samedi 4 juillet 2015

Inventaire 35 - Le Twist du plaisir


BABATUNDE OLATUNJI Adofo

OLATUNJI
Flaming Drums !

Label : Columbia
Année : 1962
A1 Abana    
A2 African Spiritual    
A3 Uhuru    
B1 Mystery Of Love    
B2 Adofo    
B3 Hail The King


Genre : African jazz
8° morceau de L'Inventaire 35 : Adofo

Certainement l'une des influences les moins avouées de Gainsbourg. Pillé pour son album Percussions en 1964 : Babatunde Olatunji est un maître des rythmes africains, comme l'immense Doudou N'diaye Rose disparu ce 19 aout 2015. Mais, alors que la réputation internationale du Sénégalais Doudou s'est faite essentiellement sur scène et tardivement, le Nigérien Babatunde Olatunji est à la mode dès la fin des années 50 et déroule une discographie d'une bonne quinzaine d'albums, dont deux posthumes en 2004 et 2005. Probablement parce que la musique d'Olatunji est moins brute, plus arrangée et plus métissée, le musicien s'étant installé aux États-Unis dès 1950 grâce à une bourse d'études.
Cet album Flaming Drums ! fait la part belle aux chœurs, aux flûtes et même aux cuivres plus "occidentaux", le second morceaux de la face A, African Spiritual, oscillant ainsi entre le gospel et le jazz (pas étonnant quand on retrouve le nom du trompettiste Clark Terry parmi les musiciens de la session d'enregistrement), soutenu par une caisse claire qui ne dépareillerait pas dans les "marching bands" américains. Et ça n'est certainement pas un hasard si le troisième morceau Uhuru rappelle les compositions de John Coltrane période Africa Brass, les deux musiciens ayant développé une solide amitié qui se traduira notamment par la création du "Olatunji Center for African Culture" à Harlem... 
Les 6 titres de Flaming Drums ! s’avèrent finalement non seulement irrésistiblement dansant, mais aussi d'une grande liberté mélodique, le tout parfaitement produit par John Hammond, qui emballera, cette même année 62, le premier album de Bob Dylan.
Quant au sans-gène de Gainsbourg, qui signe de son nom les morceaux puisés dans la discographie d'Olatunji, il inspirera peut-être le percussionniste qui, en 73, oubliera de créditer Manu Dibango dont il reprend le tube Soul Makossa sur son album éponyme.

CANNIBAL MOSQUITOS Le Twist Du Plaisir

CANNIBAL MOSQUITOS
Surfin Love Party

Label : Dirty Witch Records
Année :  2013
A1 The Love Initiation    
A2 Bad Love Twist    
A3 Le Twist Du Plaisir    
A4 Nice Girl Feet From Honolulu    
A5 Destiné    
A6 Surfin Love Party    
B1 Rupture Sentimentale    
B2 Ciao Amore    
B3 El Bimbo    
B4 Voulez Vous Twister Mademoiselle ?    
B5 Flip Flop Of Gypsy Girl    
B6 Pink Manly Lover
Genre : Sex & Surf Music

7° morceau de L'Inventaire 35 : Le Twist Du Plaisir

Les Cannibal Mosquitos sont trois. Ils débarquent sur scène en combinaisons oranges, masqués et mandibulés. Ils jouent vite et fort, une surf musique sans parole matinée de punk garage. Ils sont soutenus par des écrans diffusant des séries z, où des nanas plus ou moins sexy mettent des mawashis à des types moustachus. Quelques samples torrides débarquent sans prévenir entre et pendant les morceaux. 
Sur cet album ultra rapide et compact, leur second sur le label Dirty Witch Records, entre quelques "compositions" directement inspirées du dieu Dick Dale, ils dynamitent le slow baveux de Guy Marchand, Destiné, et revisitent le mini-tube proto-disco de 1974 : El Bimbo.
Nous avons eu l'honneur de mixer en première partie de leur prestation au FIRN 2015. Leur disque est orange et contient plein de morceaux de deux minutes capables de relancer une soirée moribonde. Il eut été stupide de s'en passer.

CHRISTOPHE Le Petit Gars

CHRISTOPHE
Les Mots Bleus

Label : Les Disques Motors
Année : 1974
1 Le Dernier Des Bevilacqua
A2 Señorita
A3 C'est La Question
B1 Les Mots Bleus
B1a Partie Chant
B1b Final
B2 La Mélodie
B3 Le Petit Gars
B4 Drôle De Vie
B5 Souvenirs

Genre : Etrange variété
6° morceau de L'Inventaire 35 : Le Petit Gars

Régulièrement, les ringards d'antan deviennent à la mode. La réévaluation peut être due à plusieurs critères. L'un des plus évidents étant que le temps qui passe embellit certains souvenirs : ce qui nous semblait sans intérêt, vulgaire ou de mauvais gout dans notre jeunesse rebelle fait désormais partie de notre passé, de nos souvenirs, et prend le goût douceâtre de la nostalgie.
Mais Christophe est un cas à part. Il y a bien plusieurs vies, plusieurs facettes, derrière ce visage de séducteur à l’ancienne, blond et moustachu comme la photo du coiffeur qui n'a pas changé sa vitrine depuis... toujours. 
Au début des années 70, Christophe adopte deux collaborateurs déterminants : le promoteur/producteur Francis Dreyfus, qui monte la compagnie des Disques Motors où le chanteur aura quartier libre, et un jeune parolier qui n'est pas encore le roi du synthé pompier, Jean-Michel Jarre, guère plus novateur à l'écrit qu'à la composition, mais particulièrement en phase avec la mélancolie discrètement étrange de Christophe Bevilacqua
De la bande originale du sulfureux film de George Lautner, La Route de Salina, jusqu'au bien nommé 33t Le Beau Bizarre, le casanova crooner va développer au cours des années 70 un univers très singulier, au milieu de nulle part, jamais très loin du mauvais goût et de la ringardise, ni de l'inspiration divine. Bien sûr, il y a Les Mots Bleus, dont la reprise de Bashung presque vingt ans après, à permis de mesurer toute la profondeur. Mais cet album contient aussi la première version du Dernier des Bevilacqua, autobiographie vaguement tordue, et ce drôle de Petit Gars (inclus dans l'Inventaire 35) qui anticipe de quelques années la passion que Christophe portera à un autre crooner torturé : Alan Vega.  
Les Paradis Perdu, Samouraï, Le Beau Bizarre... au total sept albums studio qui, sans être des chef-d’œuvres, contiennent tous quelques bonnes raisons de passer outre le cliché du chanteur à minettes. D'ailleurs, on s'en est rendu compte avec son retour en grâce en 1996 avec l'album Bevilacqua, adoubé par Libé, donnant enfin la carte "tout-accès" au chanteur du slow le plus baveux de l'été 65. 

CAN A Spectacle

CAN
Can

Label : Free Bird (Harvest/EMI)
Année : 1978
A1 All Gates Open
A2 Safe
A3 Sunday Jam
B1 Sodom
B2 A Spectacle
B3 E.F.S. Nr. 99 ("Can Can")
B4 Ping Pong
B5 Can Be


Genre : German vibes
5° morceau de L'Inventaire 35 : A Spectacle

Can n'a jamais été autant à la mode qu'aujourd'hui où leur mélange de boucles hypnotiques et d'improvisations savantes excite autant les adeptes de la transe électronique que les amateurs de musique live et complexe. 
De l'embarrassant qualificatif de "krautrock" (qui désigne à peu près tout ce que l'Allemagne à compté d'innovant dans les années 70) au réducteur "Elektronische Muzik" en passant par le très connoté "Rock progressif", les spécialistes se cassent un peu les dents sur la définition de leur production. Peut-être aussi parce qu'elle ne cesse d'évoluer et d'explorer de nouvelles directions au fil des albums. 
Ainsi, si l'on s'accorde à porter aux nues leurs cinq premiers 33t, ne faudrait-il pas négliger le reste de leur discographie, certes plus chaotique (changement de personnel, ressortie de vieilles bandes, album à tirage limité constitué de session d'improvisation...) mais encore pleine de ressource. 
Cet album sans véritable titre (il s'appelle Can, Innerspace ou encore The Legendary Can selon les époques et les lieux de pressage) semble hésiter entre une ambition plus légère, voire commerciale (leur étrange relecture d'Offenbach) et leur habituelle transe créative qui accouche de morceaux impossibles à sortir en singles. 
Entre les deux, l'incroyable A Spectacle : un disco-funk sans refrain, à la fois bizarre et efficace qui a certainement influencé l'électro-dance martiale des !!!. Tellement remarquable que le morceau ouvre les compilations Deutsche Elektronische Muzik, lancées voici 5 ans par le bien-aimé label Soul Jazz Records. C'est ce qu'on appelle "une référence"...

JUNGLE BROTHERS Black Is Black

JUNGLE BROTHERS
Straight Out The Jungle

Label : Warlock Records
Année : 1988
A1 Straight Out The Jungle    
A2 What's Going On    
A3 Black Is Black
A4 Jimbrowski
A5 I'm Gonna Do You    
B1 On The Run    
B2 Behind The Bush    
B3 Because I Got It Like That    
B4 Braggin & Boastin    
B5 Sounds Of The Safari    
B6 Jimmy's Bonus Beat

Genre : Cool Hip Hop
4° morceau de L'Inventaire 35 : Black is black

Les Jungle Brothers sont un peu les laissés pour comptes du collectif Native Tongues, qui comptait en son sein De La Soul et A Tribe Called Quest. Le credo de cette association éphémère de rappeurs s'articulait autour de paroles interrogeant leurs origines afro-américaines avec un optimisme qui tranche avec le gangsta rap émergeant, même si les deux courants évoquent parfois des thèmes similaires. L'album violent et brut de N.W.A., Straight Outta Compton, sort la même année que ce Straight Out The Jungle ultra-cool, ça n'est peut-être pas une coïncidence... 
Mais au-delà des textes, Jungle Brothers partage avec les autres membres du Native Tongues une approche décontractée et très musicale du hip hop. On parle de fusion "jazz-rap" à leur propos, mais même cette étiquette est réductrice pour leur approche soft et mélodique, leurs grooves moelleux, leurs samples pléthoriques et parfaitement intégrés qui montrent une large ouverture d'esprit : de Graham Central Station au thème de Star Wars en passant par Marvin Gaye, Manu Dibango, Prince ou le jazz-funk irrésistible de Mandrill. La diction évoque effectivement souvent De La Soul, leurs potes d'A Tribe Called Quest sont cités au détour d'un morceau et l'attitude pacifique et proche de la nature d'Arrested Development n'est pas très loin. 
Leur ouverture d'esprit est même plus large que ça : la version CD de l'album comporte un morceau de house, I'll House You, qui sort en single et tourne en club, mais ne suffit pas à les mettre totalement sur le devant de la scène. Malgré l'échec cuisant du deuxième album, les Jungle Brothers parviennent tout de même à sortir sept albums en une vingtaine d'années. Le dernier date de 2006. 


THE MERSEYBEATS You Can't Judge A Book By Its Cover

THE MERSEYBEATS
 On Stage (EP)

Label : Fontana
Année : 1964
A1 : Long, Tall Sally
A2 : I'm Gonna Sit Right Down And Cry
A3 :  Shame
A4 : You Can't Judge A Book By Its Cover

Genre : Garage Rock
3° morceau de L'inventaire 35 : You Can't Judge A Book By Its Cover

Leur nom peut prêter à confusion : le Merseybeat n'est pas seulement le nom d'un group mais aussi celui qui englobe la pop anglaise initiée par les premières compositions des Beatles, moins dure et plus riche en harmonies que les morceaux des pionniers du rock'n'roll. Apparus à la même période et au même endroit que les idoles de Liverpool, les Merseybeats sont même réputés pour avoir souvent partagé la mythique scène de la Caverne avec ces quatre "garçons dans le vent". Pourtant, leur son est plus dur, plus sauvage, et on les sortirait volontiers de ce courant homonyme pour les envoyer dans la catégorie "Garage Rock", notamment avec ce quatre titre On Stage, qui n'est peut-être pas réellement enregistré live mais qui possède pourtant l'énergie brute et l'effervescence d'une prestation scénique.
Pour toute ces raisons, le titre de ce classique du pionnier du rock Willie Dixon, You Can't Judge A Book By Its Cover (dont l'équivalent français serait le proverbe "Il ne faut pas se fier aux apparences"), leur convient parfaitement. En plus de cet aspect anecdotique, leur version reste, quelques 50 ans plus tard, l'une des plus puissantes, même si le morceau a depuis été repris en disque et sur scène par des milliers de groupes en quête de crédibilité rock'n'roll.
Pas grand chose a dire de plus : les Merseybeats ont existé de 63 à 65. Ils ont enregistré en tout et pour tout une grosse poignée de singles et un album qui, curieusement, privilégie plutôt les ballades et se rapproche du son Beatles. Rien de tout ça n'a jamais été édité en CD.

OS NOVOS BAIANOS Tinindo Trincando

BRAZIL 70
After Tropicália New Directions in Brazilian Music in the 1970s

Label : Soul Jazz Records
Année : 2007
A1 Secos E Molhados : Amor
A2 Alceu Valença : Punhal De Prata
A3 Novos Baianos : Tinindo Trincando
A4 Jaime Alem & Nair De Cândia : Passará
B1 Gilberto Gil : Sai Do Sereno
B2 Erasmo Carlos : Mané João
B3 Gal Costa : Pontos De Luz
B4 Rita Lee : Corista De Rock
B5 Nelson Angelo & Joyce : Sete Cachorros
C1 Gilberto Gil : O Canto Da Ema
C2 Novos Baianos : América Tropical
C3 Raul Seixas : Mosca Na Sopa
D1 Nelson Angelo & Joyce : Vivo Ou Morto
D2 Ednardo E O Pessoal Do Ceará : Ingazeiras
D3 Raul Seixas : As Aventuras De Raul Seixas Na Cidade De Thor
D4 Mar Revolto : Contendas De Sincorá
Genre : Funkypsychedelicabraziliangroove
2° morceau de L'Inventaire 35 : Tinindo Trincando

En toute logique, deux ans après avoir consacré un volume à la révolution culturelle opérée par quelques musiciens brésiliens dès 1968 (Tropicália A Brazilian Revolution in Sound), le label Soul Jazz récidive en 2007 avec la vague qui a immédiatement suivi le chemin montré par ces précurseurs dans les années 70.
On retrouve ici deux de ces parrains (Gilberto Gil et Gal Costa), ainsi que Rita Lee, la chanteuse des cultissimes Os Mutantes, mais le reste du personnel est constitué de noms nouveaux et moins connus par ici. Moins connus mais tout aussi déchainés : si l'on discerne aisément l'influence psychédélique et électrique venue d'Amérique du Nord, les artistes ici présents proposent une débauche rythmique et mélodique typiquement brésiliennes, très éloignées du rock de stade boursouflant qui envahissait les États-Unis à la même période.
Os Novos Baianos, choisi pour notre inventaire 35, est un collectif de quatre musiciens à l'origine qui évoluera au fil de leur neuf ans de carrière (1970-78). Très vite se rajoutent deux musiciens sur scène, puis en studio, dont le guitariste, compositeur et arrangeur Pepeu Gomes qui épousera la chanteuse du groupe Baby Consuelo et, dans la foulée intègrera définitivement la formation. En 72, ça tourne même à la communauté qui vit ensemble et pratique dans un même élan la musique et le football (on est bien au Brésil !) Évidemment, ce genre de chose finit toujours par déraper et le dernier album, Farol Da Barra, attribue pour la première fois chaque titre au membre qui l'interprète et non plus à l'ensemble du groupe. Une individuation qui annonce clairement les différentes carrières solos qui suivirent le split.

Le double vinyl est depuis longtemps épuisé, mais il reste encore du CD chez Soul Jazz Records. Sous n'importe quelle forme, la compil' est chaudement recommandée.



NENEH CHERRY Across The Water

NENEH CHERRY
Blank Project

Label : Smalltown Supersound
Année : 2014
A1 Across The Water    
A2 Blank Project    
A3 Naked    
B1 Spit Three Times    
B2 Weightless    
C1 Cynical    
C2 422    
C3 Out Of The Black
D1 Dossier
D2 Everything    

Genre : Kind of trip hop
1° morceau de L'Inventaire 35 : Across The Water

Deux ans après sa collaboration avec The Thing, mais surtout dix-huit ans après son dernier album "solo", Man, Neneh Cherry revient sur le label norvégien Smalltown Supersound. Et c'est la gifle ! 
Blank Project, réalisé en étroite collaboration avec Kieran Hebden, alias Four Tet, surdoué aux multiples collaborations qui embarque électronique et acoustique vers des sentiers connus de lui seul. Le son est aussi défini par l'accompagnement de Rocketnumbernine, un tandem de musiciens qui pratique un mélange essentiel de percussion et d'électronique.
L'album est à la fois épuré au maximum et d'une modernité indiscutable, un truc d'aujourd'hui, sans que cela ait le moindre aspect racoleur ni poseur. Outre son implication dans les compositions, Neneh Cherry en a rédigé les textes, aidée de temps en temps par son mari, Cameron McVey, et l'un des paroliers d'Amy Winehouse, Paul Simm
L'album frappe direct, dès l'ouverture avec ce simplissime Across The Water, qui démarre aussi notre 35ème inventaire, et ne faiblit pas durant ses dix pistes. On y passe par la mélancolie, la colère, et un peu de légèreté bienvenue aussi, notamment lors du duo avec la chanteuse Robyn
Bref, on a attendu longtemps ce retour mais, si l'expression n'était pas balancée à tort et à travers, on traiterait ça de chef-d’œuvre.

samedi 23 mai 2015

Inventaire 34 - Back From London 3 : Noise Annoys


SERGIUS GOLOWIN Die Weisse Alm

DEUTSCHE ELEKTRONISCHE MUSIK 2 
Record B (compilation)

Label : Soul Jazz Records
Année : 2013
A1 A.R. & Machines : Als Hätt Ich Das Alles Schon Mal Gesehen
A2 Gila : Sundance Chant
A3 Neu! : Isi
A4 Pyrolator : Danger Cruising
B1 Sergius Golowin : Die Weisse Alm
B2 You : Electric Day
B3 Niagara : Gibli
C1 Popol Vuh : Ja Sie Sollen Gottes Kinder Heissen Agnus Dei
C2 Rolf Trostel : Der Prophet
C3 Electric Sandwich : China
D1 Asmus Tietchens : Zeebrugge
D2 Faust : Krautrock 

Genre : Free Rock 70's
7° morceau de L'Inventaire 34 : Die Weisse Alm

Petit à petit, le label Soul Jazz remet en lumière tous les aspects oubliés ou négligés de la musique électrifiée : funk africain, rappeuses old school, groupuscules punks, country féminine et, ici, électronique allemande. Leurs compilations Deutsche Elektronische Musik ratissent large en deux doubles cd (ou quatre doubles lp) qui vont des improvisations hippies héritées des sixties à une new-wave typiquement germanique, en passant par les prémisses de l'indus, de l'électro et quelques belles plages d'ambient synthétique (comme l'inquiétante bande originale de Popol Vuh pour l'Aguirre de Werner Herzog).
Au milieu d'artistes influents et samplés qui n'ont jamais été autant à la mode (Can, Faust, Neu!, Amon Duul) on trouve de parfaits inconnus qui sont pourtant loin d'être négligeables. Ainsi Sergius Golowin dont la discographie se résume en un seul album sorti en 1973 d'où est extrait ce planant Die Weisse Alm
En fait, Sergius Golowin est suisse et pas vraiment musicien. Écrivain politiquement engagé, spécialiste en mythologie, ésotérisme et folklore, il a soutenu le grand prêtre du LSD, Timothy Leary, dans son exil forcé en Suisse et fait lui-même l'objet d'une surveillance serrée dans ces années 70 plombées entre autres par la Guerre Froide. 
Pour cet étrange morceau qui clôt le mix londonien, il annone son texte sur une musique improvisée qu'on attribue souvent à Klaus Schulze mais qui est également signée des autres musiciens présents sur les sessions d'enregistrement de cette album en tout point unique, rarissime et dont la côte atteint des prix vertigineux : Lord Krishna Von Goloka de Sergius Golowin
Quoi qu'en disent les puristes et autres collectionneurs obsessionnels : vive les compilations ! Vive les rééditions !
   

BUZZCOCKS Noise Annoys

BUZZCOCKS
Love You More/Noise Annoys

Label : United Artists
Année : 1978
Genre : Punk Pop

6° morceau  de L'Inventaire 34 : Noise Annoys

Pretty girls, pretty boys/Have you ever heard your mommy say/Noise annoys ?
Quatrième single des Buzzcocks, le second sans Howard Devoto, parti inventer la New Wave avec Magazine. Deux chansons, quatre minutes trente au total, et l'affirmation d'un groupe comme alternative lumineuse aux deux mastodontes du punk : Clash et Sex Pistols
Les Buzzcocks ont beau jouer simple, vite et fort, leurs morceaux, même les plus bruyants, gardent un côté romantique, probablement dû à la voix aiguë et juvénile de leur leader Steve Shelley (on n'a pas idée, aussi, d'assumer le patronyme d'un poète gothique au beau milieu des sniffeurs de colle nihilistes et provocateurs de tout poil !)
Leur histoire tient en 3 LP et une belle collection de singles maintes fois compilés depuis en cd : nul besoin de jouer les hipsters en traquant leurs 45 tours en vinyle ! Force est de constater en revisitant leur intégrale que, selon la formule consacrée, il n'y a rien à jeter. Certes, tout n'est pas de la trempe de leurs imparables Fast Cars, Ever Fallen in Love, You Know You Can't Help It ou ce simplissime Noise Annoys, mais les Buzzcocks déclenchent une addiction progressive et irréversible qui en font aujourd'hui l'un des groupes les plus réédités de la vague punk. 

En 1989, les Buzzcocks se sont reformés. Ils ont sortis quatre albums studios depuis, perdus au milieu d'une série de compilations et de live exhumés de la première période. Mais ceci est probablement une autre histoire.


MONGO SANTAMARIA Sweet Tater Pie

MONGO SANTAMARIA
Mongo's Groove

Label : BGP Records
Année : 1987 (compilation)
A1 Manteca
A2 Pachanga Twist
A3 Dot Dot Dot
A4 Par Ti
A5 Conga Pa Gozar
B1 Watermelon Man
B2 Sweet Tater Pie
B3 Este Mambo (This Is My Mambo)
B4 Happy Now
B5 Nothing For Nothing

Genre : Latino jazz'n'groove
5° morceau de L'Inventaire 34 :  Sweet Tater Pie

Nombreux sont les musiciens qui ont quitté Cuba pour l'Amérique du Nord dans les années 50 afin d'intégrer big bands exotiques et autres formations de jazz en quête de nouvelles sonorités. Ramón "Mongo" Santamaría Rodríguez, percussionniste sans œillères, fera partie de la vague et jouera notamment avec Perez Prado et Tito Puente. Mais il sortira très vite des albums sous son nom (raccourci en Mongo Santamaria) pour une palanquée de labels : Tico, Riverside, SMC Pro-arte, Fantasy, Battle, Vaya Records, mais aussi les imposants Columbia et Atlantic... 
En plus d'une virtuosité et d'un feeling irréprochables, c'est sa versatilité qui saute aux oreilles, Mongo se montrant aussi à l'aise dans des mambos enfiévrés, des traditionnels de la musique afro-cubaine ou de pures pièces de jazz, tout droit sorties de la 52ème rue à New York. 
Dans cette compilation, parue dans les années 80 sur le label du plus international des D.J., Gilles Peterson et de son complice d'alors, Baz Fe Jazz, on trouve aussi bien un faux twist latino, un solo de congas, l'infernal Este Mambo porté par l'immense chanteuse "La Lupe" et le Sweet Tater Pie qui a fait monter notre mix londonien de 20 degrés d'un coup. Sa version du Watermelon Man d'Herbie Hancock, pourtant une valeur sûre pour réveiller les dance floors assoupis, en paraîtrait presque fade.

A part ça, Mongo Santamaria est le compositeur d'Afro Blue, un standard dont John Coltrane offrira une version d'anthologie.



HOUSE OF LOVE Love II

HOUSE OF LOVE
A Spy In The House Of Love
Label : Fontana
Année : 1990
A1 Safe
A2 Marble
A3 D Song '89
A4 Scratched Inside
A5 Phone
A6 Cut The Fool Down
B1 Ray
B2 Love II
B3 Baby Teen
B4 Love III
B5 Soft As Fire
B6 Love IV
B7 No Fire
B8 Love V 

Genre : Brit' pop
4° morceau de L'Inventaire 34 : Love II

Même si on a déjà dit tout le bien qu'on pensait du groupe de Guy Chadwick dans ce blog, on n'hésitera pas à revisiter leur discographie dès que l'occasion s'en présentera. Par militantisme tout d'abord : House Of Love devrait être réévalué à la hausse, pour l'impeccable songwriting de son leader et peut-être aussi pour leur identité sonore aiguisée comme une lame, une atmosphère un peu fiévreuse, une fausse douceur sur les morceaux les plus acoustiques (dans cet album Phone, malgré son tempo flemmard, son rythme chaloupé et sa voix posée, garde un côté inquiétant) et une rage mal contenue sur la plupart des autres. 
Ce LP est officiellement une compilation de raretés et d'inédits enregistrés à des périodes différentes. Il s'avère malgré tout très cohérent, parfaitement emblématique de l'univers du groupe. Sorti dans la foulée du deuxième véritable album, alors que les tensions entre le chanteur et le guitariste Terry Bikers ont provoqué le départ de ce dernier, il offre, 25 ans après, une excellente introduction à la discographie de House Of Love
Pour la petite histoire, les morceaux intitulés Love II, Love III, Love IV et Love V (et le premier Love publié 3 ans plus tôt sur leur première compilation de raretés) n'ont absolument rien à voir entre eux. Certains sont des instrumentaux, d'autres des ballades, et le numéro 2, choisi pour ce mix, est une spirale névrotique qui finit dans une série de gémissements dont on ne saurait dire s'ils sont plaintifs, orgasmiques, ou l'expression d'un cerveau totalement dérangé.


EARTH, WIND & FIRE Tee Nine Chee Bit

EARTH, WIND & FIRE
Open Our Eyes

Label : CBS
Année : 1974
A1 Mighty Mighty
A2 Devotion
A3 Fair But So Uncool
A4 Feelin' Blue
A5 Kalimba Story
B1 Drum Song
B2 Tee Nine Chee Bit
B3 Spasmodic Movements
B4 Caribou
B5 Open Our Eyes

Genre : Funky but chic
3° morceau de L'Inventaire 34 : Tee Nine Chee Bit

4 ou 5 ans après cet album, Earth, Wind & Fire va devenir l'un des plus grands groupes de soupe de la période synthétique. Ils maîtriseront parfaitement le tournant des années 80, la mutation du disco en un son à la fois cheap et sophistiqué auquel leurs arrangements forts en cuivres et en nappes de synthés donneront un côté emphatique très populaire, pour ne pas dire influent (Michael Jackson a certainement décortiqué l'album Raise! de 1981 jusqu'à la moelle). 
Il ne faudrait pas négliger pour autant leur première période qui démarre en 1970 et attaque sur tous les fronts : funk, soul, pop, et même jazz comme en témoigne l'interlude Spasmodic Movements sur ce cinquième album. 
Un peu hippies sur les bords, les 8 membres de ce collectif chicagoan emmenés par le leader Maurice White sont de redoutables musiciens de session qui concrétisent ici une musique généreuse, fédératrice et irrésistiblement dansante. On peut même écouter ce Tee Nine Chee Bit, en bonne position dans le mix numéro 34, comme un des morceaux précurseurs du hip hop avec son flow narratif posé sur un groove impeccable.
Open Our Eyes vient s'aligner au côté du premier album des Commodores et de Do It ('Til You're Satisified) de B.T. Express comme l'un des sommets funky de cette année 1974, dernière balise avant l'ouragan disco.