dimanche 15 mars 2015

Inventaire 32 - Le Feu au culte


                                   

TwinSelecter mixe tout au long de la nuit "films de culte" au festival Itinérances, le samedi 21 mars. Un échantillon de la playlist...

dimanche 8 février 2015

Inventaire 31 - Rock Requiem


Inventaire 31 - Rock Requiem par twinselecter

LALO SCHIFRIN Introit

LALO SCHIFRIN
Rock Requiem

Label : Verve
Année : 1971
A1 The Procession
A2 Introit
A3 Kyrie Eleison
A4 Gradual
A5 Tract
B1 Offertory Verse
B2 Sanctus Benedictus
B3 Agnus Dei
B4 Final Prayer

Genre : Jazz Rock Liturgique
8° morceau de L'Inventaire 31 : Introit

C'est l'un des monstres sacrés de la bande originale. On lui doit les musiques de Mission Impossible, Bullitt, L'Inspecteur Harry, Luke La Main Froide, Mannix, Le Kid de Cincinnati, La Fureur du Dragon... 
Lalo Schifrin est né en Argentine où Dizzy Gillespie le repère et l'embarque comme pianiste et, surtout, arrangeur. Sa carrière sera internationale mais aussi protéiforme. A côté des bande originales qui feront sa fortune et sa célébrité, il construit progressivement une discographie où se mêlent sa formation classique, son amour du jazz et sa boulimie de toutes les formes musicales, des sonorités "pop" du moment aux expérimentations les plus audacieuses. Les résultats sont très variables, parfois même étrange. Comme le LP conceptuel The Dissection And Reconstruction Of Music From The Past As Performed By The Inmates Of Lalo Schifrin's Demented Ensemble As A Tribute To The Memory Of The Marquis De Sade, dont le titre à rallonge ne suffit pas à résumer un disque qui tient à la fois de l'anachronisme total et de l'objet intemporel. 
Le talent monstrueux du compositeur n'empêche pas quelques fautes de goût : on sent chez Lalo Schifrin une certaine forme d'opportunisme qui lui fait absorber toutes les modes musicales pour les intégrer avec plus ou moins de bonheur à ses œuvres. Ses deux albums de 1976 et 77 pour le label CTI souffrent ainsi d'une influence disco qui transforme parfois son jazz sophistiqué en tapisserie musicale.
Cinq ans plus tôt, il compose chez Verve ce disque étrange, dédié  "aux morts de la guerre de l'Asie du Sud-Est", une manière très personnelle d'évoquer la boucherie du Vietnam, assez éloignée de la pop contestataire de l'époque. Un étrange  requiem en neuf actes où une chorale toute liturgique se pose sur des rythmiques latino, rock, funky pour un résultat qui oscille entre les pires moments de Hair ou Jesus-Christ Superstar et quelques envolées vers des zones inexplorées de la pop mystique. Peut-être pas un chef-d’œuvre, mais à coup sûr une curiosité au sein d'une discographie dont on est loin d'avoir fait le tour. 
 

THE HUMAN LEAGUE I Am The Law

THE HUMAN LEAGUE
Dare!

Label : Virgin
Année : 1981
A1 The Things That Dreams Are Made Of
A2 Open Your Heart
A3 The Sound Of The Crowd
A4 Darkness
A5 Do Or Die
B1 Get Carter
B2 I Am The Law
B3 Seconds
B4 Love Action (I Believe In Love)
B5 Don't You Want Me

Genre : Pop synthétique
7° morceau de L'Inventaire 31 : I Am The Law

Aucune soirée commémorative/régressive consacrée aux années 80 ne fait l'impasse sur le tube Don't You Want Me. Et, pour beaucoup, le groupe se résumera à ça : une pop dominée par les synthétiseurs et le chant du leader Phil Oakey, qui oscille entre une certaine sinistrose dans les graves et quelques envolées plus lyriques dans les aigus.
Comme le Simple Minds des débuts, The Human League est, en 1977, l'un des premiers à s'emparer des claviers électroniques pour explorer des ambiances sombres et modernistes que les initiés appelleront la Cold Wave. Cette première tendance culmine dans le deuxième album, Travelogue, dont le son  souvent oppressant et "indus" n'est pas sans rappeler l'univers de Joy Division. Une partie du groupe part alors former l'anecdotique mais rentable Heaven 17,et Phil Oakey resté seul maître à bord adopte aussi un virage plus pop, plus romantique, qui en fera l'un des groupes emblématique des années 80. Dare! est donc cet album de transition, du passage de l'obscurité à la lumière, qui ne saurait se résumer à son tube. 
La preuve avec I Am The Law, choisi pour le mix 31, un morceau qu'on verrait bien figurer au générique d'une adaptation cinématographique du 1984 de George Orwell...

MARSHALL HOOKS & CO. I Want the same thing tomorrow

MARSHALL HOOKS & CO.

Label : Blue Horizon
Année : 1970
A1 Hookin' It - Part One
A2 Time Is Running Out On You
A3 Blow My Mind
A4 I Want The Same Thing Tomorrow
A5 Lived, Loved, Won And Lost
B1 Facts Of Life
B2 I'm Just A Simple Man
B3 Reality
B4 Hookin' It - Part Two


Genre : Rhythm'n'Blues
5° morceau de L'inventaire 31 : I Want The Same Thing Tomorrow 

Même le moteur de recherche omnipotent baisse la garde : à part quelques annonces de vente de cet unique 33t sans titre (entre 30€ et 180€ quand-même... on croit rêver !), il n'y a aucune occurrence pour Marshall Hooks & Co. sur internet.
Même le leader, qui donne son nom au groupe éphémère, n'a guère laissé que deux autres traces au sein de la discographie de George "harmonica" Smith (le fameux !) : un bluesman dont l'unique fait de gloire est d'avoir été le premier à électrifier... une harpe !
On se contentera donc de se fier au disque, à sa pochette qui évoque une influence hendrixienne, que confirmerait la présence derrière la console de Mike Ross, une pointure qui a participé à l'enregistrement d'Are You Experienced ?, également ingénieur attitré de Fleetwood Mac
A part ça, malgré l'anonymat du groupe, on est en terrain connu : un rhythm'n'blues qui, en 1970, reprend les choses là où Stax est en train de les laisser, avec une section rythmique solide et funky et un orgue qui contribue grandement à faire monter la température. Si techniquement Marshall Hooks n'a rien d'un grand chanteur, il compense par son attaque dynamique et ce timbre un peu râpeux qui, au final, expliquent peut-être pourquoi les amateurs recherchent cette petite curiosité.

CARLTON AND THE SHOES Love Me Forever

STUDIO ONE CLASSICS
(Compilation)

Label : Soul Jazz Records
Année : 2004
A1 The skatalites : El Pussy Cat Ska
A2 Carlton And The Shoes : Love Me Forever
A3 Sound Dimension : Rockfort Rock
A4 Johnny Osbourne : Sing Jah Style AKA Sing-Jay Style
A5 The Heptones : Pretty Looks Isn't All
B1 Slim Smith :    Rougher Yet
B2 Lone Ranger : Automatic
B3 Horace Andy : Fever
B4 Prince Jazzbo : Back To School
B5 The Wailers : Simmer Down
C1 Burning Spear : Rocking Time
C2 Alton Ellis : I'm Just A Guy
C3 Sugar Minott : Oh Mr. D.C.
C4 Jennifer Lara : Consider Me
D1 Don Drummond : Confucious
D2 Michigan & Smiley : Rub A Dub Style
D3 Sound Dimension : Full Up
D4 Dennis Brown : No Man Is An Island

Genre : Jamaïcan Sound
5° morceau de L'Inventaire 31 : Love Me Forever

Le reggae n'existait pas encore tout à fait. 
Comme beaucoup de pays du monde dans les années 60, la Jamaïque a les yeux tournés vers la pop et surtout la soul américaine. Les groupes fleurissent un peu partout sur l'île et reprennent ou écrivent leur propres morceaux inspirés par ces nouveaux sons. Mais contrairement aux Français par exemple, qui exécutent des copies malhabiles des originaux, les Jamaïcains injectent dans cette musique venue d'ailleurs le rythme traditionnel du mento, basé sur une guitare à contretemps, caractéristique de toute la musique jamaïcaine. 
Carlton and the Shoes est un quatuor monté par Carlton Manning avec ses deux frères Donald et Linford, auxquels vient s'ajouter un certain Alexander Henry rarement crédité (on lui connait un single solo pour le même label que son groupe : Studio One). Ils écrivent des morceaux de rock steady simples et aériens, sublimés par les harmonies vocales de la fratrie qui, dans un autre style, vaut bien celle des frères Wilson de Californie. 
Bref, Carlton and The Shoes c'est du velours, un doo-wop ensoleillé qui donne envie d'aller flirter sur la plage. Malheureusement, Donald et Linford abandonneront le groupe pour aller monter The Abyssinians. Carlton tient toujours la boutique officiellement et tourne un peu en Jamaïque et au Japon, même s'il n'a jamais  retrouvé la grâce des débuts.
A part ça, même s'il y a plein d'excellentes choses dans ce volume de la série "Studio One" compilée par le label Soul Jazz, on aurait préféré tomber sur ce morceau à sa vraie place : sur le troisième album de Carlton and The Shoes, sorti en 68, réédité depuis, mais quand-même vachement difficile à trouver...


CLAP YOUR HANDS SAY YEAH Ketamine And Ecstasy

CLAP YOUR HANDS SAY YEAH
Hysterical

Label : V2
Année : 2011
A1 Same Mistake
A2 Hysterical
A3 Misspent Youth
A4 Maniac
A5 Into Your Alien Arms
A6 In A Motel
A7 Yesterday, Never
B1 Idiot
B2 Siesta (For Snake)
B3 Ketamine And Ecstasy
B4 The Witness’ Dull Surprise
B5 Adam's Plane 

Genre : Indie pop
4° morceau de L'inventaire 31 : Ketamine And Ecstasy

C'est un drôle de groupe, avec un drôle de nom... A priori simple et léger, dans la droite lignée des différentes vagues pop qui se sont succédées dans les années 1980-90. 
Sauf qu'un album de Clap Your Hands Say Yeah est toujours rempli de chausse-trappes. D'abord il y a la voix nasillarde, atypique, ingrate d'Alec Ounsworth, chanteur, leader et compositeur, qui est à la fois un handicap et un atout. Là où certains la trouvent insupportable au point d'empêcher l'écoute des morceaux, d'autres y trouvent la marque essentielle de l'identité du groupe. Mais il y a aussi, derrière l'apparente facilité de morceaux dont il n'est pas difficile d'énumérer les influences (Cure, Talkingheads et quelques autres fortes personnalités des années 80) des torsions imprévisibles, des ruptures inattendues, une inquiétante étrangeté qui rappelle le cinéma de David Lynch : ce qui semblait joli et issu d'une époque dorée se transforme soudain en quelque chose de vaguement inquiétant. 
Hysterical, troisième album d'un groupe protéiforme qui s'est avant tout fait connaître via internet, n'échappe pas à cette fausse naïveté qui rend chaque écoute plus intense que la précédente. 
En ce moment, CYHSY se résume à son seul chanteur qui pratique le "Living Room Tour" à travers les États-Unis : il débarque chez vous, avec sa guitare et, moyennant quelques espèces, joue ses chansons en acoustique devant vos amis. Bientôt dans votre salon ?

AMON DÜÜL II I can't wait (Part 1)

AMON DÜÜL II
Hijack

Label : Nova (Fr:Atco)
Année : 1974
A1 I Can't Wait (Part 1+2)
A2 Mirror
A3 Traveller
A4 You're Not Alone
B1 Explode Like A Star
B2 Da Guadeloop
B3 Lonely Woman
B4 Liquid Whisper
B5 Archy The Robot

Genre : German Free Rock
3° morceau de L'inventaire 31 : I can't wait (part 1)

Le term "Krautrock" est un fourre tout bien pratique pour ranger tout ce que l'Allemagne a produit d'excitant entre la fin des années 60 et le début des redoutables années 80. S'y côtoient l'électronique poétique de Kraftwerk, les hypnoses de Can, les délires mystico-hippies de Popol Vuh et bien d'autres réjouissances qui n'ont souvent en commun que leur pays d'origine et un goût plus ou moins développé pour l'expérimentation sonore.
Le groupe Amon Düül fait partie des premiers de la vague. Leur Psychedelic Underground de 1969, très prisé aujourd'hui, est tiré de sessions d'improvisations furieuses qui alimenteront non seulement la discographie de leur quatre années officielles d'activité, mais aussi les nombreux albums posthumes qui suivront. Car le collectif de fortes têtes ne tardera pas à se scinder, et Amon Düül II voit le jour cette même année 1969 avec un Phallus Dei tout aussi radical, où se mêlent psychédélisme, free jazz et balbutiements électroniques dans une émulation typique de l'époque.
En 74, le groupe s'est un peu assagi. Hijack passerait presque parfois pour un album de rock basique avec des influences de blues et de folk américain plutôt pépère. Ne nous y trompons pas pour autant, le collectif fourmille encore d'inspirations et d'envies de s'échapper. On entend ici et là des cuivres, du violon, des flutes et de l'accordéon, avec une large place aux  sonorités électroniques spatiales et aux guitares saturées. Plus rock que hippie, le Amon Düül deuxième mouture vieillit mieux que certains albums de fin de route de leurs collègues de Can par exemple.

KEIKO MARI Tsukikage No Rendezvous

NIPPON GIRLS
Japanese Pop, Beat & Bossa Nova 1967-69

Label : Big Beat International
Année : 2013
A1 Jun Mayuzumi : Black Room
A2 Mie Nakao : Sharock No.1
A3 Keiko Mari : Tsukikage No Rendezvous
A4 J Girls : Kiiro No Sekai
A5 Reiko Ohara : Peacock Baby
A6 Mieko Hirota : Nagisa No Tenshi
B1 Rumi Koyama : Watashi No Inori
B2 Nana Kinomi & Leo Beats : Suki Sa Suki Sa Suki Sa
B3 Miki Obata : Hatsu Koi No Letter
B4 Ryoko Moriyama : Ame Agari No Samba
B5 Ayumi Ishida : Taiyou Wa Naite Iru
B6 Sayuri Yoshinaga With Schoolmates : Koi No Yorokobi
Genre : Japanese Girlie Pop
2° morceau de L'inventaire 31 : Tsukikage No Rendezvous

Sheila Burgel est D.J., principalement axée sur la pop féminine, avec une préférence pour les années 60. Pour les anglophones, son portrait détaillé et son univers sont exposés sur le mirifique site d'Eilon Paz : "Dust & Grooves". 
Bien sûr, ses premières amours furent les productions Motown et Spector, ou encore les classiques du label Red Bird comme les Shangri La's et autres Dixie Cup. Mais elle découvre bien vite qu'on ramasse des perles bien au-delà du continent américain et, outre cet amour largement partagé des anglo-saxons pour Françoise Hardy ou France Gall période yé-yé, Sheila Burgel explore les formes les plus exotiques de la pop féminine. Ses oreilles la conduisent tout naturellement au Japon. Elle en a ramené, pour l'heure, deux volumes de compilation entièrement réservés aux interprètes féminines, s'autorisant parfois un ou deux duos mixtes. 
Visuel au style rétro, vinyles colorés et notes de pochettes riches et détaillées de Miss Burgel, illustrées par les pochettes de 45t d'époque : de la belle ouvrage sortie chez Big Beat, un sous label d'Ace Records, label largement dédié aux rééditions soignées.
Évidemment, il plane là-dessus un parfum de nostalgie, l'impression d'une ère dorée et insouciante où tout était plus joli, inspiré et sincère. Si le temps embellit certainement cette période, il serait dommage de passer à côté de ces bulles pop qui donnent envie d'organiser une surboum dans le salon de tes parents. 



THE ANIMATED EGG Sock it my way

THE ANIMATED EGG
Psychedelic Sound

Label : Europa
Année : 1969
A1 A Love Built On Sand   
A2 Inside Looking Out
A3 I Said, She Said, Ah Cid   
A4 "T"omorrow
A5 Sure Listic
B1 Sippin' And Trippin'    
B2 Dark
B3 Down, Down And Gone    
B4 Sock It My Way   
B5 That's How It Is


Genre :Instrumentaux psyché'
1° morceau de L'inventaire 31 : Soct it my way

Encore un disque ramassé au pif, à cause de sa pochette qui pouvait laisser augurer du meilleur comme du pire. D'un côté les motifs graphiques et les titres de morceaux évoquaient la possibilité d'une musique hallucinatoire portée sur l'improvisation et les expérimentations sonores. D'un autre côté, le label allemand Europa annonce souvent des disques de seconde zone, des compilations bricolées vite fait et des pales copies de groupes célèbres. Et puis il y a la dégaine des types de la pochette qui fait un peu penser à des Gypsy King des sixties, avec cette jeune fille au tambourin à côté d'un grand basané avec un manteau en rideau qui sentent bon le "summer of love".. 
Au final, on se retrouve un peu entre les deux. Comme souvent dans les "budget records", le groupe n'existe pas vraiment. Derrière le projet, un guitariste mercenaire, Jerry Cole, capable d'écrire un album, de recruter les musiciens pour l'accompagner et de l'enregistrer en un temps record. S'adonnant à tous les styles à la mode dans les sixties, il conduira le temps de 3 albums un groupe de surf music instrumentale : Jerry Cole and his spacemen
La liste de musiciens qu'il a provisoirement accompagnés est impressionnante. Il est présent aux sessions de Mr Tambourine Man par les Byrds ou de These Boots are Made For Walking écrit par Hazlewood pour Nancy Sinatra. D'Aretha Franklin à Steely Dan en passant par les Beach Boys où même le Presley sur le retour de 1974, tout le monde l'engage.
Avec le recul, on retiendra surtout de lui cette veine un peu expérimentale, notamment avec ce groupe fantoche The Animated Egg, au sein duquel il essaie toutes les pédales à sa disposition (fuzz, flanger, wah-wah, etc) pour bâtir un drôle  d'univers sonore. Sock it my way, choisi pour ouvrir ce mix numéro 31, semble déjà contenir tout l'univers de Mogwaï... qui arrivera près de 30 ans plus tard. 

vendredi 19 décembre 2014

Inventaire 30 - Justine


BILLY BRAGG Lovers Town Revisited

BILLY BRAGG
Life's a riot with spy vs spy

Label : Utility/Go ! Discs
Année : 1983
A1 The Milkman Of Human Kindness
A2 To Have And To Have Not
A3 Richard
B1 A New England
B2 The Man In The Iron Mask
B3 The Busy Girl Buys Beauty
B4 Lovers Town Revisited

Genre : One man pop
9° morceau de L'inventaire 30 : Lovers Town Revisited

Voilà plus de 30 ans que Billy Bragg écrit des chansons. Il y parle de la société anglaise, de révoltes politiques, d'amour et du quotidien. Sur ses premiers albums, il est seul avec une guitare électrique. On pourrait qualifier ça de "folk punk", si on cherchait absolument à lui coller une étiquette. En 1998, il s'est d'ailleurs acoquiné avec le groupe Wilco pour deux albums, Mermaid Avenue I et II, construits autour de textes de Woody Guthrie. Après quelques tensions durant l'enregistrement, Billy Bragg choisira de défendre ces chansons avec un autre groupe... 
Il serait pourtant un peu réducteur de ne voir en lui qu'un chanteur engagé. Si ses textes et son attitude ne laissent aucun doute sur ses opinions politiques, Billy Bragg est avant tout un songwriter de première catégorie, autant apprécié par ses potes anglais (Johnny Marr et Paul Weller notamment) que par les Américains de R.E.M. qui se sont rarement plantés dans leurs goûts musicaux. 
La chanteuse Kirsty MacColl contribuera à son succès en reprenant A New England, qui fut le single emblématique de ce premier court album. Mais comme ces sept titres valent tous le détour, nous avons préféré le très court Lovers Town Revisited pour terminer en douceur le mix numéro 30. Ah, au fait, Wilco et Billy sont réconciliés : Mermaid Avenue III est sorti en 2013...

IRON BUTTERFLY Real Fright

IRON BUTTERFLY
Ball

Label : ATCO
Année : 1969
A1 In The Time Of Our Lives
A2 Soul Experience
A3 Lonely Boy
A4 Real Fright
A5 In The Crowds
B1 It Must Be Love
B2 Her Favorite Style
B3 Filled With Fear
B4 Belda-Beast


Genre : Psychédélisme échevelé
8° morceau de L'inventaire 30 : Real Fright

A la fin des années 60, la côte ouest des États-Unis voit éclore une tripotée de groupes portant le cheveu long, les chemises amples et des barbes plus ou moins taillées, puisant leur inspiration dans diverses expériences mystiques ET chimiques. Les morceaux débordent le format pop, non seulement dans leur durée, mais aussi dans leurs improvisations parfois délirantes. Le psychédélisme plus ou moins enfumé de l'époque touche aussi bien les adeptes du rock garage le plus brut que les hippies ramollis. Iron Butterfly se rendra célèbres par son deuxième album, In-A-Gadda-Da-Vida, porté par le morceau éponyme qui tient toute la deuxième face : 17 minutes, enregistrées à l'arrache lors d'une répétition en studio, qui se vendront à plusieurs millions d'exemplaires. 
Iron Butterfly est un groupe instable, qui a déjà changé de personnel depuis le premier album et qui se modifiera encore après ce troisième album, Ball, sorti en France dans la collection "Underground". Moins estimé que son prédécesseur, quoique mieux produit, Ball avec ses morceaux alambiqués et ses ambiances très suggestives, annonce plusieurs tendances à venir : le rock progressif et le métal un peu grandiloquent à la Black Sabbath. La voix puissante mais un peu ingrate de Doug Ingle et son son d'orgue souterrain contribuent au climat d'opéra fantastique de ce Real Fright choisi pour notre mix. Pour un peu, on s'attendrait à voir débarquer les nains de Spinal Tap parmi les cailloux de Stonehenge...

ALEX TURNER Hiding Tonight

ALEX TURNER
Submarine

Label : Domino
Année : 2011
A1 Stuck On The Puzzle (Intro)
A2 Hiding Tonight
A3 Glass In The Park
B1 It’s Hard To Get Around The Wind   
B2 Stuck On The Puzzle
B3 Piledriver Waltz

Genre : Pop acoustique
7° morceau de L'inventaire 30 : Hiding Tonight

Les Arctic Monkeys étant l'un des groupes les plus populaires de la pop actuelle, il ne devrait pas être nécessaire de présenter Alex Turner, leader/chanteur/auteur du groupe, qui s'était déjà échappé une première fois en 2008 pour un unique album au sein du "super groupe" The Last Shadow Puppets
Il récidive, mais tout seul cette fois, pour les besoins d'une bande originale, celle du premier film de l'acteur Richard Ayoade en tant que réalisateur : Submarine. Celui-ci ne lui demande pas de s'adonner à l'exercice spécifique de la musique de film, mais d'écrire simplement une poignée de chansons : des ballades exécutées à la guitare acoustique, avec le renfort d'une orchestration discrète pour les deux derniers morceaux du EP. 
Au total 5 chansons, même pas vingt minutes, mais  impeccables de bout en bout, jouées et chantées avec une extrême sensibilité. Il n'y a rien à enlever, rien à ajouter et, malgré l'indubitable talent du bonhomme, on peut se demander pourquoi toute la discographie des Arctic Monkeys n'est pas de ce niveau... Peut-être qu'Alex Turner a-t-il été tout simplement inspiré par l'élégance et la finesse de Submarine, petit miracle cinématographique, un peu difficile à voir. 
Cette B.O. console en donnant une excellente idée de l'ambiance douce-amère d'un film rare, dans tous les sens du terme.

BOOTY PEOPLE Somethin' Simple

BOOTY PEOPLE

Label : ABC Records
Année : 1977
A1 Booty People (Intro)
A2 Booty People
A3 Somethin' Simple
A4 Shoot To Kill
A5 To The One I Love
A6 Windrift
B1 Slappin' Five
B2 The Watcher
B3 Anyway I'm Busted
B4 After The Rain


Genre : Buttshakin' Music
6° morceau de L'inventaire 30 : Somethin' Simple

C'est l'année du punk et/ou du disco. On vit au présent. On danse et/ou on se shoote. On est hédoniste et/ou nihiliste. 1977 est certainement une charnière, un moment où s'éteint une décennie et où s'amorce la suivante, et patati et patata...
Dans le magma funky qui submergeait alors disquaires et discothèques, difficile de faire un tri, d'autant plus qu'avec le recul tout ça a pris un cachet rétro qui fait aisément s'extasier sur tout ce qui évoque les cols pelle-à-tarte et les déhanchés travoltesques. Du coup on ramasse un peu tout et n'importe quoi, y compris ce groupe au nom et à la pochette particulièrement raffinés, qui se transformera d'ailleurs en General Caine après ce premier album. Le verso de la pochette montre les musiciens du groupe sur une galère en plein désert, en direction du pays merveilleux de... Bootyland (le pays des fesses ?)
N’empêche : à part les inévitables ballades sirupeuses (une par face, le minimum syndical), l'ensemble remplit le contrat, simple et funky, efficace et festif, avec quelques interventions de synthé psychédélique, quelque part entre Sly & The Family Stone et le Kool & The Gang des premiers albums. C'est déjà pas mal pour un 33t ramassé dans un lot, au milieu de quelques pointures du calibre des Temptations, Mandrill ou encore Manu Dibango...