk'n'folk
5°morceau de L'Inventaire 33 : You Goin' Miss Your Candyman

Même avec sa pochette abimée et ses craquements récurrents, on est content d'avoir dégotté enfin What color is love, près de 20 ans après l'avoir découvert et 43 ans après sa sortie. Deuxième album de Terry Callier, quatre ans après son premier manifeste "folk/soul" où brillait déjà un art du songwriting très abouti, Terry Callier s'enrichit ici d'une orchestration plus ample et injecte un peu de funk à ses ballades sentimentales. A l'aube de ces années 70 prometteuses mais chaotiques, il contribue ainsi, avec Curtis Mayfield, Bill Withers et Gil Scott-Heron à émanciper la musique noire de ses contraintes commerciales, à faire sauter les  barrières de genre, à individualiser le style et le propos. 
Parfois à la limite du hippie ramolli (You don't care, qui clôt l'album, avec ses chœurs sirupeux) mais toujours original et inspiré, Terry Callier restera fidèle au folk de ses origines, ignorant superbement la tempête disco alors que les années 80 se profilent. Il aura du coup moins de succès que ses contemporains et finira par abandonner la musique pour une carrière d'informaticien. 
Heureusement, relancé au tournant des années 90 par quelques collaborations avec les nouvelles têtes de l'acid jazz et du trip-hop (Urban Species, Massive Attack...), il produira encore quelques magnifiques albums (Lifetime, Speak Your Peace) quasiment jusqu'à sa mort, survenue en 2012.

JACK COSTANZA & GERRIE WOO Don't Squeeze The Peaches

JACK COSTANZA & GERRIE WOO
Latin Percussion With Soul

Label : Vampisoul (Tico)
Année : 1968
A1 Recuerdos
A2 Hey Boy (Hey Girl)
A3 Green Onions
A4 Words
A5 Mambo Jack
B1 Que Vengo Acabando
B2 Some Kind-A Wonderful
B3 Mantequilla
B4 Don't Squeeze The Peaches
B5 Jive Samba

Genre : Latin percussion with soul
4° morceau de L'Inventaire 33 : Don't squeeze the peaches

En cette année 2015, Jack Costanza, alias Mr. Bongo a 96 ans, ou 93 ans, ça dépend des sources. Il a joué avec Sinatra, Nat King Cole, les grands orchestres de Perez Prado, Xavier Cugat, Billy May... Pendant un temps, il sera au cœur d'une formation de studio, les Surfmen qui, contrairement à ce que leur nom pourrait faire croire, donnaient plutôt dans l'exotisme "lounge" à la Arthur Lyman, de la musique de sieste qu'on aime plutôt bien par ici. Bref, le type a largement contribué à populariser les congas dans le jazz, le rock et la pop musique.
Un jour il rencontre Gerrie Woo, une jeune Californienne dont le nom, la peau mate et les yeux en amande trahissent des origines métissées qui feront des ravages dès son adolescence. D'abord modèle pour un célèbre photographe bellâtre des années 50, Peter Gowland, elle fera partie du bataillon des premières "bunnies" du magazine Playboy, avant de s'émanciper par le chant. 
C'est ainsi qu'elle devient la voix principale du groupe de Jack Constanza, avec qui elle écumera les palaces d'Hollywood, les casinos de Vegas, mais aussi les scènes improvisées pour remonter le moral des troupes au Vietnam. Leur répertoire est un habile mélange de standards cubains et de reprises rock et rhythm'n'blues arrangées à la sauce latino.  Leur alliance durera 25 ans !
Sur cet album, réédité par l'excellent label espagnol Vampisoul, une version chaloupée du Green Onions de Booker T & The M.G.s, une drôle de reprise de Words des Bee Gees, mais aussi l'irrésistible Don't Squeeze The Peaches, qui a certainement dû passer à La Voile Bleue, à Sète, entre 1999 et 2014, quand monsieur R.K.K. animait les siestes ou les afters de Fiest'A Sète...

CRIME & THE CITY SOLUTION The Dolphins And The Sharks

CRIME AND THE CITY SOLUTION
Paradise Discotheque

Label : Mute (Virgin)
Année : 1990
A1 I Have The Gun    
A2 The Sly Persuaders    
A3 The Dolphins And The Sharks    
A4 The Sun Before The Darkness    
B1 Motherles Child    
B2 The Last Dictator I    
B3 The Last Dictator II    
B4 The Last Dictator III    
B5 The Last Dictator IV
Genre : Post punk des antipodes

3° morceau de L'Inventaire 33 : The Dolphins And The Sharks

En 1987, dans Les Ailes du désir, le réalisateur Wim Wenders permettait à une bonne partie d'entre nous de découvrir deux phénomènes australiens. Nick Cave, échappé depuis deux ans de Birthday Party avec déjà quatre albums à la tête de ses Bad Seeds, et un groupe plus obscur encore, capturé live à  Berlin pour la fin du film : Crime & The City Solution
Le groupe a connu diverses formations dans sa carrière qui va de 1977 à 1990, à laquelle il faut ajouter un réveil tardif pour un album sorti en 2013. Formé en pleine période punk par Simon Bonney qui compose et chante, Crime & The City Solution ne sort son premier EP qu'en 1985, après avoir changé deux fois de personnel et que son leader ait décidé de quitter l'Australie pour redémarrer à Berlin. On voit défiler en son sein les guitaristes Mick Harvey et Roland S. Howard, qui jouent également avec Nick Cave, mais aussi le batteur "Epic Soundtracks" qui, avec son frère Nicky Sudden, a fait les beaux jours du punk anglais le plus pointu au sein du groupe Swell Maps
Bref, Crime... est une formule instable à la discographie sporadique, mais sa réputation de fascinante expérience live restera intacte tout au long de ce parcours. Contrairement à Nick Cave, ils resteront cependant toujours un peu dans l'ombre. 
Ça n'empêche pas le talent : ce dernier album avant un long silence, pas évident au premier abord, mérite une écoute attentive et répétée. C'est le contraire d'un coup de foudre, mais sa séduction lente finit par opérer, chanson après chanson. Ainsi, le selecter, ayant choisi The Sun Before Darkness pour son mix, changera d'avis au dernier moment, piqué au vif par l'intro de The Dolphins And The Sharks...

BASEHEAD 2000 B.C.

dcBASEHEAD
Play With Toys

Label : Imago
Année : 1991
A1 Intro
A2 2000 B.C.
A3 Brand New Day
A4 Not Over You
A5 Better Days
A6 Ode To My Favorite Beer

B1 Hair
B2 Evening News
B3 I Try
B4 Play With Toys
B5 Outro

Genre : Lazy Rap
2° morceau de L'Inventaire 33 : 2000 B.C.

Trop soft pour les gangstas, trop basique pour les amateurs d'Arrested Development et autres A Tribe Called Quest, Michael Ivey et sa bande débarquent pépères au début des années 90 avec ce curieux LP, aussi fumeux que malin, qui s'ouvre et se clôt par un morceau de country "redneck", exécuté soit-disant par Jethro and the Grahamcrackers, en réalité les Basehead eux-mêmes. 
Tout est là : ils ont beau afficher une attitude de glandeurs invétérés, couper leur morceau de hip-hop par des apartés embrumés (qui rappellent un peu les dialogues d'un réalisateur qui démarrait à la même époque, Quentin Tarantino), leur simplicité n'est que feinte et cache une réelle finesse d'écriture qui a le mérite de ne ressembler à aucun des styles en vogue à l'époque. Michael Ivey joue les crétins tout en s'attaquant à la bêtise avec un humour potache. Il célèbre la bière, le sexe, la fumette et autres plaisirs même pas coupables et développe avec son "groupe" (un collègue au scratch, parfois un batteur, parfois un bassiste) un beat un peu funky, un peu moelleux, en tous cas personnel. 
Cette histoire tiendra à peine trois albums : celui-ci, suivi en 1992 par Not in Kansas Anymore et son fameux Do you wanna fuck (or what) ?, et quatre ans plus tard un Faith que personne n'a jamais entendu. En réécoutant cet unique "tube alternatif", 2000 B.C., on est en droit d'avoir quelques regrets...
Question subsidiaire : à l'époque, les Inrocks et leurs lecteurs les appelaient "dcBasehead". Mais ils sont aujourd'hui référencés un peu partout en tant que "Basehead". 
Où et quand a disparu le "dc" ?